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EAN : 9782070355280
240 pages
Gallimard (02/05/2008)
3.92/5   130 notes
Résumé :
Elle aurait voulu être une bête, au moins ça aurait été clair. Elle est juste professeur de la vie et de la terre, mais il n'y a plus de vie il n'y a plus de terre sous ses pieds quand son amant part. Alors au collège, elle n'y va pas. Qu'est-ce qu'elle enseignerait, hein ? Son corps enseignant, il est ici. Son intelligence, sa patience, son savoir, tout pourrit sans caresse. Elle se racornit comme les feuilles de certaines plantes quand elles manquent d'eau. Elle p... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (33) Voir plus Ajouter une critique
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Lorsque j'ai commencé ce livre, j'ai été un peu déçue et surtout j'ai craint de m'ennuyer un peu , je n'avais pas pris conscience que le livre allait se dérouler exclusivement dans l'enceinte d'un collège. Mais c'était sans compter sur le talent de Jeanne Benameur qui a réussi à me ramener sur les bancs de l'école et à savourer les états d'âme des uns et des autres.
A quelques heures du conseil de classe qui va décider de l'orientation des élèves de fin de 3ème, on croise les professeurs qui croient encore à leur métier et en l'humain, et les autres, les aigris, ceux qui n'y croient plus, ceux qui ont une vision très manichéenne des élèves et qui n'ont aucune envie d'essayer de les comprendre , de les aider.
Alors oui, bien sûr, de notre côté, en tant que lecteur, on a, nous, envie d'y croire et d'espérer comme certains, mais je ne suis pas sûre que la réalité ressemble à ce conseil de classe qui me parait bien optimiste.
Je pense qu'en lisant ce roman, on a tous en tête des noms ou des visages qui resurgissent dans notre mémoire et donc des sourires, mais aussi des rancoeurs.
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Je me sens évidemment très concernée par le thème de ce livre et il ne pouvait être écrit que par une enseignante, quelqu'un ayant vécu les faits de l'intérieur et qui les restitue avec une émotion tendue et vibrante et beaucoup de sincérité.Beaucoup de pertinence aussi.

C'est un huis-clos: un collège dit" difficile" ( qu'a connu l'auteur) mais les questions, les réflexions que soulève ce roman touchent n'importe quel établissement scolaire.Ecrit en 2006, il présente des problèmes toujours non résolus, dix ans après.

J'ai apprécié la construction du livre: les différents acteurs de cette communauté expriment tour à tour leurs ressentis, leurs angoisses, leurs colères.Chacun montre ses failles, son impuissance aussi, bien souvent , à changer les choses.Certaines remarques me semblent vraiment proches de ce que je ressens moi-même: "Quand va-t-on prendre le temps de réfléchir vraiment à ce qu'est l'école aujourd'hui ? Quand va-t-on cesser de balancer réforme sur réforme, à court terme et vive les élections ?"s'indigne Laurence Pascalet, la professeur-documentaliste, un de mes personnages préférés car elle résiste et a une humanité lumineuse.Ce qu'en dit l'auteur est magnifique: " Créer une zone protégée au milieu du collège, c'est une gageure.La documentaliste a choisi de porter ce défi haut et loin.Elle lutte.C'est difficile de faire reconnaître cet espace, le sien.(...) Elle résiste.Elle est sur son île.Elle accueille les naufragés."

Les acteurs, ce ne sont pas que les professeurs, ce qui donnerait au livre un aspect réducteur.Ce sont aussi les élèves, un factotum, la principale du collège, un délégué parent.La richesse et la profondeur de cette histoire-témoignage tient justement à cette diversité des points de vue.Un constat unanime, en tout cas: " Il faut inventer une autre façon de mettre les élèves au travail.In-ven-ter.Un mot qui fait peur."

Certains personnages m'ont particulièrement touchée: Madison, l'élève perdue, absente au monde, qui ne trouve à s'exprimer que par le dessin.On a connu de ces élèves , mal orientés,qui ne peuvent mettre en avant leur don.J'ai aimé également le " redoutable D.", qui traduit par la violence ses difficultés face à la langue française.Et quel beau moment,pour le professeur de français épuisé et désabusé, que cette lecture d'un texte de Kafka, face à une classe subjuguée !

