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EAN : 9782073032423
Gallimard (04/01/2024)
4.45/5   92 notes
Résumé :
« Dans l’avion qui me menait au loin, j’ai eu le sentiment de respirer à pleins poumons pour la première fois de ma vie et j’en ai pleuré de soulagement. On peut mourir mille morts, un peu à la fois, à essayer de sauver malgré lui l’être aimé. J’avais offert à Dorothée mon corps en bouclier, mon silence complice, le souffle attentif de mes nuits d’enfant et en grandissant l’argent que me rapportaient mes larcins, sans parvenir à l’arrimer à la vie. Je pensais ne jam... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (35) Voir plus Ajouter une critique
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Je ne lis pas beaucoup de livres d'écrivains africains, C'est un continent, surtout l'Afrique noire, que je connais très peu. Alors qui rêver de mieux pour m'accompagner dans cette lecture que notre spécialiste, Francine connue comme afriqueah, et dont la critique publiée il y a peu d'un livre précédent de l'autrice Les maquisards m'avait alléchée.

C'est un livre qui m'a emportée, envoutée. Un livre très riche où l'autrice à travers les différentes générations d'une même famille aborde beaucoup de thèmes, tous passionnants.

Le livre débute sur une plage, à l'endroit où le fleuve se jette dans la mer, un endroit privilégié, où la vie même si elle n'est pas facile semble heureuse. Les hommes sont pêcheurs, les femmes cultivent la terre, les enfants jouent. Mais ce bel équilibre est rompu un jour par l'arrivée d'une coopérative qui va gérer le marché du poisson et insidieusement en les poussant à s'endetter pour des biens dont ils s'étaient toujours passés, introduisant des chalutiers modernes, va ruiner les pêcheurs juste armés de leurs pirogues traditionnelles. Pour Zacharias, cette possibilité d'acheter cette moto, ce four, ces chaussures pour sa femme, ces bonbons et jouets pour ses filles, était une revanche sur l'échec de ces études, Il est pêcheur par défaut. Ce n'est pas ce dont il avait rêvé. Il ne voit pas le piège qui se referme sur lui. Yalana sa femme en est plus consciente que lui :
« — Tu me dis que tu achètes toutes ces choses en vendant du poisson que tu n'as pas encore pêché ? Elle exprima spontanément son incrédulité, mais ne poursuivit pas la conversation. Zacharias se raidit, son visage se ferma. »

En parallèle on suit la vie de Zach. Il est le petit fils de Zacharias, mais ne le sait pas. Sa mère ne lui a jamais parlé de sa famille. Il ne sait pas d'où il vient. Il ne connaît pas le dialecte de sa famille. Il est seul avec sa mère qui vend son corps pour vivre et boit la plus grande partie de ce qu'elle gagne. Alors un jour, après une histoire qui se termine mal, Zach s'envole pour la France et tourne le dos à son passé :
« À cette étape de ma vie, j'étais persuadé que l'on pouvait se soustraire à ses souvenirs, s'absoudre de ses fautes simplement en se dissociant de celui que l'on était au moment de les commettre. Je pensais qu'il suffisait de décider d'être heureux et d'aller de l'avant pour que le passé disparaisse comme par magie et que la vie redevienne une page vierge. Je suppose que quelque part en enfer, le diable rit encore de ma naïveté. »
Il faudra quelques évènements pour le ramener en Afrique, et se retrouver, comprendre qui il est et sauver son présent.

L'autrice entremêle les deux histoires, racontant à la fois pour chacune d'entre elles les enfances et la vie adulte des membres de la famille. Cette famille qui va connaitre bien des déchirures, où les non-dits tuent peu à peu la communication, où les mots ne sont pas là pour essayer de se comprendre :
« de même n'étaient-ils pas coutumiers de longues conversations intimes. Leur histoire n'était pas faite de paroles mais de disponibilité l'un envers l'autre, elle se traduisait dans la routine concrète d'un quotidien heureux. Pour mettre les mots sur leur malaise, il leur aurait fallu une expérience qu'ils n'avaient pas. »
Les hommes sombrent souvent, les femmes sont fortes, elles n'ont souvent pas le choix, ce sont elles qui maintiennent tant bien que mal la famille en vie, même si elles aussi commettent des erreurs.

