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Éric Boury (Traducteur)
EAN : 9782070122547
240 pages
Gallimard (18/02/2010)
4.12/5   935 notes
Résumé :
"Certains mots sont probablement aptes à changer le monde, ils ont le pouvoir de nous consoler et de sécher nos larmes. Certains mots sont des balles de fusil, d’autres des notes de violon.

Certains sont capables de faire fondre la glace qui nous enserre le cœur et il est même possible de les dépêcher comme des cohortes de sauveteurs quand les jours sont contraires."

Parfois, à cause des mots, on meurt de froid. Comme Bardur, pêcheur à... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (172) Voir plus Ajouter une critique
4,12

sur 935 notes

gouelan
  24 septembre 2015
Quand la frontière est mince entre la vie et la mort, et que parfois les mots peuvent sauver ou faire périr...
Dans ce pays à la rigueur infernale ; l'Islande ; mais aussi à la lumière qui laisse entrevoir l'espoir, «le gamin» cherche un sens à la vie. Il n'est pas fait pour être marin, il est fait pour la beauté des mots, la magie de la poésie. Il est envoûté par le pouvoir des vers, qui lui font découvrir un ailleurs, une possibilité, autre chose que le labeur et la douleur. La vie est rude pour le gamin. Son chemin le mènera vers un abri, un foyer, où d'autres comme lui connaissent les ténèbres de l'existence. le gamin est hésitant, il se sent souvent idiot, maladroit. Et pourtant il recèle un trésor, une grande sensibilité que certains sauront découvrir en lui.
C'est une lecture magique qui nous parle de douleur et d'amitié, de lumière et de ténèbres, de gens qui oscillent entre la vie et la mort. Une très belle découverte.
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HordeduContrevent
  21 avril 2021
S'en vient le soir
Qui pose sa capuche
Emplie l'ombre
Sur toute chose
Tombe le silence
Déjà se lovent
La bête sur son lit d'humus
L'oiseau dans son nid
Pour le repos nocturne
« Il est mort de froid parce qu'il a lu un poème ».
Précisément ce poème de Milton, poète anglais aveugle, au début du XIXè siècle. Nous pourrions résumer ainsi ce livre magnifique, ce livre des entre deux. Entre ciel et terre, entre vie et mort, entre montagne et mer, entre sommeil et réalité, l'Islande, île rude, sauvage, cruelle, présentée et honorée dans toute sa rigueur, dans toute son âpreté, dans toute sa beauté glaciale, dans ce majestueux livre poétique et ensorcelant. L'Islande, enneigée, iodée, battue par les vents, battue par les flots, blanche de neige et d'écume, noire de roches acérées, enfin devenue verte en avril, avril empli de clarté, de chants d'oiseaux et d'impatience. Quelques semaines lumineuses enveloppées par des mois de ténèbres.
Entre ciel et terre, il y a la lune. Cette lune que les amoureux, depuis la nuit des temps, malgré les montagnes et les immensités qui les séparent, regardent à la même heure afin que leurs yeux se rencontrent sur l'astre nocturne en même temps. « Voilà pourquoi la lune a été placée dans le ciel ». Entre ciel et terre, il y a aussi l'horizon parfois devenu invisible lorsque les tempêtes font rage et que le ciel embrasse la terre d'un baiser meurtrier.
Entre vie et mort, il y a l'enfer, « l'enfer d'être mort et de prendre conscience que vous n'avez pas accordé assez d'attention à la vie à l'époque où vous en aviez la possibilité ». Il y a aussi la peur mêlée à la curiosité apeurée, celle d'obtenir enfin les réponses à toutes nos questions.
Entre montagne et mer il y a les immensités, la campagne herbeuse et ample où se nichent quelques fermes, et même, du seuil de certaines d'entre elles on n'aperçoit pas la mer, chose rare sur cette île. Il y a les vallées desquelles on ne voit que des fragments du ciel. Ceux qui vivent là ont pour horizon les montagnes et les rêves. Entre montagne et mer, il y a tout simplement la vie des islandais « D'un côté, la mer, de l'autre, des montagnes vertigineuses comme le ciel : voilà toute notre histoire ».
Entre sommeil et veille enfin il y a les rêves et le répit car « ceux qui vivent au pied de montagnes aux pentes vertigineuses et aussi près du bout du monde sont experts dans la science des rêves », ils maintiennent la réalité à distance aussi loin qu'ils le peuvent avant de retrouver la réalité qui est la leur.
Cet entre deux est un geyser de poésie, une poésie de troll et d'elfes, une poésie de fin du monde qui bouillonne et s'infiltre dans chaque page, dans chaque âme, dans chaque pensée.

