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EAN : 9780225301236
Le Livre de Poche (30/11/-1)
3.34/5   22 notes
Résumé :
Le Milord a fui Paris qui lui semblait vide depuis que la guerre a enrôlé de force l'Edredon sous les drapeaux. il « s'occupe » en province mais, s'il grappille assez d'argent pour éblouir à Besançon la jeune Mlle Savonnette et son frère N'a-qu'un-oeil, Panam lui manque. Il finit par ne plus résister au désir d'égaler son maître l'Edredon et revient à Paris. Les copains qu'il revoit ne sont pas de taille. Tant pis, il travaillera en solitaire. Dans les bars qu'il fr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Écrit en 1916, en pleine guerre donc, ce roman de Francis Carco met en scène une certaine jeunesse française, entre Besançon d'où vient le jeune surnommé le Milord qui y a laissé son amoureuse, la Savonnette, éplorée et les quartiers de Paris. Nous circulons de Montmartre à Pigalle, au Quartier latin, sur les boulevards, dans l'Ile-Saint-Louis (que Carco connaissait bien pour y avoir habité). le plus souvent dans des bars louches.

Ce sont des jeunes entre quinze et vingt ans, à la fois très mûrs, conscients de ce qu'il leur faut trouver à se loger et à se nourrir, conscients aussi qu'ils peuvent, pour les garçons, partir à la guerre si leur « classe » est appelée ; mais assez loin des réalités tout de même car ils s'imaginent passer au travers du conflit, pouvoir gagner facilement de l'argent en devenant des « apaches ».

Avec une tranquillité déconcertante, le Milord dévalise la vieille fille qui habite dans l'immeuble où sa propre mère est concierge (pas de « gardienne » en 1916!) ; il vit avec Winnie, une Anglaise pas farouche prête à arrondir ses fins de mois s'il le lui demande.
Le Milord a quitté Besançon le lendemain de la déclaration de son amour par la Savonnette, son amoureuse de quinze ans. Il veut croquer la vie, la vraie, et c'est à Paris qu'il pense le faire. En partant, il lui recommande de ne pas se vendre.

Mais...la vie est dure pour la jeune fille qui a quitté son atelier de modiste...Elle vend ce qu'elle possède, en toute indépendance, du haut de ses quinze ans tandis que son frère, N'a qu'un oeil, se verrait bien devenir son proxénète. Et sanglote après son grand amour perdu.

On a l'impression d'être dans un vieux film en noir et blanc, où les personnages s'appellent N'a qu'un oeil, Mes Fesses, Bébert la Demoiselle etc. Rien ne semble grave, ni le vol d'une vieille femme, ni la prostitution, ni la défonce à l'absinthe. Carco raconte tout cela avec une légèreté trompeuse. Car la guerre est bien là, avec ses horreurs, avec la terreur de ceux qui y sont et de ceux qui doivent y aller.

Et quand le Milord s'engage (il a à peine 18 ans), le roman sombre dans une sorte de ronde mélancolique et fantomatique. Les silhouettes bougent doucement dans les rues et, dans les bars, les conversations semblent feutrées et désespérantes. Carco restitue l'ambiance morose de guerre qui s'éternise, des soldats de retour au pays, blessés, indésirés, désenchantés. Et l'intervention de deux énigmatiques femmes anglaises, Béatrice et Winnie, va faire basculer l'histoire dans la manipulation sordide.

C'est le parcours d'une toute jeune vie, déjà abîmée, d'un gamin qui veut devenir un homme, d'un petit malfrat de province qui vise le rang de caïd, le tout servi par une langue à la fois ciselée et savante et émaillée d'expressions populaires ou argotiques désuètes, qu'on ne comprend pas toujours. le Milord ne maîtrise rien, et veut tout contrôler. Pour être un vrai homme.

Le dénouement, terrible, semble l'aboutissement d'un processus tragique inéluctable. Winnie, la femme-écrivain qui veut raconter son histoire, va précipiter le personnage dans une faille insupportable.