J'ai aussi aimé la partie qui se passe en France, où l'autrice décrit avec beaucoup de justesse le comportement de Zach, qui évite de faire des vagues, qui fait tout pour se fondre dans la masse, qui préfère ignorer quelquefois le racisme, souvent au moins une certaine condescendance dont il est victime. Zach qui deviendra psychologue clinicien auprès d'enfants pour les sauver, à défaut de se sauver lui-même, jusqu'au jour où sa propre histoire viendra s'immiscer dans le cas d'un de ses patients, pour hélas lui faire prendre de mauvaises décisions.

Tout dans ce livre est d'une incroyable justesse, la description de la vie en France de Zach, les cicatrices laissées par la vie qui passe, le sentiment d'échec qui peut ronger un homme et l'amener aux pires erreurs, la difficulté des relations entre mari et femme, entre mère et fille, ou mère et fils quand la vision de la vie devient différente, mais aussi la force de ces relations qui au-delà des erreurs, au-delà des errances permettront aux personnages de se réconcilier. L'autrice mêle adroitement passé et présent, croyances locales et modernité, France et Afrique. Elle dresse de beaux portraits, des personnages qui m'ont tous touchée et auxquels elle porte une tendresse que l'on sent dans chacune de ses pages.

Et le tout raconté dans une écriture splendide, poétique, aux mots qui sonnent juste, qui savent exprimer par des tournures magnifiques les sentiments et les expériences complexes que vivent les personnages. Une lecture bouleversante.
Merci à Francine dont les mots ont enrichi encore cette lecture
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Plus que la différence entre terre et mer, ce que met en lumière Hemley Boum dans «  le Rêve du pêcheur », ce sont les épousailles tumultueuses entre le fleuve femelle et l'océan mâle dans lequel il se jette.
Des présences invisibles captent les désirs de certains hommes d'appartenir à l'océan, ce fut le cas du père du Pêcheur quand il avait cinq ans. Les mythes originels de cette partie du Cameroun entre la forêt équatoriale, le fleuve et l'océan parlent de la séparation brutale entre les trois éléments, sauf à l'embouchure, où les poissons pullulent.
Le Pécheur ne peut cependant s'empêcher de se faire du souci pour sa femme Yalana, et ses deux filles : et si elles rêvaient de plus, alors que lui pense avoir tout ?
Changement de décor avec l'apparition de Petit Pa', à Paris, qui rencontre Julienne. Il est le fils de Dorothée, alcoolique et prostituée, et excellente mère « « ma mère, magicienne, omnisciente malgré ses fêlures ». Et fragile.
Nous, nous savons donc qu'elle est la fille du Pêcheur, mais lui ne le sait pas, il n'a pas de famille, pense-t-il et surtout, il n'ose pas demander à sa mère, dans ce village où tout le monde a« une famille », sauf lui.
« Mais je ne dis rien. Je laissai le silence et l'obscurité recouvrir mon angoisse avec la pensée magique que ce qu'on refuse de nommer finit par disparaître. »
Avec une écriture plongeant dans l'intimité psychologique d'un petit garçon vivant dans un taudis, de son grand père Zacharias le Pêcheur qui veut gagner plus d'argent, Hemley Boum expose l'arrivée du capitalisme dans cette région côtière de Kribi : la société d'exploitation de bois crée une coopérative de pêcheurs, tout en leur proposant de s'endetter en leur faisant convoiter des biens qui leur sont inutiles, puis elle instaure une pêche industrielle.
Les pêcheurs, après avoir connu l'opulence, puis le progrès technique (les routes, l'électricité, l'eau courante) sont ruinés, car le poisson a disparu pour eux, ils sont, de plus, endettés.
Plus grave encore, symbole de la dégringolade, Yalana résiste à ce courant inutile d'achats comme la moto, le four, et le couple se sépare dans l'intimité «  Zacharias avait déserté le lieu de leur union. le chemin qui menait à lui était obstrué par une brume épaisse ».
Pourtant, comme dans les Maquisards, Hemley Boum revient sur leur enfance heureuse, leurs jeux dans la nature, leur mariage heureux à Campo, avant de décrire, avec des mots touchants et une immense sensibilité le déclin tragique de cette famille réduite à rien à cause d'un impossible rêve.
A ces amours adolescentes, correspondent les émois entre Petit Pa' alias Zack, avec Nella.
Amours contrariés, désir d'ascension contrarié, lecture : « Deux romans cependant m'avaient touché plus que les autres : Germinal de Zola et Ville cruelle d'Eza Boto », (connu par la suite comme Mongo Beti), et petits larcins.
