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EAN : 9782843046469
131 pages
Zulma (22/08/2013)
  Existe en édition audio
3.7/5   1064 notes
Résumé :
Traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfson

« Mon neveu Marteinn est venu me chercher à la maison de retraite. Je vais passer le plus clair de l’été dans une chambre avec vue plongeante sur la ferme que vous habitiez jadis, Hallgrímur et toi. » Ainsi commence la réponse – combien tardive – de Bjarni Gíslason de Kolkustadir à sa chère Helga, la seule femme qu’il aima, aussi brièvement qu’ardemment, d’un amour impossible.

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Critiques, Analyses et Avis (302) Voir plus Ajouter une critique
3,7

sur 1064 notes
L'amour le plus ardent
Est l'amour impossible
Mieux vaut donc n'aimer personne.

Pourquoi ? Pourquoi Bjarni a-t-il attendu si longtemps pour répondre à Helga, pour répondre à sa lettre ? Si ce temps d'attente a été nécessaire pour écrire ce qu'il a écrit, pour décrire ainsi la beauté, clamer son désir et crier son amour, alors nous le comprenons, nous le respectons, le coeur serré.
« La lettre à Helga » est la lettre d'une vie, qui raconte, qui déroule le fil d'une vie, en plein coeur d'Islande, ses difficultés, ses espoirs déçus, ses rares lumières, ses désirs et ses occasions ratées. de celle qui explique afin de mieux se comprendre et savoir se pardonner avant la mort, imminente. de celle pour laquelle on écrit de sa plus belle plume, de sa poésie la plus intime. Sans rien cacher. de celle qui confesse. « La lettre à Helga » est la déclaration d'un vieillard. Une déclaration belle à tomber. Un testament amoureux au bord de la tombe. « Vieille buche vermoulue et pourrie gisant sur le rivage du temps d'où le ressac bientôt m'emportera », il écrit.

Ce livre est l'histoire d'un amour impossible dans la campagne islandaise entre Bjarni et Helga. Bjarni, âgé de 90 ans, raconte, le temps d'une sortie de sa maison de retraite pour passer l'été dans sa chambre avec vue plongeante sur la ferme où habitait Helga…Il laisse son esprit vagabonder, les souvenirs remonter, il les capte et les restitue avec tendresse, franchise et poésie. Il veut expliquer pourquoi il a préféré renoncer à l'amour de sa vie pour rester sur sa terre natale islandaise.

Il raconte sa vie en tant qu'éleveur de brebis dans cette terre rude et hostile qu'il aime, loin des turbulences et du travail ouvrier et asservi de la capitale Reykjavik au début du 20ème Siècle. Il livre de belles réflexions sur la sagesse des anciens, sur les dangers du progrès, sur la religion, et nous fait ressentir l'amour profond pour ses bêtes qui lui a permis de rester debout. Il nous offre quelques anecdotes des moeurs anciennes islandaises assez étonnantes.

« Kristin, ma grand-mère avait l'air aussi vieille que les premiers colons de ce pays ; elle est baignée de douce ancienneté dans ma mémoire. A son époque, à la campagne, le savon n'existait pas ; on lavait le linge et les vêtements à l'urine fermentée, comme de toute éternité. Elle faisait souvent la remarque que ce n'étaient plus des cheveux mais une tignasse morte qui couvrait la tête des femmes d'aujourd'hui. Dans sa jeunesse, disait-elle, quand les femmes se shampouinaient à la pisse, leur chevelure longue et épaisse resplendissait ».

Il raconte ses difficultés avec sa femme, Ennur, devenue stérile suite à une opération, qui s'est réfugiée toute sa vie dans le travail sans accorder la moindre place à la tendresse, à l'amour, aux plaisirs simples. Morte il y a quelques mois, les cinq années qu'a duré sa maladie ont été éprouvantes tant elle a passé ce temps à tourmenter Bjarni.

