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Pierre Gascar (Préfacier, etc.)Olivier Amiel (Éditeur scientifique)
ISBN : 2715221800
Éditeur : Mercure de France (10/11/1999)

Note moyenne : 4.1/5 (sur 34 notes)
Résumé :
Née en 1651, arrachée, à dix-neuf ans, à son Palatinat natal pour être mariée au frère de Louis XIV, Charlotte-Elisabeth étonna la cour par ses façons rustiques et ses propos cocasses mais sut gagner la sympathie du roi. Ni l'indifférence courtoise de Monsieur, ni les intrigues des courtisans, ni, plus tard, la mise à sac de son pays d'origine par les troupes françaises ne lui firent oublier ses devoirs. Mais, quand Louis XIV obligea Philippe d'Orléans à épouser une... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
belcantoeu
  11 novembre 2018
Elisabeth-Charlotte, fille de l'électeur du Palatinat, dite Liselotte (1652-1722), est l'épouse de «Monsieur», titre du frère de Louis XIV, Philippe, duc d'Orléans, père de la branche d'Orléans (dont est issu Louis-Philippe) et ancêtre des dynasties belge, luxembourgeoise, bulgare, etc.
«Madame» est son titre, comme première dame après la mort prématurée de l'épouse de Louis XIV. Elle arrive à 19 ans à la cour de France, venant de Mannheim et Heidelberg, villes qu'elle eut le chagrin de voir plus tard sauvagement saccagées et pillées par les troupes de Louis XIV. Les ruines du château de Heidelberg en témoignent encore, comme «ce pauvre Mannheim, qui a couté tant de soins et tant de peines à mon père». Namur eut plus de chances, les troupes françaises devant lever le siège.
Iphigénie sacrifiée, «Madame» doit épouser un homosexuel qui lui fit certes des enfants, dont le futur régent, mais qui la laisse dans le dénuement, dépensant son temps et son argent avec ses mignons, y compris l'héritage de sa femme: «Monsieur a fait fondre toute l'argenterie qui est venue du Palatinat, et il en a distribué l'argent à ses mignons... (L'un) «est le c... le mieux payé que l'on puisse trouver sur terre... Ce qu'on lit dans la Bible sur la façon dont se passaient les choses à Sodome et Gomorrhe n'est rien à côté de la vie qu'on mène à Paris. Sur neuf jeunes gens de qualité qui dînaient il y a quelques jours avec mon fils, sept avaient le mal français... (Ils disent) que depuis Sodome et Gomorrhe, Dieu n'a plus puni personne pour ce motif». À 44 ans, «Madame», épouse délaissée, écrit «Si l'on peut recouvrer sa virginité après n'avoir pas pendant dix-neuf ans couché avec son mari, pour sûr, je suis redevenue vierge». Autre remarque désabusée: «Les princesses sont encore en état de prendre des maris, mais c'est ce que je ne leur souhaite pas, car je crois que le meilleur mariage ne vaut pas le diable».
C'est Louis XIV et non son mari qui lui donne de temps à autre un peu d'argent. Sa vie de princesse cloitrée est morne et résignée. Les moindres détails de sa vie sont décidés par d'autres. Les bals l'ennuient, comme les mêmes comédies qu'elle voit jusqu'à cent fois. «Rabâchages. On chante uniquement les vieux opéras de Lully. Il m'arrive souvent de m'endormir en les écoutant», mais elle s'endort partout:
(20.2.1695) «C'est un grand honneur d'être à côté du roi, au sermon, mais je céderais volontiers ma place car S. M. ne veut pas me permettre de dormir; sitôt que je m'endors, le roi me pousses du coude et me réveille». (16.3.1695) «Présentement, le roi me laisse de nouveau dormir au sermon».
Ses lettres sont ouvertes. Les espions sont partout. Tout décès est suspect d'empoisonnement. Les rumeurs, les disputes, les jalousies, les cancans, les intrigues et les querelles de préséance sont légion, notamment avec les «bâtard(e)s» de Louis XIV qu'il veut placer.
Louis XIV eut de multiples maitresses et un médecin «à qui l'on demandait pourquoi les enfants de la reine n'étaient pas sains répondit: C'est que le roy n'apporte que la rinsure de ses veres à la reine».