Comme Nizan, niant qu'avoir vingt ans était le plus âge de la vie, Zack dit « «  La vie est exactement aussi terrible qu'on le pressent à dix-huit ans »
Le Rêve du Pêcheur nous balade entre générations, analysant finement les relations entre soeurs, inimitiés qui se transmettent inexplicablement, fissures à l'intérieur du couple, entre parents et enfants, et puis les dénis des uns et des autres : « Des années d'évitements, de faux-semblants, de manques et de doutes ont soudain déferlé. Toutes les années, tous les instants, un à un, sans répit, sans pitié », le tout avec une langue si sensible concernant les côtes camerounaises, les pluies, le bonheur des enfants qui jouent dans la boue, enfin les croyances dont celle de Zack, qui sait qu'après toutes ses errances et ses pertes, quelqu'un le protège sans savoir qui, réflexion sur le chemin parfois cahoteux de la vie.
Enfin, comme dans les Maquisards, et puisque les pères officiels ne sont pas toujours les géniteurs, la parenté est plus sociale que biologique.
Rarement un livre nous présente à la fois la vie pauvre d'un peuple de pêcheurs, les dissensions dans les couples vivant des croyances différentes, la généalogie, même si les intéressés l'ignorent, puis un renversement de fin : livre complet, écriture sublime, personnages bien typés. Et puis, la forêt, la force de résistance de ces femmes irrésistibles, et la tendresse d'Hemley Boum vis-à-vis de ses personnages.
Tout il y a tout dans ce livre.
L'émotion que j'ai éprouvée s'est amplifiée grâce à la lecture commune avec Anne-so(@dannso)
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Boum ! Mon coeur fait boum !
Il a fait boum boum même dans ma poitrine, il a palpité impatient, parfois joyeux, souvent triste ou en colère.
Il a vogué dans la pirogue du pêcheur qui regarde l'horizon, aimanté par les flots. Pieds dans l'eau à Campo, le pêcheur rêve d'ailleurs, d'une vie meilleure pour lui, sa femme Yalana et leurs deux filles.
Alors Zacharias travaille avec acharnement, lui qui n'était pas suffisamment bon à l'école pour espérer pouvoir faire des études. Quand une société forestière vient s'installer dans la région, riche de belles promesses pour les habitants, il y voit la possibilité de changer de vie. Il achète à crédit le confort, de beaux vêtements pour ses filles. Mais la poudre aux yeux va vite s'estomper et ses rêves s'effriter.
Subitement nous voici à Paris bien des années plus tard avec Zack le petit-fils du pêcheur qui n'a pas pris une pirogue mais l'avion pour partir en exil, loin du Cameroun, de sa mère et de ses amis dans une fuite éperdue.
Grace à une construction savamment orchestrée, Hemley Boum m'a tenue dans ses filets.
J'ai beaucoup aimé découvrir une partie de ce Cameroun complètement inconnu pour moi, avec son histoire, ses traditions, ses croyances. D'un côté la vie de ceux qui restent au pays, de l'autre ceux qui le quittent et construisent leur vie ailleurs, jusqu'au jour où il faut rentrer et se confronter à ceux qu'on a laissés derrière soi, avec quelques fantômes en prime.
L'autrice dépeint avec justesse les difficultés économiques du Cameroun, avec en toile de fond des sociétés étrangères qui viennent puiser sans vergogne dans les ressources du pays, ne laissant que quelques miettes de leurs bénéfices colossaux aux habitants et un pays dévasté.
Je me suis laissé porter, j'ai dérivé dans les méandres de la vie avec les deux Zack, leurs doutes et leurs secrets.
Un voyage riche, foisonnant de sujets (parfois un peu trop, surtout sur la fin) au pays des âmes solitaires, des prisons mentales, des femmes fortes et des transmissions entre les générations. Transmissions parfois fortuites, parfois cycliques comme des gouttes de pluie à la surface de l'eau qui vont jouer à se retrouver en un enchevêtrement de cercles concentriques.
Je n'ai pas envie d'en dire plus pour vous laisser le plaisir de la découverte du chant de la sirène Hemley Boum, dont je lirai avec plaisir d'autres ouvrages.
N.B : Attention, cette dernière phrase reste tout de même sous réserve que la susdite sirène révise un peu ses classiques, car ce n'est pas possible de dire (cf.p.224) que Crying in the rain est une chanson idiote ! alors que c'est une superbe chanson de mon groupe fétiche des années 80 ! non mais !
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Coup de coeur tant pour l'écriture et le style, que pour l'histoire sur l'exil joyeux.