On adorerait voir ce livre porté à l'écran, dans toute sa violence et sa mélancolie.

Il n'est pas si facile d'entrer dans cet univers devenu totalement dépassé où rien ne ressemble à aujourd'hui. On a peine à imaginer dans ce contexte nos ados, pour la grande majorité d'entre eux, bien nourris, bien chauffés, le nez dans leur portable, inquiets de savoir si le Père Noël leur apportera le dernier e-quelque chose à la mode. Au même âge, en 1916, ils se préparaient à l'horreur ou décidaient d'aller à sa rencontre.

Un moment de découverte d'un livre - et d'un auteur aussi - oubliés, à redécouvrir entre deux publications récentes.
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François Carcopino-Tusoli, dit Francis Carco, est un écrivain, poète, journaliste et auteur de chansons français d'origine corse, né en 1886 à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) et mort en 1958 à Paris. Il était connu aussi sous le pseudonyme de Jean d'Aiguières. Après la Nouvelle-Calédonie, puis la province, Francis Carco monte à Paris en janvier 1910. Il a 23 ans et commence à fréquenter Montmartre où il croise notamment Pierre Mac Orlan, Maurice Garçon et Roland Dorgelès. Il est aussi l'ami d'Apollinaire, Max Jacob, Maurice Utrillo, Gen Paul, Modigliani et Colette. En 1914, il publie son premier roman, Jésus-la-Caille, histoire d'un proxénète homosexuel, qui est applaudi par Paul Bourget. Son oeuvre est riche d'une centaine de titres, romans, reportages, souvenirs, recueils de poésie, mais aussi pièces de théâtre comme Mon Homme qui lancera la rue de Lappe à la Bastille. Francis Carco a été élu membre de l'Académie Goncourt en 1937. Surnommé « le romancier des Apaches », il réalisa les plus forts tirages d'édition de l'entre-deux-guerres. Les Innocents, son deuxième roman, date de 1916.
A Besançon et Paris durant la Première guerre mondiale. le Milord, un jeune voyou rêvant de grands coups comme son aîné et mentor, l'Edredon, abandonne sa fiancée Melle Savonnette à Besançon, pour monter à Paris et y retrouver sa bande…
Roman d'amour, de quête d'exploits et de rédemption dans le monde des petits marlous des débuts du XXème siècle. A l'époque le livre fit scandale car il présentait les Français sous un angle peu favorable – nous étions alors en pleine guerre – avec des hommes tentant d'échapper à la conscription ou vivant aux crochets de femmes de petite vertu, quant aux soldats ils ne sont guère mieux dépeints, pas très vaillants ou blessés.
