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ISBN : 2246812437
Éditeur : Grasset (17/01/2018)

Note moyenne : 3.6/5 (sur 78 notes)
Résumé :
« Le téléphone sonne. C’est Charlotte qui m’appelle d’Israël. Nous étions dans la même classe à Montélimar. Elle a été arrêtée après moi, mais je ne l’ai pas croisée à Birkenau.

— Qu’est-ce que tu fais en ce moment ? demande-t-elle.
— Je travaille sur l’amour.
Un silence alors, comme si le mot amour s’égarait, se cognait dans sa tête. Elle ne sait qu’en faire.
— L’amour au camp ou quoi ?
— Après les camps.
—... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  30 mars 2018
Marceline est haute comme trois pommes, elle a toujours sa tignasse rousse qui lui donne un air de petit faune ingénu et insolent, comme dans Chronique d'un été de Jean Rouch et Edgar Morin, où elle demandait à des Parisiens croisés au hasard: "Êtes-vous heureux?'.
Aujourd'hui, Marceline a 89 ans. Et cette fois c'est elle-même qu'elle interroge en fouillant dans sa "valise d'amour" qu'on imagine joyeusement bordélique.
Une valise pleine de lettres d'amour et d'amitié.
Lettres de Loridan son premier mari lointain, de Georges Perec amoureux fou de ce petit bout de femme qui était revenue d'un enfer où sa mère à lui avait disparu, de Jean-Pierre Sergent, d'Edgar Morin, de Joris Ivens son deuxième mari, de trente ans son aîné, compagnon de luttes et de tournages engagés.
Lettres d'anonymes, parfois oubliés, d'amies tendrement chéries comme Simone Veil, comme elle revenue " du même transport, du même quai, du même camp".
Sortie de Birkenau, vivante, Marceline y a laissé son père, tendrement aimé. Et ce qui aurait pu être une adolescence heureuse a été tué avec lui. Elle se jette avec frénésie dans la vie, dans ce "ballet des hommes qui a chassé le nom de (son) père de (son) état civil."
Mais les lettres de la valise , parfois citées partiellement, ne sont pas l'objet du livre: elles tendent un miroir à la narratrice et lui posent toutes la même question : "Es-tu heureuse, Marceline? Peux- tu être heureuse? L'as-tu été ? "

