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La Divine Comédie tome 1 sur 4
EAN : 9782080712165
378 pages
Flammarion (01/11/2004)
  Existe en édition audio
4.08/5   482 notes
Résumé :
Offrir un vrai poème dont la marche n’est en rien entravée» : telle est l’ambition de cette nouvelle traduction de L’Enfer. Afin de rendre au plus près le rythme de l’œuvre de Dante, William Cliff a pris le parti de suivre le «chiffre» du décasyllabe original. Sur le fond, il n’a pas hésité à supprimer des noms et des références qu’il jugeait inutiles ou fastidieux. Loin de trahir le poète florentin, le poète belge l’accompagne. La richesse de sa traduction tient à ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (58) Voir plus Ajouter une critique
4,08

sur 482 notes
Avec cet écrit, Dante d'Alighieri s'inscrit dans une tradition antique plus que millénaire. En effet, ce n'est pas pour rien qu'il choisit Virgile pour guide touristique de son circuit des enfers, car le poète romain avait, au premier siècle avant Jésus-Christ, écrit un remarquable passage au livre VI de son Énéide, où Énée se mettait en peine d'aller retrouver son père Anchise dans le royaume de Pluton, afin d'en savoir un peu plus sur sa destinée. Lequel Virgile ne faisait que s'inspirer grandement d'Homère, au chant XI de L'Odyssée, où il relate la descente d'Ulysse au royaume d'Hadès, également pour y revoir des proches et collecter des informations.

À ce titre, la version virgilienne du séjour des trépassés me paraissait beaucoup plus pertinente que la mélasse crétino-chrétienne fournie par Dante dans sa divine Comédie, ici avec L'Enfer, et dans les deux sections suivantes (Purgatoire & Paradis). Selon Virgile, les âmes de ceux qui sont restés suffisamment longtemps aux Champs Élysées (l'équivalent païen du paradis) se recyclent et retournent s'incarner chez de nouveaux vivants, évitant au passage une surpopulation en paradis. Chez Dante, ce recyclage s'effectue, certes, mais uniquement du purgatoire vers le paradis. Quid de l'encombrement subséquent quand des millions de milliasses d'âmes purgées s'entassent béatement sur les plages paradisiaques ?

Mais avant que d'entrer plus avant dans le détail de ce premier tome de la divine Comédie, me permettrez-vous une petite digression sur les genres littéraires. En effet, les " SFFF ", les " littératures de l'imaginaire " et beaucoup d'autres appellations contemporaines — qu'on n'utilisait pas il y a encore quelques minces années de cela, qui font donc très " modernes ", qui se réfèrent, par conséquent, à des genres eux aussi très " modernes " et très en vogue de nos jours —, ne seraient-elles pas qu'un N-ième avatar de quelque chose de véritablement plus ancestral ?

Je me rends compte — mais un peu tard, comme dit la fable — qu'on écrit de la littérature de l'imaginaire, fantastique, SF ou fantasy (comme vous voudrez) depuis des temps immémoriaux. Et avant d'en écrire, avant même qu'on invente l'écriture, on en disait, et cela s'appelait des récits mythiques.

Si je vous parle de cela, c'est qu'à la lecture de L'Enfer de Dante, j'ai le sentiment d'avoir lu un bouquin de SFFF, et pas forcément le meilleur auquel on puisse rêver. Les récits mythiques sont truffés de fantastique et d'imaginaire et Dante n'a, pour ainsi dire, fait que cela au travers de sa Divine Comédie, même si l'on n'appelait pas encore cela comme ça.

Ce serait plutôt une forme de RF (pas République Française, bien sûr, mais Religion Fiction) car rien ne distingue formellement les images créées par Dante de celles des films dit fantastiques, d'horreurs, d'action, de Space Opera, d'Heroic Fantasy et consort.

Certains gardiens des enfers, tels que décrits ici, semblent parfaitement avoir été illustrés dans les films de George Lucas ou dans des grosses productions américaines plus récentes (et j'allais ajouter " de bas aloi ", mais je m'en abstiens, car ce n'est pas parce qu'un genre me déplaît que je dois y porter des jugements négatifs ou sévères).

