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Françoise Rosset (Autre)
ISBN : 2070374610
Éditeur : Gallimard (22/04/1983)

Note moyenne : 4.01/5 (sur 363 notes)
Résumé :
Ce livre comporte treize nouvelles. Ce nombre est le fruit du hasard ou de la fatalité - ici les deux mots sont strictement synonymes - et n'a rien de magique. Si de tous ces écrits je ne devais en conserver qu'un seul, je crois que je conserverais " Le congrès ", qui est à la fois le plus autobiographique (celui qui fait le plus appel aux souvenirs) et le plus fantastique.
J'ai voulu rester fidèle, dans ces exercices d'aveugle, à l'exemple de Wells, en conj... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
Malaura
  01 novembre 2011
Jim Morrison disait : « il y a le connu et il y a l'inconnu, entre les deux, il y a les Doors »…
On pourrait bien appliquer cette belle phrase de Morrison à Jorge Luis Borges, tant il est vrai que son oeuvre est comme une porte entre deux mondes, entre le rationnel et l'irrationnel, entre le rêve et le réel, entre le fantastique et le concret, entre le vrai et le faux.
Passerelle étrange que l'on emprunte à pas prudent - du moins au départ - presque inquiet de passer à côté de quelque chose d'essentiel que l'on aurait omis d'appréhender. L'érudition, la culture encyclopédique, le savoir du maître sont tels qu'ils peuvent faire craindre au lecteur de ne pas saisir toutes les variations esthétiques, les symboles, les recherches et les perspectives disséminés au détour d'ouvrages singuliers et troublants tels « L'Aleph » ou « Fictions ».
Le lecteur qui pénètre l'univers original de Borges, doit finalement se résoudre à comprendre que, justement, il ne comprendra peut-être pas tout à l'oeuvre insolite, curieuse, magique de l'écrivain argentin.
Ce fait entendu, il ne reste plus qu'à se laisser aller, à franchir ce pont entre deux rives bâti savamment par l'auteur et menant à une réalité détournée, une fenêtre ouverte sur l'absolu.
Ouverture vers un ailleurs que le lecteur peut alors expliciter à l'envie tant l'auteur laisse le champ libre à toutes les interprétations, toutes les interrogations, toutes les observations.
Un jeu de l'esprit où Borges laisse le lecteur percevoir avant tout sa propre réalité, lui laisse inaugurer son propre imaginaire et élaborer sa propre part de rêve.
L'écrivain est là pour semer des indices, nous mettre sur la voie pour mieux se retirer, laissant alors au lecteur le pouvoir d'apposer son propre mot de la fin sur des histoires qui s'entrelacent à l'infini.
Avec une joie presque enfantine Borges s'amuse à nous perdre dans des histoires où la réalité repose toujours sur un terreau bien ferme, sur des faits tangibles, sur des évènements souvent autobiographiques ; une réalité stable qui sensiblement glisse et glisse encore, devient malléable, volatile, changeante puis si inconsistante qu'à l'instar d'Alice au travers du miroir, l'on bascule alors vers un autre univers, fantastique, démesuré, hyperbolique…borgésien.
Les treize contes fantastiques qui composent le « Livre de sable » sont des portes ouvertes sur cet ailleurs.
Ecrits entre 1970 et 1975, ils abordent des thèmes variés, puisent dans les anecdotes historiques ou la mythologie, s'inscrivent également dans la référence et dans l'hommage à de grands noms de la littérature :
Thème du double cher à Stevenson dans la nouvelle « L'Autre » ; récit fantasmagorique et sombre comme chez Edgar Allan Poe ou Lovecraft dans « There are more things »…
C'est une bibliothèque aux nombre infini d'ouvrages, c'est un livre sans fin, c'est un poème comportant un seul mot, un amour vécu de façon étrange ou bien un disque qui ne comporte qu'une seule face…
C'est un recueil nuancé et extravagant dans lequel, comme dans un labyrinthe, l'on déambule au gré de nouvelles souvent brèves et condensées à l'extrême.
L'écriture y est sobre, mûrie, maîtrisée, sans emphase ni effet de style, dans un dessein de brièveté soulignant l'aspect étrange et l'instabilité du réel.
Comme le livre de sable, les contes de Borges s'écoulent à l'infini avec cette farouche volonté que « les rêves qu'ils contiennent continuent à se propager dans l'hospitalière imagination de ceux qui, en cet instant les referment ».
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JacobBenayoune
  12 janvier 2014
Borges active en nous une zone profonde dans notre cerveau et la laisse palpitante après. Lorsqu'on s'attaque à un livre de Borges, on sait d'emblée à quoi l'on s'attend : à l'inattendu. A l'indicible. C'est le monde enfuit dans le notre et qu'on ne retrouve que si l'on sonde les lieux insolites auxquels on ne fait pas attention, on ne visite pas, trop éblouit par les lieux communs.
Après Fictions, j'ai lu le livre de sable. le livre de Sable ou le livre de Borges car les deux sont fugaces et insaisissables, brillants et infinis. On sent l'influence des Mille et une nuits, de ces lectures d'encyclopédies, mais aussi des sagas scandinaves. Dans ces nouvelles, on raconte des faits mais l'on ne peut savoir si cela a vraiment eu lieu, ou c'est un rêve ou issu de l'imaginaire. le fantastique, l'imaginaire, le magique, le réalisme tous s'y mêlent.
Chacune des treize nouvelles a un caractère différent et peut être la source de longue analyse, ou d'inspiration à des romans volumineux.
L'histoire de ce livre de sable (dernière nouvelle du recueil) m'a fait penser au Facebook . Un livre sans début et sans fin, les pages sont en désordre, les images disparaissent une fois le livre fermé et l'on ne peut les trouver en cherchant sur les mêmes pages, on y trouve un peu de tout, il est infini ; le livre a emprisonné le narrateur dans son monde et l'a éloigné du réel. de même le Facebook, il est infini et les images ou publications cèdent leur place à d'autres, on y trouve tous les domaines imaginables, et si l'on cède à sa tentation on cède et on s'éloigne de la vie réelle.
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Bobby_The_Rasta_Lama
  18 septembre 2017
Une fois, quand j'avais treize ans, j'ai loupé le bus pour rentrer de mon cours de guitare. Je suis alors entrée dans une librairie et avec mon petit porte-monnaie de collégienne pas très garni, j'ai choisi un mince livre intitulé "Histoire universelle de l'infamie", de Jorge Luis Borges. Le nom d'auteur ne me disait rien, mais j'ai bien aimé le titre. Et j'ai fait une révélation ! Le temps que l'autre bus arrive, j'étais dedans à fond. A l'époque, Poe était mon idole littéraire, et j'ai découvert dans ces courts écrits de Borges quelque chose de ressemblant, mais en plus épuré, plus universel et moins mélodramatique. Quelque chose qui ne donne pas seulement un frisson, mais un frisson doublé de réflexion. Je me souviens encore de ces petites histoires d'une érudition historico-fantastique; d'un miroir magique, d'un lépreux, d'une carte de royaume aussi grande que le royaume, d'une veuve pirate chinoise.....

