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EAN : 9782246820543
352 pages
Grasset (19/08/2020)
  Existe en édition audio
2.7/5   244 notes
Résumé :
« Il s’est trompé, il a appuyé sur la mauvaise touche, pensa aussitôt Ziad. Il ne va pas tarder à redescendre… Il se retint de crier : “Papa, tu fais quoi ? Papa ! Je suis là, je t’attends…” Pourquoi son père tardait il à réapparaître ? Les courroies élastiques de l’ascenseur s’étirèrent encore un peu, imitant de gigantesques chewing gums. Puis une porte s’ouvrit là haut, avec des rires étranges, chargés d’excitation, qu’on étouffait. Il va comprendre son erreur... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (84) Voir plus Ajouter une critique
2,7

sur 244 notes

Alors que je commence à naviguer entre l'imagination d'un gamin de dix ans et la triste réalité qui vient de lui tomber sur la tête, celle de son père qui trompe sa mère avec la belle rousse du cinquième étage, me voici embrayée d'un coup dans une toute autre histoire, l'abus sexuel des femmes dans le Monde du Travail, un sujet très actuel étant médiatisé à mort grâce aux américains par le mouvement MeToo. L'écrivaine a choisi un milieu qu'elle connait bien, celui du cinéma, dont la victime est justement la rousse du cinquième étage, alors qu'elle n'avait que vingt ans.....

Mais bon, Carré ne s'arrête pas à l'adultère et l'abus sexuel, elle en rajoute enfonçant le clou du tragique. On n'est même pas arrivé à la moitié du bouquin, que nous revoilà dans une autre histoire, que d'autres vont suivre et là je m'arrête pour vous laisser découvrir la suite, qui devient interminable. L'écrivaine s'ingère aussi dans ces nombreuses histoires où elle y affirme qu'elle est "Du côté des indiens" , les perdants, et non des cowboys . À mon avis, être indien ou cowboy est seulement une question de perspective. Les cowboys aussi subissent adultère et autres bobos , tout est relatif et la vie n'épargne personne. Surtout qu'ici ces indiens s'infligent la plupart de leurs bobos , de leurs propres initiatives . Et son exemple du "Djokovitch perdant" n'est pas du tout convaincant, surtout qu'elle parle d'un mec qui a été nr1 mondial du tennis pendant 275 semaines, il faut bien qu'il perde un jour.....

Un livre non dénué d'intérêt qui démarre bien mais finit par se perdre dans les dédales de multiples thèmes, bobos, et références cinématographiques, littéraires et même artistiques ( la référence à Francis Bacon, un de mes peintres préférés est à mon avis dans le contexte qu'elle utilise, grotesque). Une surcharge et vers la fin le déraillement des histoires de deux des protagonistes , ont fini par m'en faire perdre tout intérêt.

Des histoires et des personnages inachevés et une fin qui arrive comme un cheveu sur la soupe....pas facile d'écrire un bon roman ou faire un bon film. Il ne suffit pas d'aligner des histoires et des belles phrases, il faut aussi un bon montage. Carré qui vient du Monde du Cinéma devrait en pratique le savoir.

Un grand merci aux Éditions Grasset et NetGalleyFrance pour l'envoie du livre.

#DucôtédesIndiens#NetGalleyFrance

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Dépenser 22 euros et constater que l'éditeur distribue une épreuve non corrigée justifierait une demande de remboursement.

⁃ Dès la première ligne, le « mardi 1 octobre 2017 » est le signe prémonitoire d'un ouvrage bâclé (il s'agit du samedi 1 ou plus probablement du mardi 3) .

⁃ Puis mauvais raccords de prénoms en pages 152 et 153 (Isabelle ; Michèle ?)

⁃ Enfin, « les usagés du métro » (p 318) resteront dans les annales.

Que Grasset, maison réputée, que Juliette Joste, éditrice honorée pour son « exigence » (p 349), diffusent un brouillon est incompréhensible et vraiment peu respectueux des lecteurs.

Qu'il ait fallu deux ans pour écrire ce livre et en arriver là est peut être du aux évolutions d'un scénario essayant de suivre les courants porteurs de la mode et les vents dominants du médiatiquement correct ?