En somme, ce premier volet de la trilogie (vous voyez, ça fait tout de suite un petit côté Star Wars) de la divine Comédie de Dante ne m'a pas du tout ravie. Sa structure en est très répétitive et, de chant en chant, on suit Virgile qui mène Dante de plus en plus profondément dans les entrailles de l'enfer.

Chemin faisant, les descriptions de supplices s'accumulent et les exemples de suppliciés italiens des XIIIème et XIVème siècles sont d'un ennui absolu. C'est chiantissime à lire (rien à voir avec le chianti, qui lui se laisse boire sans déplaisir) et il est quasiment impossible de s'en sortir sans les notes (au passage, je salue la traduction de Jaqueline Risset et la qualité des éclaircissements qu'elle apporte et qui rendent la lecture, tant soit peu plus digeste).

Petite précision sur ce que j'entends par chiantissime. Dans l'optique de son projet littéraire et de la " mission " qu'il s'attribue, il est tout à fait pertinent, au moment où Dante écrit son oeuvre de faire référence à de grandes figures des guéguerres incessantes florentino-bologno-pisanes entre les guelfes blancs et les guelfes noirs, par exemple, et que les gens de l'époque avaient possiblement vus à l'oeuvre dans leurs agissements.

De même, n'oublions pas, pour ceux qui ont lu le Nom de la Rose, par exemple, que Dante écrit en plein dans la période religieusement troublée des papes avignonais et des merveilles de l'inquisition qu'Umberto Eco a si bien su nous faire revivre.

Mais sorti de ce contexte géographico-historique, les noms et les personnalités de ces individus perdent tout leur sens, et en cela, leur évocation également. Dans un écrit vieux de 700 ans, c'est ce qu'il y a d'intemporel qui est intéressant, le reste me semble juste... ennuyeux. Souvenez-vous, dans les années 1990, les querelles Chirac / Balladur, par exemple ; tout le monde en parlait, qui allait gagner, qu'est-ce qui allait en ressortir, etc. Aujourd'hui, tout le monde s'en fout et il a bien raison de s'en foutre, le monde. Il en est de même, mon cher Dante, de vos gugus d'il y a 700 ans.

Par contre, ce qui m'a mieux plu et plus intéressée, ce sont les ponts que Dante a créé entre la littérature païenne pré-chrétienne (essentiellement grecque et latine) et les oeuvres plus clairement référencées dans la mouvance du christianisme.

L'auteur a façonné, peut-être sans le savoir et à l'inverse de ce qu'il espérait sans doute faire, un formidable outil de désacralisation de la religion en bâtissant un imagier des supplices qui nous attendent en enfer. Dans ce genre de matière, notre imagination est toujours plus forte que ce qu'on nous peut décrire. On a toujours tors de vouloir trop en dire quand il s'agit de " vérités " religieuses.

J'irai même encore plus loin, si vous me le permettez. En lisant L'Enfer, le lecteur soupçonneux et ami du doute (même pour l'époque) voit dans cet outil de propagande chrétienne, pro-religion et pro-christianisme, finalement rien de bien différent d'un paganisme comme un autre, d'un sectarisme comme un autre, d'un boniment comme un autre.

Ce que nous confirme le projet littéraire de Dante, c'est qu'il vivait dans une époque particulièrement troublée et sanglante. On n'imagine pas d'écrire un tel livre visant à l'édification des foules sur les misères qui les attendent en enfer s'il n'y avait pas matière, quotidiennement, à pratiquer ou à voir pratiquer l'infamie. Et cela, je ne doute pas que Dante ait pu en voir ou en entendre parler beaucoup.

Enfin, un dernier mot sur l'impact fort qu'a eu cet ouvrage sur le scellement de l'identité italienne, au travers de cette langue, écrite et versifiée de cette façon pour la première fois avec autant d'éclat. Avant Dante, il y avait la langue vulgaire, c'est-à-dire, du latin dégénéré, après Dante, il y aura l'italien.

