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ISBN : 2213710104
Éditeur : Fayard (24/10/2018)

Note moyenne : 4.09/5 (sur 41 notes)
Résumé :
J'ai écrit ce livre en hommage à ma grand-mère maternelle, Idiss. Il ne prétend être ni une biographie, ni une étude de la condition des immigrés juifs de l'Empire russe venus à Paris avant 1914. Il est simplement le récit d'une destinée singulière à laquelle j'ai souvent rêvé.
Puisse-t-il être aussi, au-delà du temps écoulé, un témoignage d'amour de son petit-fils.
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
motspourmots
  11 décembre 2018
J'ai été très très émue par l'émission La Grande Librairie consacrée à Robert Badinter au moment de la parution de ce livre. On a tendance à voir en cet homme, le combattant, le défenseur des droits dont la bataille et la victoire emblématiques furent bien sûr l'abolition de la peine de mort. Mais là, au cours de ce très beau moment de télévision, c'est le petit-fils d'Idiss qui est apparu avec, parfois, le regard de l'enfant qu'il fut. le petit-fils d'Idiss et, le fils de Simon, arrêté en 1942 par Klaus Barbie, déporté et jamais revenu. Alors j'ai eu envie de me plonger dans le récit de cette période d'avant 1942, qui permet de mieux comprendre les fondations qui ont présidé au parcours de cet homme que l'on ne peut qu'admirer.
Et l'histoire commence en Bessarabie, une région dont les contours et les rattachements ont beaucoup varié avec l'histoire (fait actuellement partie de la Roumanie) entre Russie et Moldavie. C'est là qu'est née Idiss, là encore qu'elle tombe amoureuse de Schulim et qu'ils auront trois enfants, Avroum, Naftoul et la petite dernière, Chiffra qui deviendra Charlotte lorsque la famille décidera de s'installer à Paris en 1912. Histoire représentative de celles de nombreuses familles juives d'Europe centrale, chassées par la violence de l'expression de l'antisémitisme à travers les pogroms, et qui voyaient en la France une terre de libertés et de tolérance. C'est à Paris que Charlotte rencontre Simon ; ils auront deux fils, Robert et Claude. Simon se révèle un excellent entrepreneur, faisant fructifier une entreprise de négoce international dans le domaine de la fourrure. Et la famille grimpe les échelons, s'installe dans un quartier bourgeois tandis que bruissent déjà les prémices du conflit à venir...
La figure d'Idiss est bien sûr omniprésente, elle qui ne parle pas français, ne sait ni lire ni écrire, habite avec Simon et Charlotte et constitue donc une chaleureuse présence pour ses petits-enfants. Dans les mots de Robert Badinter, on sent tout l'amour pour cette grand-mère que la famille a dû quitter pour fuir en zone libre, Idiss étant trop faible pour être transportée. Toute la douleur aussi, sous-jacente, au moment d'aborder le destin de son père. Dans les souvenirs de ce que lui ont transmis son père et sa grand-mère, on découvre ce qui a servi de "tuteur" au jeune Robert, et l'on mesure peut-être mieux comment se forge une telle personnalité. Car ce récit, pour intime qu'il soit, ne manque jamais d'apporter une contribution à notre connaissance de l'Histoire de France et plus particulièrement de cette période précédant la seconde guerre mondiale.
Il y a beaucoup de choses dans ce livre, beaucoup d'émotions. Je suis sortie de ma lecture le coeur serré, à la fois reconnaissante pour ces confidences jamais impudiques et émue par la blessure encore si présente. Et d'ailleurs impossible à effacer. Et surtout, encore plus impressionnée par la posture de cet homme. Un grand homme.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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ZeroJanvier79
  23 novembre 2018
Robert Badinter est une figure qu'on ne présente plus. Avocat, homme politique, ministre de la Justice après l'élection de François Mitterand en 1981, il restera dans l'Histoire comme celui qui a fait voter l'abolition de la peine de mort en France. Même si sur certains sujets je ne suis pas toujours d'accord avec ses prises de position, c'est un homme pour lequel j'ai toujours éprouvé beaucoup de respect, notamment après avoir lu son excellent livre L'abolition où il racontait son combat contre la peine de mort.
Dans Idiss paru tout récemment, il nous parle de sa grand-mère, qui portait le prénom qui donne son titre au livre :
" J'ai écrit ce livre en hommage à ma grand-mère maternelle, Idiss.
Il ne prétend être ni une biographie, ni une étude de la condition des immigrés juifs de l'Empire russe venus à Paris avant 1914. Il est simplement le récit d'une destinée singulière à laquelle j'ai souvent rêvé.