Revenu à Paris, le Milord va vite déchanter, sa bande (Nénesse, Mes Fesses, Polka-le-boiteux…) est aux abonnés absents, bricolant de-ci de-là, l'époque n'est plus aux affaires d'envergure, tout le monde fait profil bas et vivote comme il peut. le Milord tentera pourtant de percer, nourri des belles paroles de l'Edredon qui l'avait formé mais à part voler les économies d'une petite vieille recluse chez elle, rien de mirobolant. Sa rencontre avec Winnie, une Anglaise un peu artiste écrivant un roman, lui redonne un peu de baume au coeur, mais leurs rapports sont ambigus ; elle lui refile quelques billets quand nécessaire, tout en l'observant vivre, sujet de son prochain ouvrage peut-être, puis des débuts de sentiments vont naitre. de son côté le Milord, qui se la joue gros bras, pense encore à Melle Savonnette ce qui le déconcerte, un vrai mec ne peut être amoureux. Déçu par sa vie, il finit par s'engager dans l'armée mais très vite légèrement blessé il est rapatrié à Besançon où le rejoint Winnie. le Milord, Winnie, Melle Savonnette, dans cette petite ville, notre héros l'esprit fracassé par ce dilemme existentiel, rêve de liberté et d'actions d'éclat (c'est-à-dire la force) ou bien de vie rangée avec celle qu'il aime, il l'a compris (c'est-à-dire la faiblesse) le poussera au drame. Mais avant l'épilogue fatal il aura le temps de déconseiller à un gamin plus jeune que lui et l'admire, de renoncer à ses ambitions de vie de voyou…
Ces vieux romans font toujours travailler mon imaginaire en parallèle à ma lecture, ranimant des souvenirs de films en noir et blanc aux acteurs prestigieux, ou me ramenant à mon enfance dans le Paris des années 50 qui avait conservé les traces de ces époques révolues. Donc un bon bouquin pour moi.
Seule déception, Francis Carco prend le parti – et c'est son droit absolu – de transcrire les dialogues avec les sonorités typées des protagonistes : un mauvais français pour Winnie l'Anglaise et la langue très populaire et argotique des autres acteurs : résultat, la lecture souffre de ce texte heurté. Mais me direz-vous, ça fait plus réaliste. Certes.
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Carco Francis
Les innocents
(par contre magnifique résumé fait par nilebeh, merci )
Un jeune homme appelé Milord vit à Besançon et fait la connaissance de Mademoiselle Savonnette et son frère n'a qu'un oeil . Savonnette est amoureuse de lui car il semble être un jeune homme qui trouve toujours de l'argent pour l'aider, mais a un petit air de voyou.
Il part souvent, quand il n'a plus rien, et va à Parie pour retrouver ses amis dont l'Edredon, des amis pas toujours très convenables qui grappillent un peu partout, pas toujours honnêtement, de l'argent et guettant toujours la bonne occasion.
Il rencontre une anglaise Winnie qui écrit un livre.
Le voilà partagé, son amour pour Savonnette ou paraître un voyou au regard de sa nouvelle amie.
Mais l'Edredon décède à la guerre, il va falloir qu'il décide de pratiquer seul.
Mais malheur à Winnie qui voulait mieux comprendre cette âme de voyou, elle le paiera bien cher car comme dit l'auteur : ils sont dangereux ces innocents, graine de pègre déboussolée.
Petit livre facile à lire, d'un grand coup, mais que j'ai eu vite envie de terminé, l'intrigue ne m'ayant
pas trop accrochée