Et l'italien sera reconnu, pour des siècles et des siècles comme la langue de Dante, comme il y aura plus tard, la langue de Cervantés, la langue de Shakespeare, la langue de Molière, la langue de Goethe ou la langue de Pouchkine.

Un dernier mot encore, avant que je n'aille rôtir en enfer, infecte athée que je suis, sur l'emploi du terme "comédie " dans ce registre qui peut être amusant, avec un certain recul mais qui n'avait pas nécessairement vocation à l'être, surtout à l'époque. Il est bien évident qu'en écrivant en langue vulgaire, l'auteur prenait le parti de ne pas faire un livre " noble ". En somme, même s'il avait devisé de droit ou, comme c'est le cas ici, de religion, sujets, par essence, pas spécialement drôles, il ne pouvait s'agir que de " comédie ", au sens, " écrit non noble rédigé dans la fangeuse langue de la populace et non le catholique latin des écrits sérieux ".

Bref, un livre important dans l'histoire littéraire, dans l'histoire italienne et l'histoire des religions, peut-être aussi dans l'histoire de la SFFF, mais franchement pas ma tasse d'espresso. Au reste, ceci n'est que mon infernal et vicieux petit avis, c'est-à-dire, très peu de chose en vérité.
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Que l'on adhère ou pas à l'oeuvre, elle reste un monument de la littérature mondiale, et fait parti de l'Histoire, en étant considéré comme une pièce charnière de l'émergence de la nation italienne par l'avènement et la vulgarisation de la langue italienne.

Cette traduction concerne l'entièreté de "La divine comédie ", et non uniquement la partie la plus célèbre du triptique, "L'enfer" ; " le purgatoire " et " le paradis" y sont aussi.
Un enfer particulier d'ailleurs puisque très peu enflammé, et dont le 9eme et dernier cercle, paradoxalement glacé, inspirera, en sus de gravures d'illustrations, une splendide et monumentale toile de l'artiste Gustave Doré.

Cette version moderne élimine beaucoup de lourdeurs, des noms propres, ne sauvegardant pas spécialement la structure des rimes , et aboutit in fine à un poème en prose fluide et lisible, bien que les annexes explicatives nécessaires restent très nombreuses.

L'oeuvre reste en priorité un manifeste politique, la situation des antagonismes florentins (les familles guelfes) constituant l'ossature du voyage de Dante à travers le post-trépas, en faisant ainsi un quasi pamphlet par moments.
La charge anti papale, virulente, en fait ainsi partie.
Outre la politique locale, la culture gréco-romaine, marqueur des personnalités érudites de l'époque, rythme aussi ce voyage à travers les strates de l'au-delà.

La structure même des trois étages post-mortem obéit à un modèle organisationnel très strict, en cercles, hiérarchisé telle une grande entreprise moderne.

Il est difficile de "noter" ce monument littéraire qui reste évidemment régulierement abscons maintenant, mettant en scène des personnages certes localement importants à l'époque mais oubliés depuis, et sans les annexes de la traduction la plupart des chants seraient ésotériques.
Même en version allégée, la lecture, demandant une attention soutenue, n'est pas toujours facile.
L'intérêt est culturel et historique, et l'on peut aisément se laisser entraîner dans ce romantisme poétique et ces descriptions oniriques.
Personnellement, pour alléger, j'ai coupé entre chaque strate post mortem, avec un petit roman classique.

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L'Enfer est le premier tome de la Divine Comédie. Suivront le Purgatoire et le Paradis.

Jamais je n'avais tenté cette lecture, celle-ci me paraissant totalement hors de ma portée intellectuelle, tant les commentaires font en général montre d'une culture phénoménale...
On sait le rôle majeur qu'a joué cet ouvrage dans l'histoire de la langue italienne, et sa notoriété mondiale qui en fait l'un des chefs-d'oeuvre de la littérature médiévale.
Ce livre me semblait réservé à une élite d'universitaires et de sachants dont je ne fais pas partie.

Et pourtant j'ai décidé de me faire ma propre opinion, et de passer outre ces freins.

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt et de curiosité.
Bien sur, je n'ai pas compris toutes les allusions très érudites à une foultitude de personnages, dont Dante alimente son poème, mais cela ne m'a finalement pas tant gênée que cela.

