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EAN : 9782253006671
244 pages
Le Livre de Poche (31/12/2003)
3.49/5   154 notes
Résumé :
Parce qu’il veut « vivre aujourd’hui », Bernard Busard, un garçon de vingt-deux ans, est poussé à se battre : la course cycliste, la conquête d’une jeune femme, l’épreuve de force avec une machine. Cet employé d’une usine de jouets jurassienne choisit de fabriquer sans discontinuité, pendant six mois, des carrosses-corbillards en matière plastique. La presse à injecter, avec laquelle il lutte, doit d’abord lui permettre d’acheter et la liberté (un snack-bar, au bord... >Voir plus
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Voilà un des livres qui m'a le plus marqué. je l'ai lu en 5ième et il me reste un drôle de goût dès que je repense à cette histoire. Voilà donc des années après sa lecture ce qu'il m'en reste;
Une histoire triste qui sous-entend que le mérite n'est pas récompensé, qu'il vaut mieux lâcher prise pour réussir que s'acharner...
Ainsi, le héros, bien que méritant et plein de volonté semble toujours jouer de la même malchance. L'auteur utilise l'analogie de la course de vélo pour nous annoncer que la suite de l'histoire sera tout aussi catastrophique pour le héro.
Et bien, il y a des jours où la vie lui donne plutôt raison à Roger Vaillant, on peut bien souvent être son propre meilleur ennemi.
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« Lever, détacher, baisser, trancher, séparer, jeter, ».
« Lever, détacher, baisser, trancher, séparer, jeter, ».
« Lever, détacher, baisser, trancher, séparer, jeter, ».

* * *

Bernard Busard (22 ans), coureur cycliste amateur, travaille comme un forcené dans une usine de plastique où la presse à injecter permet de mouler toutes sortes d'objets. Son but : compléter ses économies, partir, et ouvrir un snack-bar avec son amoureuse, Marie-Jeanne.

* * *

Marie-Jeanne est revêche.

« Depuis dix-huit mois qu'ils se fréquentaient, sans qu'elle lui eût cédé aussi complètement qu'il ne cessait de le demander avec une ardeur qui n'avait pas diminué, un code s'était formé (…). Chaque nouvelle privauté coûtait à Busard plus de soins à obtenir qu'à des diplomates mûris dans la carrière, les modifications d'un traité international. »

(John Boyne, dans Les fureurs invisibles du coeur, a peu ou prou la même approche de la séduction compliquée :
- « Vous voulez dire, juste nous deux ?
- Bon sang, Cyril, j'ai l'impression de négocier un traité européen. Oui, juste nous deux. »)

* * *

L'usine est son maître.

Busard explique à Chatelard, délégué syndical, que « Marie-Jeanne exigeait de quitter Bionnas. Elle avait mis l'obtention de la gérance du snack-bar comme condition à leur mariage. Lui, il avait été obligé d'imaginer quelque chose pour gagner les 325 000 francs qui leur manquaient.
- Un snack-bar ? demanda Chatelard…
- Un restaurant où l'on mange sur le pouce à côté d'un poste à essence… C'est comme cela aujourd'hui. Les chauffeurs veulent être servis rapidement. Au début, Marie-Jeanne fera la cuisine ; rien que des grillades et des hot-dogs ».
- Des hot-dogs ?
- Des petites saucisses.
- Pourquoi ne parles-tu pas français ?
- Moi je servirai.
- Etre larbin, voilà ton idéal.
- Plus tard on aura du personnel. Marie-Jeanne tiendra la caisse. Moi, je dirigerai.
- Exploiter l'homme, voilà toute ton ambition. »


* * *

« Ne buvant pas à cause du cyclisme et vivant chez ses parents, Busard avait toujours un peu d'argent devant lui ». Il convainc Paul Morel, le fils du patron, à qui il a prêté de l'argent, de mette à sa disposition une presse.

« Moi je veux bien. Mais le singe va dire que tu fous la vérole dans le chantier. »

"« Foutre la vérole dans le chantier » est une expression idiomatique des gens du bâtiment ; il avait appris cela, en même temps qu'à dire papa, maman. "

Un autre coureur, un Bressan à qui il explique les subtilités des braquets, se joint à lui : il se relayent devant une presse, 24h/24, pendant 187 jours.