Et bien sûr, il raconte Helga. La belle Helga. Les formes d'Helga. L'amour avec Helga. le choix qu'il a fait ou plutôt qu'il a été contraint de faire. Cet amour impossible, sa solitude, l'amour secret qui ronge et obsède, son envie de mourir. L'espoir toujours qui revient comme une fleur de pissenlit à chaque printemps, fleur jaune comme la flamme qui renait perpétuellement en lui. C'est tour à tour sensuel, poignant, touchant. A la fois sauvage, cru, et beau, à l'instar des paysages islandais, taillés dans la lave et pétris de poésie.

« Quand nous avons fait l'amour, tes seins ballotaient contre le râtelier. Comme des cygnes sur la vague ».

« Te voir nue dans les rayons de soleil était revigorant comme la vision d'une fleur sur un escarpement rocheux. Je ne connais rien qui puisse égaler la beauté de ce spectacle ».

C'est un très joli roman, très touchant, et qui permet aux lecteurs de découvrir les us et coutumes du peuple islandais au début du 20ème Siècle. Un monologue vigoureux et délicat qui raconte pourquoi cet homme s'est spolié lui-même de l'amour de sa vie. Un petit livre à découvrir que l'on termine touché en plein coeur.
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Longue lettre-confession d'amour ( 130 pages ) d'un éleveur de brebis islandais nonagénaire, d'un homme qui a préféré renoncer à l'amour de sa vie plutôt que de quitter sa campagne islandaise. Il se qualifie d'ailleurs lui-même ainsi : "Un bonhomme qui a préféré croupir dans son trou plutôt que suivre l'amour. "

Ce testament amoureux pour Helga m'a dès le début fait penser à Lettre d'une inconnue de Zweig. J'y ai retrouvé cette même blessure d'amour inachevé, cette passion qui dévore en secret. Mais la comparaison s'arrête là. En effet, l'intrigue, le cadre et surtout le style sont différents, j'ai envie de dire : heureusement. J'ai apprécié la découverte de l'Islande, et le ton direct et cru par moment qui s'accorde avec justesse au caractère rugueux du vieil homme, sans être pour autant dénué de poésie et d'humour. Un cockail islandais stimulant et original !
C'est assurément un beau roman, plus fin et puissant qu'il n'y paraît au contact des premières pages, que j'ai eu plaisir à lire. Reste à savoir si dans quelques années, son souvenir sera aussi vivace que la lettre de l'inconnue de Zweig...
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Bjarni revient de la maison de retraite pour passer l'été chez lui et la fenêtre de sa chambre plonge sur la ferme où habitait autrefois ses amis Helga et son mari décédé d'un cancer l'hiver précédent. Sa femme est morte, il y a quelques mois aussi dans des conditions difficiles car sur les cinq années qu'a duré sa maladie, elle en a passé quatre et demie à vouloir mourir er à tourmenter Bjarni.
Il décide d'écrire une lettre à Helga, durant laquelle on en saura plus, sur toute son existence, la vie en Islande et ses difficultés au début du XXe siècle, ses relations avec Helga et son mari, avec Unmur et comment il exerçait son métier d'éleveurs de moutons à l'époque.

Ce que j'en pense :