Le message est assez universel , le chemin vers le mal aussi.
Et que l'homme se nomme Guido de Sienne ou Perlimpim ne change pas fondamentalement la teneur du message que Dante nous fait passer.
C'est mon avis d'inculte.

Ce 1er tome est une description des cercles de l'enfer.
La lecture est incroyable, on dirait volontiers aujourd'hui que l'auteur avait sans doute un peu abusé de substances hallucinogènes...
On retrouve dans ces descriptions toute l'iconographie que l'on voit dans les églises, même encore aujourd'hui , et tout l'imaginaire qui a inspiré les peintres et qui continu à le faire plusieurs centaines d'années plus tard .
C'est ce qui m'a le plus impressionnée.
C'est tellement imagé !
Le texte est beau.

C'est moins long et moins pénible à lire que ce que je ne craignais.
A la fin de cette lecture on comprends bien comment l'Eglise a pu se servir de cet imaginaire pour effrayer les gens .





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L'Enfer, le royaume de la damnation, est peut-être la partie la plus célèbre du poème de Dante, les tourments élaborés des âmes perdues sont relativement concrets et ont donné lieu à des représentations visuelles de grande qualité, voire de génie.

La construction, la géographie de l'Enfer, comme celles du Purgatoire et du Paradis, est extrêmement élaborée, elle en bonne partie une invention de Dante, et contribue incontestablement au succès de son oeuvre, tant elle est imaginative et riche. Elle est basée sur la représentation du monde telle qu'on la concevait à l'époque de Dante. La Terre est au centre de l'univers, le centre du monde se trouvant sous la ville de Jérusalem. Là, une sorte de cône inversé de plus en plus étroit mène au fin fond de l'Enfer, ouvrant la voie à la Montagne du Purgatoire. Explorer l'Enfer suppose donc une descente, dans un espace qui se rétrécit de plus en plus et devient de plus en plus angoissant. L'Enfer est divisé en cercles, chaque cercle étant réservé à un type de péché spécifique, les moins lourds se trouvent le plus près de la surface, et plus on descend et plus les péchés sont graves et les punitions sévères. Jusqu'au dernier cercle, celui réservé aux traîtres.

Le premier cercle, les Limbes, est le séjour non pas des pêcheurs, mais de ceux qui n'ont pas été baptisés. Ils ne subissent pas de châtiments physiques, mais ils sont et seront éternellement privés de Dieu, ils sont ni tristes ni joyeux, habités d'un désir sans espérance. Dans un noble château il y a les grands esprits, entre autres les grands poètes de l'Antiquité, dont Homère, Horace, Ovide, Lucain. C'est aussi la demeure habituelle de Virgile. Tous ces poètes viennent au devant de nos deux voyageurs, reconnaissant en quelque sorte Dante comme leur égal.

Il est impossible dans un bref commentaire de détailler tous les cercles et encore moins tous les damnés importants. Parmi les plus marquants, dans le deuxième cercle, qui suit les Limbes, celui des luxurieux, emportés par l'ouragan de l'enfer qui jamais n'a de pause, il y a Francesca da Rimini, qui a commis l'adultère avec le frère de son mari, Paolo. Ils ont pêché par amour, un amour dirigé vers un mauvais objet. Et ils ont pêché à cause d'une lecture, décrivant les amours de Lancelot et Guenièvre. Cette rencontre provoque une très forte émotion chez Dante, au point de lui faire perdre conscience. Il se reconnaît dans ce qu'il voit : il réalise la complicité profonde entre le désir érotique et la littérature, lui qui a commencé sa carrière par la poésie amoureuse, lui qui a écrit « Je ferais en parlant enamourer les gens ». Il découvre l'implication infernale d'une telle vision, et la nécessité d'y renoncer pour espérer atteindre le Paradis. Mais il est aussi ému par l'image de l'amour qui continue entre Francesca et Paolo. Ils souffrent transportés par l'ouragan infernal : mais ils demeurent enlacés, ensemble à jamais.

