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ISBN : 9782742795307
Éditeur : Actes Sud (01/01/2011)

Note moyenne : 3.68/5 (sur 310 notes)
Résumé :
L’histoire d’un ouvrier, entre France et Brésil.
Parcours de lutte et de rébellion, voyage au centre de l'héritage familial, aventure politique intime et histoire d'une rédemption amoureuse, Les Insurrections singulières emboite les pas d'abord incertains d'un fils d'ouvrier en délicatesse avec lui-même. Entre la France qu'on dit profonde et la terre nouvelle du Brésil, sur les traces d'un pionnier oublié de la sidérurgie du XIXe siècle, Jeanne Benameur signe... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (79) Voir plus Ajouter une critique
TerrainsVagues
  05 août 2017
Après les insurrections singulières, il va me falloir faire preuve d'objectivité singulière et plurielle.
Singulière parce que j'aime le chaud ou le froid, rarement le tiède, plurielle parce que le thème principal du bouquin et l'écriture de Jeanne Benameur me sont chers.
La lutte des classes que certains voudraient fondre dans la grande partouze de la mondialisation, est plus que jamais d'actualité. Jeanne Benameur, après plusieurs rencontres avec les ouvriers d'Arcelor Mittal de Montataire, a voulu à sa façon, continuer à leur donner la parole à travers ce roman (la genèse du bouquin à la fin est un plus).
Une fois de plus j'ai eu la sensation qu'un auteur enfonçait des portes ouvertes tant les constats et les questionnements du personnage principal semblent évidents.
Quel sens a la vie de notre « civilisation », quel sens veut on lui donner, où est l'important et le futile, rester dans les clous ou faire du hors piste, être soi et laisser parler son coeur ou n'être que par procuration parce que le regard des autres? Qui suis-je où cours-je… si trouille?
On s'enrhume à travers ces pages car le courant d'ère est propice au chaud effroi que provoque notre inaction, notre manque de désobéissance, notre ronron quotidien bien formaté.
Si Jeanne Benameur aborde ce thème, j'ai eu du mal avec l'angle choisi. Si vous voulez c'est un peu comme si votre femme ou votre mari vous quittait et que vous alliez faire ami ami (ou ailleurs on s'en fout) avec votre remplaçant(e). Perso j'irais pas au Bengladesh pour rencontrer les gens qui vont faire le boulot dont je me suis fait virer, parce que la boite délocalise pour que les actionnaires s'en mettent toujours plus dans les poches (là c'est au Brésil, plus bandant peut être).
Pas touché plus que ça par l'histoire ou plutôt par la manière de la raconter.
Maintenant, le truc plus embêtant pour moi… La déception.
Déçu par cette écriture que j'aime tant et qui cette fois ne m'a pas emporté. Peut être que « Ca t'apprendra à vivre » et « Laver les ombres » ont pour moi, placés la barre trop haute au niveau du ressenti. L'histoire ne se prête pas non plus forcément à des envolées poétiques même s'il y en a quelques unes. Son écriture, son style aurait pu lui permettre autre chose de plus puissant à mes yeux.
Et puis cette fin… un autre « t'aime », le truc à deux balles genre « ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants », tu le sort d'où Jeanne ? Bon, je crois que je vais arrêter les bouquins une vingtaine de pages avant la fin car j'ai souvent du mal avec les fins mais ça vient de moi certainement.
Dernier aveux, un truc qui n'a pas aidé, je pensais aussi beaucoup trop à ma prochaine lecture et là… quand on a la tête ailleurs, ça se voit quelles que soient les circonstances.
Déçu par ce bouquin parce que j'en attendais trop mais Jeanne Benameur garde tout son crédit chez moi.
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carre
  26 juin 2013
Voilà je termine le roman de Jeanne Benabeur avec agacement et déception. Agacé car je n'ai jamais réussit à être ému ni par le narrateur, ni par son histoire. Déçu parce que j'espérais bien autre chose de ce livre qui a reçu de beaux éloges. Les premières pages m'ont fait penser à Olivier Adam, un type en perdition sociale et sentimentale qui tente de retrouver une estime, une sérénité envolées depuis belle lurette. Mais le roman prend une autre tournure, un voyage improbable au Brésil avec le vieux voisin de papa et maman. J'oubliais, un carnet que papa tenait pendant son travail à lusine (non, je n‘ai pas fait de faute, c'est comme ça dans le livre, na!). Et devinez qui ramène à la vie notre petit bonhomme, l'amour voyons dans les bras d'une belle autochtone.
Sur des sujets d'actualité : la délocalisation pour plus de rentabilité, la difficulté de trouver sa place dans un monde égoïste, Jeanne Benameur ne m'a jamais convaincu. Les élubrications d'Antoine m'ont laissé de marbre (ha cette fameuse empathie), l'ennui s'est installé jusqu'aux dernières lignes. J'aurais aimé rencontrer Karima, faire plus connaissance avec Thaïs, en savoir plus sur le frère qui lui s'est bien mis dans le moule. Jeanne Benameur a choisit une autre voie, elle m'a perdue en route. Sûrement que d'autre la suivront.
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latina
  28 janvier 2016
« le poème obscur qui est en moi qui se cherche chaque jour pour dire le monde et ma place dans le monde ».
Profondeur, plongeon dans les eaux troubles de l'être humain et de moi-même.
Mots, images, poésie.
Mélange de la force et de la délicatesse.
Réflexions touchant à l'essence des choses : le rapport entre les êtres humains, le travail, le voyage, la lecture. Trouver sa place. Se trouver.