Compte à rebours d'autant plus angoissant que le patron de l'usine, Morel père, accentue la cadence des machines qui risquent à chaque geste de broyer la main des ouvriers.

* * *

« Il continuait de réfléchir, aidé par l'effet persistant des deux pastilles de maxiton et peut-être par la fatigue dominée. Il réfléchissait qu'il coûtait moins cher qu'un dispositif d'automatisation. D'un côté le peigne éjecteur et l'oeil électronique, de l'autre Bernard Busard, son grand corps maigre, ses muscles de coureur, son cerveau, son amour pour Marie-jeanne Lemercier ; c'était Bernard Busard qui valait le moins ».

Un livre incroyable, inoubliable, l'homme face à la machine, face à lui-même, face à cet engrenage, les heures, les minutes, les secondes, à affronter, à surmonter.

« Lever, détacher, baisser, trancher, séparer, jeter, ».
Inventaire de mots, musicalité à la Prévert.
« Il est terrible
le petit bruit de l'oeuf dur cassé sur un comptoir d'étain il est terrible ce bruit
quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim »
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Il faut absolument lire ce roman, chef-d'oeuvre de Roger Vailland, paru en 1955, et que les Éditions Buchet/Chastel ont eu la très bonne idée de rééditer.

Le récit est direct, percutant, efficace et émouvant, de bout en bout. Tout commence par le Circuit cycliste de Bionnas (Jura) qui attire chaque année les meilleurs coureurs de six départements : l'Ain, le Rhône, l'Isère, le Jura et les deux Savoie. Roger Vailland fait vivre la course de façon superbe et met en place, en même temps, tous les protagonistes du drame qui se prépare.
Le narrateur et sa femme, Cordélia, rencontrent Marie-Jeanne (25 ans), lingère, petite amie de Bernard Busard (22 ans) qui court sous les couleurs de l'Étoile Cycliste de Bionnas. Dès le départ, la course est palpitante. le Bressan, un coureur inconnu localement, va se mettre en évidence. Nous le retrouverons tout au long de l'histoire qui permet de prendre conscience des conditions de travail dans les usines de plastique où la presse à injecter permet de mouler des jouets et toutes sortes d'objets.
Busard ne veut pas passer sa vie à l'usine et Marie-jeanne pense comme lui. Un projet de snack-bar, entre Châlon et Mâcon, mobilise toute la détermination de notre homme à qui il manque 325 000 francs pour boucler son budget. Bravant les consignes syndicales, Busard entraîne le Bressan dans son projet fou : se relayer devant une presse, 24h/24, pendant 187 jours, 4 488 heures, afin de mouler 201 960 pièces et gagner chacun 325 000 francs, soit 49 546 euros.
L'histoire est haletante, inquiétante, oppressante souvent. Une modification technique sur les presses, visant à réduire le temps de refroidissement entre chaque pièce, impose deux jours de repos à tout le monde. le Bressan et Busard en profitent pour refaire du vélo ensemble. C'est l'occasion pour ce dernier d'expliquer à son compagnon les subtilités de l'usage du dérailleur…