Jouer au concierge et espionner les habitants d'une cage d'escalier d'un immeuble de Courbevoie est le fil directeur de l'intrigue qui débute au deuxième étage,chez Ziad et ses parents Anne et Bertrand, prend l'ascenseur et s'élève au cinquième chez Muriel Péan, séductrice (ah les rousses) employée dans une compagnie cinématographique, avant de plonger dans les affres d'une famille blessée par l'anévrisme paternel et l'addiction maternelle dans un contexte alternant Charlie, #MeToo, antisémitisme et crise sociale.

La description du tournage m'a intéressé et révèle le vrai métier d'Isabelle Carré. Ziad force l'admiration par son exceptionnelle maturité mais c'est le seul personnage qui m'a semblé attachant. le cumul de malheurs subis par les uns et les autres est peu crédible (trop c'est trop) et la dérive criminelle d'Anne invraisemblable.

Grosse déception, vous l'avez deviné, « du coté des indiens » avec un tiercé perdant : scénario raté, acteurs peu crédibles et réalisation bâclée.

Le Titanic, pour reprendre le titre de la page 76. Hélas.

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Ziad est un petit garçon de dix ans, qui a hâte de montrer son bulletin scolaire à son père, car ses résultats se sont nettement améliorés. Il guette l'arrivée de l'ascenseur, pour le lui montrer et bizarrement celui-ci ne s'arrête pas, et son père disparaît dans un appartement du cinquième étage… Il se rend compte, très vite, que son père a une maîtresse et sa petite vie bien réglée ou presque va se mettre à vaciller.

Que faire ? il décide d'aller voir la dame du cinquième, Muriel pour lui demander de ne plus voir son père, ce qu'elle fait… Hélas, le père est victime de ce qui ressemble à une rupture d'anévrisme et bizarrement, Ziad se rapproche de Muriel…

Le roman démarre bien, mais ça s'enraye très vite : l'auteure en voulant creuser la vie la personnalité des protagonistes, s'égare : on part dans le viol des jeunes actrices pour accéder à un rôle, avec des références à me-too et finalement on enfourche un autre cheval de bataille avec la dérive de la mère de Ziad qui se lance dans des rencontres hasardeuses, la maladie du père, et ses consultations à l'hôpital, et c'est très dommage et irritant pour le lecteur qui s'attend à une histoire plus centrée sur Ziad, sa vie qui vole en éclat, du fait de la trahison du père, et du côté taiseux de la famille…

Il faut quand même remarquer que, dans ce roman, les rôles sont souvent inversés : ce gamin est plus adulte que ses parents et essaie constamment et lucidement de « les porter sur ses épaules ».

J'avais choisi de ne pas lire le premier roman d'Isabelle Carré, car elle ne m'avait pas convaincue lors de ses passages à la télé, et ces actrices qui se mettent à l'écriture, ça me gêne parfois et je savais que c'était une autofiction teintée de romance. Avec un deuxième roman je me suis laissée tenter et grosse déception…

L'écriture est relativement agréable, les références au cinéma (on a droit à des répliques par exemple des « Tontons flingueurs » ou à la littérature, qui confirment sa culture artistique, mais cela ne suffit pas à faire un bon livre. Je suis contente d'être allée au bout car je voulais savoir ce qui allait arriver à Ziad que j'ai bien aimé et la fin est particulière…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m'ont permis de découvrir ce roman et son auteure que j'aime beaucoup en tant que comédienne….

#DucôtédesIndiens #NetGalleyFrance


Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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Quelle décevante surprise que ce raté (pour moi, s'entend!) de la rentrée littéraire.

J'espérais un essai transformé du premier livre tant apprécié, Les rêveurs.

Je me retrouve face à un roman bizarrement construit, qu'il aurait sans doute été plus pertinent de découper en nouvelles, plutôt que de vouloir lui donner une cohésion narrative entre personnages. Les assembler ne fonctionne pas du tout, on n'y croit pas un seul instant, on a même tendance à les perdre. C'est d'autant plus frustrant que le petit garçon du début est une belle mise en bouche d'histoire familiale, introspective et touchante. (Même si on peut s'étonner d'une maturité décalée pour son âge).

Quant à chercher à coller aux grands thèmes d'actualité comme les migrants, le mouvement #metoo, la famille et ses vertiges, etc... l'idée est honorable. Mais un roman n'est pas un fourre-tout aux étiquettes mélangées, il faut quand même faire un peu rêver le lecteur.