La fin, révolte et feu , était prévisible: " Comment rester des heures et des heures,assis, sans rien comprendre de ce qui se dit, quand on a quinze ans? Comment ne pas éclater quand on sait qu'on n'y arrive pas ?"

Le roman semble se terminer négativement mais en fait, il n'en est rien.Car des prises de conscience se sont effectuées, des comportements se sont transformées.Arrêtons de gémir et essayons de construire une école du désir et de la réussite de chacun, à son rythme .

Que "la liberté de désirer entre dans les poitrines. Les rêves respirent large."
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Une histoire qui se passe dans un collège de banlieue.
J'avoue avoir été un peu déçue au début.
Mais c'était sans compter sur cette magicienne de Jeanne Benameur.
Elle nous ouvre les portes de ce collège, en cette fin d'année où a lieu le conseil d'orientation des 3èmes.
En nous livrant l'intime de certains professeurs et de certains élèves, elle soulève tout le malaise qui sévit dans l'éducation nationale.
Les profs râleurs à oeillères, et ceux qui sont plus proches des élèves, qui ont compris qu'on fait fausse route.
Les élèves violents ou effacés.
Mais que cache cette violence ?
Que cache ce retrait ?
Être enseignant, c'est difficile, ce n'est pas donné à tout le monde.
Être élève peut se révéler un parcours du combattant.
Ne plus subir les réformes successives et partir de l'humain, des individus, comme le prône Laurence, cette formidable documentaliste.
Voilà qui redonnerait du sens, mais on est parti si loin qu'on ne sait pas recoller les morceaux .
Jeanne Benameur, avec tout son tact, toute sa bienveillance, toute son humanité dresse des portraits d'un réalisme saisissant.
Certains sont désespérément touchants, d'autres plus qu'antipathiques.
Elle constate un état de fait alarmant dans le milieu scolaire.
Les années passent, seize ans se sont écoulés depuis la parution de ce livre.
Que pourraient-on dire aujourd'hui ?
La même chose je pense.
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Alors que l'ultime conseil de classe de l'année se profile, entraînant avec lui son lot d'angoisse, d'interrogations et d'incertitude, l'auteure passe en revue les différents protagonistes qui font vivre un collège ; de l'élève au professeur, de la documentaliste à la femme de ménage, du parent d'élève à la principale...
Pas à pas, le lecteur s'introduit dans l'établissement. Il scrute chaque recoin, des classes à la salle des profs, de la cour au CDI, du réfectoire à la pièce réservée au personnel de service... mais il s'immisce surtout à l'intérieur de ces êtres qui travaillent dans ce lieu, partage leurs réflexions, leurs craintes, leur impuissance, leurs espérances aussi.
Il fait la connaissance d'une principale pleine de bonnes intentions mais complètement vidée par les nombreux problèmes à régler, d'une élève qui dessine merveilleusement bien mais on ne bâtit pas un avenir sur quelques crayonnés surtout lorsqu'on est en échec dans toutes les matières dixit certains professeurs, d'une jeune prof en dépression qui se rend compte que ce métier n'est pas fait pour elle, d'une documentaliste qui se bat au quotidien pour partager avec les élèves sa passion pour les mots et pour la lecture, du factotum qui ne compte plus les années passées dans ce collège à voir défiler des jeunes gens si différents et pourtant si semblables, d'une femme de ménage qui s'isole dès qu'elle le peut pour lire, d'une professeure à ornières qui reste sur ses positions coûte que coûte...
de nombreux sujets sensibles y sont abordés : la transmission du savoir, l'évaluation, la langue, la lecture, l'écriture, susciter le goût et l'envie d'apprendre, donner du temps aux élèves et aux apprentissages, la violence, la famille, les budgets trops serrés pour envisager des sorties culturelles,
l'avenir des élèves qui passe par l'orientation...
Jeanne Benameur a écrit là un roman riche en enseignement sur le microcosme d'un collège au quotidien, la réalité n'y est pas voilée, elle nous montre les échecs mais aussi les initiatives que certains osent prendre. Parce que ce roman n'est pas pessimiste, la galerie de portraits qu'elle dresse se veut pleine d'espoir. Alors, en tant que lecteur, on veut y croire aussi.
Lien : http://lesmotsdelafin.wordpr..
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Une journée dans un collège de banlieue, en fin d'année, le jour des conseils de classe de troisième qui vont décider de l'orientation des élèves. Jeanne Benameur brosse une série de portraits, élèves, professeurs, principale, documentaliste, dames de service, homme à tout faire, parent délégué …Ce sont eux qui s'expriment tour à tour, dévoilant leurs envies, leurs craintes, leurs réussites ou leurs échecs, leurs interrogations.