Malheureuse et désabusée, «Madame» témoigne de son quotidien dans ses lettres, sa principale occupation, surtout à sa famille palatine et à Leibnitz (plus de 60.000 lettres en plus de 50 ans, de 1672 à sa mort en 1722, dont 1/10ème a subsisté), envoyées de St Germain, Fontainebleau, Versailles, Port Royal, Meudon, Rambouillet, St Cloud, Paris, Marly et Trianon, au gré des déplacements décidés par le Roi. Les historiens parlent souvent des intrigues à la cour de France. Ici, on quitte l'abstraction pour les cas concrets vécus au jour le jour. «Je vois tant de vilaines choses que cela me dégoute de la vie».
Selon son contrat de mariage, à sa mort, elle aurait dû aller au couvent ou au château de Montargis, mais Louis XIV la garda à la cour. Elle mourra à St Cloud, à 70 ans, après un demi-siècle d'une forme de captivité.
«Madame» s'entendait bien avec le roi, avec qui elle chassait souvent, mais pas avec Mme de Maintenon, qu'avec son franc-parler, elle appelle la «vieille ratatinée» et le plus souvent la «vieille ordure» Ainsi, «Les ministres, pour la plupart, n'étaient que des créatures de la vieille ordure... (qui) s'entend à la guerre comme mon chien Titi».
Elle était révoltée par la débauche à la cour. Convertie au catholicisme à cause de son mariage, elle a la nostalgie de la religion de son enfance. Elle lit la Bible assidument, mais fustige les prêtres et leurs éloges de Louis XIV qui persécute ses anciens coreligionnaires protestants alors que la religion est «instituée pour entretenir l'union entre les hommes... Ce n'est pas pour ça qu'il (Dieu) les a mis sur le trône... C'est une chose bien fâcheuse que les prêtres fassent que les chrétiens soient obligés d'être à couteau tiré les uns vis-à-vis des autres. Les trois religions chrétiennes... devraient se considérer comme n'en formant qu'une et (considérer) uniquement si l'on vit selon l'Évangile... Il me fâche de voir des gens qui professent la même religion être tellement ennemis, se haïr et se persécuter... Si tous les hommes étaient de la même religion, évêques et prêtres n'auraient plus rien à dire». (Le Roi devrait) «les forcer à s'en tenir à leurs prières sans se mêler d'autre chose» Quant aux femmes, ce n'est que lorsque «elles ne sont plus d'âge à avoir des amants, elles deviennent dévotes». À propos d'Adam et Êve, «Qu'avait-il besoin de leur défendre de toucher à un arbre, et ensuite d'étendre sa malédiction à tous ceux qui n'avaient pas péché, puisqu'ils n'étaient pas nés». Elle s'insurge aussi contre les «querelle d'évêques» à propos des piétistes, des jésuites, des jansénistes, des quiétistes, comme de la querelle Fénelon-Bossuet. Les prêtres «font maintenant comme les docteurs et les apothicaires, c'est-à-dire s'arrangent de manière à s'entendre seulement entre eux, sans que personne autre puisse les comprendre». le roi «croit tout ce que disent les prêtres et les faux dévots». «Les couvents sont tellement remplis de vices et de débauche qu'on frémit d'horreur rien que d'y songer... Une jeune nonne entendit parler de viols et quelque temps après, demanda à l'abbesse: Ma révérende mère, quand violera-t-on donc?». «Une fille [la duchesse de Berry] n'a pas honte de procurer à son père une jolie femme de chambre, afin qu'il se montre indulgent quant à ses propres débauches. La mère laisse faire pour qu'on lui passe quelques frasques à elle aussi». Quant au futur régent, «c'est malheureux que tous les bâtards de mon fils soient des garçons, et ses enfants légitimes, des filles». Et à propos de la marquise de Richelieu, «horriblement débauchée... un jour, elle se mit dans le lit de M. le dauphin sans qu'il l'eût priée, pour coucher avec lui. Quand il entra dans sa chambre... il alla vers le lit, et coucha avec elle, mais le lendemain, il le raconta à tout le monde». Pour conserver leurs positions à la cour et ne pas être mutés, prêtres et évêques ferment les yeux et se rabattent sur des querelles théologiques auxquelles personne ne comprend rien.
