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Jean-Claude Berchet (Éditeur scientifique)
EAN : 9782253160793
800 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (02/11/2001)
3.88/5   265 notes
Résumé :
«Je préfère parler du fond de mon cercueil», écrit Chateaubriand au début des Mémoires d'outre-tombe... Mais ce monument qu'il dresse de sa vie, pendant plus de quarante ans, est un véritable roman, que l'Histoire, quoi qu'il en dise, ne parvient jamais à «étrangler» tout à fait. Ce «nageur entre deux rives» est le chroniqueur du passage des Lumières au siècle du progrès, de l'Ancien au Nouveau Monde : «Des auteurs français de ma date, je suis quasi le seul qui ress... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
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sur 265 notes
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Georwell
  20 mars 2016
Que dire d'un tel chef d'oeuvre ? Que dire d'un livre où tout est présent ! "Tout" signifie ce que rêve un lecteur, voyager dans des contrés lointaines où le monde était encore en découverte, voyager au coeur d'événements historiques fondamentaux pour l'Histoire de France interpréter par un aristocrate mais surtout un homme très pieux, très cultivé et très bon politicien. Je préfère vous dire tout de suite que je suis follement amoureux de cette oeuvre et j'ai encore honte de n'avoir pas lu les deux autres tomes.
Alors qu'est-ce que j'ai adoré ?
L'auteur en lui-même, je ne le connaissais aucunement et quoi de mieux que de lire ses Mémoires pour le connaître. C'est donc un homme très sage grâce à la religion donc je préviens à ceux qui veulent lire ce livre qu'il parle énormément de son rapport à la religion mais aussi des principes fondamentaux de la religion et jusqu'où peut-on aller tout en se battant pour la liberté. Bien que je n'adhère pas à ses idées aristocratiques défendant en partie le roi, François René de Chateaubriand défend la liberté et toutes ces paroles sont d'une justesse remarquable.
La traversée de différents événements de l'Histoire de France est un voyage époustouflant puisqu'on de plus on le ressent vraiment, au coeur de l'histoire. Chateaubriand voit les citoyens prenant la Bastille, il voit les différentes exécutions, le serment du jeu de paume et j'en passe, tout ces événements ressenti sous un angle nouveau, celui d'un homme aristocrate mais pour la liberté du peuple. Il côtoie également Napoléon en étant son ambassadeur. Je suis vraiment très surpris que ce roman ne soit pas utilisé dans les cours d'histoire sur la Révolution Française et la suite.
La traversée également du monde par un grand voyageur est tout simplement magnifique, grandiose. La découverte des civilisations du nouveau monde, la réaction d'un homme face aux chutes du Niagara, comment il écrit tout ce qu'il voit relève du génie.
Pour tous les lecteurs amoureux de la littérature française, aimant les livres qui font voyager dans des contrées merveilleuses et de superbes témoignages sur une époque très riche pour la France, lisez ce livre !!!!!
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Henri-l-oiseleur
  21 juin 2021
Seul un homme ayant assumé des responsabilités publiques, ayant joué un rôle dans l'histoire, est habilité à écrire ses mémoires. Pour les obscures personnes privées, on parlera d'autobiographie. Ainsi, Chateaubriand, ministre, ambassadeur ou opposant sous la Restauration, peut rédiger des mémoires de son action politique. Seulement, Chateaubriand a lu et admiré, comme toute sa génération, les Confessions de Rousseau, cet écrivain issu du peuple genevois, philosophe et romancier, personne strictement privée. Ce modèle de Rousseau le conduit à inclure dans les Mémoires de sa vie publique, ses souvenirs privés, ceux de l'enfance, de la Bretagne, de la jeunesse, du temps où il n'était qu'un obscur petit nobliau breton aux grands rêves de voyages, et de libéralisme politique. D'autre part, à la différence des grands mémorialistes comme Retz ou Saint-Simon, ou des autobiographes comme Rousseau et Stendhal, la grande Histoire ("avec une grande Hache", disait Perec) a bouleversé sa vie : ce premier volume des Mémoires, qui va de la naissance de l'auteur à l'émigration à Londres pendant la Terreur, est visité par la Révolution, qui, selon ses termes, impose une fin brutale au monde qu'il connaissait, et en fait naître un autre dans la violence. Tout écrivain qui, comme lui, a eu vingt ans en 1789 et vit encore en 1820, est "un nageur entre deux rives", le témoin d'un monde révolu et d'un nouvel ordre culturel et social. Donc, même s'il n'avait eu aucune carrière publique, Chateaubriand eût été fondé à écrire ses mémoires, car L Histoire est intervenue dans sa vie.