Si l'écriture d'Isabelle Carré est toujours là, agréable et fluide, elle m'a décidément perdue dans des lourdeurs de références et de descriptions. J'ai continué ma lecture en diagonale, juste accrochée par quelques pages d'intérêt comme l'envers du décor des métiers du cinéma.

Et de m'interroger encore une fois sur le travail de l'éditeur, qui semble avoir peu assisté son auteur au détriment de la perspective de ventes possibles, surfant sur le succès du premier roman.

Je souhaite le meilleur à une actrice que j'apprécie, mais sans doute plus inspirée dans son coeur de métier

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Les bleus à l'âme de Ziad et Muriel

Avec son second roman, Isabelle Carré confirme son statut de romancière au style délicat et sensible. Dans les pas d'un garçon de dix ans, elle raconte l'univers impitoyable du cinéma avant #metoo.

Après ses talents d'actrice et de comédienne, Isabelle Carré nous avait dévoilé il y a deux ans ses qualités d'écriture en publiant Les rêveurs, un premier roman couronné par le Grand Prix RTL-Lire et le prix des Lecteurs de L'Express-BFMTV. Il mettait en scène une fratrie cherchant son indépendance, entre une mère vivant dans son propre monde et un père qui se découvrait homosexuel.

Si la plume reste toujours aussi délicate, le registre de ce second roman change, à la fois plus distancié et plus proche de sa vie. Nous partageons cette fois le quotidien d'une famille vivant dans un immeuble de Courbevoie. Ziad, qui va fêter ses dix ans, attend son père face à l'ascenseur. Il lui réserve une belle surprise. Son bulletin est bien meilleur qu'en début d'année et c'est empli de fierté qu'il patiente. Déjà les Da Costa et leur chien sont passés, déjà tous les habitants de l'immeuble sont rentrés quand enfin son père arrive. Mais l'ascenseur ne s'arrête pas au deuxième. Il poursuit sa route jusqu'au cinquième. Bertrand en sort et s'engouffre dans l'appartement de Muriel Péan, une belle femme rousse.

Ziad vit désormais avec ce secret, s'étonnant tout à la fois que sa mère ne se doute de rien, et que son père continue d'avoir ce regard triste. La lassitude s'installe, la communication se réduit à la portion congrue. «Je sais, moi, que vos silences peuvent être pires, et parfois encore plus tranchants que des mots.»

Alors Ziad décide d'agir. Il grimpe au cinquième et explique à Muriel que son père ne montera plus et que, s'il le faisait quand même, elle se devait de le renvoyer. Un plan qui aura une conséquence inattendue, puisqu'il va rapprocher Muriel et Ziad qui n'est pas insensible aux charmes de la belle rousse. Se sentant un peu coupable, elle promet à son nouvel ami de l'emmener sur un tournage, de lui faire découvrir l'univers du cinéma. Car Muriel est scripte, après avoir été actrice.

Le récit bascule alors quelques années en arrière, au moment où Muriel rejoint une équipe de tournage en Bretagne. Elle a réussi à s'imposer après un casting et déjà on lui promet une belle carrière. Sauf que le soir de ses 20 ans, François, le réalisateur, l'attire dans sa voiture et l'embrasse de force, la sidérant complètement. Elle subit l'agression et reste tétanisée. En sortant de la voiture, «elle garde une sensation de brûlure sur la joue et autour de la bouche, des cicatrices de sa barbe de trois jours. La nuit est complètement noire à présent, elle distingue à peine l'herbe sous ses pieds. Ce moment de liberté lui donne du courage, elle peut décider des choses, elle n'est pas une poupée qu'on habille et maquille, qu'on coiffe et qu'on embrasse, qu'on ramène le soir, qu'on couche après lui avoir brossé une dernière fois les cheveux en lui souhaitant bonne nuit».

En fait, le calvaire de Muriel ne fait que commencer. le quinquagénaire sait pertinemment comment manoeuvrer pour profiter de la faiblesse psychologique de sa protégée. Elle finira par trouver son salut dans la fuite. Son premier film en tant qu'actrice sera aussi son dernier.

