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ISBN : 2916136886
Éditeur : Les éditions du Sonneur (24/09/2015)

Note moyenne : 3.9/5 (sur 20 notes)
Résumé :
« Mettez-moi à la poubelle ! Je vous dis de me mettre à la poubelle ! Comme ça, vous serez débarrassés ! À la poubelle ! Quand ça ne va plus, c’est direct à la poubelle ! Perdez pas votre temps ! » C’est long de mourir. C’est long de voir mourir. Surtout celle qui vous a donné le jour et l’amour du livre, des histoires qui racontent la vie. À 92 ans, le temps a perdu le Nord. La boussole est déréglée, on dit que c’est le grand âge, celui où l’on se souvient de chose... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
frconstant
  13 janvier 2018
Un titre pirouette, jusque dans le graphisme. Franz BARTELT, cet écrivain français des Ardennes du nord envoie un uppercut à la vie et surtout à une certaine forme de fin de vie.
Lui, il tente de rester droit, de tenir le quotidien en main, d'assurer la réalité en acceptant l'absurdité de la perte de sens progressive du réel chez sa maman. Ce livre est poignant. le récit passe, repasse la vie de sa mère, quadragénaire avancée, qui plus elle vieillit, plus elle se souvient et vit en lien fusionnel avec sa propre mère qui aurait aujourd'hui quelques 120 ans alors qu'elle ne sait plus nommer son fils. Et pourtant, il est bon ce fils qui vient lui tous les jours lui rendre visite, parler un peu, surtout écouter, mettre sur la table ce qu'il faut manger, s'occuper de la vaisselle et s'assurer que la gazinière soit bien fermée avant de partir. Tous les jours, il est là, elle, de moins en moins, elle s'éloigne de plus en plus. Elle fugue même souvent. Pour aller faire le ménage à la boucherie, faire des courses, se promener au square et parler avec… elle ne sait plus, mais ça n'a pas d'importance, elle n'est pas folle, tout de même ! Un récit de vie au jour, le jour avec sa lente descente en absurdie.
De la maison qu'on ne veut quitter à celle qui se dit de repos pour personnes âgées, il n'y a qu'un pas, c'est celui de la mort en sursis à celui de la vie déjà définitivement perdue. Dans un hospice, on ne vit plus, on ne survit même pas, on attend. On attend tout et surtout la mort… sans aucun pouvoir sur la gestion du temps !
Ce texte, empli de pudeur, est habité de cette distance ‘protectionnelle' indispensable à tout qui accompagne le vent de l'oubli qui chante dans les esprits de ceux qu'on aime. Mais il sonne tellement vrai !
Le texte, comme le temps, se répète, fait du sur place et souligne combien, ni le fils, ni la mère, ne trouvent leurs places dans une fin de vie qui se drape de bonnes intentions ou croyances pour camoufler la déchéance humaine et l'absurdité de ce temps qui n'appartient à personne.
On ne sort pas de ce texte indemne. On ne peut que revisiter ses propres expériences d'accompagnement d'êtres aimés et se questionner sur l'attitude à prendre, l'aptitude à développer, le changement d'altitude dans nos choix de vie qu'il serait bon - ou non – d'anticiper.
On comprend aisément que ce livre trouve une juste place dans la collection ‘Ce que la vie signifie pour moi' des éditions du Sonneur.
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ninachevalier
  19 février 2016
Depuis qu'elle est morte elle va beaucoup mieux
Franz Bartelt Les éditions du sonneur (1)
Collection ce que la vie signifie pour moi ( 72 pages - 12€)
L'auteur nous plonge d'emblée au coeur de la pestilence, de la souffrance et de la mort, par son regard lucide et tendre qui embrasse tous ces êtres qui peuplent les départements de gériatrie, tributaires de « l'administration suprême ». Il dépeint « l'horreur banale de l'existence », la dégradation physique, la souffrance psychique, les maladies diverses, folie, Alzheimer. Un calvaire pour les proches. Impuissant, on est confronté chaque jour à des situations invraisemblables, à leurs divagations, leurs délires, leurs méprises, lubies ( envie de champagne). Sans compter les fugues, le chantage au suicide, les chutes.
Ce déclin , le narrateur l'observe chez sa propre mère :« Elle s'éloigne de sa tête ». Elle vit immergée dans ses souvenirs et convoque souvent sa propre mère, qui «  depuis qu'elle est morte va beaucoup mieux ». Et pourtant, elle l'attend.
Les confusions dans les repères temporels se multiplient. Les journées défilent monotones, l'ennui s'installe même si des animations ponctuent la semaine ou des visites. Ne fête-t-on pas les anniversaires, les centenaires, Noël ?
