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Héloïse Esquié (Traducteur)
EAN : 9782264079473
312 pages
10-18 (17/02/2022)
3.9/5   311 notes
Résumé :
Dans cette région désolée des Appalaches que l'on appelle la Rust Belt, la vie ressemble à une damnation. C'est un pays d'hommes déchus où l'alcool de contrebande et la religion font la loi, où les femmes n'ont pas d'histoire. Elevée dans l'ombre de son père, un prêcheur charismatique, Wren, comme sa mère avant elle, semble suivre un destin tout tracé.
Jusqu'au jour où un accident lui donne l'occasion de reprendre sa vie en main.
Ce premier roman inou... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (89) Voir plus Ajouter une critique
3,9

sur 311 notes
Le titre est une énigme. Comment imaginer que les femmes ne puissent pas avoir d'histoire ? On pourrait supposer que ces histoires seraient tellement insignifiantes, sans importance qu'il faudrait les négliger, les ignorer. Sous prétexte que les femmes seraient dévolues à vivre toute leur existence dans l'ombre d'un père, d'un frère ou d'un mari, elles ne pourraient pas écrire leur propre légende. C'est là toute l'ironie que développe Amy Jo Burns dans son livre, le paradoxe, en racontant tout au long de son roman l'une des plus grandes histoires universelles que puisse vivre un individu, une histoire d'amitié à la vie, à la mort.
Le texte peut au début déstabiliser car il donne une impression de confusion et la narration est hachée, mais rapidement on entre dans le vif du sujet. Dans un coin perdu d'Amérique du Nord, au coeur de la Virginie-Occidentale, deux amies inséparables, Ivy et Ruby, grandissent et meurent au milieu d'une nature sauvage, dans une contrée minière où les hommes noient leur quotidien dans la drogue et le « moonshine » (whisky de contrebande).
L'atmosphère est pesante, grise comme une pluie d'automne, étrange mélange de magie noire, croyances et superstitions. Les gens sont presque arriérés, dans la survivance, la débrouillardise et les instincts primaires. Ils n'ont pas le luxe d'avoir des attentions, des bonnes manières ou de bons sentiments. La rudesse de leur existence ne le leur autorise pas. La seule lumière dans ce récit est cette amitié sans faille entre Ruby et Ivy, cette promesse qu'elles se sont faites…
Mais il y a aussi cette phrase de Wren qui éclaire : « Je ne voulais pas être une histoire, je voulais vivre. » car on porte son histoire quand on y a écrit le mot « Fin » et qu'une histoire est souvent embellie d'illusions et de mensonges arrangés.
« Les femmes n'ont pas d'Histoire » est une très belle histoire de femmes pour qui penserait encore aujourd'hui qu'elles n'en ont pas.
Traduction d'Héloïse Esquié.
Editions Sonatine, 297 pages.
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Quand le patriarcat brise les destins féminins
*
J'ai lu quelques romans se situant dans la région où se passe cette histoire. Les Appalaches, cette partie montagneuse qui traverse le Sud des Etats-Unis. Par exemple, Ron Rash en a fait son lieu d'écriture favori.
Cet endroit sauvage, brut, un mode de vie rural et aussi d'isolement.
C'est là que vit la jeune héroine, ainsi que sa mère, son père et sa tante d'adoption. L'adolescente, fille d'un manipulateur de serpents (une croyance religieuse bien ancrée et très singulière) essaie tant bien que mal de vivre sa vie de recluse. Entourée de femmes fortes mais résignées (la mère et sa meilleure amie), elle nous conte son désir d'émancipation, de liberté au-delà de ces montagnes hostiles.
Et puis la construction du récit nous ramène à une autre narratrice, la meilleure amie de sa mère au temps de ses premiers amours. Et puis encore un ami prétendant , un autre point de vue.
*
Dans un style très fluide, le récit se déroule parfaitement sous plusieurs trames temporelles, avec beaucoup de sincérité et surtout d'émotions. Plusieurs fois, j'ai eu les larmes aux yeux. Les personnages sont touchants, très nuancés, imparfaits et torturés.

L'atmosphère sombre est très bien retranscrite. J'ai ressenti pleinement chaque sentiment des protagonistes et pour cela , il faut un certain talent de conteuse. Il est certain que je lirais son prochain roman.