Isabelle Carré a choisi de ne pas laisser Muriel seule avec son histoire et, en racontant tour à tour les trajectoires de Ziad et de ses parents, Anne et Bertrand, elle élargit son propos et parle de drames, de douleurs, de chocs subis par les uns et les autres. Et cherche les moyens de surmonter ces difficultés. Les plus belles pages étant consacrées à ce défi de la reconstruction, même si le chemin vers la lumière peut être très tortueux.

S'il fallait une preuve de plus de son talent de romancière, il serait à chercher dans cette façon de sentir les choses et de les assimiler pour les intégrer au récit. Incapable de répondre à vif aux questions posées par les journalistes au moment de l'affaire Weinstein, l'actrice a imaginé Muriel pour porter sa pierre à l'édifice et se placer du côté des Indiens.

On se réjouit déjà de voir comment elle rendra compte du confinement, une étrange période dont son écriture s'est imprégnée et qui nous vaudra sans doute l'an prochain une troisième oeuvre. le rendez-vous est déjà pris !


Lien : https://collectiondelivres.w..
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critiques presse (6)
Culturebox
10 novembre 2020
"Céder n’est pas consentir" : dans son nouveau livre, Isabelle Carré aborde avec pudeur l'abus dont elle a été victime plus jeune.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LaPresse
21 septembre 2020
Il y a de nombreuses façons de témoigner et c’est par la littérature que plusieurs Françaises ont choisi d’aborder la question des agressions sexuelles dans la foulée du mouvement Me Too. [...] On compte au moins trois romans écrits par des femmes qui décrivent dans leur roman le mécanisme à l’œuvre[...]. Et il y a l’actrice Isabelle Carré avec Du côté des Indiens.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LeFigaro
16 septembre 2020
Dans son nouveau livre, l’actrice explore avec acuité le cœur humain. C’est dense et intense.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LaLibreBelgique
16 septembre 2020
"Les rêveurs, son premier roman fut une agréable surprise. Isabelle Carré revient avec "Du côté des Indiens". Où il est question de harcèlement, mais pas seulement. Quant à l'interaction entre les quatre personnages de son roman, elle est quelque peu poussive.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeMonde
28 août 2020
L'actrice et autrice signe un roman sensible autour de la vulnérabilité, des apparences et des couches de chagrin.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeSoir
24 août 2020
L’actrice dévoile les failles des membres d’une famille, où chaque membre affronte ses tempêtes personnelles.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Citations et extraits (77) Voir plus Ajouter une citation

INCIPIT

mar. 1 oct. 2017 à 8:52

Chérie, je suis parti vite.

Mais ce soir, je rentrerai

tôt. On pourra aller voir

Detroit, il passe encore.

Tu dois être réveillée,

Écoute la fin de

l’émission si tu peux…

Le sujet t’intéressera.

Bonnes répétitions.

La radio était trop forte, comme chaque matin. Il la maintenait allumée en permanence. Le silence devait lui faire peur pour qu’il l’allume dès son réveil, à peine posé le pied par terre. Je m’y étais plus ou moins habituée. Certains jours, il m’arrivait même de l’imiter, de la mettre à plein volume, ou de l’écouter toute la nuit pour combattre une insomnie, peu habituée au vide désormais.

Nous habitons une rue minuscule, aucune voiture ne la traverse. La plupart du temps, on croirait vivre en rase campagne plutôt qu’en centre-ville. Sans la musique, les nouvelles, et ces bavardages incessants, la quiétude envahirait l’appartement, nous laissant presque aussi isolés qu’au milieu d’un lac gelé.

De temps en temps, un livreur passe en scooter, et déchire ce silence. Plus rarement, les klaxons se déchaînent lorsqu’une camionnette prend notre ruelle pour une impasse, et décide d’y stationner la matinée entière. Sinon, rien, les talons des femmes qui claquent sur les pavés le samedi soir, et c’est tout. J’ai parfois l’impression d’habiter nulle part, d’être absente moi aussi.