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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
C’est que le Milord se souvenait de l’Edredon. Cet homme puissant ne vivait pas uniquement des femmes et il les tenait même pour inutiles en dehors du plaisir qu’elles procurent. Le Milord poussait plus loin les idées de l’Edredon. Pour lui, comme pour son maître, il convenait d’abord de ne point ignorer les variations du cours de l’opium dont il se fournissait à Londres, de ne pas négliger la sympathie des corrects négriers de la rue Montmartre et, encore, de ne jamais manquer d’obliger la police dans la mesure où l’honneur le permet.
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P. 177 : « Une vague horreur de ses souvenirs le tenait éveillé pendant des heures interminables. Il avait peur, se rappelait les cris des blessés en dehors de la tranchée après l'attaque. Il ne gémissait pas. La fièvre s'emparait de lui et il s'efforçait de rester solitaire, comme au milieu des balles et des obus, dont il connaissait le brisement frais et l'éclatement dans la terre. »
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Béatrice : « Ceux qui font la guerre et reviennent, ils sont déjà presque au bout du désert. Ils ont le mépris de leur vie. Vous dites encore : et moi ? je suis tout petit...oh ! yes...tout à fait et je dois aller à la guerre, non pour défendre quelque chose qui n'est pas à moi mais pour défendre ma peau. »
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P. 157 : «- L'Edredon ?
Je l'ai vu tomber sur la Marne, le jour qu'on a donné. Le Milord ne dit pas un mot. Il devint horriblement pâle et ses yeux jaunes s'enflammèrent.[...]
Il est mort comme un mec vivant, dans la charge...une balle dans la gueule. Pan ! Tout entier. »
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P. 143 : il s'écriait : Fumier de guerre ! Il était une de ses innombrables victimes et, peut-être, une des plus innocentes parce qu'il appartenait à la race de ceux qu'aucune loi n'affranchit du mal.
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Video de Francis Carco (15) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Francis Carco
Arthur Rimbaud, poète maudit par Francis Carco (1951 / France Culture). Illustration : Henri Fantin-Latour, "Un coin de table", 1872 (détail : Paul Verlaine et Arthur Rimbaud). "Jean-Arthur Rimbaud, poète maudit" : une émission de Francis Carco. Diffusion sur France Culture le 1, 8 et 15 mars 1951, et le 3, 5, 12, 19 et 26 avril 1951. Par Francis Carco. Lectures de Jacqueline Morane, Jean Topart, Yvonne Schaeffer, Lucien Paris, Paul Morin, Hubert Prélier et Claude Romain. Réalisation : Albert Riera. Musique : Henry Barraud. Arthur Rimbaud est un poète français, né le 20 octobre 1854 à Charleville et mort le 10 novembre 1891 à Marseille. Bien que brève, son œuvre poétique est caractérisée par une prodigieuse densité thématique et stylistique, faisant de lui une des figures majeures de la littérature française. Arthur Rimbaud écrit ses premiers poèmes à quinze ans. Après une brève phase d'initiation, par assimilation du style des grands poètes contemporains (Charles Baudelaire, Victor Hugo, Théodore de Banville...), développant déjà une franche originalité dans l'approche de thèmes classiques (« Le Dormeur du val », « Vénus Anadyomène »), il cherche à dépasser ces influences en développant ses propres conceptions théoriques, déclarant que le poète doit se faire « voyant », c'est-à-dire chercher et décrire l'inconnu par delà les perceptions humaines usuelles, quitte à y sacrifier sa propre intégrité mentale ou physique. Dès lors il se met à innover radicalement en matière d'audace formelle, jusqu'à aborder le genre du poème en prose, alors à ses balbutiements (parsemant ses œuvres d'apophtegmes énigmatiques, comme « changer la vie », « posséder la vérité dans une âme et un corps » ou « il faut être absolument moderne », qui seront repris comme des slogans par les poètes du XXe siècle, en particulier le mouvement surréaliste). Il entretient parallèlement une aventure amoureuse tumultueuse avec le poète Paul Verlaine, qui influence profondément son œuvre. Vers l'âge de vingt ans, il renonce subitement à la littérature (n'ayant alors publié qu'un seul ouvrage à compte d'auteur — "Une saison en enfer" — et quelques poèmes épars dans des revues confidentielles), ce qui contribue encore à son mythe. Il se consacre alors dans un premier temps à l'apprentissage de plusieurs langues, puis, mû par ses idées marginales, anti-bourgeoises et libertaires, choisit une vie aventureuse, dont les pérégrinations l'amènent jusqu'en Abyssinie, où il devient négociant (quincaillerie, bazar, vêtements, café, etc.) et explorateur. Sa tentative d'armer Ménélik avec l'aval du Consul de France s'avère désastreuse pour lui ; son unique « trafic d'armes » n'eut véritablement qu'une incidence politique symbolique, mais contribua à sa légende. De cette seconde vie, exotique, les seuls écrits connus consistent en près de 180 lettres (correspondance familiale et professionnelle) et quelques descriptions géographiques. Des poèmes comme « Le Bateau ivre », « Le Dormeur du val » ou « Voyelles » comptent parmi les plus célèbres de la poésie française. La précocité de son génie, sa carrière littéraire fulgurante, sa vie brève et aventureuse, contribuent à forger sa légende et faire de lui l'un des géants de la littérature mondiale.
1 : La naissance, le milieu familial 2 : Charleville, rencontre avec Verlaine 3 : Rimbaud, Verlaine 4 : Verlaine et Rimbaud à Bruxelles et à Londres, "Le bateau ivre" 5 : Verlaine tire sur Rimbaud, retour à Paris 6 : Verlaine, condamné et interné, "Une saison en enfer" 7 : Les trafics d'armes, les "Illuminations" 8 : Les derniers jours à Paris et à Marseille
Sources : France Culture et Wikipédia
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