Tout enseignant (actif ou retraité !) reconnaîtra dans ces personnages des collègues qu'il a fréquentés dans son collège, de banlieue ou non ! Ceux qui ont encore l'enthousiasme et l'envie, ceux qui n'ont plus la foi et aspirent à la retraite, ceux qui se noient dans le respect des programmes et des règlements et ne retrouvent plus le sens même de leur métier, ceux qui débutent et peinent à se faire respecter, les bienveillants et ceux qui « cassent » comme disent les élèves !


Écrit en 2006, le livre n'a rien perdu de son actualité.
Déjà le manque de moyens (« plus de conseiller d'éducation depuis un mois [•••] Les surveillants, les conseillers d'éducation, le personnel de service, les infirmiers, les assistances sociales, elle en a besoin pour que son collège vive bien. Et on les supprime , on les fractionne, on ne les remplace pas. Budget, budget ! »

Déjà, les tout jeunes certifiés envoyés loin de chez eux et de leur famille et qui vivent très mal cette solitude (« Je ne peux plus rien quand il s'en va et je n'en peux plus qu'on se quitte tout le temps »)

Déjà les pubs partout pour « les officines de cours particuliers » : « ceux qui donnent des cours particuliers peuvent, c'est sûr, se targuer de bons résultats. A deux, la connaissance fait son chemin plus vite et mieux qu'à trente, c'est mathématique ! »

Non seulement ça ne s'est pas amélioré mais c'est encore pire maintenant, hélas … « Quand va-t-on prendre le temps de réfléchir vraiment à ce qu'est l'école aujourd'hui ? Quand va-t-on cesser de balancer réforme sur réforme, à court terme et vive les élections ? » s'interroge un personnage. J'ajouterai : Quand va-t-on cesser de mépriser les enseignants ?


A travers ces portraits, c'est donc aussi une réflexion sur le rôle de l'école et sa place dans la cité. J'ai personnellement une petite préférence pour trois personnages du livre : le professeur de français qui retrouve soudain l'envie et l'essence même de son métier, la documentaliste avec son enthousiasme et ses ateliers d'écriture, et la jeune Madison pleine de talent mais (hélas pour elle) dans une « matière non essentielle », le dessin !

Jeanne Benameur sait de quoi elle parle, en tant qu'ancienne professeur de français. J'ai aimé sa sincérité et son humanité, son écriture tendue, vibrante. Une auteure que je découvre avec ce livre et dont j'ai bien envie de lire d'autres textes.