Autre sujet de ces lettres: les remèdes qu'on s'envoie d'une cour à l'autre pour soigner ses maux: «Poudre de milady de Kent», «Eau de Westphalie», etc., car les médecins ne connaissent que la saignée, au point qu'à la mort de la Trémoille, «quand on l'ouvrit, on n'a découvert d'autres causes de sa mort que celle-ci: il n'avait plus une goutte de sang dans les veines».
En résumé, un témoignage de la vie pas si heureuse, à la cour du Roi, pas si Soleil que ça.
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Alzie
  22 septembre 2014
Lire ces correspondances d'un seul bloc peut s'avérer très ennuyeux. Prendre le parti de les découvrir de temps en temps selon son humeur, le soir étant à mon avis idéal, m'a semblé un meilleur moyen de m'immerger dans cette chronique du siècle de Louis XIV. La princesse Palatine, Liselotte pour les intimes et "Madame" à la cour, est une femme d'esprit dont le franc parler était apprécié du roi son beau-frère en compagnie duquel elle aimait monter à cheval. Son style est vivant et pas du tout soporifique - il y a beaucoup à apprendre des moeurs de cette époque et de saveur à attendre de ces pages.
Exemple : Saint Cloud, le 19 mars 1693
... Il m'est impossible d'entendre prêcher sans m'endormir : un sermon c'est de l'opium pour moi. Une fois que j'avais la toux bien fort, je passais trois nuits sans fermer l'oeil. je me souvins alors que je dormais à l'église dès que j'entendais prêcher ou chanter les nonnes. Aussi me rendis-je en voiture à un couvent où on allait prêcher un sermon. A peine les nonnes eurent-elles commencé leurs chants que je m'endormis et je dormis de la sorte pendant les trois heures que dura l'office, dont je sortis complètement remise... [...]
Prescription : à consommer sans modération, mais à petites doses évidemment.
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Henri-l-oiseleur
  29 octobre 2015
Il est difficile, voire impossible, ai-je entendu dire, d'éditer la totalité de la correspondance de Madame, princesse Palatine : d'abord parce que l'océan de lettres dont elle a couvert toute l'Europe couronnée a souffert des pertes, incendies et autres catastrophes ; ensuite, parce qu'elle s'exprime en des langues diverses, parfois mélangées, où le français, l'allemand s'affrontent et se mélangent. C'est du moins ce que j'ai entendu. Ce recueil, nécessairement partiel, présente le meilleur (selon l'anthologiste) de la correspondance de Madame, et le comique, la truculence et la verve de ce qu'on y trouve font regretter de ne pas en avoir plus à lire. Elle s'obstine à admirer Louis XIV qui a fait détruire son pays natal, le Palatinat, à haïr "la vieille s..." Mme de Maintenon, son épouse secrète, et raconte avec naturel ses journées à Versailles du vivant du Grand Roi, ou à Paris après 1715. Parmi mille exemples, on citera cette lettre où elle se vante d'avoir trouvé le remède souverain contre l'insomnie : se faire transporter dans l'église d'un couvent où elle a ses entrées et assister au sermon. Ordre de ne pas la déranger pendant qu'elle dort, comme un loir, au son de la voix du prêtre.
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Vodnik
  27 juillet 2017
Une femme passionnante, consciente de son époque et de son statut, mais à la fois moderne et pleine d'humour. Cette princesse qui va tous les jours à la messe doute fortement de l'existence de Dieu, et, délaissée par son mari homo, se demande si au bout d'une vingtaine d'années de chasteté elle n'est pas redevenue techniquement vierge. Il est particulièrement intéressant de comparer son récit et celui de Saint-Simon sur des évènements comme le mariage du duc d'Orléans.
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Elvira
  27 juin 2011
Cette oeuvre est vraiment très intéressante parce qu'elle permet d'appréhender d'une autre façon l'Histoire de France, avec un regard contemporain et critique sur la cour de Louis XIV. le personnage de Liselotte est vraiment très attachant : elle n'est pas fausse mais sensible, franche et honnête ; elle ne mâche pas ses mots.