Puisse-t-il être aussi, au-delà du temps écoulé, un témoignage d'amour de son petit-fils. "
Robert Badinter nous raconte la vie de sa grand-mère, juive originaire de Bessarabie et installée à Paris avec sa famille au début du XX° siècle pour fuir les pogroms de l'Empire tsariste. A travers le récit de cette vie, il nous raconte également l'histoire des juifs en France et en Europe au cours de la première parte du XX° siècle.
Je ne vais pas vous raconter en détail ni la vie d'Idiss, vous la découvrirez en lisant ce livre, ni celle des juifs d'Europe, que vous connaissez déjà. Je vais me contenter de vous proposer quelques extraits du livre qui m'ont marqués, et qui me semblent refléter parfaitement son contenu .
La France y est d'abord perçue comme une terre d'accueil bienveillante avec les juifs immigrés de pays où ils sont persécutés :
" L'affaire Dreyfus, qui avait tant agité les esprits, n'avait pas autant ému cette minorité encore étrangère à la France et qui avait trop connu l'antisémitisme virulent du régime tsariste pour s'étonner de celui qui avait mobilisé une partie de la France chrétienne et traditionnaliste. Cependant, en quel pays d'Europe aurait-on vu autant de sommités intellectuelles ou politiques mener le combat pour que justice soit rendue à un juif innocent contre la haute hiérarchie militaire, si respectée des Français4 ? Que la justice l'ait en définitive emporté sur l'antisémitisme était pour eux un gage de sécurité. Et une source de fierté, puisque la cause de Dreyfus était aussi la leur.
Mais, en même temps qu'ils révéraient la République, ils ne pouvaient ignorer les défilés sur les boulevards des manifestants criant « Mort aux juifs », comme dans les provinces de l'Empire tsariste. Des juifs avaient été malmenés et des magasins pillés çà et là, notamment en Algérie française. Mais les juifs immigrés avaient compris à l'épreuve de l'affaire Dreyfus que c'était la République qui était leur protectrice plutôt que la France, fille aînée d'une Église catholique qui avait enseigné à ses fidèles l'exécration du peuple déicide. Ainsi, en politique, les juifs se trouvaient massivement dans le camp des républicains. de toutes les nuances de l'arc-en-ciel politique, mais tous républicains. "
Il y a notamment ce très beau passage sur l'école laïque et républicaine :
" L'école était séparée de la rue par un mur à mi-hauteur surmonté d'une grille. Un drapeau tricolore flottait au fronton du bâtiment central. La devise républicaine était gravée au-dessus de l'entrée. C'était la République triomphante ouvrant à ses enfants les voies de la connaissance. Ainsi, Chifra-Charlotte fit son entrée à douze ans dans le monde du savoir…
Surtout, ma mère nous parlait de monsieur Martin, le sous-directeur, qui enseignait le français à ces enfants d'immigrés qui n'en connaissaient que quelques mots usuels. M. Martin, à entendre Charlotte, n'était rien de moins qu'un missionnaire de la culture française dépêché dans ces quartiers populaires de Paris où s'entassaient dans des immeubles vétustes les familles d'immigrés.
Ce que voulait M. Martin, instituteur de la République, c'était transformer ces enfants venus d'ailleurs en petits Français comme les autres, auxquels il enseignait les beautés de la langue française, la grandeur de l'histoire de France et les principes de la morale républicaine. Car M. Martin était profondément patriote. Il croyait à la mission civilisatrice de la France, et la devise républicaine était son credo. Il admirait Jaurès, courait à ses réunions, lisait L'Humanité. Il avait foi dans un avenir meilleur où régneraient le socialisme et la paix par l'arbitrage international. Comme il était patriote, il n'oubliait pas l'Alsace-Lorraine que les Allemands nous avaient injustement arrachée. Mais comme il était pacifiste, il pensait que c'était par le droit à l'autodétermination des peuples que les territoires perdus reviendraient un jour à la République française. Dans son métier, M. Martin avait fait sienne la devise de Jaurès : « Aller vers l'idéal en partant du réel ». L'idéal pour lui, c'était dans sa modeste école parisienne de faire reculer l'ignorance et les préjugés, et d'ouvrir ces jeunes esprits au monde de la connaissance et aux beautés de la culture française. "
Les années 1930 puis 1940 virent au désastre pour la République et notamment ses « enfants » juifs :
" Mon père Simon avait changé. Ses certitudes, les piliers sur lesquels était fondée sa vie, s'étaient effondrés. La débâcle de juin 1940, les troupes françaises en déroute mêlées aux civils fuyant l'invasion, avaient ébranlé sa fierté d'être devenu un citoyen de la « Grande Nation » dont il connaissait si bien l'histoire. La disparition de la République à Vichy avait suscité en lui chagrin et angoisse. Que les Français rejettent la République était pour ce citoyen d'adoption plus qu'un changement de régime : une trahison de son idéal.