Quelques décennies plus tard, me voilà devant ce petit "Livre de sable" du même auteur. Les histoires d'un fantastique moderne, où le fantastique est créé par l'atmosphère particulière de la narration. Les thèmes chers a Borges sont tous présents; l'histoire, la politique, l'alter ego, l'universalité et la synthèse de la connaissance humaine. Pas mal de traits autobiographiques, tout ça baignant par ci-par là dans la mythologie nordique savamment dosée. Les deux premières histoires ne m'ont pas particulièrement accrochée, mais j'ai retrouvé mes sensations d'autrefois à partir de la troisième, "Le congrès". Et c'était parti pour une petite tournée fantasmagorique jusqu'à "Le livre du sable", une histoire tout simplement parfaite. Peut-on rassembler toute la connaissance du monde et d'en extraire une quintessence; une sorte d'un "mot qui tue"? Est-ce seulement la peine, la connaissance étant tellement relative ? Que va t'on léguer à ceux qui viendront après nous ? Les thèmes qui méritent réflexion et que Borges façonne par sa plume en petits diamants littéraires bien ciselés.

Et je continue à penser que "Le masque de la Mort Rouge" est l'histoire le plus "borgesienne" de Poe !
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Bibalice
  03 septembre 2013
La nouvelle, avec la poésie, est l'un des genres littéraires que j'aime le plus au monde. Un auteur doit être bref et ce ne sont pas les 1000 pages de Moix pour sa "naissance" qui me feront penser le contraire. Aussi avais-je commencé avec délectation ce recueil de nouvelles portant -tout du moins une bonne partie d'entre elles- sur un thème qui m'est cher : l'idée de double, du doppelganger.
Avouons tout de suite que ce n'est cependant pas tout à fait ce livre que je voulais lire au départ. Je cherchais, à l'origine, et depuis un moment déjà, un recueil du même auteur, me semble-t-il, dont l'une des nouvelles parle d'un homme qui se rend compte que la plupart des plus grands poètes ont vilement recopié un auteur obscur que le narrateur découvre dans une bibliothèque délabrée. Je n'ai pas trouvé ledit recueil mais, soit, celui-ci avait toutes les qualités requises pour me séduire, un long voyage en train durant.
Las, je dois bien admettre que j'ai un peu été déçu par ma lecture. Il y a quelques années j'aurais adoré ces nouvelles toutes plus mystérieuses les unes que les autres. L'idée de la multiplicité des êtres me plait bien, comme la rencontre avec un autre soi-même. Chaque nouvelle avait tout, absolument tout pour me plaire.
Mais je vieillis, probablement. Il me faut trouver plus qu'une simple idée , aussi intéressante soit-elle, pour aimer un récit. Les nouvelles ne dépassant pas 5 pages - j'exagère-, il est difficile de tenir le lecteur en haleine, de le pousser à se questionner sur ce qu'il vient de lire. On est plus dans la suggestion. Chaque nouvelle a le potentiel pour faire autant de superbes nouvelles, de romans dantesques mais non, au final je n'ai trouvé que quelques bonnes idées.
La plume est belle, les réflexions de Borges toujours profondes mais à n'avoir presque rien lu, je crois avoir déjà bientôt tout oublié.

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Philemont
  21 décembre 2012
Jorge Luis BORGES, écrivain et poète argentin, a traversé le XXème siècle en laissant derrière lui une oeuvre d'un immense intérêt pour tout amateur de littératures de l'imaginaire, dont il était un fin connaisseur. Il a par exemple préfacé Ray BRADBURY et Olaf STAPLEDON, écrit sur Herbert George WELLS, publié des essais sur des thématiques proches de celles largement exploitées par la Science Fiction, écrit lui-même des récits fantastiques, certains en hommage à LOVECRAFT, sans oublier la prestigieuse Bibliothèque de Babel, qu'il créa, et dont il préfaça tous les volumes. Il n'est donc pas surprenant que BORGES ait écrit que « La littérature n'est qu'une branche de la littérature fantastique. »
Le livre de sable est une des oeuvres de Jorge Luis BORGES qui illustre parfaitement ce propos. Il s'agit d'un recueil de treize nouvelles représentatives de son style élégant et de ses thématiques de prédilection, développées de la manière la plus subtile qui soit.