Ce sens particulier de l'Histoire trouve son illustration littéraire dans la chronologie particulière du récit. Chateaubriand, loin de suivre uniment un ordre chronologique, le bouleverse en incluant dans les pages consacrées aux souvenirs du passé le plus lointain, les circonstances de la rédaction, et des réflexions sur la fuite du temps et sur l'avenir. Prenons sa page la plus célèbre, qui figure dans toutes les anthologies, celle de "la grive de Montboissier" (première partie, livre III, p. 102 dans cette édition) : il évoque le chant d'une grive entendu en juillet 1817 dans le parc du château détruit de Montboissier, où Henri IV et Gabrielle d'Estrées s'aimèrent il y a deux siècles : le chant de la grive rappelle à l'auteur ce qu'il sera dans deux siècles, et le ramène aux années de son adolescence au château de Combourg. Les souvenirs affluent à sa mémoire. Enfin, se demande-t-il, pour combien de temps se souviendra-t-on de son livre ? Certainement pas les deux siècles que dura ce château détruit sous la Révolution... La façon dont le Temps agit dans cette page, comme dans mille autres, est proprement vertigineuse.
Un mot enfin sur l'édition du Centenaire, publiée par Garnier Flammarion, établie par Maurice Levaillant et préfacée par Julien Gracq. On a pu qualifier cette édition de "monstre philologique", car le lecteur est censé y trouver toutes les notes, variantes, corrections, documents, manuscrits et appendices laissés par l'auteur lui-même. C'est donc probablement l'édition la plus complète que l'on puisse trouver. On se réfèrera aux historiens, et aussi à Philippe Muray*, pour suivre les péripéties romanesques de la publication des Mémoires d'Outre-Tombe.
*Exorcismes spirituels, I, L'oeuvre en viager.
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jcjc352
  03 août 2021

Les Mémoires d'outre-tombe ou « Comment vivre heureux en attendant la mort et la postérité ? »*
Toujours très intéressant de relire un livre quelques décennies plus tard. On se demande comment on a pu apprécier et comprendre ces mémoires Aujourd'hui elles horripilent par le ton grandiloquent et verbeux ainsi que le sujet autocentré sur l'auteur : l'histoire de François-René Chateaubriand et l'histoire de France L'une n'allant pas sans l'autre et la dernière n'étant que la continuité de la première.
Les historiens reprochent à François-René Chateaubriand des inexactitudes, des omissions, des mensonges disons des malfaçons malhonnêtes par conséquent lorsqu'on lit François-René Chateaubriand (allez appelons-le FRC) on les a l'esprit et que reste-il ? La prose, la poésie pour certains encore que le style de celle-ci est plutôt passée et bien ancrée du XVII/XVIII siècle. le (pré)romantisme : on aime ou pas !. Celui-ci est-il bien convenable lorsque des mémoires se placent dans la perspective de l'histoire comme le voudrait l'auteur ?

Certes lorsque FRC se pâme devant sa jeunesse, « se ressouvient » de ses mélancolies et langueurs, condescend à nous livrer son moi intime et exceptionnel, lorsqu'il se revoit dans les tourbillons de l'adversité , son père qui «  l'engage » dans l'armée sans son avis, sa mère qui le prédestine aux ordres et le marrie avec Dieu et ses soeurs avec sa femme, certes, le romantisme sied à merveille aux gémissements et sanglots de FRC
C'est la plume qui l'attire et surtout sa future renommée qu'il sait déjà considérable et c'est ainsi qu' il y pense le plus tôt possible vers la trentaine quitte à les mettre en forme plus tard par des souvenirs de souvenirs: ses « ressouvenirs » !
Son goût prononcé pour lui-même et une confession intime arrangée vont lui permettre de vivre deux fois.