« Lever, détacher, baisser, trancher, séparer, jeter, » les opérations se répètent à l'infini jusqu'à l'épuisement.
Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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Voici un très bon livre, maintenant un peu oublié, de Roger Vailland (1907-1965). Ce journaliste et écrivain avait un caractère indépendant et pourtant s'est engagé politiquement. Il signe là un roman social très juste, efficace et cruel.
C'est l'histoire d'un jeune homme prénommé Bernard, passionné de cyclisme, dont le gagne-pain est de manipuler une presse à injecter du plastique pour fabriquer à la chaîne divers objets. Son job est ingrat, ses conditions de travail sont dures et il n'a aucun avenir dans cette usine. Mais Bernard a d'autres ambitions. D'abord il veut épouser Marie-Jeanne. Ensuite il souhaite travailler en indépendant dans un snack-bar; pour l'acheter, il n'a pas l'argent nécessaire, il lui manque encore 325 000 francs. Il conçoit alors un projet fou: travailler "en tandem" à l'usine, avec l'une de ses connaissances (lui aussi coureur cycliste), 24 heures sur 24 pendant exactement 187 jours. Une gageure ! Faisant ensemble le travail de trois ouvriers, les deux compères pourront réunir le pactole désiré. (On se demande si, de nos jours, une telle dérogation aux lois du travail serait seulement envisageable !). Le lecteur devine vite que le dénouement ne sera pas conforme à leurs voeux.
Sans détours et sans misérabilisme, le romancier évoque le monde du travail à la chaîne dans les années '50. Depuis lors, le travail a évolué. Mais maintenant le burn-out touche trop de salariés, y compris des cols blancs. L'avertissement de R. Vailland reste donc d'actualité. Du même auteur, j'ai aussi lu "La loi", qui est aussi un roman réaliste mais qui décrit une société beaucoup moins proche de la nôtre.
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Dans les premiers chapitres j'étais un peu agacé par les changements de tons de la narration : à plusieurs endroits brusquement on ne sait plus qui parle, quel est le statut du narrateur et si ce n'est même l'écrivain Roger Vaillant qui se permettrait de s'adresser directement aux lecteurs pour faire part de quelques sujets assez hors sujet, rompant ainsi le pacte de narration. Bref, l'impression d'une écriture un peu trop désinvolte
Puis, au fur et à mesure que l'histoire avance et que le narrateur - censé avoir été un témoin et un acteur de ces faits - est mieux identifié, j'ai trouvé le récit mieux écrit, plus cadré.
J'appréhendais d'arriver à la fin car ayant vu il y a longtemps le film qui en a été tiré je connaissais la fin de l'histoire et je trouve que Vaillant a su l'écrire, tendre son récit presque à la manière d'un Stephen King..
Les personnages n'ont pas beaucoup suscité mon empathie car .. ils ne sont pas très sympathiques mais je pense que le but de Vaillant était de décrire la cruauté des rapports humains comme une conséquence de la réalité économique dans laquelle ils sont, à savoir la vie d'ouvriers "opérateurs" de machines qui imposent le rythme et pour "fabriquer" des objets, en plastique, d'aucune utilité.
On peut alors comprendre les personnages - en 1er lieu le personnage principal (- Vaillant l'a nommé Bernard Busard et dit qu'il a l'air buté) - qui cherchent à échapper à ce destin pas réjouissant. Busard a un but : se faire aimer de Marie-Jeanne dont je me suis demandé ce qu'il lui trouvait car elle est un personnage assez mystérieux, contradictoire, froid et c'est en partie elle qui l'amènera à s'attacher au but fou que Busard s'est fixé.
Le personnage le plus humain et positif est finalement un vieux syndicaliste et l'on devine aisément les opinions politiques de Vaillant même sans connaître sa biographie.
Quand on connait un peu sa biographie, on retrouve ce mélange de contradiction qui exalte le courage individuel et les règles collectives, qui décrit la précarité des femmes face aux hommes et leur pouvoir. La scène inaugurale du roman ( une curse cycliste) est un bon exemple où l'on voit que la stratégie individuelle, grande parce que pleine de panache, se fait broyer par la stratégie collective, froide , ennuyeuse mais plus efficace..
Par ce presque mélo Vaillant exprime sa lucidité sur et sa probable détestation d'un certain monde du travail qui tue les artisans et crée des opérateurs-sur-machine-à produire-n'importe-quoi en plastique (on peut à peine parler "d'ouvriers" car dans "ouvrier" il y a ouvrage, hors Busard ne découvre qu'à la fin du roman les milliers d'objets identiques qu'il a sortis de la Machine minutieusement décrite par Vaillant à la manière d'un Zola). C'est un peu aussi la réalité aujourd'hui en Chine où les gens passent leur vie à travailler dans des ateliers familiaux archi pollués donc polluants pour fabriquer les conneries inutiles qu'on achète ici et qu'on jette rapidement..
Le récit est aussi une critique de l'attitude de certains hommes envers des femmes, des rapports méprisant/méprisés entre le nord (l'Europe) et le Sud (lAfrique)..
Donc, à lire pour la critique sociale et la description analyse de la condition ouvrière, y compris celle d'aujourd'hui.
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Chatelard est un vieil ami du père de Busard. Ils ont mené ensemble la campagne électorale du Front populaire, en 1936, et en juin de la même année les combats contre les Croix-de-Feu, au cours desquels il arrivait que des coups de feu fussent échangés. En 1945, le père Busard laissa tomber, dégoûté que la classe ouvrière n'eût pas profité de la Libération pour prendre le pouvoir. Il avait également abandonné le syndicat; travailleur à façon, il se prétendait maître chez lui. il regrettait sans l'avouer complètement, le temps où il avait fondé avec des camarades l'Aube sociale, coopérative de consommation, épicerie-fruiterie-quincaillerie, et aussi café-brasserie, où se réunissaient les militants ouvriers (mais on s'était aperçu en 1914 que le gérant du café était un indicateur de police.) En ce temps-là, l'Aube sociale éditait un hebdomadaire socialiste, auquel Lénine, réfugié en Suisse collabora. Le vieux militant boudait aux formes contemporaines du combat politique...