Parmi les damnés les plus célèbres, ceux qui ont fait couler le plus d'encre, il y a certains papes. Dans le 8e cercle, parmi les simoniaques, Dante rencontre Nicolas III, qui lui laisse entendre que Boniface VIII, le grand ennemi de Dante, et Clément V, son successeur (tous les deux sont vivants au moment où est censé se passer le voyage de la Divine Comédie) sont attendus dans le même cercle infernal. Mais il ne s'agit pas d'une critique de la religion, ni de l'Église en tant qu'institution : c'est parce que cette institution est indispensable aux hommes, que ceux qui ont failli en étant à sa tête son si sévèrement punis. D'ailleurs Dante rencontrera bien plus de papes au Paradis qu'en Enfer.

Parmi les damnés que Dante va croiser dans sa descente au fond de l'Enfer, il aura l'occasion de rencontrer un certain nombre de Florentins. le premier d'entre eux est un certain Ciacco, qui aurait été un parasite, se faisant entretenir par des plus riches, qu'il amusait en échange. Il sera le premier personnage à prophétiser l'avenir de Dante, mais sa prophétie est relativement obscure. Mais ce ne sera que le premier, de nombreux Florentins peuplent les cercles infernaux. Ces rencontres sont brèves, mettent en évidence des parcours, l'essence d'une existence. Mais ces vies, les choix qu'on fait les individus ont eu des conséquences qui les dépassent, ont causé des malheurs collectifs. Dante a été bien placé pour observer l'enchaînement des violences, aboutissant à une guerre civile incessante. Florence apparaît ainsi comme une ville que le mal habite :

« Jouis, Florence, puisque tu es si grande
que par terre et par mers tu bats des ailes
et que ton nom se répand par l'Enfer. »

Un des plus célèbres des damnés florentins, est Farinata degli Uberti. Il est devenu célèbre en 1260 à la bataille de Montaperti, perdu par les Florentins contre Sienne. Farinata degli Uberti combattait avec les Siennois, mais après la victoire a empêché la destruction complète de Florence, se sentant florentin avant d'être gibelin. Il se retrouve en Enfer, dans une tombe brûlante, parmi les hérétiques du 6e cercle. Il interpelle Dante, veut connaître sa famille. Même en Enfer, au coeur du supplice, il n'a pas perdu de sa superbe, son orgueil de caste, ce qui lui donne un grand panache, une forme de noblesse. Mais il a été nocif à sa cité, il s'est plus préoccupé de sa maison, de sa gloire, que de sa ville, d'une communauté. Il n'a jamais douté, et même en Enfer il reste égal à lui-même. Il finira par prophétiser certains malheurs qui vont arriver à Dante, malveillant jusqu'au bout à quelqu'un qui est d'une autre faction, même s'ils viennent de la même ville. Dante laisse entrevoir que c'est ce type d'attitude, très répandue parmi ses concitoyens, qui perd Florence.

Dante, mené par Virgile finit par arriver au dernier cercle, celui des traîtres. Tout au fond, il y a Lucifer, le premier des traîtres, traître au Créateur. C'est l'empereur du règne de la douleur, tout le mal vient de son orgueil originel. Il pleure et dans ses trois gueules broie indéfiniment trois traîtres considérés comme les pires de tous : Judas, qui a trahit Dieu, et Brutus et Cassius, traîtres à l'Empire. Car, mais cela apparaîtra plus clairement au Purgatoire, Dante accorde beaucoup d'importance à l'institution impériale.

Arrivé là, Dante peut quitter enfin l'Enfer, la fin de la descente l'amène au Purgatoire, qui est une montagne qu'il s'agira de gravir pour monter au Paradis. Il retrouve la lumière des étoiles, absente en Enfer.
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L'enfer... Ou le bouquin que franchement pas si simple... et pas pour les raisons qu'on croit. ♫ Laissez-moi chanter♫ enfin zut quoi !

Pitch :
Bon paf !... le vl'a ti pas aux enfers... Enfin il doit surtout les traverser, cheminer, et les passer pour arriver à destination... heureusement il a un guide ! Mazette, y en a un tas... Suivant le péché commis, les pécheurs se retrouvent dans un cercle avec les tortures idoines... c'est pas super super cool pour un lieux de voyage, et de vacances encore moins !

