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ISBN : 2330075324
Éditeur : Actes Sud (17/05/2017)

Note moyenne : 4.02/5 (sur 320 notes)
Résumé :
Photographe de guerre, Etienne a toujours su aller au plus près du danger pour porter témoignage. En reportage dans une ville à feu et à sang, il est pris en otage. Quand enfin il est libéré, l'ampleur de ce qu'il lui reste à ré-apprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril. De retour au village de l'enfance, auprès de sa mère, il tente de reconstituer le cocon originel, un centre duquel il pourrait reprendre langue avec le monde. Au contact... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (144) Voir plus Ajouter une critique
fanfanouche24
  22 août 2015
En sortant du travail, une échappée impromptue dans une librairie de Clamart, "Mémoire17", pour me ressourcer et m'échapper du quotidien...J'ai plus que bien fait, apercevant en pile, sur la table des nouveautés, le dernier
roman de Jeanne Benameur "Otages intimes", dans le format si reconnaissable des éditions Actes Sud....

L'émotion intense... toujours au rendez-vous; découvrir les mots, les sujets toujours prenants de Jeanne Benameur...Un membre de l'équipe-Librairie avait , en sus, adjoint un commentaire de lecture personnalisé et enthousiaste...
Une écrivaine dont j'ai abordé tardivement l'oeuvre, avec un roman qui m'avait bouleversée et enchantée: "Les Profanes". Depuis, une attention toute exclusive pour ses publications anciennes et à venir !

Une histoire poignante comme souvent nous en offre cette auteure. Un homme à un tournant de son existence; reporter-photographe de guerre, Etienne n'est bien, comme son père, navigateur (parti un jour, jamais revenu) que dans les départs, les lointains...
Lors d'un de ses reportages dans un pays en guerre, il est enlevé, séquestré un temps très long, durée jamais précisée...
On le libère... et c'est le délicat retour à la vie ordinaire, où après le traumatisme, la peur absolue, il faut reconstruire, trouver les moyens de dépasser le traumatisme. Pour ce, Etienne, va retourner aux sources, au village de son enfance, à sa maman et à ses deux amis de toujours. Enzo, qui travaille le bois, joue du violoncelle et Jofranka, l'orpheline, " La petite qui vient de loin", devenue avocate à La Haye, qui aide les femmes victimes
de guerre à témoigner et à trouver les mots pour formuler ce qu'elles ont vécu.

Un roman polyphonique où moult thèmes s'entrechoquent, s'éloignent, se côtoient, se rejoignent: L'Amour de la Vie, l'enfantement, les liens uniques entre mère et fils, la mort, l'amitié, l'amour, l'engagement, comment survivre à la barbarie ?, la liberté, la peur, la solitude des êtres, leurs ancrages originels qui font leur force ou leur faiblesse, la richesse et la sérénité du travail manuel, dont celui de l'ami de "notre héros", polissant, transformant le bois , la force de la musique, ainsi que la quête perpétuelle de sens et d'amour de nous, fragiles humains, etc.

"La vie n'est sacrée pour personne dans les guerres. On parlera toujours du nombre des tués. Tant qu'on n'a pas vu leurs visages, on ne sait rien.
Et lui, il est là pour ça.
Il continuera à regarder les visages.
La vie ne vaut que comme ça.
Cette nuit, Etienne cesse de combattre.
Les mots qui sont là, en lui, tout simples. Ce sont les mots d'un homme qui sait qu'il n'est rien sans les autres, tous les autres. Alors vient l'étrange prière.
Vous tous, du bout du monde et d'ici, vous tous qui m'avez fait ce que je suis, donnez-moi juste la force de continuer. (p.120)"
Etienne revient à son cocon original, aux lieux et attaches de l'enfance, pour retrouver l'espoir et l'élan pour reprendre pied dans ce monde, où il a vu, photographié des ultimes violences. De ce choix professionnel, on ne peut en sortir indemne !