C'est un joli roman, bien écrit, qui nous fait découvrir ce pays mystérieux qu'est l'Islande, les conditions de vie très dures, les méthodes d'élevage et de soins des bêtes qui laissent pantois les agriculteurs de notre époque alors que ces paysans étaient pleins de sagesse et de respect de la nature, cette nature sauvage qui nous aime si on la respecte.
L'auteure a choisi la lettre comme mode d'expression, ce qui permet de voir évoluer tant les conditions de vie que les personnages et surtout les sentiments.
Bjarni a 90 ans, il peut donc s'exprimer sans retenue ni censure car la mort est proche. Il peut parler de son amour pour cette femme qui a duré pendant toute sa vie d'adulte, qu'il a mis du temps à reconnaître, à admettre. Il lui a été difficile de choisir l'amour car il y a d'abord ses hésitations entre l'amour et le devoir (comment peut-il abandonner son épouse Unmur mutilée par une intervention chirurgicale qui la rend stérile à jamais et donc acariâtre, jalouse de Helga qui, elle, peut avoir des enfants.
Cette Islande, il l'aime comme une femme et il nous transmet son histoire, sa nature sauvage, sa culture aussi en parsemant le texte de poèmes d'auteurs inconnus pour moi, de poèmes qu'il a écrit lui-même mais aussi que sa grand-mère récitait. Les descriptions sont très belles.
Bref une belle histoire et un beau voyage que je vous incite à tenter si vous ne l'avez pas déjà fait. Il a été qualifié de « bijou épistolaire » par un lecteur dans son blog et c'est mérité.
Note : 8,5/10

Lien : http://eveyeshe.canalblog.co..
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La Lettre à Helga, roman de Bergsveinn Birgisson, est une lettre sous forme d'une confession amoureuse, d'un homme nonagénaire, au crépuscule de sa vie, Bjarni Gíslason, qui fut éleveur de moutons et de brebis et par ailleurs contrôleur des réserves de fourrage en Islande.
Cette lettre, il l'écrit et l'adresse à celle qu'il a toujours aimée, d'un amour incandescent et charnel, Helga.
Tout le récit est cette longue lettre à Helga, vers Helga, une sorte de chemin à reculons, pour revenir à elle, sur les terres sauvages et rudes de l'Islande. Par-delà le coeur qui l'a mis en lumière comme un chant, l'Islande est en effet l'écrin, le réceptacle de ce texte. C'est un voyage dans ce paysage sublime et sensuel, c'est un voyage qui ressemble à la silhouette fugitive, fuyante à jamais d'Helga.
Ils étaient voisins, chacun mariés. Elle à Hallgrímur, qui ne savait pas la rendre heureuse. Lui à Unnur qui ne pouvait pas avoir d'enfant.
Il a suffi d'un instant arraché à la dérive des continents, une grange, l'odeur des foins, la lumière d'une lucarne sur ses seins nus, sur ses courbes généreuses, sa peau blanche où frémissaient des vagues de désir.
« C'était comme toucher du doigt la vie elle-même. »
Et puis faire l'amour dans l'arôme du foin nouveau. Il y a dans ces pages incandescentes un érotisme bucolique, jubilatoire, qui dégringole à gorges déployées dans la lumière crue du jour, conviant la nature charnelle à cette célébration des corps et des sens. On se croirait dans un tableau de Renoir...
Plus tard, enceinte de lui, Helga lui demande alors de la suivre à Reikjavík.
Il n'a pas eu le courage de renoncer à lui-même, à la campagne, au travail de la terre. Il n'a pas eu le courage de quitter Unnur.