Alors oui, l'enfer de Dante, la Divine Comédie tout court, c'est pas simple.
Et si c'est pas simple, ce n'est pas une question de vocabulaire, ou de style, ou de quoi que ce soit dans ce goût-là, non.
C'est pas simple parce que ce sont des chants. Et pour moi un chant, bin ça se chante, se déclame. En gros ça se lit à voix haute, rien que pour trouver le souffle, le rythme... pour ressentir.

« Je vis plus de mille diables au-dessus des portes
précipités du ciel, qui disaient pleins de rage :
" Qui donc est celui-là qui sans avoir sa mort
s'en va par le royaume des âmes mortes ? " »

Bon bin franchement se mettre à déclamer du Dante dans le bus, bin vous risquez de passer pour un allumé du bulbe et c'est bien dommage. On vous regarde super louche...
Donc le bus on raye...

A la maison, vous vous retrouvez avec un chéri qui vous regarde avec de grands yeux.. Bon il sait bien que vous avez un pète au casque, mais quand même.
« Et cette difforme image de la fraude atterrit de la tête et du buste, mais sur la rive elle ne tira point la queue.
Sa face était celle d'un homme juste, si bénigne en était l'apparence, et le corps en bas était d'un serpent.
Elle avait, au-dessous des aisselles, des pattes velues ; sur le dos, la poitrine et les deux côtés, des lacs peints et des boucliers. »

Alors vous expliquez, que vous lisez du Dante, que c'est très chouette, que c'est une référence en littérature, une référence pour plein de trucs, que c'est votre kiff les diables, les mythologies et toussah, mais que c'est des chants donc ça se déclame..
Votre chéri vous regarde louche... bon...

Alors vous prenez votre bouquin, pour aller dans un jardin pas loin, histoire de... et c'est reparti, vous déclamez bien fort cette poésie magistrale, vous êtes bien dedans..

« Descendu au pied de ces malignes pentes grises, ce triste ruisseau y engendre un marais nommé Styx.
Et moi qui regardais, attentif, je vis dans ce bourbier des gens tout nus, couverts de fange, le visage courroucé.
Non pas seulement avec la main, mais avec la tête, avec, la poitrine et les pieds ils se frappaient, et en lambeaux se déchiraient avec les dents. »

Et là paf, y a une maman qui vient vers vous, vous dire que vous faites peur aux mômes qui jouent plus loin.. Vous aviez pas vu, mais derrière un gros bouquet d'arbres bin y a une aire de jeux pour les petits poulets.
Vous vous expliquez, Dante, chant, poésie... rien n'y fait vous faites peur aux mômes, on vous regarde louche...

Bon... vous êtes têtu (enfin moi)... vous rentrez chez vous, direction la terrasse, et c'est reparti mon kiki comme en quarante...
« Nous faisions route avec les dix démons.
Ah féroce compagnie ! mais à l'église
avec les saints, et à la taverne avec les gloutons. »
Là y a une fenêtre des voisins qui s'ouvre et un bon gros « ta gueule ! » qui fuse...
Diantre !
Le monde se liguerait-il contre moi ? Ne pourrais-je dont point terminer ma lecture, faire entendre la chanson ?
Ne vais-je pouvoir ressentir le cheminement, le souffle, le rythme de cette grande poésie.. le monde serait-il fermé aux poètes ? Aux envolées, au magique, au terrible... zut alors c'est ty pas dommage... et triste aussi.

Pourtant on rencontre du beau monde dans ces enfers. Pourtant c'est une sacrée aventure. Pourtant c'est beau. Les images sont fortes !
Bon même si je dois dire qu'il faut une certaine culture quant aux noms énumérés, et que c'est un règlement de compte de l'époque (dont je me fous royalement), mais ça n'entrave pas tant que ça la lecture. J'ai fait fi.

Mais d'un autre côté ça m'étonne pas trop, j'avais déjà testé avec l'Iliade, et j'avais déjà eu le même retour... Nan on est vraiment des tristes... si peur de tout... ce sont juste des mots, ou est-ce autre chose ?...
Envie pour instant de devenir comme Diogène, et d'envoyer péter tous ces braves gens...