C'est cela le roman de Jeanne Benameur. Exactement ça.
C'est tout ce que j'aime.
Et pourtant, je n'ai pas trop aimé.
Et j'en suis la première déçue.

Ce récit à la première personne d'un homme « imposteur » de sa destinée, « décalé », en rage contre il ne sait trop quoi, ouvrier dans une usine pour faire comme son père, rejeté par son amoureuse, ce récit m'a lassée. L'introspection des blessures, le ton continuellement plaintif m'a enragée.
Et puis la deuxième partie du livre m'a donné un peu plus d'espoir, car cet homme part au Brésil et s'y trouve mieux, beaucoup mieux. Mais là, l'accumulation des phrases éclairées et réfléchies de Marcel, le vieil ami avec qui il voyage, cette sagesse, tout cela m'a paru sentencieux. Et je déteste recevoir des ordres.

Bref : j'ai adoré « Profanes », je ne peux que murmurer ma désillusion face aux « Insurrections singulières ».
J'aime être décalée, je ne m'y suis pas retrouvée.
Tant pis. Et puis tant mieux. Car « ça fait peur, le temps mort. Pourtant c'est dans ce temps-là, où en apparence il ne se passe rien, que tant de choses en nous se ramassent, pour prendre forme... »
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canel
  05 août 2017
Antoine revient vivre chez ses parents à quarante ans.
Ils déplorent qu'il n'ait jamais été 'stable', hormis une parenthèse de quatre ans avec la même femme. Un leurre, cette relation ? Karima aimait l'ouvrier en lui, mais peut-être l'image qu'elle en avait à travers ses livres, elle la prof de français d'origine modeste ? Elle le poussait à agir, se révolter. Lui ne s'est jamais senti à l'aise, ni dans ses études, vite abandonnées, ni dans la peau d'un ouvrier, identité usurpée à son père, selon lui, et non méritée.
Là, l'heure est à la délocalisation, au chômage technique, aux RTT forcées. Antoine cumule crises professionnelle, sentimentale, existentielle...
Un roman intéressant sur la mondialisation, l'emploi, le travail, la société de consommation. Il fourmille de questions pertinentes qui peuvent être aussi celles du lecteur et ça fait du bien : quelle image pour ses enfants quand on est chômeur, ou quand on n'aime pas son travail ? quel avenir pour eux ? quid du cercle infernal "produire pour gagner de l'argent pour consommer, etc." ?
Plus enthousiaste sur la dimension sociale du propos que sur l'aspect individuel, j'ai beaucoup moins apprécié la seconde partie, plus diluée, et à mon sens plus légère, plus romanesque - même si elle est en harmonie avec l'évolution du récit.
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quiliravivra
  17 mai 2014
"Il y a longtemps, j'ai voulu partir"
Tout est dit dans cette première phrase du livre.
Antoine n'a pas voulu devenir ce qu'il est devenu, un ouvrier sans avenir, un amoureux maladroit et mal aimé, un homme coincé dans sa vie.
Il n'a pas voulu d'une vie réduite, à l'image des maquettes de bateaux de son père.
A l'occasion d'un retour "forcé" chez ses parents, à bientôt 40 ans, Antoine se souvient de ce jour là où il a voulu partir. Ce souvenir obsessionnel , cette madeleine douloureuse va lui servir de catalyseur en quelque sorte et lui permettre de prendre enfin son destin en main, ce destin qu'il avait ébauché à 8 ans.
J'ai aimé l'univers intimiste de ce roman à l'écriture fine, sans fioritures, aux accents parfois tendres parfois rageurs.
Un petit bémol toutefois à mon appréciation positive; j'ai préféré la forme poétique du texte, son caractère initiatique à la matière du récit.
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Citations & extraits (131) Voir plus Ajouter une citation
TerrainsVaguesTerrainsVagues   03 août 2017
Mais ouvrez leur les yeux, aux gosses, bon dieu, tant qu'ils ont encore envie d'horizon, apprenez leur plutôt à se révolter, à chercher leur place dans le monde, pas à prendre juste celle qu'on leur attribue à la louche, allez hop, toi ici, toi là!