C'est l'amour éternel d'un homme blessé qui a lui-même renoncé à cet amour, alors qu'il se trouvait à la croisée des chemins.
Cette longue lettre, c'est le chemin qu'il n'a pas pris, devenant un animal blessé, perdu dans la débâcle des glaces.
Longtemps après, Helga continue de marcher nue dans son esprit.
Bjarni a quatre-vingt dix ans mais Helga continue d'être un brasier dans son coeur et sous sa peau désormais flétrie.
Que faut-il faire pour retrouver Helga ? Interroger la bergeronnette pour connaître l'avenir ?
Cette lettre, c'est aussi un hymne à l'Islande où les paysans savent déchiffrer les nuages, le vol des oiseaux, le comportement des chiens.
Éprouver l'angoisse du feuillage aux éclipses de lune.
Aimer le chuchotement d'un ruisseau, la compassion d'un phoque, l'intelligence du renard.
L'amitié des moutons.
Célébrer l'entraide, les gens qui veulent du bien aux autres...
Parfois, il y a aussi des moments pittoresques et savoureux, comme ce vieux paysan habitant un lieu retiré de l'Islande, venant de perdre sa femme, et qui crut bon de suspendre le corps de la défunte dans le fumoir comme un vulgaire jambon afin de mieux protéger son corps en attendant qu'on puisse venir chercher la depouille pour les obsèques...
Cette lettre est le brasier d'un volcan d'Islande qui ne s'est jamais éteint.
« ...et je compris que le mal, dans cette vie, ce n'était pas les échardes acérées qui vous piquent et vous blessent, mais le doux appel de l'amour auquel on a fait la sourde oreille. »
J'ai aimé brûler mes doigts à l'incandescence de cet amour...
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L'amour, même s'il est sincère, passionné et partagé, conserve toujours une part de non-dits, voire de mensonges. On veut se montrer sous son meilleur jour, on ne dévoile pas tout par crainte d'être ridicule ou mal compris, on veut garder une part de mystère. Mais à 90 ans, Bjarni Gislason n'a plus ce genre de scrupules, il n'a plus rien à cacher et peut enfin ouvrir son coeur. Dans une longue lettre, il raconte à Helga, la femme qui fut sa maîtresse, toute une vie sans elle parce qu'il n'a pas eu le courage de tout quitter pour vivre cet amour. Il dit sa culpabilité, ses regrets,ses sentiments. Mais il raconte aussi son Islande, sa campagne, ses moutons, sa terre, tout ce qu'il n'aurait pu abandonner pour vivre à la capitale. Helga, enceinte de ses oeuvres, ne voulait pas rester au village et subir les commérages. La seule solution était d'aller à Reykjavik, se fondre dans la foule et travailler pour les forces d'occupation américaines. Bjarni avait-il vraiment le choix? Pouvait-il laisser derrière lui une terre transmise depuis des générations, un mode vie, des traditions et risquer de se perdre en ville, de n'être plus son propre patron, de travailler sans profiter du fruit de son labeur, de peut-être ne plus aimer Helga à force d'être malheureux? Quoi qu'il en soit, Bjarni est resté, pour Unnur,sa femme stérile et aigrie, pour ses bêtes, pour sa terre, pour sa vie telle qu'elle était. Helga a rompu, son mari ignorant de tout, a élevé sa fille et Bjarni a du se contenter de ses jumelles pour observer de loin la femme aimée, la famille qui aurait pu être la sienne.