Il est aussi beaucoup question d'une souffrance particulière, celle de l'attente, l'attente de ceux envers celui ou , celle qui est parti(e), qui par ses choix de vie ou de profession, comme Etienne, est de passage, continuellement en partance permanente... Ceux qui restent, doivent vivre avec cet état éprouvant, destructeur de l'attente...

Les thèmes, comme le style de Jeanne Benameur, me prennent à la gorge...car quelque que soit le cadre de la fiction, il est toujours question du noyau central de l'humain, de ses aspirations, de ses exigences, de ses rêves, ses failles....
Tout cela dans une langue poétique, fluide, magique...

J'ai dévoré en 2 jours ce roman magnifique... du mal à quitter l'univers de Jeanne Benameur; Ainsi, en me rendant à la médiathèque, j'ai emprunté un de ses anciens romans, "Les Reliques" (Denoël, 2005)....qui promet de nouvelles émotions et instants de magie pure !

Même les sujets les plus sombres, l'auteure les éclaire de sa sensibilité , de son empathie et de sa plume originale...


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nadejda
  23 août 2015
« Otages intimes » est un livre dont la lecture a entraîné le même bouleversement que lorsque j’ai découvert Jeanne Benameur avec « Les demeurées ».
C’est un livre charnel où tous les sens sont sollicités, il marque profondément. Si les mots vous enveloppent en douceur c’est pour mieux vous pénétrer vous fouailler, mettre à nu le noyau dur qui une fois atteint et brisé permettra au souffle de vie de circuler pour qu’à l’image de tous les protagonistes de cette histoire poignante vous vous incarniez enfin, que le sang circule et que vous tentiez de ne plus être otages de vous-même.
« Je pense toujours aux Chinoises et à leurs pieds bandés. Quand on enlevait les bandes qui avaient torturé ces pieds, la torture recommençait. Le sang qui circule à nouveau fait mal. »
Et pour remonter de cette descente au coeur de soi, remonter de l’obscur où la barbarie a entraîné Etienne, otage pendant de longs mois, il y a la musique celle que l’on joue pour se retrouver ou ne pas se perdre, apaiser et celle des mots
« Les mots où s’encorder ne pas sombrer. Les mots séparent et lient dans le même mouvement l’enfance et le monde. S’encorder aux mots. Ne pas peser sur ceux qu’on aime. »
et aussi ceux qui sont là Enzo et Joranska, les amis d’enfance qui ont mélangé leur sang à celui d’Etienne, qui accompagnent la remontée des profondeurs, comme Irène la mère, autour de laquelle tout tourne. Quelle souffrance et quelle beauté irradie cette femme qui accompagne et garde espoir malgré tout :
« Sous tous les gestes de mère il y a un soupir. Toujours. Et personne pour l’entendre. Pas même celle qui soupire. Les mères prennent tellement l’habitude de faire et faire encore qu’elles ne savent plus elles-mêmes le soupir suspendu dans leur cœur.
Il faut du temps vide pour en prendre conscience.
Irène l’a eu ce temps, d’abord avec le père puis avec le fils.
« Son pas aura désormais cette fragilité de qui sait au plus profond du cœur qu’en donnant la vie à un être on l’a voué à la mort. Et plus rien pour se mettre à l’abri de cette connaissance que les jeunes mères éloignent instinctivement de leur sein. Parce qu’il y a dans le premier cri de chaque enfant deux promesses conjointes : je vis et je mourrai. Par ton corps je viens au monde et je le quitterai seul.
Il n’y a pas de merci.
(…) Il faudra pourtant qu’elle réponde de cela toute sa vie dans la part obscure que les mères tiennent cachée. Et toute sa vie elle luttera contre la peur sourde de qui a voué un être au temps. Elle transportera la crainte d’abord sur les petits riens de l’enfance vulnérable : une chute possible, un mauvais mal. Mais la grande peur, celle qui traverse les rêves obscurs, elle n’en parlera à personne. Jamais. C’est l’ombre des mères.