P.S: j'ai la jolie édition du Chêne, sorte de petit précis, petit précieux avec plein d'illustrations ^^, et sur L'enfer de Dante, c'est pas ce qui manque ! ça aussi ça aide...
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Citations et extraits (113) Voir plus Ajouter une citation
Nous rencontrâmes une foule d'ombres
qui s'en venaient près de la rive, et chacune
nous regardait ainsi que font le soir
ceux qui se croisent à la nouvelle lune ;
elles clignent des yeux vers nous
comme le vieux tailleur au chas de son aiguille.
Regardé ainsi par semblable famille,
je fus reconnu par l'un d'eux, qui me prit
par le pan de ma robe et cria : " Merveille ! "
Et moi, quand il tendit le bras,
je fixai mes regards sur sa figure cuite,
si fort que le visage brûlé n'empêcha pas
à mon esprit de le connaître.

Chant XV, (16-28).
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Et une louve, qui paraissait dans sa maigreur
chargée de toutes les envies,
et qui fit vivre maintes gens dans la misère ;
elle me fit sentir un tel accablement
par la terreur qui sortait de sa vue,
que je perdis l'espoir de la hauteur.
(...)
" Il te convient d'aller par un autre chemin,
(...)
si tu veux échapper à cet endroit sauvage ;
car cette bête, pour qui tu cries,
ne laisse nul homme passer par son chemin,
mais elle l'assaille, et à la fin le tue ;
elle a nature si mauvaise et perverse
que jamais son envie ne s'apaise
et quand elle est repue elle a plus faim qu'avant ".

Chant I, 49-54, 91, 93-99.
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L'Enfer

Chant IV

Dante se réveille au delà du fleuve, sur le bord des limbes qui forment le premier cercle des Enfers, - il y voit les enfants morts sans baptême et les hommes qui n'ont suivi que la loi naturelle.
... La bouche de l'abîme était vaste, profonde et si ténébreuse, que j'enfonçais mon regard dans son centre sans rien y distinguer.
-Or, descendons, il est temps, dans cet empire de la nuit et de la douleur, me dit mon guide pâlissant.
Et moi qui vis son trouble :
- Comment pourrai-je vous suivre si vous, qui souteniez ma vertu, partagez mon effroi ?
Il me répondit :
-Les souffrances de tant d'êtres à jamais perdus dans ces gouffres troublent mon visage de cette compassion que tu prends pour l'épouvante. Allons, nos moments s'écoulent, et la longueur du voyage nous presse..

Je me souviens d'un retour agité à bord d'une navette pleine de passagers qui reliait Belle-Ile-en-Mer à Quiberon : mon inquiétude grandissait et la seule chose qui m'éclaira à me sortir de là fut de regarder le visage du capitaine et de son équipier qui ne reflétaient en rien un danger quelconque : était-ce de l'inconséquence ou du métier ? J'en conclus que peut-être au pire songeaient-ils que la prudence aurait dû les dissuader de ce retour. Ce jour là, je devais être aussi pâle et pas être plus épais qu'une feuille de papier à cigarette OCB de Quimperlé. Mon beau teint hâlé disparut comme neige au soleil ! La mer déchainée se calma à l'approche de la côte, et la vue de la terre ferme rasséréna tout le monde... Je ne tirai aucune jouissance de si naufragé il y eût, je ne fus pas seul ..
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Nous allâmes ainsi jusqu'à la lumière
en causant de choses qu'il est beau de taire,
comme il était beau d'en parler alors.
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Jamais tonneau fuyant par sa barre ou sa douve
ne fut troué comme je vis une ombre,
ouverte du menton jusqu'au trou qui pète.
Ses boyaux pendaient entre ses jambes ;
on voyait les poumons, et le sac affreux
qui fabrique la merde avec ce qu'on avale.

Chant XXVIII, (22-27).
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Pour qualifier le pire de l'épouvante ou du macabre, on utilise souvent l'adjectif dantesque. Mais savez-vous d'où vient ce mot ?
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