Un rayon de lumière grise traversa la pièce, si faible qu’on aurait pu penser que le soleil venait de se lever, ou qu’il était déjà cinq heures du soir. Je m’installai à la table de la cuisine, sans allumer le plafonnier, préférant laisser au jour une chance de s’éclaircir. Un homme d’une cinquantaine d’années racontait au journaliste la fin de son enfance. Au fil de son récit, je compris que le passage à l’âge adulte constituait le thème principal de l’émission. Pour lui, cela avait été brutal, sans transition. À dix ans, il avait découvert que son père trompait sa mère avec la voisine du dessus. «Tous les soirs, je redoutais que l’ascenseur monte trois étages plus haut, avec mon père dedans…»

L’homme soufflait dans le micro comme s’il avait fourni un gros effort physique, l’émotion l’empêchait d’en dire autant qu’il l’aurait souhaité. Il bégaya un instant, avant d’ajouter deux ou trois détails confus. Puis le journaliste se dépêcha de conclure sur une citation de John Irving. «Notre enfance est toujours volée. Le monde adulte peut endommager le monde de l’enfance à tout moment : pas seulement le corrompre, mais encore nous arracher à lui.»

Le générique de l’émission suivante démarra sous les applaudissements, un divertissement avec des chroniqueurs survoltés. La voix de l’homme ému continuait de résonner dans ma tête. Tandis que s’accomplissait la routine du petit déjeuner, le thé trop infusé, les tartines à surveiller pour éviter qu’elles ne ressortent carbonisées, les tasses sales à glisser dans l’évier… j’imaginais le garçon, du haut de son mètre vingt, fixant la cage d’escalier, et je pouvais voir avec lui son enfance s’envoler dans l’ascenseur. La mienne s’était brisée autrement, mais semblait réapparaître, puisque, d’un seul élan, toutes mes pensées l’avaient suivi dans la cabine étroite. Premier, deuxième, troisième palier… au cinquième étage, je l’avais définitivement rejoint.

L’ascenseur

Installé par terre dans l’entrée avec un manga qu’il parcourait distraitement, Ziad guettait son arrivée. Il crevait d’impatience, sautait des pages. Son genou tressautait malgré lui, entraînant sa jambe et tout son corps dans un mouvement nerveux, répétitif. Sur le chemin du retour, il avait évité de justesse un motard au carrefour. C’était sa faute, en sortant de l’école, il s’était élancé depuis le haut de la rue, profitant de la pente pour gagner en vitesse, imaginant décoller au bout, persuadé que rien ni personne ne l’arrêterait. D’habitude, il s’attardait au moins une heure sur la dalle avec ses camarades. Mais cet après-midi-là, il n’avait même pas pris la peine de les saluer, trop pressé de rentrer chez lui. C’était son anniversaire, et dans son cartable, bien rangé entre deux cahiers, ses dernières évaluations attendaient d’être commentées. Il avait une telle hâte de les lui montrer… Pendant des mois, son père avait insisté pour qu’il s’applique et progresse enfin. Le début d’année avait été décevant, Ziad en convenait lui-même. Heureusement, il avait redressé la barre, et le bulletin qu’il tenait entre ses mains le remplissait d’une confiance nouvelle. Il en avait eu mal au ventre des jours durant, mais aujourd’hui, il en était certain, ses efforts seraient récompensés. Il ne lirait plus la déception dans les yeux de son père.

Un air glacé s’échappait de la porte d’entrée, le sol, sous ses jambes, était froid et humide. Il aurait pu s’asseoir plus confortablement, aller se chercher un coussin, une couverture, mais Ziad refusait de s’éloigner ne serait-ce qu’une seconde, préférant avoir des crampes et les pieds gelés plutôt que courir le risque de ne pas être au rendez-vous…

À tout moment, la porte pouvait s’ouvrir sur eux.

Du deuxième étage où l’appartement familial se trouvait, on entendait les allées et venues des locataires sous le porche, dans la cage d’escalier, et si on tendait l’oreille, on pouvait saisir la sonnerie du code, juste avant que ne résonne le claquement sourd de la porte cochère. Avec le temps, Ziad avait pourtant appris à s’en méfier. Lourde, trop épaisse, mal entretenue, la porte se bloquait souvent et restait grande ouverte sur la cour. D’autres fois, au contraire, comme sous l’effet d’une tempête, poussé par le vent, le battant se refermait d’un coup sec en faisant trembler l’immeuble, peut-être même la rue entière et tout Courbevoie.