Franz Bartelt a le don à la fois de nous tirer une larme et de nous faire rire. ( scènes des friandises Chamallow, de la « tête de nègre », de l'essayage du cadeau)
Advient le moment où le résident n'est plus qu'une épave grabataire condamnée à son lit. Franz Bartelt aborde ce difficile dilemme de prendre la décision de placer un proche en maison de retraite quand il perd son autonomie, avec ce sentiment de culpabilité. L'auteur souligne le dévouement , l'abnégation et le mérite du personnel soignant confronté quotidiennement à la déliquescence des corps mais qui essaye d'être positif, bienveillant, aimant, souriant.
Quant aux accompagnants, l'écrivain ne cache pas qu'il faut être blindé pour ne pas déprimer. Comment accepter de voir la déchéance inéluctable d' un parent ?
La fin est brutale, la camarde a sonné le clap létal. Pour Woody Allen : «  le côté positif de la mort, c'est que l'on peut l'être en restant couché » .
Commence, pour ceux qui restent, la période de résilience et de mémoire «  Pour eux ( les disparus), nous ne sommes plus rien. Pour nous, ils sont encore beaucoup ».
Franz Bartelt offre un touchant et vibrant tombeau de papier à cette mère qui lui apprit à lire. En abordant ce sujet tabou de la finitude, douloureusement universel, l'auteur souligne les carences de la législation française sur la fin de vie, l'euthanasie, contrairement à La Suisse. Il explore avec réalisme les multiples facettes de la décrépitude humaine . Il pose un regard implacable sur les institutions gériatriques et brocarde les failles des ces hospices où la nourriture laisse parfois à désirer.
Être drôle et vif en parlant de vieillesse, «  rien de moins qu'une prison » , c'est le pari euclidien de Franz Bartelt. L'humour et la démesure restent une manière élégante pour exorciser par le haut la tristesse du réel que suscite l'absurdité de la condition humaine. Un récit témoignage grave, profond, frappé sous le sceau de la délicatesse, qui ne peut laisser indifférent, car il fait aimer la vie doublement.
On retrouve avec plaisir le poète qui décline la liste de ses désirs : « Désirer le bleuité des matins dans le jardin, quand la rumeur des fleurs épouse la clameur des oiseaux » et le styliste, usant d'oxymores : « J'en arrive à me dire que les malheurs que nous subissons contiennent encore tout ce qui fait le bonheur ».
Pourquoi pas suivre le viatique dont l'auteur se dit adepte ?
A savoir : «  le vin, le tabac, les promenades dans les bois, la lecture, l'écriture, la musique à fond les biscottes... ». Abusons donc de sa gouaille, de ses livres.
Il ne reste plus qu'à attendre de Franz Bartelt «  cette littérature du contournement, de la périphrase, du décalage » dont il se dit partisan.
(1) Voir l'article de Martine Laval sur Franz Bartelt :
Le tour de Franz en 70 livres – Télérama no 2915 – 23 novembre 2005
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saphoo
  15 janvier 2016
Une histoire touchante, comme une longue mélodie qui n'en finit pas la mort s'invite à petit pas, commençant à grignoter la mémoire et tous les espoirs de rester lucide, humble, conscient. le corps fait défaut, certes, mais le cerveau encore pire.
L'auteur nous conte la descente douce vers une fin inévitable de sa mère. On ressent la douleur ne pouvoir rien faire, juste l'accompagner au seuil d'une autre rive.
Beaucoup de réflexions sur ce sujet, la vieillesse, la prolongation de l'espérance de vie, la souffrance, la solitude, la vie si on peut appeler vie les longues heures en maison de retraite.
Très intéressant comme livre, et surtout on se régale sous la plume de Bartelt, un vrai poète qui a le don de nous peindre le pire en pastel .
Je vous recommande ce petit livre, peut-être pour aborder ce sujet qui touche tout le monde un jour ou l'autre : l'accompagnement d'un parent, grand-parent dans un monde sans résonance, juste une attente d'un fin certaine.
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5Arabella
  17 juillet 2016
Depuis qu'elle est morte elle va beaucoup mieux / Franz Bartelt / Editions du Sonneur
J'aurais beaucoup de mal à parler de ce magnifique et terrible livre. Alors un extrait :
"De toute façon, ce matin rien n'est plus neuf que ce qui n'était déjà pas très neuf hier matin. On continue à n'être pas mort, ce qui, sans être une sinécure, n'apparaît pas comme une nouvelle désastreuse. En ce moment, je cours les hôpitaux, les hospices. J'entends crier les vieillards qui agonisent. Certains appellent la mort comme une délivrance. D'autres la supplient de les laisser durer encore un peu. Je vois des corps trop maigres, trop gras, trop anguleux, trop arrondis, qui pissent dans la ouate, chient de même, mouillent de bave leur vieux pyjama à rayures, font puer leurs pantoufles, se cassent contre le coin du lit, suspendus à des tuyaux, respirant mal, geignant, blafards, effrayés comme des condamnés, punis d'on ne sait quel égarement, l'horreur banale de l'existence, en fin de compte".