J'ai beaucoup aimé que les paroles de Liselotte, qu'elle a elle-même écrites dans un français approximatif, soient conservées telles quelles, avec ses fautes d'orthographe.
Par contre, j'ai trouvé les premières lettres assez longues et peu intéressantes et, dans l'ensemble, les différentes lettres sont assez similaires et on peut vite s'ennuyer si l'on n'est pas réellement passionné par cette période, car il est parfois difficile de se retrouver dans les nombreux noms utilisés.

Lien : http://metamorphoses-de-psyc..
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   26 octobre 2015
Port-Royal, le 22 août 1698
Quand on est belle cela ne dure guère, un beau visage change bien vite, mais avoir bon coeur, voilà ce qu'il fait bon posséder en tout temps. Il faut que vous ayez perdu tout souvenir de moi pour que vous ne me rangiez pas parmi les laides : je l'ai toujours été et le suis devenue davantage encore par suite de la petite vérole : de plus ma taille est monstrueuse, je suis carrée comme un dé, la peau est d'un rouge mélangé de jaune, je commence à grisonner, j'ai les cheveux poivre et sel, le front et le pourtour des yeux sont ridés, le nez est de travers comme jadis, mais festonné par la petite vérole, de même que les joues ; je les ai pendantes, de grandes mâchoires, des dents délabrées ; la bouche aussi est un peu changée, car elle est devenue plus grande et les rides sont aux coins : voilà la belle figure que j'ai, chère Amelise !

p. 238
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AlzieAlzie   29 décembre 2014
A la duchesse de Hanovre - Versailles, le 29 décembre 1701.

... Je suis convaincue que vous n'avez pas autant de rides que moi... mais je ne m'en soucie nullement : n'ayant jamais été belle, je n'y ai pas perdu grand chose. Puis je vois que celles que j'ai connues belles jadis sont, à cette heure, plus laides que moi : âme qui vive ne reconnaîtrait plus Mme de la Vallière ; Mme de Montespan a la peau comme quand les enfants s' amusent à jouer avec du papier, à le plier et à le replier : tout son visage est recouvert de petites rides si rapprochées des unes des autres que c'en est étonnant ; ses beaux cheveux sont blancs comme la neige, et toute la figure est rouge...
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AlzieAlzie   22 janvier 2015
Versailles, le 22 janvier 1697

C'est une chose bien fâcheuse que les prêtres fassent que les chrétiens soient obligés d'être à couteau tiré les uns vis à vis des autres. Les trois religions chrétiennes, si l'on suivait mon avis, devraient se considérer comme n'en formant qu'une seule et ne pas s' informer de ce que croient les uns et les autres, mais uniquement si l'on vit selon l'Evangile, et prêcher contre ceux qui vivent mal. On devrait laisser les chrétiens contracter mariage entre eux, les laisser aller dans telle église qui leur plairait, sans trouver à y redire ; de cette façon, il y aurait plus d'union entre les chrétiens qu'il n'y en a à cette heure.
(A la Raugrave Louise, p.206)
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AlzieAlzie   26 septembre 2014
Versailles, le 13 mai 1705
[...] j'ai entendu dire que l'empereur [il s'agit de Joseph 1er] ne couchait plus avec sa femme. Mais de cette façon elle ne pourra pas avoir de fils ! Cela se voit souvent que les hommes débauchés ont peu d'enfants. Un médecin d'ici à qui l'on demandait pourquoi les enfants de la reine n'étaient pas sains, répondit : "C'est que le roy n'aporte que la rinsure de ses veres à la reine (sic)..."
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   26 octobre 2015
... Il m'est impossible d'entendre prêcher sans m'endormir : un sermon c'est de l'opium pour moi. Une fois que j'avais la toux bien fort, je passai trois nuits sans fermer l'oeil. Je me souvins alors que je dormais à l'église dès que j'entendais prêcher ou chanter les nonnes. Aussi me rendis-je en voiture à un couvent où on allait prêcher un sermon. A peine les nonnes eurent-elles commencé leurs chants que je m'endormis et je dormis de la sorte pendant les trois heures que dura l'office, dont je sortis complétement remise.

19 mars 1693, p. 155
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