Mémoires poétiques disons-nous et historiques surtout mais si ses « mots-brouillards » faisaient l'affaire pour la mélancolique et la langueur , pour les faits historiques il n'en est rien. Ses « non-vérités » n'en sont que plus évidentes et préjudiciables
Un exemple (parmi tant d'autres): FRC est peu impressionné par sa soirée passée avec Washington, premier président des États-Unis, ni par sa conversation.
Et pour cause ! une lettre de ce dernier atteste n'avoir jamais rencontré FRC. Sans commentaires !
Ensuite les péroraisons
Aventurier il frôle la mort au dessus des précipices et ne doit sa survie qu'à sa présence d'esprit , il naufrage même enfin presque  !
Missionnaire débonnaire avec le sauvage il offre son mouchoir à une petite sauvageonne La variole ? oui mais non ça, c'est l'anglois
Explorateur, il cherche les pôles du coté des cataractes de Niagara, botaniste, il identifie les plantes , zoologiste les bêtes à plume à poils et à cornes, ethnologue il disserte sur la plastique et les moeurs des sauvages, littérateur il cherche l'embryon de littérature américaine et politique il voit en ce grand pays qui aurait très bien sied à la France si on lui avait confié mission de prospecter et missionner, un pays dirigé par la loi ... et non par les moeurs. Helléniste il ponctue chaque passage des ses mémoires de comparaisons et références hellènes et pompeuses (comme Pierre Desproges voir plus bas****)
Coté engagement militaire dans les armés des émigrés : popottes, déplacements, manoeuvres demi-tour, à gauche - gauche et puis voilà La guerre était déjà gagnée donc retour à ses paperasses chéries.
Sa première charge à la baïonnette est un succès car les assaillants refluent et personne ne sait pourquoi (manoeuvre qui fit la spécialité d'Aldo Maccione et Lefebvre avant la tenaille), ils arrivent devant Thionville invaincus ils n'ont vu personne[Ici Mirabelle. Églantine, j'ai réfléchi. Repliez-vous sur Thionville].
Quelques détails de guerre assez sordides mais croustillants relatés sans émotion , tête de cheval coupé et encolure sanguinolente fendue par des balles [deux siècles plus tard un certain Malaparte fera de même dans Kaputt ]
La guerre racontée façon 14 juillet des lumières sur le bivouac,  des boulets qui se croisent, ça chante, ça rit, ça mange. Humour ?
C'est beau la guerre! Mais parfois c'est dur ! Surtout quand il se réveille avec de l'eau jusqu'au cou (dormait-il debout le bougre? On savait qu'autrefois le noble dormait assis dans son lit par peur d'avaler sa langue mais debout ?) là il reste (quand même) perclus toute la journée !!!
A London FRC analyse la littérature anglaise et on apprend que Lord Byron lui devrait beaucoup sans avoir toutefois eu l'élégance de le reconnaître Oh !
Mais bon FRC a ouvert à Albion les voies d'une nouvelle école de littérature il faut le dire
Coté coeur ça semble pas folichon
En bref un Prosateur de bouffissure et pour dire quoi ?
Des anecdotes parmesantée de descriptions surannées, de personnages de son microcosme aujourd'hui oubliés. Un panégyrique, surtout de sa jeunesse : sa période de prédilection. Un compte -rendu partial des évènements bretons et parisiens de la révolution où il a senti « passer le souffle frais sur sa nuque » de la mirabelle de Mirabeau, des notes de voyages qui interrogent, des carnets de guerre peut-être humoristiques style Robert Lamoureux, des analyses de la littérature anglaise et une chronologie embrouillée
Les descriptions (pré)romantiques et vaporeuses de paysages, de sauvages et des moeurs du moment échappent à ce bouillon et tourbillon littéraire. On peut apprécier aussi les anecdotes et légendes historiques assez nombreuses et plaisantes, ses decriptions humouristiques ainsi que ses envolées déclamatoires patriotiques et/ou poétiques emphatiques et pompeuses , futurs aphorismes pour la postérité façon Sylvain Tesson (lui plutôt avec Lao Tseu ).
Pas de quoi être panthéoniser! L'apothéose ce n'est pas pour tout de suite . Enfin quoi une histoire romantique de mémoire ou une mémoire romantique de l'histoire ?