L’après-midi s’achevait lentement, Ziad était las de retourner ce grand sablier imaginaire dans sa tête. Il fut soulagé d’entendre les voisins du dessus monter les escaliers en soufflant, signe que ses parents n’allaient pas tarder à rentrer. Monsieur et Madame Da Costa étaient âgés, et bien qu’elle fût en surpoids, ils désertaient l’ascenseur à cause de leur caniche nain claustrophobe. L’ascension était pénible, interminable, mais préférable aux plaintes de l’animal. Ils s’arrêtèrent sur le palier pour faire une pause. Le chien détecta aussitôt la présence du garçon derrière la porte, et colla sa truffe contre le paillasson. Il le respira un moment, semblant apprécier l’odeur de gâteaux au beurre qui s’en dégageait, avant de reprendre, encouragé par ses maîtres, sa laborieuse progression.

Ziad venait de finir son goûter. D’un doigt mouillé, il ramassait les miettes autour de lui, en les comptant. Il les rassembla en ligne droite, puis en cercle, il y en avait dix-sept. Sa mère aussi aimait compter les choses, même si elle s’en défendait. Ils avaient tous deux honte de l’avouer, mais comment s’en passer ? C’était un jeu captivant, le plus sûr moyen de garder son calme. Une petite énumération dans les moments critiques, et on respirait mieux. Au milieu des déceptions, des chocs, il existait une possibilité d’apprivoiser les débordements. L’inattendu n’avait qu’à bien se tenir, lui aussi se contenait, se mesurait, comme le reste. Il suffisait pour s’en convaincre de lire le journal : le moindre crime, les injustices, quelles qu’elles soient, rejoignaient inévitablement de jolies courbes de statistiques ou finissaient bien sagement rangés dans une colonne. En réalité, tout s’additionnait, se maîtrisait, toujours…

Ziad changea encore une fois la disposition des débris sucrés, imaginant que sa mère accompagnait son arithmomanie, répertoriant avec lui les miettes oubliées.

Elle n’allait pas tarder à débarquer, les bras chargés de courses. En général, elle arrivait la première.

Il n’aimait véritablement que certains aspects de sa personnalité, les autres, il aurait préféré ne pas les voir : son orgueil, la façon qu’elle avait de flotter, toujours ailleurs, et cette distance qu’elle leur imposait à tous, sans jamais le reconnaître.

Pour autant, son amour pour elle n’en était pas diminué ; la tendresse qu’il éprouvait pour le côté si généreux, presque timide, de son caractère, était infinie. Il se répétait chaque jour qu’il devenait urgent de lui témoigner sa reconnaissance, son affection. Sa mère vieillissait, et bien qu’elle n’ait pas atteint la cinquantaine, il s’inquiétait de la voir disparaître sans en avoir eu l’occasion. Mais comment s’y prendre? Il ne pouvait s’adresser qu’à son être tout entier, sans rien différencier, et la ferveur de ses sentiments, dès qu’il y pensait, n’était plus aussi grande. Mieux valait donc se taire et lui parler dans sa tête, lui envoyer mentalement d’interminables discours, en espérant que quelque chose d’eux lui parviendrait. Et puis, il collectionnait ses foulards, les tee-shirts emplis de son odeur, qu’il cachait avec délectation sous son oreiller. Cela lui suffisait, lui apportait un réconfort facile, immédiat. Aussi souvent qu’il le souhaitait.

En grandissant, il découvrit qu’elle était malheureuse. Son père rentrait de plus en plus tard, une expression contrariée sur le visage, au point que cette triste figure était devenue son masque ordinaire.

Confusément, lui venait la nostalgie du couple qu’ils avaient formé les toutes premières années. Il se souvenait d’un monde encombré de jeux, de formes géométriques aux couleurs primaires. L’atmosphère était douce et paisible, les journées passaient vite alors… il n’aimait pas les voir s’achever, sauf lorsque sa mère se penchait sur lui, pour lui dire bonsoir : c’était aussi agréable que de se prélasser dans un bain chaud en écoutant des chansons tristes. Chaque soir, il avait l’impression de respirer un air brillant, plein de lumière. Une lumière de fête.

Dix ans… il bomba la poitrine à l’évocation de ce nombre parfait, magique, il allait enfin ajouter un second chiffre à son âge, lui qui les aimait par-dessus tout, appréciait tant leurs jolies symétries.

En le voyant souffler ses bougies, leurs cœurs s’attendriraient à nouveau, et

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À dix ans révolus, il était persuadé de mieux comprendre : si certaines personnes parlent plus au chien qu'à leurs enfants, ce n'est pas tant qu'ils préfèrent les animaux de compagnie, les labradors ou les chats à n’importe quel être humain, c'est seulement qu’ils ont peur qu'on leur réponde...