Comment fait-on l'amour, comment ressent-on l'amour après les camps quand on y est entré enfant -elle avait quinze ans- et qu'on y a tout appris de la mort, rien de l'amour?
Sans esquive, sans effet, Marceline répond et dit la vérité d'un corps qui refuse de se dénuder, qui reste insensible, qui ne découvre le plaisir des caresses que dans un mélange troublant de sensualité et de violence.
Elle dit la quête effrénée de la liberté : plus personne ne lui donnera d'ordres, désormais. Et la griserie de la séduction.. .
Mais cette ivresse de séduire n'a pour objet que de s'apprivoiser elle-même. Bientôt elle retrouve la confiance dans la tendresse paternelle et amoureuse du grand Ivens, dont elle devient la co-scénariste.
C'est toute une époque effervescente qui revit en même temps qu'elle : effondrement de l'empire colonial, guerre d'Algérie, naissance d'une Chine nouvelle, luttes politiques , luttes sociales, luttes féministes.
Sortir du camp c'est aussi sortir de soi, donner la parole à ceux qui ne l'ont jamais, aller vers l'autre. Mettre en images et en mots les secousses du monde...et jusqu'au dernier souffle de l'homme aimé dans cette "Histoire de vent"dernier film du vieux lion à crinière blanche, qui m'a laissé un souvenir magique.
Une vraie leçon de vie, d' éternelle jeunesse.
Petit bémol : la co-écriture, qui me gêne toujours un peu. Mais j'ai entendu Marceline parler.. Elle parle comme elle pense et , sans doute, comme elle écrit : vite, juste, précis. Vivant.
Vivante Marceline.
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Bazart
  09 février 2018
Beau et énigmatique titre de ce récit paru chez Grasset en janvier dernier : L'amour après quoi me diriez vous ? Tout simplement et tout tragiquement, l''amour après Birkenau, où la cinéaste fut déportée à l'âge de quinze ans et où son père fut tué.
Dans ce livre écrit avec Judith Perrignon L'Amour après, irrigue de façon aussi percutante que déchirante la voix de Marceline Loridan-Ivens écrivaine, une cinéaste, rescapée des camps de concentration. Et sans le savoir on la connaissait un peu puisque c'est la jeune femme qui, dans un morceau du dernier album de Vincent Delerm, demande aux gens s'ils sont heureux, extrait tiré d'un film de Jean Rouch.
A 15 ans, elle était à Birkenau. A la question que l'on se pose souvent : peut-on vivre après l'horreur, Marceline Loridan-Ivens en substitue plusieurs autres, peut-on aimer un jour après les camps ? Comment peut-on aimer quand son rapport au corps a été totalement ravagé ? Peut-on avoir un jour du plaisir ?
Aujourd'hui à 89 ans, et notamment il Ya un mois sur le plateau de l'émission La grande librairie, elle réaffirme sa conception de l'amour : un amour synonyme de liberté et sans possessivité. Marceline Loridan-Ivans dit se sentir toujours jeune dans sa tête, seul son corps ne suit pas. Une vision aussi libre que rebelle et surtout hors des sentiers battus de l'amour par une résistante dans tous les sens du terme.
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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montmartin
  15 août 2018
Sur la couverture du livre, la photo d'une femme que l'on devine espiègle, ses cheveux roux sont en bataille, ses yeux sont pétillants. Elle perd peu à peu la vue, mais elle a toujours la même verve. Elle vient de fêter ses quatre-vingt-dix ans, elle fume de temps en temps un pétard, elle se fout de son âge. Une valise oubliée, remplie de lettres, de photos, de souvenirs, l'occasion d'évoquer les maris, les amants, les amies.
« Ces amitiés et ses amours que nous tissions sans formalités, et qui nous donnaient le sentiment même fugace de notre liberté. »
Marcelline Loridan-Ivens a été déportée à 16 ans à Auschwitz-Birkenau, à 17 ans elle sort d'un monde qui lui a retiré son nom, sa personne, son corps. Dans ce témoignage émouvant, elle évoque librement l'amour après les camps.
« Jamais, avant le camp, je ne m'étais déshabillée devant quelqu'un, jamais je n'avais vu le corps de femmes nues, ni celui de ma mère, ni celui de mes soeurs. J'ai découvert le mien en même temps que je l'ai su condamné. J'en ai fait une quantité négligeable. Secondaire. Il fallait juste qu'il tienne, qu'il soit sec et solide. J'ai tout vu de la mort, sans rien connaître de l'amour. »
L'amour est pour elle une contrée inconnue, elle est un très jeune bourgeon que la guerre a gelé sur pied. Et pour très longtemps. Faire l'amour était devenu une façon claire d'affirmer son autonomie, sa liberté. Elle vit des histoires en sachant qu'elle n'ira pas au bout. Elle fait l'amour sans rien ressentir. Elle n'a pas grand-chose à donner, et elle ne sait pas le donner, elle n'aime pas qu'on la touche, elle n'aime pas se déshabiller.
« J'avais un comportement décousu sans doute, mais sans en avoir conscience. Je me cherchais dans les regards et je ne voulais pas y voir mon âme perdue. Qu'est-ce qu'une âme perdue ? C'en est une qui tâtonne dans la nuit, sur les routes du souvenir. Il faut agir follement pour ne pas la laisser voir. »
La fin des années 50, les nuits de Saint-Germain des prés, à traîner au café et à discuter jusqu'au lever du soleil. Un besoin immense de communiquer avec ses semblables, le besoin aussi qu'on la remarque, qu'on l'entoure, qu'on l'accepte. Elle sera de tous les combats des femmes, la révolution sexuelle, le féminisme.
« Il n'y eut, après les camps, plus aucun donneur d'ordres dans ma vie. »
Elle nous parle de ses deux tentatives de suicide, de Simone Weil sa compagne de détention, de leur difficulté de raconter ce qu'elles ont vécu, elles ne savent pas l'exprimer. L'évocation aussi de Joris son grand amour, avec lui tout s'est mis en place naturellement, la jeune femme et la survivante des camps ne firent enfin plus qu'une seule.
J'ai beaucoup aimé ce récit intime et puissant d'une femme en quête permanente d'amour, une femme anticonformiste tout en séduction. Tous ses souvenirs sont écrits avec une langue alerte comme elle. Parmi les nombreux livres que j'ai eu l'occasion de lire sur les camps de concentration, c'est la première fois que je vois aborder ce thème de comment se réapproprier son corps après avoir subi l'horreur des camps. le récit bouleversant, sincère, sans aucun artifice d'une femme libre, parfois provocatrice qui se moque bien du regard des autres et qui semble d'une éternelle jeunesse.