Mais ce qu'il ressentait, c'était que le gouvernement de cette France qu'il avait tant aimée le rejetait comme une marâtre haineuse. Cet abandon, cette trahison, l'accablait secrètement. Il avait beau s'efforcer de l'imputer aux seuls nazis, il n'était plus, avec sa famille, qu'un juif au sein d'un État français plus antisémite dans ses lois que la Russie tsariste de son enfance.
Souvent, je me suis interrogé : que pensait-il lorsque, à Drancy, en mars 1943, il montait dans le train qui le conduirait au camp d'extermination de Sobibor, en Pologne ? Arrêté à Lyon par Klaus Barbie, et déporté sur son ordre, c'était aux nazis qu'il devait sa fin atroce, à quarante-huit ans. Mais au camp de Pithiviers ou de Drancy, qui le gardait, sinon des gardes mobiles français ? Tel que je l'ai connu, aimant si profondément la France, a-t-il jusqu'au bout conservé sa foi en elle ? On ne fait pas parler les morts. Mais cette question-là, si cruelle, n'a jamais cessé de me hanter. "
En un peu plus de deux cent pages, Robert Badinter nous offre un joli hommage à sa grand-mère disparue mais surtout un récit tragique et malheureusement réaliste de la destinée des juifs d'Europe dans la première moitié du XX° siècle. Idiss restera sans doute pour moi l'une des lectures marquantes de cette année.
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justeuneligne
  14 janvier 2019
L'émotion et la pudeur de Robert Badinter, reçu à la Grande Librairie à l'occasion de la parution de ce livre m'avaient beaucoup touchée.
J'ai assisté ce jour là à un moment de télévision rare, transmettant une parole de sincérité et de vérité intimes et sans fard, bouleversante. En lisant ce livre qui m'a été offert, j'avais à l'esprit son auteur et l'envie d'approcher de plus près l'homme public que j'admire.
Idiss est un récit qui tente de retracer une histoire familiale en la centrant sur cette femme courageuse et modeste à laquelle le petit Robert vouait une très tendre affection.
On suit le parcours d'Idiss, née en 1833, en Bessarabie, et qui va émigrer à la suite de ses deux fils , fuyant les terribles pogroms du début du 20 ème siècle dans cette région à l'antisémitisme virulent.
Un premier chapitre réinvente la vie d'Idiss au shetel ( village), nous parle de son amour pour Shulim, mari qu'elle n'a pas choisi mais qu'elle vénère au delà de son égoïsme et des tourments causés par sa passion du jeu.
Un deuxième chapitre raconte l'exode, le mirage de Paris, pays tant admiré pour sa culture et parce que la justice avait su triompher de l'antisémitisme avec l'affaire Dreyfus. On suit la famille jusqu'à son arrivée à Paris, d'abord les deux grands fils Avroum et Naftoul, puis le couple et leur dernière née, Chifra devenue Charlotte, mère de l'auteur.
L'auteur suit un déroulement chronologique, avec son lot de drames intimes ( la mort prématuré de Shulim) et de joies ( le mariage de Charlotte avec Simon rencontré au bal des Bessarabiens)
Idiss est le fil rouge de cette histoire, discrète et néanmoins très présente, complexée par son illettrisme, entièrement vouée à sa famille.
A la mort de Shulim, elle s'installe chez Charlotte et Simon et suivra leur ascension sociale rapide, sera toujours là pour ses deux petit-fils Claude et Robert, poussés à l'excellence par leur mère, sans doute frustrée par sa propre condition de fille écartée des études.
Beaucoup de tendresse dans ce livre à l'écriture douce et fluide. le petit Robert partage avec Idiss des moments gourmands ( le chocolat du jeudi) et ludiques ( les séances de cinéma muet où l'auteur fait résonner pour nous le rire de sa grand-mère.
La tristesse et l'angoisse du sort qui attend ces nouveaux français qui ont tant cru à leur pays d'adoption est très présente et poignante.
Puisse ce livre, qui ne juge pas, mais qui raconte simplement, laisser une trace durable et salutaire dans le coeur de ses lecteurs!