Oui, peut-être ne veulent-ils pas prendre le risque qu'on les contredise ?

À moins qu'ils n'aient juste rien à dire.

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Le visage de Ziad s’éclaira d’un grand sourire en demi-lune, aussi large et élastique que celui d’un personnage de manga, même s’il avait encore du mal à y croire. En grandissant, il avait appris à se méfier des promesses des adultes. Leur sempiternel « on ira », qui n’arrivait jamais. « Tu avais bien dit cette semaine ! »

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Il passerait ainsi de nombreuses séances entièrement muettes, se demandant souvent ce qui le poussait à perdre son temps et son argent d’une façon aussi inutile. « On appelle ça les Heures Blanches, avait expliqué le thérapeute, cela ne veut pas dire que vous ne progressez pas. Peut-être êtes-vous justement en train de résoudre inconsciemment dans le silence, vos plus grandes difficultés intérieures, laissez-vous porter par ces heures blanches, elles ont leur part dans le processus de guérison. »

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 La vie m’en a fait voir de toutes les couleurs… Mais j’y suis habitué maintenant. Plus personne ne m’empêchera d’en profiter, surtout pas vous ! » Il n’était pas très grand, plutôt massif, compact, sans les rondeurs d’un homme de son âge. Des épaules excessivement larges, ses jambes n’en paraissaient que plus fines encore.

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Videos de Isabelle Carré (54) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Isabelle Carré
Chaque mois, un grand nom de la littérature française contemporaine est invité par la BnF, le Centre national du livre et France Culture à parler de sa pratique de l'écriture. L'autrice Brigitte Giraud, prix Goncourt 2022, est à l'honneur de cette nouvelle séance.
Cette vidéo ne sera accessible que durant la durée de la conférence.
Née en Algérie en 1960, Brigitte Giraud a étudié l'allemand et l'anglais, puis se dirige vers les métiers de libraire, journaliste, critique littéraire et programmatrice de festival. En 1997, elle publie son premier roman, La Chambre des parents. Plusieurs livres suivront, romans, récits ou recueils de nouvelles. Brigitte Giraud a publié de nombreuses nouvelles et des textes divers dans différentes revues : NRF, Aube Magazine… Elle obtient le prix Goncourt de la nouvelle pour L'amour est très surestimé (Stock 2007), le prix du jury Giono pour Une année étrangère (Stock 2009) et la mention du prix Wepler pour À présent (Stock 2001). Ses livres sont traduits dans une quinzaine de langues, et son roman Pas d'inquiétude (Stock 2011) a fait l'objet d'une adaptation pour un téléfilm (France 2, diffusion 2014) réalisé par Thierry Binisti, avec Isabelle Carré et Grégory Fitoussi dans les rôles principaux. Son roman Nous serons des héros (2015) fait l'objet d'une lecture mise en espace par le comédien Hippolyte Girardot et le musicien Bastien Lallemant. de 2010 à 2016, Brigitte Giraud dirige la collection de littérature « La forêt » aux éditions Stock où elle publie notamment les auteurs Fabio Viscogliosi, Dominique A, Sébastien Berlendis, Mona Thomas. le 3 novembre 2022, elle obtient le prix Goncourt 2022, avec son récit Vivre vite, qui revient sur l'accident de moto qui a emporté son mari, Claude Giraud, en 1999, à l'âge de 41 ans. Elle est la treizième femme à recevoir ce prix en cent vingt ans (depuis 1903). Elle est nommée Officier de l'ordre des Arts et des Lettres en 2014.
Animés par des producteurs et productrices de France Culture, les entretiens du cycle « En lisant, en écrivant » sont réalisés en public à la BnF, puis diffusés dans la grille d'été de France Culture et disponibles en podcast. Genèse des oeuvres, sources d'inspiration, aléas de la vie quotidienne d'un auteur ou d'une autrice, édition et réception des textes – autant de sujets que ces rencontres permettent d'aborder, au plus près de la création littéraire.
Rencontre animée par un producteur de France Culture
En savoir plus sur les Master classes : https://www.bnf.fr/fr/agenda/masterclasses-en-lisant-en-ecrivant
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