Peut-être que les trois prochains tomes … Peut-être ...mêêêh


* Desproges citation revue et corrigée
**** Desproges, Monsieur Cyclopède a fait ses humanités la preuve [Les grecs s'appellent aussi hélènes : c'est dire à quel point ils sont pédés. Quelquefois, ils enculent même leurs chevaux et roulent des pelles aux poneyses.
Les grec modernes, comme Theodorakis ou Moustaki, ne portent pas de soutien-gorge, alors que les grecs anciens, comme Démosthène ou Mélina Mercouri, ne portent pas de seins.
Dans les années soixante, les grecs ont commencé à trop manger. Il a fallu mettre les colonels au régime. Car les colonels sont de grands enfants. D'ailleurs, dans Pinochet , il y a hochet ].
Oui c'est un peu cru mais après Château-brillant ça décrispe la Berrigoulaine « Étonnant, non ? » et puis c'est les vacances !
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NMTB
  29 mars 2017
Eduqué par un père sévère et taciturne, une mère aimante et pieuse, Chateaubriand a passé toute son enfance triste et solitaire en Bretagne, où il a pu développer une puissante imagination à partir de ce qui l'entourait. Après avoir tergiversé entre une carrière de marin et d'ecclésiastique, sans vocation ni pour l'une ni pour l'autre, il s'engage finalement dans l'armée. Il arrive à Paris vers la fin juin ou le début juillet 1789, il assiste à la prise de la Bastille, aux premières agitations et à quelques séances folkloriques de l'assemblée nationale. Opposé à la monarchie absolue, il est surtout dégoûté par les violences et le chaos. Devenu impie par « le désespoir sans cause qu'il portait au fond du coeur », il s'embarque pour le Nouveau-Monde en 1791, sous prétexte de trouver le passage nord-ouest de l'Amérique. Un voyage d'à peine un an. Début 1792 il est de retour en France et se marie aussitôt avec une inconnue. Puis il repart se battre avec les émigrés pour finir par s'exiler en Angleterre jusqu'en 1800.
Le début de ses Mémoires ressemble plus à des confessions. le jeune Chateaubriand avait lui aussi un peu subi l'influence des Lumières, la plus manifeste est celle de Rousseau, il n'aurait peut-être pas écrit ses mémoires de la même manière sans le précédent du promeneur solitaire. Il est pourtant difficile de savoir quel était son positionnement politique exact à l'époque (royaliste toujours, mais jusqu'à quel point ?). Au début de la révolution, il fréquentait Malesherbes, le beau-père de son frère, et semble avoir à peu près partagé ses idées, c'est d'ailleurs sous sa protection qu'il part en Amérique. La révolution a été fatale ou nuisible à beaucoup de membres de sa famille (son frère a été guillotiné), on peut comprendre l'amertume qu'il en a conçue, l'exacerbation d'une humeur déjà mélancolique et, après coup, sa destruction en règle de tous les mythes de la Révolution : La prise de la Bastille ? Une escroquerie commise par des gueux incapables de rien si on ne leur avait pas ouvert les portes de l'intérieur. Marat ? « Un Caligula de carrefour », Camille Desmoulins ? « Un Cicéron bègue », Danton ? Une « face de gendarme mélangé de procureur lubrique et cruel », il ne s'attarde même pas sur le cas de Robespierre. Toutefois, même dans le dénigrement il gardait son sens de la tragédie et son talent pour donner vie à ses descriptions, il sublimait même ce qu'il abhorrait et révélait tout le pathétisme de la situation.
Des flâneries dans le port de Brest à l'enfer du club des Cordeliers en passant par les déserts de l'Amérique, il fait revivre toute sorte d'ambiances, il rend tout majestueux par son imagination et ses souvenirs baignent dans l'onirisme. Par exemple, il s'était créé une femme idéale qu'il appelait sa sylphide ; plus amoureux de ce fantasme que de n'importe quelle femme réelle, c'est autour d'elle qu'il a créé ses grands personnages féminins. Quand il narre sa rencontre avec le modèle d'Atala sur une île de l'Ohio, on se croirait en plein rêve : il s'endormit sous un magnolia, quand il se réveilla deux jeunes indiennes étaient assoupies sur ses épaules, « une brise traversa le bocage et nous inonda d'une pluie de roses de magnolia. Alors la plus jeune des Séminoles se mit à chanter ». N'est-ce pas parfait comme image ? Personnellement, je serais tombé amoureux pour moins que ça. C'est beau comme une idylle antique. le chevalier De Chateaubriand est né cinq siècles trop tard, il était fait pour vivre au temps des troubadours et non des révolutions.