Une lettre de 130 pages qui résume une vie d'éleveur ovin islandais dans les années 40. Ce témoignage-là est intéressant, qui parle de traditions orales, de légendes, des moutons, de la satisfaction du travail bien fait, des difficultés, des rigueurs du climat,etc. Par contre l'histoire d'amour est plus ambiguë. Bjarni en parle, et il en parle bien, sans fausse pudeur, alternant visions romantiques et mots les plus crus. Mais malgré ses grands discours, il est difficile de faire la balance entre désir et sentiment. Certes, il désire Helga, d'autant plus qu'elle est bien gironde sa voisine! Et qu'Unnur, sa légitime épouse, charcutée par les médecins, semble ne faire l'amour que dans la souffrance. Mais l'aime-t-il ? Pas suffisamment pour changer de vie, en tout cas. Son amour n'a-t-il pas plutôt grandi dans l'absence ? Ils n'ont pas connu les petits soucis du quotidien qui lentement érodent les sentiments, alors cet amour est plus fantasmé que réel. Bjarni était-il trop attaché à sa vie de paysan ou a-t-il tout simplement manqué de courage ? Helga, radicale, le chasse de sa vie; Mais quand elle lui laisse une deuxième chance, encore une fois, Bjarni se défile...L'amoureux transi ne serait-il qu'un lâche? Ou plus simplement un homme qui voulait le beurre et l'argent du beurre ?
Pas inoubliable mais très bien écrite, cette confession d'un vieillard à l'amour de sa vie est une lecture savoureuse et riche en émotions qui interroge sur les choix de vie et leurs conséquences, sur l'amour, la passion charnelle, la vie tout simplement.
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critiques presse (4)
LaPresse
10 octobre 2013
Cette lettre d'amour magnifiquement écrite se lit d'une traite pendant que défilent les paysages de l'Islande. C'est un hymne à la terre et aux valeurs d'autrefois, mais aussi une réflexion sur les sentiments et le sens de la vie.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Lexpress
12 septembre 2013
Considérations sur le temps, le désir, la fidélité, le destin, l'âme islandaise, le tout dans un style enlevé et rafraîchissant... ce roman épistolaire de Bergsveinn Birgisson, docteur en littérature médiévale scandinave de 41 ans, est un pur délice.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Actualitte
02 septembre 2013
Une lettre puissante, « sacrée à laquelle on répond trop tard », toute imbibée d'un désir ardent, inaltérable, qui guide le narrateur dans son existence, façonne son être jusqu'à la mort et trouble le lecteur intensément. Comme envoûté, pris dans un enchantement.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LaLibreBelgique
27 août 2013
L’émouvante chronique d’un amour impossible. Nostalgie et romantisme.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (291) Voir plus Ajouter une citation
Tu sais, ma Belle, que je ne suis pas le vieillard typique qui chante les louanges du passé et trouve à redire à tout ce qui appartient au présent. Il y a eu des progrès dans bien des domaines et je me demande si aucune autre génération connaîtra jamais des changements comparables de sa condition en l’espace d’une seule vie. Nous qui avons grandi dans une culture qui n’avait guère évolué depuis l’époque du peuplement du pays, et qui avons connu aussi l’ambiguïté du temps présent, ses engins, ses outils et cette saloperie de lait pasteurisé. Bien sûr que l’apparition des bottes en caoutchouc a été un progrès. Je n’avais pas l’âge de la communion que mon père m’envoyait faucher les terres marécageuses du fond de la vallée. J’y passais la moitié de l’été debout dans la bouillasse qui giclait de mes chaussures en peau de mouton, ce qui a fini par me mettre sur le flanc avec une pleurésie carabinée. Tout juste si j’ai eu droit à quelques jours de repos avant que mon père ne me renvoie dans la vallée. Il m’a fallu des années pour récupérer et j’aime mieux te dire que celui qui reçoit sa première paire de bottes en est bien heureux. Nous qui avons vu les bulldozers déblayer les fermes à toit de tourbe du canton de Hörgá pour faire place au ciment. Croire au progrès et se l’approprier est une chose, mais c’en est une autre que de mépriser le passé. Les vieilles fermes ont toutes disparu à présent, parce qu’elles rappelaient aux gens le froid, l’humidité et ce qu’on appelle cruellement le mode de vie des culs-terreux. Mais quelle est la culture de ceux qui parlent ainsi ? C’est quand les gens tournent le dos à leur histoire qu’ils deviennent tout petits. Ça n’a pas été une mini-révolution quand le téléphone et la radio sont arrivés dans les campagnes et que grand-mère Kristín a demandé, le doigt pointé sur le poste de TSF, comment c’est-y qu’on faisait pour mettre un homme entier dans une aussi petite boîte. Elle affirmait aussi, avec plus de justesse, que tout ce qui se disait au téléphone n’était que menteries qu’il ne fallait point croire. Et même si l’on vante les mérites du poste récepteur et des bulletins météo, le fait est bel et bien qu’on ne se rappelle rien ou presque de ce qui sort de l’appareil.