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Filox
  15 novembre 2018
Robert Badinter raconte simplement l'histoire de sa famille. Sa grand mère Idiss, juive, russe de Bessarabie, terre de pogroms, en est la figure centrale. L'ensemble constitue un très beau témoignage rendu à des personnes chères et éclaire concrètement le contexte historique, géopolitique dans lequel ils vivent et évoluent et nous raconte plus en détail les conditions dans lesquelles les réfugiés yiddish de l'Europe centrale ont pu rebondir et s'intégrer dans la république française.
La mère De Robert, Chifra, fille d'Idiss, se prénommera ensuite Charlotte, n'aura de cesse de franciser la famille, l'école de la république reçoit dans ce livre un très bel hommage et est le symbole d'une république française « plus hospitalière dans ses lois que dans les coeurs « écrit Badinter. C'est aussi une belle description de Paris, terre d'accueil vue du prisme des émigrés du Yiddishland.
Le nazisme lui prendra ses parents et Idiss sera emportée par la maladie cette même année 1942 aura une fin de vie bien aggravée, une forme de retour à l'extrême misère qu'elle avait connu dans son enfance.
Merci à l’éminent auteur pour nous livrer ce texte très accessible, pudique, et également sensible à la fois sobre et précis, instructif aussi pour ceux qui ne connaissent pas de l'intérieur la « culture »juive et qui nous restera très nécessaire pour lutter contre l' oubli, et l'ignorance qui restent des écueils très puissants à la transmission de la mémoire des tragédies insensées de notre civilisation.
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montmartin
  30 décembre 2018
« L'hospitalité est la richesse des pauvres. »
Robert Badinter fait partie des quelques hommes pour qui j'ai une profonde admiration, ce fut donc un réel plaisir de lire le livre qu'il consacre à sa grand-mère maternelle.
L'auteur retrace avec amour la destinée de cette femme née dans une région située entre la Russie et la Roumanie et qui comme beaucoup de juifs connaîtra le déracinement, la violence et l'antisémitisme. Une femme dont la seule richesse est l'amour sans limites qu'elle porte à ses enfants et petits-enfants. Robert Badinter emploie des mots simples, il sait s'effacer derrière les portraits d'Idiss et de son père, les personnes qui ont fait de lui l'homme remarquable qu'il est devenu.
« Son principe d'éducation était simple : puisque nous étions ses fils, nous ne pouvions être que les premiers de la classe ! Tout manquement à cette règle était donc de notre faute. »
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critiques presse (1)
Liberation   05 novembre 2018
Idiss est un geste d’adieu, adieu à «un monde mort», le «Yiddishland» d’où venaient parents et grands-parents, adieu au passé. «Mon enfance a pris fin le 10 mai 1940», écrit l’ancien ministre de la Justice.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
ZeroJanvier79ZeroJanvier79   23 novembre 2018
L’école était séparée de la rue par un mur à mi-hauteur surmonté d’une grille. Un drapeau tricolore flottait au fronton du bâtiment central. La devise républicaine était gravée au-dessus de l’entrée. C’était la République triomphante ouvrant à ses enfants les voies de la connaissance. Ainsi, Chifra-Charlotte fit son entrée à douze ans dans le monde du savoir…

Surtout, ma mère nous parlait de monsieur Martin, le sous-directeur, qui enseignait le français à ces enfants d’immigrés qui n’en connaissaient que quelques mots usuels. M. Martin, à entendre Charlotte, n’était rien de moins qu’un missionnaire de la culture française dépêché dans ces quartiers populaires de Paris où s’entassaient dans des immeubles vétustes les familles d’immigrés.

Ce que voulait M. Martin, instituteur de la République, c’était transformer ces enfants venus d’ailleurs en petits Français comme les autres, auxquels il enseignait les beautés de la langue française, la grandeur de l’histoire de France et les principes de la morale républicaine. Car M. Martin était profondément patriote. Il croyait à la mission civilisatrice de la France, et la devise républicaine était son credo. Il admirait Jaurès, courait à ses réunions, lisait L’Humanité. Il avait foi dans un avenir meilleur où régneraient le socialisme et la paix par l’arbitrage international. Comme il était patriote, il n’oubliait pas l’Alsace-Lorraine que les Allemands nous avaient injustement arrachée. Mais comme il était pacifiste, il pensait que c’était par le droit à l’autodétermination des peuples que les territoires perdus reviendraient un jour à la République française. Dans son métier, M. Martin avait fait sienne la devise de Jaurès : « Aller vers l’idéal en partant du réel ». L’idéal pour lui, c’était dans sa modeste école parisienne de faire reculer l’ignorance et les préjugés, et d’ouvrir ces jeunes esprits au monde de la connaissance et aux beautés de la culture française.