Cinquième roman pour cette camerounaise habitant Paris et diplômée en anthropologie mais aussi en marketing. Même si son premier prix littéraire n'était que discret, il se pourrait bien qu'elle s'avance vers du plus lourd. Ce livre sera un tremplin, je n'en doute guère. La maturité de l'écriture et la maitrise du récit sont en place.

Les thèmes du livre sont essentiels dans une vie : la liberté, l'amour, l'émerveillement, l'identité, la perte, la transmission et finalement la vie.
Comme disait Musset « d'abord il y a la liberté, après l'amour, après la vie et en dernier la fortune.

A l'extrême sud du Cameroun, nous allons suivre la vie d'une famille sur trois générations. le début du roman nous plonge dans la première génération. Elle est incarnée par Zacharias le pécheur qui est marié à Yalana. Ils ont deux filles, Dorothée - prénom de la mère de Zack et à laquelle il voue un amour immodéré - et Myriam. « En état de veille ou de sommeil, les siens l'habitaient ».
Ayant été orphelin de père à l'âge de cinq ans, et ensuite (dé)laissé par sa mère. Il sera élevé dans la famille d'un oncle et ne n'aura connu qu'une vie très simple voire affectivement rugueuse. La rudesse, il l'a donc bien connue et s'en contenterait.
Lorsque qu'une société forestière s'installe dans sa région, il va profiter de l'occasion pour essayer d'avoir une vie plus facile, donner une meilleure vie à ses trois femmes. "J'essayais de devenir quelqu'un d'autre, mais je ne savais pas qui, ni comment faire. »
Dès le début du livre on est plongé dans une luxurieuse nature entre torrents, cascades, mangrove, forêts, palétuviers, sable et Océan Atlantique.
Cette génération est celle qui m'a le plus touchée.

Puis l'autrice laisse tout cela en plan et nous embarque aux pieds des Champs Elysées. Nous nous retrouvons aux côtés de Zach, le petit-fils qui a voulu sentir ce qu'est une authentique liberté, celle où personne ne vous connait, où vous pouvez laisser couler vos émotions dans vos veines. Là encore on a un enfant qui adule sa mère, une mère qui était pourtant alcoolique et prostituée. Cette mère c'est Dorothée la fille du pêcheur. Elle n'a pas eu une vie facile après son immigration en ville mais cela n'empêche pas Zach / Zacharias de l'aimer par-dessus tout. Elle est son monde.