Comme de bien entendu, les éditions Sonatine nous ont encore une fois gâtés et déniché une nouvelle romancière américaine spécialisée dans cette ruralité des laissés-pour-compte (notamment avec les excellents David Joy et Michael Farris Smith)
*
Merci au Picabo River Bookclub pour la sélection.
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Dans un coin perdu des Etats-Unis, Wren est une adolescente solitaire qui vit dans une cabane délabrée avec ses parents. Vêtue de longues robes cousues à la main et maintes fois rapiécées, ses cheveux longs tressés lui descendant jusqu'à la taille, elle n'est pas scolarisée et fréquente bien peu de monde. Son entourage proche se limite à son père, un prêcheur charismatique et possessif, à sa mère Ruby qui rêvait de liberté mais s'est retrouvée coincée dans son mariage avec cet homme égocentrique, à Ivy, l'amie d'enfance de sa mère, qui subit à peu près le même sort, en y ajoutant le fait qu'elle doit s'occuper de sa ribambelle d'enfants et qu'en plus, son mari est alcoolique. Comme la plupart des hommes de la région, d'ailleurs, qui boivent, produisent ou trafiquent le « moonshine », un whisky artisanal de contrebande.
Vu ce contexte de patriarcat incurable et de conditions matérielles précaires, on pourrait croire que ce roman se situe il y a quelques siècles. Et pourtant, il s'agit d'une histoire bien contemporaine, qui se déroule dans la région Appalaches, au coeur de la tristement nommée Rust Belt, naguère prospère grâce à son activité industrielle et minière florissante, et aujourd'hui sinistrée économiquement, polluée chimiquement, abandonnée et oubliée de tous. Wren et les siens font partie d'une petite communauté vivant isolée dans les montagnes, à l'écart du progrès et du confort. Vingt ans plus tôt, cela n'a pas empêché Ruby et Ivy de vouloir s'enfuir loin de cette vie oppressante pour les femmes, juste avant que l'illusion de l'amour ne les piège pour les clouer sur place (« Etre la femme de quelqu'un, c'est la même chose qu'être la propriété de quelqu'un »). Et aujourd'hui, cela n'empêche pas Wren de rêver elle aussi d'autre chose et d'avoir envie de se révolter contre son père qui la tient enfermée dans une vie étriquée. L'étau autour d'elle est serré, et il faudra le déclencheur d'un accident tragique pour ébranler le carcan et peut-être précipiter son départ vers la liberté.

Raconté par Wren dans sa première partie, le roman remonte ensuite le temps d'une génération pour revenir sur la jeunesse de Ruby et Ivy, expliquant le passé pour éclairer rétrospectivement le présent. Il décrit l'atmosphère lourde, menaçante, mélancolique dans laquelle vivent Ruby, Ivy et Wren, au milieu des superstitions, de la pauvreté, de l'alcoolisme, de la misère intellectuelle. Il raconte le destin brisé de deux femmes et la tentative d'émancipation d'une troisième, au sein d'une curieuse petite communauté chrétienne où l'on pratique la manipulation rituelle de serpents venimeux (dont je n'avais jamais entendu parler).
Les personnages de « Les femmes n'ont pas d'histoire » sont complexes, forts, pas nécessairement attachants, et ce roman cruel mais pas entièrement désespéré est assez touchant et prenant.

En partenariat avec les Editions 10/18 via Netgalley.
#Lesfemmesnontpasdhistoire #NetGalleyFrance
Lien : https://voyagesaufildespages..
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Les femmes n'ont pas d'histoire… parce que ces histoires sont secrètes, parce qu'il faudrait sonder le coeur et les âmes des femmes pour les connaître, parce que les histoires de ces femmes sont évincées derrière celles des hommes. C'est ce que nous raconte ce livre dont l'histoire est au premier abord vue et revue. Pourtant elle va se révéler complexe, notamment grace à la psychologie des personnages qui n'a cessée de m'étonner.

Ces femmes ont bien une histoire et elle est à fleur de peau. Elle met en avant une sororité à tout épreuve, une amitié indefectible, bien plus puissante et inébranlable que n'importe quelle histoire d'amour. C'est l'histoire d'Ivy et de Ruby, deux femmes nées dans un trou paumé où les superstitions et le wiskey rythment les jours. Un mode de vie qui ne laisse place qu'au pragmatisme au détriment d'absolument tout le reste. de quoi rendre les coeurs arides et vides. de rêves avortées en désir d'émancipations étouffés ces femmes, désormais résignées, vont faire de leur amitié le coeur de leurs vies.
Wren la fille de Ruby ressent jusque dans ses tripes ce lien si particulier. Il faut dire que Wren s'interroge beaucoup. Sur son père notamment.

Il faut dire que Ruby a peut être poussé le cliché à l'extrême en épousant Briar,un prêtre montreur de serpent. Une vieille pratique pentecôtiste typique des villes minières des Appalaches où les prêtes manipulent les serpents et consomment de la strychnine. Charmant.