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ValerieLacaille
  09 février 2018
Je referme ce roman en étant émue. Comme à chaque fois que j'ai lu les témoignages de Marceline Loridan-Ivens. Ce petit bout de femme, aujourd'hui âgée de 89 ans, dégage une telle force et une telle détermination!!!
Après avoir témoigné sur son expérience terrifiante de la déportation dans "La vie balagan" et les conditions de survie dans le camp de Birkenau dans "Et tu n'es pas revenu", Marceline se penche sur son vécu de l'amour. En découvrant une valise remplie de lettres aussi bien d'amis ou d'amoureux, c'est tout un passé sentimental et sensuel qui lui revient en mémoire.
Tout d'abord, il lui a fallu mettre à distance sa vision du corps. Comment lui découvrir un éventuel attrait après avoir vu à l'adolescence tant de corps dénudés abîmés par la vie et la maltraitance nazie? Comment supporter le regard, les mains d'un homme séduisant quand notre chair paraît repoussante à notre esprit?
Il aura fallu du temps et de la patience pour que Marceline puisse enfin accepter son corps comme objet de désir.
Une magnifique leçon de vie; un témoignage jamais impudique et pourtant sur un sujet qui pouvait paraître inabordable.
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Marti94
  09 novembre 2018
Marceline Loridan-Ivens nous a quitté récemment alors sortir son dernier livre de ma PAL pour le lire est une façon modeste de lui rendre hommage. Et j'ai bien fait car "L'amour d'après" est un récit passionnant écrit avec Judith Perrignon. Marceline Loridan-Ivens ne revient pas sur les conditions de sa déportation à Auschwitz mais nous raconte L'aprés, sa vie reconstruite malgré l'horreur inoubliable. C'est là que l'on découvre la force de cette femme.
Alors qu'elle est âgée et devenue presque aveugle, elle réussit à retrouver ce qu'elle appelle joliment sa valise d'amour. C'est une vraie valise où elle a gardé les lettres et documents de son passé amoureux. En l'ouvrant, les souvenirs remontent.
Dans les années 50, à Saint-Germain-des-Prés, Marceline dit qu'elle va choisir de se pencher sur ce qu'elle n'a pas appris plutôt que sur ce qu'elle a vécu. Elle fréquentera les intellectuels germanopratins mais pas seulement car elle aura pour amies celles que l'on nomme les filles perdues.
Elle se souvient aussi qu'elle n'hésite pas à faire l'amour, ce qui était plutôt rare à l'époque. Pourtant elle découvrira le plaisir physique tardivement car son corps n'était pas disposé ; elle l'avait laissé dans les camps de concentration.
Il faut dire qu'elle a aimé et été aimée et j'ai été très impressionné par les lettres de ses amants éperdus dont Georges Perec et Edgar Morin.
Ce récit pourrait être sous-titré La jeune fille et la survivante ; c'est ce qui revient souvent et on le comprend aisément. D'ailleurs, elle garde des contacts avec des personnes qu'elle a connues en déportation comme Simone Veil a qui elle rend un bel hommage. Et puis il y a surtout son grand amour, le cinéaste Joris Ivens de 30 ans son aîné. Avec lui elle pourra développer sa créativité de scénariste et réalisatrice.
Marceline Loridan-Ivens dit que les livres sont faits pour nous empêcher d'oublier et c'est ce qu'elle nous prouve en femme libre.
Lu en octobre 2018

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critiques presse (6)
LeFigaro   16 février 2018
La rescapée d'Auschwitz-Birkenau raconte la difficulté d'aimer après les camps.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Culturebox   13 février 2018
Un livre solaire et sensuel, écrit dans une langue d'une jeunesse éclatante.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Lexpress   12 février 2018
À son retour des camps, et après deux tentatives de suicide, Marceline Loridan-Ivens doit se réapproprier son corps, "à jamais associé à l'ordre d'un nazi".
Lire la critique sur le site : Lexpress
LaCroix   09 février 2018
Dans un livre intime et puissant, Marceline Loridan-Ivens, rescapée des camps de la mort, évoque les hommes qui ont traversé sa vie.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Bibliobs   24 janvier 2018
Survivante d'Auschwitz, Marceline-Loridan Ivens fait le récit de son difficile retour à la vie et à l'amour.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeMonde   22 janvier 2018
L’écrivaine et cinéaste, survivante d’Auschwitz, de Bergen-Belsen et de Theresienstadt, raconte son retour à la vie dans « L’Amour après ».
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (45) Voir plus Ajouter une citation
Ma_attnMa_attn   14 novembre 2018
Il fallait que nous fassions des phrases amicales, amoureuses, fâcheuses et menteuses. Il nous fallait nous écrire pour nous raisonner et nous orienter dans ce monde.
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Marti94Marti94   09 novembre 2018
Il frôlait les visages, les regards, les pâles sourires de ceux que l'Histoire était en train de broyer, il ressuscitait les perdants et les bientôt morts, et j'ai retenu son nom, Joris Ivens, qui depuis longtemps déjà filmait l'humanité. Je n'en étais pas encore à faire des films, mais j'ai su que son langage pouvait être le mien.
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Marti94Marti94   09 novembre 2018
Je ne me drapais pas seulement dans les affaires du monde, j'avais envie d'y vivre, c'était la seule manière de surmonter mon arrestation, ma déportation, la mort de mon père, la folie suicidaire qui gangrenait ma famille.
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BazartBazart   09 février 2018
Je crois que tu t’es trompée, Marceline. Je ne crois pas, je ne sais pas, on ne jamais être totalement sur. Ou bien c’est moi qui me suis trompé. C’est possible, je ne crois pas. Je voudrais t’en vouloir- T’en vouloir pour cette impasse, pour cette impasse, ce cul de sac, pour ces coups de téléphone : - « Bonjour, Georges comment vas-tu ? »

Non, Marceline, tu le savais très bien, cela, je ne pouvais le souffrir, c’était pire que de l’hypocrisie.
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michfredmichfred   30 mars 2018
En politique, nous* n'étions pas du même bord, mais qu'est-ce qu'un bord, sinon une rive d'où l'on écoute et interprète le bruit du monde? Nous étions du même transport, du même quai, du même camp. Nous étions des femmes dures.

*Nous: la narratrice et Simone Weil.
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