Nous suivons les déambulations désespérées et les réflexions d'un très jeune homme de vingt ans, sans prénom, juste dénommé « le gamin » qui vient de perdre son meilleur ami, après avoir perdu sa mère et sa petite soeur. Il fuit désormais le métier de marin, amère expérience empreinte de deuil, uniquement habité par la beauté des mots et de la poésie. Il atterrira dans la maison et buvette de la mystérieuse Ragnheiður, où d'autres comme lui, notamment un vieux capitaine devenu aveugle et féru de littérature et de poésie, Kolbeinn, un autre loup de mer alcoolique, Brynjolfur, sont marqués par les difficultés de l'existence. Entre deux lectures, et en attendant d'avoir le courage de se tuer pour rejoindre tous les êtres qui lui sont chers, il s'occupe à servir la bière, le café. Malgré ses maladresses, sa sensibilité pure saura toucher son entourage.
Au-delà des conditions de vie très dures des pêcheurs islandais, au-delà de celles, particulières, confinées, de ceux qui restent sur la terre ferme, ce livre est une réflexion puissante et poétique sur la mort, sur l'importance de la poésie, sur ces mots qui peuvent sauver ou faire mourir : « Certains poèmes nous conduisent en des lieux que nuls mots n'atteignent, nulle pensée, ils vous guident jusqu'à l'essence même, la vie s'immobilise l'espace d'un instant et devient belle, limpide de regrets ou de bonheur. Il est des poèmes qui changent votre journée, votre nuit, votre vie. Il en est qui vous mènent à l'oubli, vous oubliez votre tristesse, votre désespoir, votre vareuse, le froid s'approche de vous : touché ! dit-il et vous voilà mort ».
« Entre ciel et terre » parle également avec génie du temps qui passe, du temps relatif, subjectif, celui qui passe différemment en notre for intérieur que celui affiché par la pendule : « Combien d'années peuvent tenir en un jour, en l'espace de vingt-quatre heures ? C'est un homme d'âge mûr et non plus un gamin de vingt ans qui pousse la porte d'entrée de la buvette de Geirþrúður, deux jours bien comptés après l'avoir franchie pour la première fois, en compagnie de son ami Bárður ».
Dès le début j'ai été happée par la musicalité de l'écriture de Jon Kalman Stefansson, qui fleure bon la lande sauvage fouettée par l'iode et les vents, qui sent fort l'odeur âcre de ces hommes rustres aux noms vikings et à la barbe sauvage constitutive de leur personnalité. Qui met en lumière ce « gamin » sensible, timide, peu confiant en lui mais si touchant au milieu de ces éléments naturels et humains où la vie est une lutte perpétuelle pour maintenir le froid et la rudesse à distance. Il est des livres dont on ressort émue et marquée. C'est le cas pour moi avec « Entre terre et ciel », premier tome de la trilogie qui a rendu célèbre l'auteur. Tellement heureuse de retrouver cette terre de légendes et ce « gamin » lunaire dans les deux autres tomes !
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le_Bison
  06 octobre 2017
… la mer sommeille, la montagne somnole et le silence règne dans le ciel…
L'Islande. Dès les premières mesures de ce roman, je m'y suis trouvé. Installé même. le froid, l'iode. La mer qui me fouette le visage. le roulis de ce vieux bateau de pêche. Pêche à la morue. Et ce silence. Un silence lourd qui m'envahit. Un silence qui fait partie de moi. J'ai envie d'y aller, « Entre Ciel et Terre » pour ressentir ces émotions, ce parfum, cette poésie de la mer et des landes. Et puis le vent, la pluie glaciale, le blizzard. J'ai oublié ma vareuse. Fuck le blizzard.
Le paysage, cette lande islandaise, sauvage et enneigée. Je me retrouve isolé, enveloppé par ce vent sourd qui emporte mes pensées, pas mes paroles muettes. Celles-là, je les garde au fond de moi. Qui voudraient d'ailleurs les entendre ? Quelques moutons sauvages et poilus dans le coin, en train de brouter pour ne pas sombrer dans la froidure de la nuit. Nuits étoilées. Ces étoiles qui sont l'âme des noyés. Et puis ces flocons de neige qui descendent à noyer mon verre, ne serait-ce pas là les ailes des anges ?
Je m'imagine à bord d'un de ces chalutiers, une pêche d'antan, à l'oeil et à la poigne. le bateau chevauche les vagues comme je rêve de renverser des sirènes. Les vagues vont et viennent, s'écrasent sur le pont, des embruns iodés qui se jettent sur ma face. le courage m'emporte, je suis dans une barque, encore plus précaire, prêt à affronter les éléments, une force insoupçonnable m'emporte, gênes de viking. Si jamais je n'avais pas oublié ma vareuse, et ma fiole de Lagavulin.
Je m'imagine là-bas. M'engouffrer dans un pub, des vieux loups de mer qui me regardent, la barbe sauvage, le teint grêlé par cette pluie glaçante du bord de mer. Une bière. Deux bières. Trois bières. C'est ma tournée. Prendre mon temps. Nul besoin de me presser. Personne ne m'attend. A part un roman, un livre de poésie ou une musique qui bercent mes nuits. Puis m'enfuir dans la nuit, dans le silence, sans ma vareuse. Et réfléchir à ma mort. Seul sous les étoiles, seul dans ce silence.
Il y a des livres qui ne peuvent s'oublier, et des auteurs non plus. Ce Jon Kalman Stefansson possède une telle poésie dans sa plume que j'en oublie la tristesse et le froid. Mais pas ma bière. Alors...
S'en vient le soir
Qui pose sa capuche
Emplie d'ombre
Sur toute chose,
Tombe le silence,
Déjà se lovent
La bête sur son lit d'humus
L'oiseau dans son nid
Pour le repos nocturne.