M’est revenu le beau proverbe gitan « N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures » et c’est ce que fait Jeanne Benameur. Elle pénètre les coeurs avec précaution avec des mots qui relient et savent faire revivre la douleur pour la dépasser.

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Jmlyr
  24 juillet 2017
Madame Benameur,nous ne sommes pas intimes mais vous m'avez prise en otage.
Lecture qui m'a plongée dans mon passé. Je n'avais pas compris.
1975. J'ai dix ans. Les mots...je les entends. Les visages des parents sont graves. Otage. Mauritanie. Polizzario. Sa femme et le petit n'ont pas été pris. Ils s'étaient cachés à temps dans le placard. Il n'était pas reporter de guerre. Il enseignait. Il diffusait la connaissance. Marche verte. Les images diffusent et les souvenirs sont confus.
Des mois prisonnier. Avec les autres. Pas de nouvelles. Pas
d' internet à l'époque.
Les parents ne parlent plus devant moi. Elle et le petit sont rentrés en France. Désorientés.
Plus tard la libération. Il avait tenté une évasion mais avait été repris. 40 kms de marche pour rien.Vu à la télé. Dans le journal en noir et blanc. On ne saura rien de sa captivité. Même nous les proches. le couple n'a pas résisté. Plusieurs années, c'est long pour être otage...mais même une minute c'est long. Que ressentait il?
Madame Benameur. ..par vos mots j'ai approché ses pensées. Il est décédé l'an dernier. Daniel B. Paix à ton âme.
Et la pire arme de guerre. ..le viol ...toujours et partout. de nos jours encore. Je n'en peux plus.
Cette auteure a une manière très particulière de me faire entrer dans la peau des gens et de provoquer des émotions indicibles.
Une lecture qui m'a fait mal.
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indira95
  27 octobre 2015
Quelle pépite mais quelle pépite ! Lu d'une traite, en apnée. Quel concentré d'émotions à l'état pur dans un si court roman ! (attention points d'exclamation omniprésents dans cette critique). Je ressors sonnée par ce roman d'une intensité comme il m'a rarement été donné d'en voir. Je ne peux qu'ajouter ma voix au concert unanime de louanges car Otages Intimes est une vraie réussite. Pourtant dieu sait que le parcours fut long avant que je me décide à réserver ce livre à la bibliothèque car je le confesse, j'avais déjà tenté d'approcher l'oeuvre de Jeanne Benameur avec Profanes, roman abandonné au bout de 20 pages. Mais comme les mystères du cerveau restent impénétrables, j'ai sauté le pas et me voilà conquise, séduite, admirative devant tant de talent !
Otages intimes est récit d'un long réapprentissage de la vie, celui d'un homme, Etienne. Grand photographe de guerre, il fut l'otage d'un groupuscule armé (on ne saura jamais la raison) qui l'a retenu (on ne sait pas combien de temps) dans un pays en guerre. le roman s'ouvre sur sa libération qui le verra échangé contre quelque chose que souhaitaient ses ravisseurs : hommes, argent, nous n'en saurons pas plus. Etienne est attendu de pied ferme par sa mère, femme courage qui l'a élevé seule et entend bien le ramener au coeur du village de son enfance, loin de la foule parisienne et du stress. Il y retrouvera Enzo, son ami de toujours qui lui est resté au village et Jofranka qui comme Etienne a sacrifié sa vie personnelle au profit d'une cause plus grande, la défense des femmes violées victimes de crimes de guerre. A la mère d'Etienne et Enzo, ancrés au territoire, stables et constants, s'opposent Etienne et Jofranka, enfermés dans leur monde égoïste, des électrons libres qui les ont rejetés et aspirent à plus : la rédemption, la lutte, semblables à des drogués camés à l'adrénaline. Chacun de ces protagonistes est otage de ses démons intimes. Otages intimes c'est aussi et avant tout la survie d'Etienne qui malgré l'amour de ses proches, se sent coupé des autres car otage de ce qu'il est devenu, un survivant. Car comment raconter la survie, l'enfermement, la violence et la détresse, quand la seule obsession se résume à manger, asservi aux besoins les plus basiques, avide du moindre geste de mansuétude de la part des geôliers ?