Les vies sont enchevêtrées par une formidable maîtrise de la construction. On vit avec eux des impressions ambivalentes ; à la fois celle de se sentir au bord d'un abime par la perte de l'ancrage mais aussi celle de l'émerveillement de la liberté.
J'ai trouvé une force dans chacun des personnages dépeints par Hemley Boum.
On éprouve leurs émotions un peu comme un effet miroir ; effet de l'autrice a certainement recherché. Malgré l'âpreté de leur quotidien, ils ont cette intime conviction que la liberté et l'amour sont au bout du tunnel. En perdront-ils leur ancrage ? Que transmettons-nous aux générations suivantes ? L'autrice y répondra à sa manière, et quelle belle manière !

Citations :
« J'avais appris à reconnaitre la vague de nausée, le tremblement intérieur qui annonçaient les assauts de ma mémoire, quelque chose en moi se recroquevillait d'avance. »
Concernant de Dorothée sa mère « Un jour, en rentrant de l'école, je l'aperçus marchant dans la rue. le contraste entre sa silhouette évanescente, l'indolence de son pas et la foule excitée me sauta aux yeux. Elle rentrait chez nous bien sûr, elle était sur le chemin de la maison, pourtant on aurait dit quelqu'un qui va à reculons vers nulle part. Je m'approchai et la hélai doucement :
Ma'a
Elle se t'orna vers moi, une lumière s'alluma dans son regard, une onde d'énergie. Par le miracle unique de ma présence, ma mère s'éveilla au temps, à l'espace, à l'instant. 
Rien en Dorothée n'était solide, pérenne. ..Elle marchait, parlait lentement, toujours un peu ailleurs. Elle veillait sur moi, elle m'aimait, je n'avais aucun doute là-dessus, mais je pris conscience qu'elle pouvait m'égarer moi aussi : je devais veiller à ce que cela ne se produise pas. »
« Le jour qui suivit le trajet de l'école avec un Achille inquisitorial, après la crise de larmes de Dorothée la veille au soir, je me convainquis que cela ne faisait rien si ma mère était tout ce que mon ami disait et que je ne comprenais pas bien. Puisqu'elle traversait la vie telle une ombre, je serais là pour rallumer la flamme en soufflant tant qu'il fallait sur les cendres. Cela ne faisait rien si elle avait perdu tous ceux qu'elle aimait, elle m'avait gardé moi, c'était tout ce qui comptait.»
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Très touchée par le Rêve du pêcheur de Hemley Boum. J'ai été très émue par Zacharias et Yalana, c'est la partie de l'histoire qui m'a ramené loin dans mes souvenirs.

Tout comme ce couple qui vivait simplement mais heureux, lui, pêcheur comme son père et ses ancêtres, elle, elle travaillait aux champs et s'occupait des enfants. le surplus vendu au marché ou dans des petites boutiques. du jour au lendemain, leur vie change complètement avec l'arrivée d'une compagnie forestière. Une coopérative se met en place, les pousse à s'endetter de choses inutiles dans leur vie traditionnelle, tout en leur achetant leur pêche pour une somme modique, les poissons étaient revendus à des prix qu'ils n'imaginaient même pas, aux villages alentours, restaurants, hôtels. Petit à petit ils se sont faits manger par des chalutiers beaucoup plus modernes, avec leur pirogue, impossible de rivaliser. « Les chalutiers ratissaient littéralement les bancs de poissons et de crustacés. Un seul d'entre eux produisait dans des proportions auxquelles une dizaine de piroguiers aguerris ne pouvaient prétendre. » Les dettes, les disputes, les incompréhensions minèrent à jamais ce village idyllique.