Alors quand un jour tout bascule et que le fragile équilibre de ces vies est rompu, Wren va lentement assembler les morceaux du puzzle de ces existences dont on se demande si elles n'ont pas été plus subies que vécues. le récit alterne entre passé et présent, plusieurs narrateurs sont à l'oeuvre et nous révèlent petit à petit une galerie de personnages tout en subtilité. Forts et touchants. Détestables parfois, étonnants toujours.

La plume est délicate et fluide et nous tient par la main jusqu'à ce que l'histoire prenne fin nous laissant à la fois ému et un peu esseulé.
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Cette toute jeune fille, aux vêtements recyclés, à la grande tresse démodée, et au regard brulant, vit à distance d'une petite ville de Virginie occidentale, dont les sources ont été polluées par l'industrie chimique qui fait vivre et mourir ceux qu'elle emploie. Dans la masure familiale, mais peut-on parler de famille, la mère voudrait lui parler, la mettre en garde, pour lui éviter le même destin misérable que le sien, épouser un homme que l'alcool détruira corps et âme jusqu'à en faire un monstre. Cet être hors norme s'est construit sur un coup de foudre. Pas de ceux qui font vibrer les amoureux, non, un vrai foudroiement, qui a blanchi un de ses yeux. Son art de manipuler les serpents a fait le reste : l''homme rassemble les fidèles autour de lui pour répandre la bonne parole, celle du livre sacré.
L'activité n'est cependant pas assez lucrative pour assurer la subsistance de la famille , d'autant qu'une bonne partie des gains finance l'alcool de maïs clandestin distillé dans les collines.

S'ils vivent hors du temps, quelques indices montrent que l'histoire se déroule bien de nos jours. La technologie n'a pas atteint les cabanons isolés, mais les ordinateurs et les téléphones existent à deux pas.

Le décor, les personnages, l'intrigue centrée autour de la personnalité de ce gourou, tout m'a plu. le destin de ces femmes, conscientes d'être des esclaves, mais incapables de s'extraire de leur geôle, avec de génération en génération l'espoir que leur propres filles s'en sortiront est à la fois révoltant et émouvant.

C'est une Amérique que l'on entrevoit guère que dans la littérature, trop politiquement incorrecte, et pourtant elle existe, encore et toujours. Alors merci à ce roman de sortir ces destins brisés de l'anonymat général.


#Lesfemmesnontpasdhistoire #NetGalleyFrance

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Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
Mon père estimait que les gens devaient être aussi faciles à manœuvrer que des serpents. Malgré tous ses dons, il n'a jamais pu maîtriser le cœur de ma mère. Du coup, il l'aimait égoïstement. C'est la leçon la plus vraie que mon père m'ait donnée: l'amour qui espère conquérir ne peut que se muer en haine.
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Les chasseurs, les bûcherons et les paysans avaient enseigné à Flynn et Briar qu'une jeune femme était une terre inhabitée jusqu'à ce qu'un homme se l'approprie. Les deux garçons considéraient Ruby comme un territoire à conquérir, et se voyaient l'un et l'autre comme le pionnier légitime.

p.164
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Flynn aimait tant son whisky qu'il se gardait de décrire son parfum. Et poutant, tous ses clients le lui demandaient. Il n'avait jamais possédé l'élocution fleurie de Briar, mais il avait retenu une ou deux choses du langage de son ancien ami. Les gens ne voulaient pas spécialement des détails, ils voulaient qu'on leur raconte une histoire. Et Flynn mettait un récit dans chaque bouteille - toujours le même, à vrai dire. Lorsque les acheteurs potentiels se mettaient à l'interroger sur le goût, Flynn leur parlait de Ruby.
"Il a le goût d'un coeur brisé à minuit."
Ou : "Le goût des lèvres de la fiancée de ton meilleur ami quand tu lui voles un baiser."

p.206
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Il était persuadé de posséder les seules histoires méritant d’être racontées, et il n’avait jamais compris ce que ma mère avait fui toute sa vie pour la seule raison qu’elle était née femme. La vérité s’aigrit si elle s’attarde trop longtemps dans nos bouches. Les histoires, comme les bouteilles de moonshine, sont faites pour être distribuées.
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Dans nos collines, les gens buvaient du poison au nom de Dieu et manipulaient les serpents sous la conduite de l'Esprit saint.
Pour nous, la maladie ne logeait jamais dans le corps. Elle logeait dans l'esprit. Si la maladie s'en prenait à l'un des fidèles, on priait et on attendait l'intervention divine. La preuve de la faveur de Dieu reposait sur le nombre de fois où l'on trompait la mort après l'avoir frôlée. (P.51)
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