Le monde que je vis aujourd'hui n'est pas le monde. Le vrai monde c'est celui que je pressentais quand j'étais petit et il était immense. C'est le monde que j'ai dans mes mains quand je roule à moto, quand je caressais le corps de Karima, quand je touche les livres rares, quand mes mains au fond de mes poches rêvent et que j'ai les yeux levés vers le ciel ou vers une fenêtre éclairée. Il est là, le monde. Je le sais. Je l'ai toujours su. Et tout le reste, c'est pour faire comme les autres. Pour pas avoir l'air trop fou. Pour faire l'homme qui gagne sa croûte et qui n'emmerde personne. Du vent, oui. Du vent. Du mauvais vent. Celui qui te retient au port toute ta putain de vie et qui se lève le jour où t'es trop vieux pour monter la voile. Merde.
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aleatoirealeatoire   10 août 2011
J'ai toujours aimé les fous, Antoine. Les décalés, c'est les seuls qui laissent la place au désir. Dans le décalage, c'est là. Je me méfie des gens trop bien installés, riches ou pauvres, dans leur peau, garantie cent pour cent tranquilles. J'aime pas les cimetières ambulants. La moitié des gens sont déjà morts. Tu vois, au marché, j'ai appris plein de choses.Combien j'ai de clients, moi, sur tous ceux qui achètent au marché ?... même pas dix pour cent ! Ceux-là en plus des carottes et des pommes de terre, il leur faut une épice, le goût de quelque chose d'autre. Ils viennent le chercher dans les livres. Sinon ils savent bien que toutes les carottes du monde, même bio, et tous les steaks, ça ne servira pas à grand chose pour traverser les jours. Dans les livres, il y a le décalage. La place pour le désir.
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petitourspetitours   24 janvier 2011
Il y a longtemps, j’ai voulu partir. Ce soir, je suis assis sur les marches du perron. Dans mon dos, la maison de mon enfance, un pavillon de banlieue surmonté d’une girouette en forme de voilier, la seule originalité de la rue.
Je regarde la nuit venir. C’était un soir, dans la cuisine, celle qui est toujours là si je me retourne, que j’ouvre la porte et que je fais six pas pour arriver au fond du couloir. C’était comme ce soir, trop chaud. Mon père fignolait une de ses maquettes de bateaux anciens. Sur la toile cirée, ses doigts, quand ils avaient appuyé longtemps, laissaient une trace, comme la buée sur les vitres. Et puis la trace disparaissait. Ce soir-là, j’ai eu peur. Peur, si je restais dans
cette cuisine, dans cette maison, de devenir comme la trace des doigts de mon père. Juste une empreinte. Qui disparaîtrait aussi.
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krol-francakrol-franca   20 février 2011
« Personne ne fait partie de la vie de quelqu’un. Qu’est-ce que c’est que ces histoires ? […] On s’approche des autres, l’amour ça ne sert qu’à ça ! Toutes les formes d’amour… pas seulement la romance des amoureux… tout ce qui nous rapproche vraiment des autres. Mais de toute façon jamais JAMAIS on ne fait partie de la vie de quelqu’un. Et encore heureux ! Ce serait la perte de notre solitude, c’est sûr, mais encore plus sûrement la perte de ce qui nous appartient vraiment, notre liberté. On l’attaque déjà bien assez comme ça ! On peut essayer de tisser les liens, c’est tout. On ne fait pas partie ! On ne fera jamais partie. C’est comme ça. »
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TerrainsVaguesTerrainsVagues   02 août 2017
Je revois un documentaire passé à la télé, la rage de Karima devant les petites ouvrières de là bas, penchées sur leur travail, le nombre d’heures effrayant qu’elles font en une journée, les clapiers où elles dorment avant de recommencer le lendemain. Et cette acceptation lisse de leur sort. Tout ça pour qu’ici ces jeunes filles pas riches non plus se donnent un peu d’illusion ! Le choix à 1 euro ! Tant de vies gâchées à des taches inutiles ! Faut que ça consomme sur la planète… Et si ça consomme moins on crie à la crise et on se demande comment faire remonter le moral des ménages ! Comme si le moral n’allait pas remonter en flèche si on consommait moins, si on travaillait moins, si on vivait plus.
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Entretien Jeanne Benameur et Laurent Vidal
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