De mon côté, pas de forêt, mais pas mal de petits commerces, des pêcheurs, une mer frétillante de poissons et de crustacés, le bonheur, les pieds dans l'eau. Puis sont arrivés des grosses boîtes, des commerçants avec des moyens très importants. Tous les petits négoces ont fermé et les pêcheurs ont dû se trouver un autre travail. Je referme la parenthèse.

« Les pêcheurs n'avaient aucun moyen de résister, les autorités fermaient les yeux à condition de recevoir leurs enveloppes. A terme, les villageois seraient expulsés à moindre coût de cet endroit paradisiaque dont ils avaient hérité par les caprices du destin, parce qu'ils n'auraient tout simplement plus les moyens d'y vivre. »

J'ai été moins touchée par Zach, le petit-fils de Zacharias, lors du départ et dans l'avion. Personnellement, j'ai ressenti tout le contraire, mais c'est une autre histoire…Par contre j'ai été bouleversée par Sunday, ceux qui l'on lut comprendront.

« L'exploitation anarchique de la forêt, la coopérative, tout cela était une question d'argent, de beaucoup d'argent. »

Je ne suis pas contre le changement, malheureusement, tout se fait toujours au détriment des plus malheureux et non pour les aider à avoir une vie meilleure ou pour mettre leur pays ou île en valeur. Tout ce qui compte c'est de se remplir les poches et tant pis pour les autres. Ce qui me répugne le plus, c'est leur suffisance et la façon dont ils traitent ces pauvres pêcheurs. C'est eux les rois, tout leur est dû, du moment qu'ils paient.

On n'oublie jamais, même si on ne laisse pas derrière soi Dorothée, Nella, Achille….

Une très belle lecture, de beaux personnages, une écriture magnifique. Les très belles critiques de mes amies, amis, m'ont poussé vers ce livre et je les en remercie.