Récit intime d'un retour à la vie, Otages intimes est une perle littéraire qui interpelle le lecteur et l'émeut tout à la fois. Faites-moi plaisir, ne passez pas à côté sous peine de faire une bien belle erreur.
Lien : http://www.livreetcompagnie...
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Annette55
  13 octobre 2015
Le récit commence lorsqu' Étienne, photographe de guerre, otage, a de la chance. Il est vivant. Il rentre. Aprés plusieurs mois de captivité, ses ravisseurs l'ont conduit, les yeux bandés, jusqu'à un avion. Ils s'apprêtent à le faire libérer. Se lancer dans la joie du mot" libre", il ne peut pas. Suspendu. Il se rappelle le jour" Oú toute sa vie est devenue juste un petit caillou que l'on tient serré au fond d'une poche...."Jeanne Benameur, comme à son habitude, nous enveloppe de lenteur, tisse patiemment, en prenant son temps, la trame fragile du retour à la vie de cet homme tout petit, réfugié en lui - même, cabossé qui pense à tous les êtres laissés derrière lui. La romancière travaille les mots précisément comme l'ébéniste travaille le bois, magnifiquement....se met à la place d'Etienne, ressent la douleur extrême, l'attente, le vide, " Il y a des nuits oú tout l'espace de la mémoire se déploie, les territoires sont ouverts" ....L'enfermement creuse les failles. Jusqu'où ? Les questions fusent : Faut- il accepter qu'il n'y ait aucun refuge?Peut- on reprendre sa vie d'avant ?Si l'on a connu la peur et la barbarie, faut - il inventer la paix, la douceur, la beauté quand même? Faut- il inventer le visage neuf des jours neufs?
Parmi les voix qui enrichissent ce récit hypnotisant, sans cesse traversé par l'intériorité et l'intime de soi, la retenue, l'apaisement, la suspension du temps, il y a celle d'Irène, la mére d'Etienne qui ne réussit d'abord à renouer les fils avec son fils qu'à travers les notes de musique du piano, dans la maison familiale, redevenue un refuge, un entre - soi originel .Plane aussi l'ombre d'Emma, l'ex compagne, otage de l'attente, du vide de l'attente.....Puis Enzo, le fils de l'Italien, le taiseux, le créateur de beauté à travers le travail du bois : il est là , l'ami d'enfance sécurisant ! Enfin, la petite qui vient de loin, Jofranka, devenue avocate à la Haye, qui aide les femmes victimes de guerre ....Elle revient au village et sème le trouble entre ces trois là, entre eux, une géographie muette se met en place....
La romancière explore le thème de l'intimité, habite et habille la solitude de l'otage après sa libération sans à priori , sans faux -semblants, sans fioritures, avec grâce et apaisement, en avançant sur le fil de la liberté vraie, en équilibre instable, semblable à nos vies.
" On Croirait avoir trouvé la paix mais la vie est inventive. Elle revient déranger tout votre petit monde paisible. Et il faut bouger."
Trés difficile de trouver les mots justes pour qualifier ce beau récit , intimiste, lent, doux, entêtant , ce "confinement ", cette "suspension." Ce ré- apprivoisement !
Magnifique !
Quelle est la part d'otage en chacun de nous?
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Les critiques presse (1)
LaLibreBelgique   19 novembre 2015
Jeanne Benameur interroge le retour d’un otage revenu de captivité. Une réflexion sur ces lieux de l’intime de soi que l’on préfère ne pas trop remuer.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations & extraits (200) Voir plus Ajouter une citation
nelly76nelly76   09 octobre 2017