793 - [Le Livre de poche n° 986, p. 105]
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Il rentra dans l'appentis et essaya de lire un journal qui traînait, un grand quotidien de Lyon. Cela ne l'intéressa absolument pas. Depuis qu'il avait quitté l'école, il n'avait jamais lu un livre, ni même un journal, sauf l'Equipe et Miroir Sprint. Il ignorait tout ce qui se passait dans le monde, sauf les choses du cyclisme, et quelques mots entendus malgré lui au cours de conversations à l'usine ou chez son père; encore fermait-il volontairement les oreilles à ces mots-là, reflets des "salades" avec quoi, croyait-il, on essayait de l'empêcher de gérer à sa guise sa propre vie. Marie-Jeanne de même. Ils se trouvaient l'un et l'autre, ouvriers à Bionnas, ville ouvrière, où l'on s'était battu pour Sacco et Vanzetti, d'où des volontaires étaient partis pour défendre l'Espagne républicaine, dont les murs avaient été couverts d'inscriptions contre le général Ridgway, ils se trouvaient l'un et l'autre aussi ignorants des événements de leur temps que Paul et Virginie dans leur île. De telles singularités étaient encore possibles et même relativement fréquentes dans la France de ce temps-là.

794 - [Le Livre de Poche n°986, p. 216-217]
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Tel était le ton de l'époque. Les affaires du cœur n'ont plus de rapport avec la grandeur d'âme, comme dans Corneille. Le "courrier du cœur" a remplacé le code de l'honneur. On ne s'émeut pas du goût des jeunes pour l'héroïsme, on s'attendrit sur leurs bégaiements. Le jour même où l'on enterre les fusillés, hommes, femmes et enfants, dans les fosses communes, mêmes les magasines qui s'indignent des fusillades, publient sur leur couverture des photos de nourrissons. Cette société retombe en enfance. C'est la règle à la veille de grandes révolution. Saint-Just et Robespierre eux aussi commencèrent pas écrire des fadaises.
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Il expliqua son projet. Une presse à injecter fonctionne vingt-quatre heures sur vingt quatre. Trois ouvriers y travaillent à tour de rôle, à raison de trois postes de huit heures par jour. Il ne serait pas possible à deux hommes seulement d'en assurer le service, à raison de deux postes de douze heures, autrement qu'exceptionnellement; la fatigue, en effet, commence à se manifester, sous la forme d'une somnolence, dès la sixième ou la septième heure; la plupart des accidents arrivent au cours des deux dernières heures des postes de huit heures. Mais en alternant quatre heures de travail, quatre heures de repos, il n'y a pas de raison de ne pas résister indéfiniment.
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Quand à force d'avoir été battu, l'homme a admis qu'il est inutile d'essayer d'être heureux, il cesse de penser à sa fin. C'est qu'il a déjà cessé de vivre.
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