Le récit égocentré et rêveur De Chateaubriand ne donne pas des Mémoires conventionnelles, peut-être que cela change par la suite quand il acquiert de la notoriété et rencontre des célébrités. On peut se poser des questions sur la réalité de quelques faits qu'il rapporte, mais tout est d'une incontestable et grande beauté. Il n'est jamais ennuyeux avec ses arrangements et ses embellissements, son style est celui d'un maître artisan, un orfèvre qui forgeait des phrases pour les conserver et les réemployer au besoin. Il me semble que tout Chateaubriand est dans ces Mémoires, les lire suffi pour le connaître complètement.
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Woland
  31 mai 2008
Les "Mémoires d'Outre-Tombe" sont peut-être l'ouvrage le plus connu De Chateaubriand. Les résumer est chose impossible et inciter à les lire, en ces temps voués à la dictature de l'image et du clinquant, relèverait pour certains de la gageure. Pourtant, malgré tout ce qui peut, en eux, heurter notre sensibilité moderne, ces "Mémoires ..." que l'auteur a polis et repolis en les tirant très souvent vers la biographie romancée, méritent non seulement qu'on les lise mais encore qu'on les relise.
Les douze premiers livres des "Mémoires d'Outre-Tombe", c'est avant tout Combourg, l'antique château où Chateaubriand passa son enfance et son adolescence. En tous cas, c'est la première image qui nous vient plus tard à l'esprit lorsqu'on évoque ce premier tome. Des pierres descellées sur les chemins de ronde battus des vents ; le souffle du vent s'infiltrant dans des pièces trop hautes d'où la mauvaise saison chasse toute chaleur ; des fantômes que réveillent les histoires gothiques racontées par les dames De Chateaubriand ; un père distant et figé dans une sorte de misanthropie mal dissimulée ; une mère bavarde et pieuse, qui avait dû rêver mieux que cette solitude grandiose mais terrible ; une soeur trop aimée avec qui le futur romancier entretiendra toujours une relation ambiguë et enfin un petit garçon voué au bleu marial par sa nourrice bretonne, qui se transforme peu à peu en un adolescent incertain, romantique avant la lettre, qui rêve aux hiboux et aux horizons lointains, peut-on concevoir meilleur terrain pour une nature d'écrivain ?
Evidemment, ce premier volume comporte encore bien d'autres choses, dont de saisissants portraits des ténors de la Convention brossés par un oeil visionnaire dans la tourmente révolutionnaire qui va tout emporter. Il y a aussi le mariage de l'auteur, une évocation discrète et gourmée ; des considérations très instructives sur l'idée que Chateaubriand se faisait de la noblesse et de ses représentants - considérations auxquelles, toute sa vie, fait exceptionnel pour n'importe quel homme ambitieux, il restera fidèle ; les descriptions des paysages encore inexplorés de ce qui deviendra les USA ; l'exil temporaire en Angleterre alors que, à Paris, le frère aîné du romancier est fauché par la Terreur et même, cerise sur le gâteau pour le littéraire impénitent, une espèce de mini-essai sur les littératures française et anglaise.
L'ensemble dans un style unique qui semble jouer au trait d'union entre la langue quasi parfaite des Lumières et les longues tirades parfois fabuleuses, parfois ampoulées qui s'apprêtent à marquer le XIXème siècle commençant. Un prodige, ce style. Lu à haute voix, il se savoure comme quelque mets rare et singulièrement fruité. Lu "dans la tête", il arrive qu'on s'y sente un peu perdu, étourdi par sa cadence hautaine et ses envolées d'oiseau de proie.