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critiques presse (8)
LeJournaldeQuebec
24 avril 2024
Avec ce roman, la romancière camerounaise Hemley Boum nous permet de suivre deux histoires habilement enchâssées l’une dans l’autre. Un coup de cœur.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LePoint
08 mars 2024
Avec « Le Rêve du pêcheur », Hemley Boum tisse une fresque familiale envoûtante. L’un des grands romans de ce début d’année.
Lire la critique sur le site : LePoint
Culturebox
05 mars 2024
Hemley Boum signe avec "Le Rêve du pêcheur" son huitième roman. À travers des histoires savamment entrelacées, elle raconte les destinées des membres d'une famille camerounaise sur trois générations.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LeMonde
22 février 2024
Hemley Boum arrête le temps pour saisir le moment où nos existences chavirent, dans un roman lumineux appelé à devenir un classique.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeFigaro
15 février 2024
Une saga familiale émouvante et subtile.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LaCroix
15 février 2024
La trajectoire d'un jeune Camerounais, brusquement établi en France, dévoile à la fois les syndromes traumatiques de l'expatriation et les racines insécables.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Marianne_
31 janvier 2024
Avec Le Rêve du pêcheur, Hemley Boum impulse un souffle romanesque puissant à la destinée de trois générations dont elle entrecroise les récits.
Lire la critique sur le site : Marianne_
LeMonde
31 janvier 2024
Peut-on grandir sans amour ? Le nouveau roman de l'autrice camerounaise mêle formidablement l'intime au drame colonial.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (36) Voir plus Ajouter une citation
La région est traversée par des centaines de petites rivières qui tracent des méandres à travers des kilomètres de forêts, creusent dans la terre des sillons d'eau claire, polissent les rochers. Dans le lit des ruisseaux flottent des jacinthes d'eau, leurs fleurs lilas bleuté et leurs racines ébouriffées. Des torrents, des cascades... Sur le sillage de l'eau vive se mouvant vers l'océan la forêt est drue, le sol fertile, la vie luxuriante, presque envahissante. Puis il y a le fleuve, le Ntem majestueux et sa sylve de mangrove. Lorsqu'on s'en approche, la forêt se fait marécageuse, sous-bois serré de palétuviers aux racines aquatiques profondément enfoncées dans l'eau. Et enfin l'embouchure, rencontre et fracas. D'un côté, le fleuve assombri en son fond par un tapis de racines et de feuilles, de l'autre déjà l'Atlantique, son sable, son sel, la puissance de ses courants. Car le fleuve ne glisse pas sereinement dans l'océan, il s'y jette et s'y brise, il s'y engouffre puissamment. À quelques mètres seulement à gauche, ces eaux sont encore douces, accueillantes, et un peu plus loin à droite, l'océan s'apaise. Tous les jeunes pêcheurs apprennent dès leurs premiers coups de rame à contourner le Vidodo, l'embouchure, même les enfants pour qui la plage, l'océan, le fleuve sont incessants et inépuisables terrains de jeu savent que le Vidodo est l'arbre interdit planté au cœur de leur paradis.
(p.18-19)
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La vie d'un homme ne tient pas en quelques mots: il est né, il a vécu, il est mort, ci-gît-il. Pour qui veut l'entendre, le récit est beaucoup plus long, plus tortueux. Il contient des joies, des peines, des rencontres, des déchirures, des amours et des deuils. Il est fait d'embardées, d'échappées belles, de chutes, de chemins de traverse, de sens uniques, de culs-de-sac, de morts et de vivants. Il est tissé sans les rêves, les peurs, les doutes et les espoirs.
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Dorothée mettait un soin si particulier à me coiffer que peu à peu, les autres mères voulurent la même chose pour leur fils. Sa seule exigence état que chacun apporte sa paire de ciseaux et des lames de rasoir neuves. Pour le reste, vous payiez ce que vous pouviez: 150, 200 francs CFA, peu importe. Tout au long de mon enfance, tant que ma mère me coiffa, tous les jeunes gens aux alentours eurent aussi des cheveux impeccablement tenus.
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Il était venu solder ses comptes avec le passé, pas une seconde il n'avait prévu que ce passé que ce passé l'accueille sourire aux lèvres dans une maison comme ils n'auraient jamais pu en rêver dans leur enfance, ni qu'elle soit marié à Nella. Son esprit n'arrivait pas à assimiler ces nouvelles informations
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Cette communauté, ce village et tous ceux le long de la côte, constituaient tout l'univers de Yalana. Elle connaissait chaque recoin des terres, celles qui avaient été longtemps exploitées et devaient être laissées en jachère quelques années pour se régénérer, celles qui supportaient d'être brûlées et nourries à la cendre des plantes calcinées avant d'être à nouveau cultivées, celles qui étaient riches et fécondes, sur lesquelles on pouvait labourer et semer. Elle savait le nom secret de chaque plante, celles qui soignent et celles qui empoisonnent. Yalana connaissait chacune des rivières qui traçaient leur route vers le fleuve, puis se jetaient dans l'océan, le nom et l'histoire de toutes les familles le long de la côte jusqu'à l'intérieur des terres. Elle n'ignorait rien du sens caché des coutumes, de la sagesse transmise par les contes, les légendes, les superstitions. Ce savoir faisait partie d'elle. Ce n'était pas une compétence acquise, quelque chose qu'elle aurait dû apprendre de façon explicite, comme on va à l'école pour acquérir des connaissances que l'on ne posséderait pas autrement, mais un espace amniotique hors duquel elle suffoquait. Aussi fut-elle désarçonnée, effrayée d'être exclue de sa communauté.
(p.164)
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Vidéo de Hemley Boum
Lors de son passage à Paris, nous avons pu rencontrer l'autrice camerounaise d'expression française Hemley Boum, à l'occasion de la parution de son dernier roman 'Le Rêve du pêcheur' (Gallimard). Elle nous parle en détail de ce livre dans cette interview, pour nous raconter les vies de Zacharias et Zack, deux générations d'hommes camerounais aux destins différents.
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