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Lucille Clerc (Autre)
EAN : 9782234096196
96 pages
Stock (15/11/2023)
4.23/5   60 notes
Résumé :
« Le fils avait changé. Il tournait en rond. À la maison. Sur le bateau. Dans sa tête. À ne plus guère sourire. À ne plus guère causer non plus. À rêver d’autre chose sans trop savoir quoi. À faire sa crise entre terre et mer. À force de vivre dans cette frange incertaine de pays, à se cogner entre deux infinis, on se chamboule l’esprit. On ne sait plus si on doit se jeter d’un côté ou de l’autre. On attend des mots mais ils ne viennent pas. Et lui, maladroit, qui n... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
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Rature, c'est le surnom d'un homme qui prend la mer. Quand il était gosse, il avait du mal avec les mots. Ça n'a pas changé. Rature, c'est aussi le nom de son bateau, un fileyeur qui part avant l'aube braver la houle et les tempêtes, pour ramener du poisson qui nourrira les gens. Rature enfin, c'est le titre de ce texte de Philippe Claudel, simple, brut et beau à la fois. Un texte qui se veut une ode au métier de pêcheur, une bourrade amicale à ces hommes au verbe rare qui risquent leur vie en bravant l'océan. Comme à son habitude, Claudel aime les hommes vrais, burinés par le froid et le vent, malmenés par la vie et les éléments. C'est l'histoire d'un homme dont l'exacte place est sur la crête des vagues, qui aspire tout autant à partir en mer qu'à revenir auprès de la femme qu'il aime et du fils qu'il espère être la relève des lendemains. C'est un texte sur la fierté du métier, la fierté de la paternité et de la transmission à travers ce lien. Un texte aussi sur la pudeur virile, la peur de la perte et la colère des destins contrariés.

Pour accompagner ce texte, les dessins et gravures de Lucille Clerc apportent ce qu'il faut de mystère et de poésie. C'est d'ailleurs la jolie première de couverture aux ton bleus, chargée de matière et de mouvement, qui a attiré mon regard vers ce livre. le nom de Philippe Claudel a fini de me convaincre. L'artiste alterne traits précis et diffus, superpose les images, jongle avec les techniques. Sa palette de couleurs et ses motifs pleins de créativité produisent un univers visuel à la frontière de l'onirisme, entre ciel et écume. On doit notamment à Lucille Clerc les couvertures de précédents romans de Claudel, comme « L'Archipel du chien » ou « Crépuscule ». Deux visuels qui m'avaient marqué, confirmant la belle alchimie qui existe entre l'artiste et le romancier. le texte est vite lu, apprécié dans sa pudique concision, mais les illustrations donnent envie d'y revenir, afin de reprendre le large.
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Magnifique ! Un autre coup de coeur livresque de cette année 2023. J'ai adoré, tout aimé. L'histoire. le récit. le texte. Les illustrations. le format poche. Les couleurs. le thème. Tout. Roman illustré ou Roman graphique, et pourquoi pas les deux ? L'un servant l'autre et inversement. Puissance des mots, puissance des images, froides (couleurs) pour traduire la peur, l'absence, le vide, le froid, le manque et l'amour. Des dessins, des couleurs pour traduire l'univers de la mer, la mer nourricière, l'incarnation de la femme rebelle et érotique, sensuelle et sauvage, de sublime, d'excitant et dangereux à la fois.

Les mots. Les mots sont doux, amers, percutants et beaux. de la poésie ! de la poésie pour parler de la mer. de son attraction. de sa dangerosité. de sa beauté. "C'est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme." Ce premier vers de la chanson de Renaud l'illustre parfaitement bien. J'ai pensé à la chanson du chanteur "Dès que le vent soufflera" comme au poème de Victor Hugo, poème et poète cités par Philippe Claudel sans qu'il soit récité. Un poème apprit à l' école : oceano nox !
"Oh, combien de marins, de capitaines qui sont partis joyeux pour des courses lointaines..."
Oui, ces marins-pêcheurs bravant mille et un danger, allant toujours plus loin dans l'océan pour attraper, pêcher le poisson : bar, sole, cabillaud, crevette ou sardine, daurade... Bravant la tempête, luttant pour rentrer à bon port, amoureux d'elle et de son navire, le rature, un fileyeur. "Il savait que c'était la mer qui donnait, davantage que lui ne prenait."

Philippe Claudel raconte la vie des pêcheurs : passion pour un métier difficile et méprisé, nécessaire à l'humanité qui la nourrit. Cageots, casiers, filets, gaffes, hameçons, GPS, sonar, bacs, glace, la criée, les cours du marché, le cap, bouée, la corne et la trompe, le compas, l'ordinateur, les chants, le baptême de la mer, la première marée, les étoiles, le calme et le silence. Silence des flots, silence des hommes. Les hommes ne parlent pas. Les mots restent ancrés dans leur tête, mais ne sortent jamais. C'est comme ca. Expliquer quoi ? Comment dire l'amour du métier ? L' amour de la mer et la peur d'elle ? Dire la liberté. "La terre vous enchaîne, mais la mer vous libère, toujours." Liberté d'être son propre patron, d'avoir son propre navire, son équipage : deux ou trois bras supplémentaires. On manque de bras. Alors, la relève ? L'héritage de père en fils, la transmission. Se fera t'elle ? le fils restera t'il ? Partira-t'il ? Reviendra t'il ? Suivra t'il les traces du père ?