Seule ombre au tableau : le désir forcené de Chateaubriand de se poser en victime du Destin. Comme tout romantique digne de ce nom, il aime les apitoiements et les invocations un peu baroques : Dieu, l'Univers, le Siècle, la Révolution, la Nature, etc ... il les apostrophe tous. Mais compte tenu du plaisir raffiné qu'il nous offre si généreusement, ne peut-on pas lui pardonner cette faiblesse qui nous rappelle finalement que, tout comme nous, Chateaubriand était bien un être humain ? ;o)
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Citations et extraits (99) Voir plus Ajouter une citation
AlexeinAlexein   12 octobre 2016
La tombe délia Mirabeau de ses promesses, et le mit à l’abri des périls que vraisemblablement il n’aurait pu vaincre : sa vie eût montré sa faiblesse dans le bien ; sa mort l’a laissé en possession de sa force dans le mal.
En sortant de notre dîner, on discutait des ennemis de Mirabeau ; je me trouvais à côté de lui et n’avais pas prononcé un mot. Il me regarda en face avec ses yeux d’orgueil, de vice et de génie, et, m’appliquant sa main sur l’épaule, il me dit : « Ils ne me pardonneront jamais ma supériorité ! » Je sens encore l’impression de cette main, comme si Satan m’eût touché de sa griffe de feu.
Lorsque Mirabeau fixa ses regards sur un jeune muet, eut-il un pressentiment de mes futuritions ? pensa-t-il qu’il comparaîtrait un jour devant mes souvenirs ? J’étais destiné à devenir l’historien de hauts personnages : ils ont défilé devant moi, sans que je me sois appendu à leur manteau pour me faire traîner avec eux à la postérité.
Mirabeau a déjà subi la métamorphose qui s’opère parmi ceux dont la mémoire doit demeurer ; porté du Panthéon à l’égout, et reporté de l’égout au Panthéon, il s’est élevé de toute la hauteur du temps qui lui sert aujourd’hui de piédestal. On ne voit plus le Mirabeau réel, mais le Mirabeau idéalisé, le Mirabeau tel que le font les peintres, pour le rendre le symbole ou le mythe de l’époque qu’il représente : il devient ainsi plus faux et plus vrai.

Livre cinquième — Chapitre 12
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NMTBNMTB   21 mars 2017
La fenêtre de mon donjon s'ouvrait sur la cour intérieure ; le jour, j'avais en perspective les créneaux de la courtine opposée, où végétaient des scolopendres et croissait un prunier sauvage. Quelques martinets qui, durant l'été, s'enfonçaient en criant dans les trous des murs, étaient mes seuls compagnons. La nuit, je n'apercevais qu'un petit morceau du ciel et quelques étoiles. Lorsque la lune brillait et qu'elle s'abaissait à l'occident, j'en étais averti par ses rayons, qui venaient à mon lit au travers des carreaux losangés de la fenêtre. Des chouettes, voletant d'une tour à l'autre, passant et repassant entre la lune et moi, dessinaient sur mes rideaux l'ombre mobile de leurs ailes. Relégué dans l'endroit le plus désert, à l'ouverture des galeries, je ne perdais pas un murmure des ténèbres. Quelquefois, le vent semblait courir à pas légers ; quelquefois il laissait échapper des plaintes ; tout à coup, ma porte était ébranlée avec violence, les souterrains poussaient des mugissements, puis ces bruits expiraient pour recommencer encore. A quatre heures du matin, la voix du maître du château, appelant le valet de chambre à l'entrée des voûtes séculaires, se faisait entendre comme la voix du dernier fantôme de la nuit. Cette voix remplaçait pour moi la douce harmonie au son de laquelle le père de Montaigne éveillait son fils.
L'entêtement du comte de Chateaubriand à faire coucher un enfant seul au haut d'une tour pouvait avoir quelque inconvénient ; mais il tourna à mon avantage. Cette manière violente de me traiter me laissa le courage d'un homme, sans m'ôter cette sensibilité d'imagination dont on voudrait aujourd'hui priver la jeunesse. Au lieu de chercher à me convaincre qu'il n'y avait point de revenants, on me força de les braver. Lorsque mon père me disait avec un sourire ironique : " Monsieur le chevalier aurait−il peur ? " il m'eût fait coucher avec un mort. Lorsque mon excellente mère me disait : " Mon enfant, tout n'arrive que par la permission de Dieu ; vous n'avez rien à craindre des mauvais esprits, tant que vous serez bon chrétien " ; j'étais mieux rassuré que par tous les arguments de la philosophie.