1 - L'Autre (El Otro)
BORGES, septuagénaire, raconte une rencontre qu'il fait avec lui-même, jeune homme.
2 - Ulrica (Ulrica)
Une rencontre amoureuse aux résonances littéraires et mythologiques.
3 - le Congrès (El Congreso)
Une poignée d'hommes a l'ambitieux projet de synthétiser le genre humain par l'intermédiaire d'une société secrète.
4 - There are more things (There are more things)
Une nouvelle en hommage et à la manière de LOVECRAFT.
5 - La Secte des Trente (La Secta des los Treinta)
La description d'une hérésie antique telle qu'elle aurait pu se produire au moment du déclin de l'Empire romain.
6 - La Nuit des dons (La noche de los dones)
Le récit d'une nuit initiatique pendant laquelle un adolescent découvre les maisons closes et profite d'une leçon d'histoire de l'Argentine.
7 - le Miroir et le masque (El espejo y la mascara)
Un poète scandinave doit créer le poème ultime pour son roi. Il réussit après trois tentatives, ce qui provoque de terribles conséquences.
8 - Undr (Undr)
Dans un pays nordique, un poète est en quête de la poésie ultime, celle qui ne compte qu'un seul mot.
9 - Utopie d'un homme qui est fatigué (Utopia de un hombre que esta cansado)
Un voyageur égaré dans la pampa fait un bref séjour dans un futur lointain, quand l'humanité a dompté la sagesse.
10 - le Stratagème (El soborno)
Pour obtenir une promotion, un professeur de l'Université du Texas ne trouve rien de mieux que d'attaquer son supérieur hiérarchique par voie de presse.
11 - Avelino Arredondo (Avelino Arredondo)
Un jeune homme se coupe du monde pour que son plan d'assassinat politique atteigne la perfection.
12 - le Disque (El disco)
Un pauvre homme croise un roi déchu qui lui montre son trésor : un disque à une seule face…
13 - le Livre de sable (El libro de arena)
Un homme fait l'acquisition d'une Bible, un livre dont le nombre de pages est exactement infini et qui contient donc tous les livres.
On a ainsi une palette représentative des thématiques développées par BORGES dans son oeuvre : des rencontres singulières, souvent improbables, des objets symboliques à foison, l'infini versus l'unicité, l'opposition des espaces-temps, sans oublier l'hommage déclaré à LOVECRAFT dont il s'est souvent inspiré. Ces sujets sont exploités à l'aide d'une prose qui allie érudition et simplicité. Car à l'image de ses poètes qui recherchent la poésie ultime, celle qui ne comporte qu'un seul mot, Jorge Luis BORGES fait des économies de moyens, semble sans cesse en quête du mot juste, et ce pour exprimer des idées extrêmement profondes. C'est bien pourquoi il est un auteur majeur du XXème siècle et une source d'inspiration pour bien des auteurs spécialisés dans l'imaginaire.
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Citations et extraits (59) Voir plus Ajouter une citation
patrick75patrick75   02 mars 2013
Que sont devenus les gouvernements ? demandais-je.
-La tradition veut qu'ils soient tombés petit à petit en désuétude. Ils procédaient à des élections, ils déclaraient des guerres, ils établissaient des impôts, ils confisquaient des fortunes, ils ordonnaient des arrestations et prétendaient imposer la censure mais personne au monde ne s'en souciait. La presse cessa de publier leurs discours et leurs photographies.
Les hommes politiques durent se mettre à exercer des métiers honnêtes.
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NadaelNadael   19 décembre 2010
Il me dit que son livre s'appelait le livre de sable, parce que ni ce livre ni le sable n'ont de commencement ni de fin.
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Gwen21Gwen21   24 avril 2017
Oh ! nuits, oh ! tièdes ténèbres partagées, oh ! l'amour qui répand ses flots dans l'ombre comme un fleuve secret, oh ! ce moment d'ivresse où chacun est l'un et l'autre à la fois, oh ! l'innocence et la candeur de l'extase, oh ! l'union où nous nous perdions pour nous perdre ensuite dans le sommeil, oh ! les premières lueurs du jour et moi la contemplant.
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coco4649coco4649   27 octobre 2017
Le livre de sable