L'odeur du café chaud,le sourire de sa mère, sa main dans ses cheveux......Et soudain les larmes qu'il n'attendait pas coulent sans qu'il puisse rien retenir....je suis désolé maman....je suis désolé....c'est tout ce qu'il peut dire...Irène le serre contre elle comme lorsqu'il était petit.Comment embrasser toute la désolation d'un homme.Lui se laisse aller contre le corps frêle de sa mère la tête contre son ventre,il ferme les yeux,laisse la vague immense l'emporter.Elle continue à lui caresser doucement la tête .Par la fenêtre elle voit le ciel et un oiseau,si haut.....les oiseaux voient tout et rien n'alourdit leurs ailes.Derrière les paupières de mon fils il y a l'horreur du monde.Dans cette tête que je caresse combien de cris perdus, d'appels de paroles brisées, les ruines de tant de vies les ruines les ruines...mon dieu.....comment faire pour vivre dans les décombres....la désolation...et les larmes d'Étienne coulent aussi sur son visage.
Dans la cuisine,ils sont là. Aucune arme ne protège de la peine du monde.Irène n'essaie aucun mot de consolation.Il n'y en a pas.Peu à peu la désolation cédera la place ,c'est à cela qu'elle s'arrime.Parce qu'il y a les oiseaux qui prennent toutes les souffrances sous leurs ailes.Parce qu'il y a les arbres qui mènent la peine des hommes jusqu'au bout de leur feuillage. Parce qu'il y a des petits torrents qui roulent des pierres de l'eau limpide et qui laissent joyeux les corps des enfants.Elle essaie de toutes ses forces d'y croire.
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nelly76nelly76   09 octobre 2017
Il prendra son appareil.Il retournera au bord de la mer.Il fera désormais chaque photographie en sachant le poids exact de la vie.
Et il sait maintenant qu'il n'aura pas assez de tous ses jours et de toutes ses nuits pour aller chercher dans le monde de quoi nourrir l'espérance.
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nelly76nelly76   06 octobre 2017
Il était une fois,il était mille et mille fois ,un homme arraché à la vie par d'autres hommes.
Et il y a cette fois et c'est cet homme là.
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Josephine2Josephine2   26 janvier 2016
Page 68
Chaque nuit depuis son retour, il faut qu’il lutte pour ne pas se sentir réduit. Il lutte contre le sentiment d’avoir perdu quelque chose d’essentiel, quelque chose qui le faisait vivant parmi les vivants. Il n’y a pas de mots pour ça. Alors dormir dans la chambre de l’enfance, non. Il a besoin d’un lieu que son corps n’a jamais occupé, comme si ce corps nouveau, qui est le sien ne pouvait plus s’arrimer aux anciens repères. La grande, l’immense joie du retour qu’il n’osait même plus rêver, il n’arrive pas à la vivre. Il est toujours au bord. Sur une lisière. Il n’a pas franchi le seuil de son monde. L’exil, c’est ça ?
Irène s’est obligée à se lever. Ne pas laisser les larmes lui monter aux yeux quand elle le sent partir à nouveau si loin. Elle retourne à la cuisine. Lui parler d’une autre pièce, c’est plus facile. Elle lance les paroles qui polissent les petites choses du quotidien Dis-moi de quoi tu as besoin mon grand. En réponse Tout va bien maman.
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nadejdanadejda   22 août 2015
Il y a parfois dans les ciels tumultueux de printemps, au bord de l’océan une clarté brusque qui aveugle contre l’ardoise miroitante des nuages. Dans une déchirure du ciel, inattendu, un bleu, irisé de lumière et de pluie, lavé, incroyable. Un bleu de miracle. C’est là que se tient la mère. Juste sa peau contre les nuages.
Une bourrasque et elle pourrait disparaître.
L’indécision de la lumière alors, c’est sa vérité.
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Vidéo de Jeanne Benameur
Entretien Jeanne Benameur et Laurent Vidal
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