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Citations et extraits (60) Voir plus Ajouter une citation
Ne soyons pas raisonnable. Surtout pas. Quand il s'agit de choisir pour quoi on va se lever chaque matin, il ne faut pas être raisonnable, il faut être un vrai rêveur de sa vie. [...] Il faut dépoussiérer le rêve. Il faut le voir, le contempler, en aimer la forme. C'est cela penser sa vie et rien d'autre. C'est avec ça qu'on a de la force pour aller vers les examens,
les concours, les portes blindées.
[...]
Oui, il sait que ça ne sert à rien de fourvoyer un gosse dans une voie où il n'y a pas de débouchés. Il l'a assez entendu. Mais ça sert à quoi de l'envoyer sur une voie où la vie, elle, se bouchera?
[...]
Enlever les paillettes de l'illusion quand un gosse entre dans son bureau, d'accord, mais que ce soit pour que l'enfant découvre son rêve dans sa nudité intacte, forte, belle, et qu'il le fasse sien. C'est ça son métier.
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Ne pas parvenir à faire sienne la langue commune, c'est la première violence. Nos élèves, nous le savons bien, viennent souvent de langues maternelles différentes. Ne pas réussir à s'exprimer est une violence permanente. C'est pour cette raison que l'entrée dans l'écriture, la lecture, est fondamentale. S'ils parviennent à donner forme à ce qui les habite, clandestinement et sans papier, j'emploie ces termes à dessein, ils vont mieux.
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Ils écoutent, certains la bouche ouverte, les sourcils froncés. Ce n'est plus le collège. Ce n'est plus le prof. Ce n'est plus la salle de classe et les copains, pour une fois, on s'en fout. On est loin.
La lecture les sépare et les réunit.
Chacun est seul avec les mots. C'est la solitude précieuse de la lecture. Celle qui rend à soi-même.
En même temps, ils sont ensemble comme jamais, chacun avec tous, embarqués dans le même récit.
La voix du professeur délivre l'histoire commune où chacun peut prendre sa place.
Ils sont captivés et ils n'ont jamais été aussi libres. (…) La liberté est à sa vraie place : ils imaginent. »

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La lecture est un aliment de choix, pas du maïs à gaver les oies. Et si l'appétit vient en mangeant, il vient aussi à regarder les autres se délecter. Ceux qui lisent parleront de leur lecture à leurs camarades. Leur plaisir se communiquera. C'est un chemin plus efficace que celui de la fiche de lecture notée qu'ils recopient les uns sur les autres. Un vrai chemin, hasardeux, difficile, passionnant, qu'il faut défricher.
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sans l'art, un être humain peut crever de douleur.
Pourquoi les matières artistiques alors
ne sont-elles pas au coeur de tout lieu d'enseignement ?

Pourquoi chaque Etre humain n'a t-il pas le droit à l'art
pour apprendre à donner forme à ses émotions ?
au lieu d'en avoir peur, apprivoiser ce qui transporte ?

On va à l'école pour apprendre, apprendre, apprendre ;
apprendre quoi ?
à grandir ?
Est-ce que l'élève n'est pas celui qui doit s'élever ? p 204

(pour ces quelques citations, je pardonne tout à Jeanne
Benameur !)
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Videos de Jeanne Benameur (38) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jeanne Benameur
Après notre entretien avec Chloé Deschamps, créatrice du compte Instagram @aquoibonlespoetes, nous poursuivons notre exploration de l'univers poétique. Dans la 2ème partie de cet épisode spécial Poésie, nous sommes en compagnie de Laure, libraire à Dialogues.
Bibliographie :
- le Pas d'Isis, de Jeanne Benameur (éd. Bruno Doucey) https://www.librairiedialogues.fr/livre/20130380-le-pas-d-isis-jeanne-benameur-editions-bruno-doucey
- Made in woman, d'Hélène Dassavray (éd. La Boucherie Littéraire) https://www.librairiedialogues.fr/livre/16144462-made-in-woman-helene-dassavray-la-boucherie-litteraire
- Prends ces mots pour tenir, de Julien Bucci (éd. La Boucherie Littéraire) https://www.librairiedialogues.fr/livre/20480403-prends-ces-mots-pour-tenir-bucci-julien-la-boucherie-litteraire
- Faiseur de miracles, de Fadhil Al-Azzawi (éd. Lisières) https://www.librairiedialogues.fr/livre/15531936-faiseur-de-miracles-suad-labiz-ed-lisieres
- Brûler, Brûler, Brûler, de Lisette Lombé (éd. L'Iconoclaste) https://www.librairiedialogues.fr/livre/17378935-bruler-bruler-bruler-lisette-lombe-l-iconoclaste
- Des Frelons dans les coeurs, de Suzanne Rault-Balet (éd. L'Iconoclaste) https://www.librairiedialogues.fr/livre/17378693-des-frelons-dans-le-coeur-suzanne-rault-balet-l-iconoclaste
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