Lien : https://memoiresdebison.blog..
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Roggy
  01 avril 2019
Truman Capote a dit : « Le plus grand plaisir que je retire de l'écriture ne tient pas au sujet mais à la musique interne des mots »
La prose de Stefansson est aussi poétique que puissante, une perçante mélodie se dégage des mots alignés. Il parle magnifiquement de la peur et des tâtonnements des âmes, de l'incertitude des êtres, d'espoir et de rêves.
En filigrane juste au-dessous de la surface visible se retrouvent des réflexions plus profondes et appuyées comme la fine frontière qui sépare la vie de la mort et de la brèche qui se situe sous nos pieds, toujours prête à s'ouvrir.
Une vive émotion provoquée certainement par la communion parfaite des mots et de la nature, des mots et des sentiments intimes, nous fait un peu planer au-dessus de la musicalité et de la profondeur de la réflexion.
Chez Stefansson les mots soulèvent des jeux d'ombres et de lumière. Certains mots nous conduisent à des lieux qui rien d'autre ne peut atteindre. Les mots nous guident jusqu'à l'essence de qui nous sommes et le monde s'arrête de tourner.
Solaire et solitaire, cette lecture brille d'un bel éclat bien après la dernière page tournée.
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joedi
  15 mars 2013
Les faits se déroulent il y a un siècle dans un village de pêcheurs à la morue où il règne un froid glacial qui peut se révéler meurtrier. Six pêcheurs par barque, chacun a son rôle bien défini. Tout est important et vital dans le rituel de la pêche, chacun a sa place, le danger est toujours présent d'autant plus qu'aucun pêcheur ne sait nager.
Bardur trop occupé à retenir des vers du Paradis perdu de Milton, oublie sa vareuse en partant en mer, un oubli qui lui sera fatal. Son ami surnommé le gamin, inconsolable, entame un périlleux voyage pour rendre le livre à son propriétaire.
Jon Kalman Stefansson envoûte le lecteur par la force de son écriture, tout est poésie, ses mots chantent la vie, la mort, l'amitié, l'amour, la cruauté d'un monde inhospitalier.
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Citations et extraits (463) Voir plus Ajouter une citation
getlologetlolo   18 juin 2022
Les sanglots naissent quand les mots ne sont plus que des pierres inutiles.
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getlologetlolo   18 juin 2022
L’enfer c’est d’être mort et de prendre conscience que vous n’avez accordé assez d’attention à la vie à l’époque où vous en aviez la possibilité.
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getlologetlolo   15 juin 2022
La mer respire lourdement, elle est sombre et muette, et quand elle se tait, chaque chose fait silence, jusqu’à la montagne en surplomb où le blanc et le noir alternent
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getlologetlolo   15 juin 2022
Ce qui est doux de bout en bout finit toujours par nous causer du chagrin.
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raton-liseurraton-liseur   12 avril 2013
Celui qui meurt se transforme immédiatement en passé. Peu importe combien il était important, combien il était bon, combien sa volonté de vivre était forte et combien l'existence était impensable sans lui : touché ! dit la mort, alors, la vie s'évanouit en une fraction de seconde et la personne se transforme en passé. Tout ce qui lui était attaché devient un souvenir que vous luttez pour conserver et c'est une trahison que d'oublier. Oublier la manière dont elle buvait son café. La manière dont elle riait. Cette façon qu'elle avait de lever les yeux. Et pourtant, pourtant, vous oubliez. C'est la vie qui l'exige. Vous oubliez lentement, mais sûrement, et la douleur peut être telle qu'elle vous transperce le coeur.
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Videos de Jón Kalman Stefánsson (25) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jón Kalman Stefánsson
Considéré comme l'un des plus grands écrivains contemporains, le style de Jón Kalman Stefansson est éblouissant. Conteur hors pair, ses romans sont saturés de poésie et parsemés de philosophie. L'auteur islandais publie aujourd'hui "Ton absence n'est que ténèbres", chez Grasset. 
Retrouvez l'intégralité de l'interview ci-dessous : https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/
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