… thy rope of sands…
George Herbert (1593-1633)

   Il ouvrit sa valise et posa l’objet sur la table.
C’était un volume in-octavo, relié en toile. Il
était sans aucun doute passé par bien des
mains. Je l’examinai ; son poids insolite me
surprit. En haut du dos je lus Holy Writ et en
bas Bombay.
   — Il doit dater du dix-neuvième siècle,
observai-je.
   — Je ne sais pas. Je ne l’ai jamais su, me
fut la réponse.
   Je l’ouvris au hasard. Les caractères
m’étaient inconnus. Les pages, qui me paru-
rent assez abîmées et d’une pauvre typogra-
phie, étaient imprimées sur deux colonnes à la
façon d’une bible. Le texte était serré et disposé
en versets. À l’angle supérieur des pages figu-
raient des chiffres arabes. Mon attention fut
attirée sur le fait qu’une page paire portait, par
exemple, le numéro 40514 et l’impaire, qui
suivait, le numéro 999. Je tournai cette page ;
au verso la pagination comportait huit chiffres.
Elle était ornée d’une petite illustration,
comme on en trouve dans les dictionnaires :
une ancre dessinée à la plume, comme par la
main malhabile d’un enfant….

p.138-139
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RusenRusen   21 mai 2016
Il n'y a pas deux collines identiques mais partout sur la terre la plaine est la même. Et je marchait par un chemin de plaine. Je me demandai, sans y attacher trop d'importance, si j'étais dans l'Oklahoma ou au Texas, ou bien dans la région qu'en littérature on appelle la pampa. Pas plus à droite qu'à gauche je ne vis la moindre clôture. Une fois de plus je répétai lentement ces vers d'Emilio Oribe :

Au milieu de l'interminable plaine panique
Là-bas près du Brésil,

qui vont croissant et s'amplifiant.

("Utopie d'un homme qui est fatigué")
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