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Il n'y a sûrement que moi par ici qui sache où se trouvent les Mamelons d'Helga et, à ma mort, j'emporterai ce lieu-dit dans la tombe. Ces éminences, sur le versant sud de la hutte de Göngukleif, sont comme le moulage terrestre de tes seins, en plus grand bien sûr, mais leur forme - cette pente douce en dessus et le renflement abrupt en dessous - a dû être modelée sur ta gorge par les mains mêmes du Créateur. Combien de fois ne me suis-je couché là, sur les Mamelons d'Helga, dans la brise solaire de sud-ouest, la tête entre tes seins, avec l'impression d'être au creux de tes bras.
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Ici, à la campagne, j’ai eu de l’importance. Et si ce n’est qu’une idée, au moins aurai-je eu l’impression d’en avoir. Voilà une différence qui compte. (…)
Ça ne les dérange pas, les gens des villes, de n’être pas en prise avec le monde, d’être insensibles et amorphes et de chercher la consolation dans la drogue ou l’adultère ; d’avoir seulement à se demander s’ils doivent se supprimer, ou pas. Ou bien attendre un peu. Y a-t-il rien de plus terrible que d’attendre que la vie s’écoule ? Au lieu de mettre la main à la pâte et d’amasser des vivres. Et puis ils composent des poèmes et écrivent des romans sur la froidure et la solitude de la ville. Pourquoi donc ont-ils quitté la campagne ? Qui les en a priés ? Si la vie toute entière n’est que fiction, comme ils disent, n’y avait-il pas plus de vitalité, plus de bonté dans les prés, une clarté plus intense et un sentiment de liberté plus vif dans l’atmosphère d’ici ? Tu sais, Helga, j’ai entendu dire que d’anciens poètes du temps des Grecs et des Romains ainsi que de grands philosophes et des sages du monde comparent la vie au rêve et à la fiction. Mais chez nous, pas la peine de cherche midi à quatorze heures. On trouve la même sagesse en se tournant vers sa grand-mère qui, sans savoir lire ni écrire, pouvait réciter un poème dont elle ignorait l’auteur, et qui n’avait jamais été jugé digne d’être couché par écrit.
"La vie n’est que transe et rêve,
calme plat et dur ressac,
écueil et courant rapide,
tempête, neige et brouillard.
Avec fleurs et soleil aussi.
Mais derrière les hautes montagnes –
personne n’est encore allé voir."
Je ne veux pas dire que tout est tellement merveilleux par ici, ni que les gens sont des anges. Bien sûr, ici il y a les ragots, la jalousie, et toutes sortes de conneries qui vont avec l’espèce. Mais ces gens-là vous dépanneront d’un pneu de tracteur en cas de besoin.
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Il me semble parfois que mon esprit a, comme l'oiseau, essayé de prendre son envol pour échapper au quotidien laborieux de la vie terrestre et que j'ai, tout comme lui, tenté de planer dans le ciel des poètes à la faveur de mes écrits indigents. Si les dieux me l'accordent, c'est justement comme ça que je m'envolerai vers toi finalement, sur les ailes de la poésie.
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Mon issue de secours à moi, c'est la vieille porte de la bergerie de feu mon père, celle que le soleil traverse par les fentes, en longs et fins rayons par les planches disjointes. Si la vie est quelque part, ce doit être dans les fentes. Et ma porte à moi est désormais tellement faussée, branlante et déglinguée qu'elle ne sépare plus vraiment l'intérieur de l'extérieur. Devrais-je mettre au crédit du charpentier ce travail bâclé ? Car toutes ces lézardes, ces interstices, laissent passer le soleil et la vie.
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Video de Bergsveinn Birgisson (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Bergsveinn Birgisson
Rentrée littéraire 2013 des éditions Zulma .Laure Leroy, directrice générale des éditions Zulma vous présente sa rentrée littéraire avec les romans de Daniel Morvan, "Lucia Antonia, funambule", et de Bergsveinn Birgisson, "La lettre à Helga", à paraître le 22 août. Rentrée littéraire 2013. http://www.mollat.com/livres/birgisson-bergsveinn-lettre-helga-9782843046469.html http://www.mollat.com/livres/daniel-morvan-lucia-antonia-funambule-9782843046476.html Notes de Musique : "The Gasoline Brothers - Hungover Boxing Day" by coverclub.nl (http://coverclub.nl)
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