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ZeroJanvier79ZeroJanvier79   23 novembre 2018
Mon père Simon avait changé. Ses certitudes, les piliers sur lesquels était fondée sa vie, s’étaient effondrés. La débâcle de juin 1940, les troupes françaises en déroute mêlées aux civils fuyant l’invasion, avaient ébranlé sa fierté d’être devenu un citoyen de la « Grande Nation » dont il connaissait si bien l’histoire. La disparition de la République à Vichy avait suscité en lui chagrin et angoisse. Que les Français rejettent la République était pour ce citoyen d’adoption plus qu’un changement de régime : une trahison de son idéal.

Mais ce qu’il ressentait, c’était que le gouvernement de cette France qu’il avait tant aimée le rejetait comme une marâtre haineuse. Cet abandon, cette trahison, l’accablait secrètement. Il avait beau s’efforcer de l’imputer aux seuls nazis, il n’était plus, avec sa famille, qu’un juif au sein d’un État français plus antisémite dans ses lois que la Russie tsariste de son enfance.

Souvent, je me suis interrogé : que pensait-il lorsque, à Drancy, en mars 1943, il montait dans le train qui le conduirait au camp d’extermination de Sobibor, en Pologne ? Arrêté à Lyon par Klaus Barbie, et déporté sur son ordre, c’était aux nazis qu’il devait sa fin atroce, à quarante-huit ans. Mais au camp de Pithiviers ou de Drancy, qui le gardait, sinon des gardes mobiles français ? Tel que je l’ai connu, aimant si profondément la France, a-t-il jusqu’au bout conservé sa foi en elle ? On ne fait pas parler les morts. Mais cette question-là, si cruelle, n’a jamais cessé de me hanter.
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ZeroJanvier79ZeroJanvier79   23 novembre 2018
L’affaire Dreyfus, qui avait tant agité les esprits, n’avait pas autant ému cette minorité encore étrangère à la France et qui avait trop connu l’antisémitisme virulent du régime tsariste pour s’étonner de celui qui avait mobilisé une partie de la France chrétienne et traditionnaliste. Cependant, en quel pays d’Europe aurait-on vu autant de sommités intellectuelles ou politiques mener le combat pour que justice soit rendue à un juif innocent contre la haute hiérarchie militaire, si respectée des Français4 ? Que la justice l’ait en définitive emporté sur l’antisémitisme était pour eux un gage de sécurité. Et une source de fierté, puisque la cause de Dreyfus était aussi la leur.

Mais, en même temps qu’ils révéraient la République, ils ne pouvaient ignorer les défilés sur les boulevards des manifestants criant « Mort aux juifs », comme dans les provinces de l’Empire tsariste. Des juifs avaient été malmenés et des magasins pillés çà et là, notamment en Algérie française. Mais les juifs immigrés avaient compris à l’épreuve de l’affaire Dreyfus que c’était la République qui était leur protectrice plutôt que la France, fille aînée d’une Église catholique qui avait enseigné à ses fidèles l’exécration du peuple déicide. Ainsi, en politique, les juifs se trouvaient massivement dans le camp des républicains. De toutes les nuances de l’arc-en-ciel politique, mais tous républicains.
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jbicreljbicrel   21 décembre 2018
Le 14 mai 1941, plus de six mille juifs étrangers, notamment polonais et
tchécoslovaques, furent convoqués à la demande des autorités d’occupation par la préfecture de police. Ils devaient être accompagnés d’un parent ou d’un ami. Les accompagnateurs furent envoyés au domicile des retenus, avec ordre de rapporter leurs effets personnels dans un délai de trois quarts d’heure. Les juifs arrêtés furent ensuite internés dans les camps de Beaune-la-Rolande et Pithiviers, gardés par les gendarmes français dans des conditions indignes. Leurs familles demeurèrent sans ressources autres que de maigres subsides versés par les organisations juives. C’était l’annonce des grandes rafles à venir. La population juive étrangère de Paris fut plongée dans la
terreur. Les juifs naturalisés français découvrirent l’abîme qui s’ouvrait devant eux.
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montmartinmontmartin   15 décembre 2018
Son principe d'éducation était simple : puisque nous étions ses fils, nous ne pouvions être que les premiers de la classe ! Tout manquement à cette règle était donc de notre faute.
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