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mcd30mcd30   02 mai 2018
Je suis attaché à mes arbres ; je leur ai adressé des élégies, des sonnets, des odes. Il n'y a pas un seul d'eux que je n'ai soigné de mes propres mains, que je n'ai délivré du ver attaché à sa racine, de la chenille collée à sa feuille ; je les connais tous par leur noms, comme mes enfants : c'est ma famille, je n'en ai pas d'autre, j'espère mourir auprès d'elle.
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AlexeinAlexein   16 juillet 2016
De la concentration de l’âme naissaient chez ma sœur des effets d’esprit extraordinaires : endormie, elle avait des songes prophétiques ; éveillée, elle semblait lire dans l’avenir. Sur un palier de l’escalier de la grande tour, battait une pendule qui sonnait le temps au silence ; Lucile, dans ses insomnies, s’allait asseoir sur une marche, en face de la pendule : elle regardait le cadran à la lueur de la lampe posée à terre. Lorsque les deux aiguilles unies à minuit, enfantaient dans leur conjonction formidable l’heure des désordres et des crimes, Lucile entendait des bruits qui lui révélaient des trépas lointains. […]. Dans les bruyères de la Calédonie, Lucile eût été une femme céleste de Walter Scott, douée de la seconde vue ; dans les bruyères armoricaines, elle n’était qu’une solitaire avantagée de beauté, de génie et de malheur.

Livre troisième — Chapitre 4
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NMTBNMTB   27 mars 2017
Si l'on pouvait dire au temps : "tout beau ! " on l'arrêterait aux heures de délices ; mais comme on ne le peut, ne séjournons pas ici-bas ; allons-nous en, avant d'avoir vu fuir nos amis, et ces années que le poète trouvait seules dignes de la vie : Vita dignior aetas. Ce qui enchante dans l'âge des liaisons devient dans l'âge délaissé un objet de souffrance et de regret. On ne souhaite plus le retour des mois riants de la terre ; on le craint plutôt : les oiseaux, les fleurs, une belle soirée de la fin d'avril, une belle nuit commencée le soir avec le premier rossignol, achevée le matin avec la première hirondelle, ces choses qui donnent le besoin et le désir du bonheur, vous tuent. De pareils charmes, vous les sentez encore, mais ils ne sont plus pour vous : la jeunesse qui les goûtent à vos côtés et qui vous regarde dédaigneusement, vous rend jaloux et vous fait mieux comprendre la profondeur de votre abandon. La fraîcheur et la grâce de la nature, en vous rappelant vos félicités passées, augmentent la laideur de vos misères. Vous n'êtes plus qu'une tache dans cette nature, vous en gâtez les harmonies et la suavité par votre présence, par vos paroles, et même par les sentiments que vous oseriez exprimer. Vous pouvez aimer, mais on ne peut plus vous aimer. La fontaine printanière a renouvelé ses eaux sans vous rendre votre jouvence, et la vue de tout ce qui renaît, de tout ce qui est heureux, vous réduit à la douloureuse mémoire de vos plaisirs.
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Vidéo de François-René de Chateaubriand
Anna Moï est une sauvage ! Elle sourit lorsqu'elle révèle l'origine du pseudonyme d'écrivaine qu'elle choisît pour exister dans le monde de la littérature francophone ou plus précisément dans « la littérature monde ». Moï signifie sauvage en vietnamien. Et c'est ainsi que les colons français désignaient les 54 ethnies composant les 3 provinces de l'ancienne Indochine lorsqu'ils l'occupaient. Née à Saïgon en 1955, Anna Moï fuit son pays en 1972. Elle choisit Paris comme destination. Polyglotte, elle parle plus de 8 langues couramment, c'est en français qu'elle écrit toute son oeuvre et affirme « Je n'écris pas avec la langue des colons mais avec celle De Chateaubriand. » Pour comprendre son rapport au français et à la francophonie, on évoque son essai Esperanto, desesperanto, qui fit couler beaucoup d'encre lors de sa sortie. Son sous-titre est évocateur : la francophonie sans les Français. Sans aucun égard aux termes d'identité et de nationalité, Anna Moï ne prétend appartenir nulle part qu'à l'écriture.
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