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MarianneL
  03 juillet 2016
Tombeau émouvant pour une mère.
«Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte.»
En écho à la douleur de la perte qu'exprime «Le livre de ma mère» d'Albert Cohen, le titre en forme de pirouette du texte de Franz Bartelt, «Depuis qu'elle est morte elle va beaucoup mieux», établit d'emblée une pointe d'humour et de pudeur, pour raconter tout en se protégeant la déchéance du corps qui accompagne la vieillesse, la confusion et l'obscurcissement de l'esprit de sa mère, son retour avec la vieillesse et la maladie d'Alzheimer à un semblant d'enfance sans joie et sans avenir ; cette distance et cet humour semblent nécessaires parce que la mort d'une mère ne peut sans doute pas se laisser regarder fixement.
La suite sur mon blog ici :
https://charybde2.wordpress.com/2016/07/03/note-de-lecture-depuis-quelle-est-morte-elle-va-beaucoup-mieux-franz-bartelt/
Lien : https://charybde2.wordpress...
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   18 avril 2017
Dans ce que nous sommes, il y a immanquablement tout ce que nous avons été. Cette constatation n'est pas une banalité. Il se peut que le caractère change, que l'énervé devienne flegmatique, que la beauté soit rongée de laideur, que le méchant se soit adouci, mais la personne est toujours là. Elle ne disparaît jamais. Elle est dépouillée de sa malice, de ses attraits, de ses colères. Mais elle est toujours là, comme le filigrane qui authentifie le billet de banque.
Nous ne sommes qu'une superposition de transparences dont les épaisseurs accumulées finissent par donner une impression d'obscurité. Mais la lumière brille toujours au coeur de cet enchevêtrement d'empreintes plus ou moins nettes, souvent entassées selon un ordre arbitraire ou difficilement appréciable.
Bien qu'elles ne soient plus que très peu de choses, toutes ces vies finissent par avoir été belles, parce qu'elles ont été vécues jusqu'au bout. Sans doute qu'à partir d'un certain âge, on meurt réconcilié avec l'univers entier. Et qu'on ne regrette pas plus qu'on ne sera regretté. On disparaît, on se fond avec le reste du monde, on devient l'intime de la planète, alors qu'on n'en était que le visiteur. p 86
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frconstantfrconstant   13 janvier 2018
A la vérité, je ne savais pas quoi dire. Ni quoi faire. Pourtant, pour une fois, j'éyais à peu près à ma place. La vie est déjà loin derrière nous. La sienne n'est qu'à trois souffles de son dernier souffle. [...] L'avenir tien dans l'heure, dans la minute, dans la seconde, dans le battement des paupières. Mais c'est un avenir précieux parce que, s'il ne contient presque plus de choses de la vie, il est encore chargé de toute la vie qui est un principe.
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5Arabella5Arabella   19 juillet 2016
De toute façon, ce matin rien n’est plus neuf que ce qui n’était déjà pas très neuf hier matin. On continue à n’être pas mort, ce qui, sans être une sinécure, n’apparaît pas comme une nouvelle désastreuse. En ce moment, je cours les hôpitaux, les hospices. J’entends crier les vieillards qui agonisent. Certains appellent la mort comme une délivrance. D’autres la supplient de les laisser durer encore un peu. Je vois des corps trop maigres, trop gras, trop anguleux, trop arrondis, qui pissent dans la ouate, chient de même, mouillent de bave leur vieux pyjama à rayures, font puer leurs pantoufles, se cassent contre le coin du lit, suspendus à des tuyaux, respirant mal, geignant, blafards, effrayés comme des condamnés, punis d’on ne sait quel égarement, l’horreur banale de l’existence, en fin de compte.
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saphoosaphoo   15 janvier 2016
comment déterminer la limite au-delà de laquelle ce qu'on vit ne vaut pas de souffrir plus longtemps ? En ce qui me concerne, sans doute que ce sera le jour où il ne me sera plus donné de désirer l'espace qui offre au corps sa place au milieu des forêts, au milieu des campagnes, sous le soleil, dans l'averse de la neige, à la croisée des vents qui tournent autour de nous, avec ce grondement près de nos oreilles et qui vibrent jusqu'à nos tempes où il y a des fièvres et des excitations.
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saphoosaphoo   15 janvier 2016
A tout prendre, la littérature n'est valable que dans la mesure où elle ne renvoie pas le lecteur avec brutalité devant ses soucis. Plus je vais, plus je suis partisan d'une littérature du contournement, de la périphrase, du décalage. Il s'agit de créer un autre monde où rien n'est important, où ce qui meurt revient à la vie, sans explications, parce que c'est très agréable de se raconter des histoires, de croire un instant que tout est possible, que nous n'avons aucune limite, que nos souffrances ne sont qu'un jeu parmi d'autres, et que nous y puisons autant de raisons de vivre que dans nos plaisirs.
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