Magnifique hymne à la mer. Magnifique hommage à des hommes communs et à la fois, extraordinaires.



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Quel conteur, ce Claudel ! Il faut que je rattrape mon retard et lise tout de lui. 😉
En attendant, je suis tombée récemment à la Fnac sur la couverture de ce livre original, et l'ai emprunté à la Médiathèque.

Cette nouvelle, comme un conte, est pour tout public. Cela m'a fait penser à des Jules Verne ou à Stevenson, et les dessins de Lucille Clerc qui accompagnent les textes, sont magnifiques.

Ce livre a la taille d'un carnet, à la couverture rigide, et je viens de passer un moment délicieux à le lire, en prenant bien le temps de contempler les dessins, avant de tourner les pages.

En coloris bleu, vert, sombres, et avec des points de couleur parfois, la dessinatrice illustre le texte de Claudel sur la mer.

L'histoire :

On y fait connaissance avec un marin, un amoureux et respectueux de la mer, qui se souvient d'une journaliste montée avec lui sur le bateau 6 ans auparavant, pour un reportage, et qui avait encensé le bonhomme et son métier. Son fils et sa femme avaient été si fiers, lui le taiseux amoureux des livres, surnommé affectueusement Rature par une ancienne instit', avait quand même su faire passer l'amour du métier.

"On croit souvent que le pêcheur ne pense qu'à remplir ses cales. Il pense surtout à soigner son jardin, de façon à ce qu'il donne le meilleur et longtemps, et ce jardin dont il a soin, c'est la mer en son entier, exubérante et fragile, délicate et capricieuse."

Et de nous expliquer son quotidien sur son bateau Rature, son travail avec le gars Joss, et un peu son fils pendant quelques années jusqu'à ce que celui-ci tourne le dos au métier, et à la mer.

C'est un beau livre sur la pêche, les amitiés, la paternité, la mer évidemment, le silence, l'amour, les regrets et l'accomplissement de soi.

"Il sentait un grand calme l'envahir, une paix chaude née du sentiment d'être là où il devait etre, de se trouver à l'exacte place de la Terre, où il pouvait être totalement lui-même."

J'adore les dessins sur lesquels il y a plusieurs couches d'impressions, et sur lesquels sont mêmes on peut écrire. Je me suis donc régalée des petits tableaux créés par Lucille Clerc, et aucune page n'est blanche, les illustrations sont partout.

Un ouvrage lu rapidement, mais à rouvrir, a contempler et à relire. Après ma 1ere lecture, je l'ai repris, juste pour le plaisir des dessins, et pour qu'ils me racontent à nouveau l'histoire. 😊
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Parfois, la découverte d'un livre tient à peu de choses. J'attendais patiemment ma commande à la librairie, alors pour m'occuper, je n'ai pas pu m'empêcher de fureter un peu. Il y avait une pile de livre cachée sous une table, j'adore les piles de livres cachées… Alors j'ai voulu voir ce que c'était. Je l'ai pris, la couverture m'a happée, et le livre a rejoint la pile de mes achats même si je savais que ce n'était pas raisonnable.
Après cette rencontre romanesque, j'aurais aimé pouvoir écrire une note de lecture plus positive, mais hélas, les rencontres avec des livres cachés ne sont pas toujours de belles rencontres… Dans ce livre, il y a les dessins, qui m'ont attirée, et puis il y avait l'idée de me donner une seconde chance avec l'auteur, Philippe Claudel, dont je n'avais pas du tout aimé [La Petite Fille de Monsieur Linh] et que je n'avais jamais relu depuis.
Pour l'auteur, c'est raté. J'ai trouvé la même sécheresse dans le ton, une simplicité voulue et qui plaît probablement à beaucoup mais qui moi me paraît trop ostentatoire et qui m'irrite par la platitude que je ne peux m'empêcher d'y voir. Et de la même façon, je n'arrive pas à trouver d'idées nouvelles ou de nouvelles façons de les exprimer dans ce livre, qui m'a paru une resucée de tant de livres déjà lus. Non, décidément, Claudel n'est pas un auteur pour moi, je me le tiens pour dit.
Par contre, les dessins… Une vraie petite merveille. Ils interprètent le texte au plus près tout en lui donnant une profondeur qu'il n'aurait pas sans eux. Et ils sont aussi beaux en eux-mêmes, pleins d'une douce poésie. Je vais retenir de ce livre le plaisir que j'ai eu à découvrir les dessins, et je trouve plus juste de dire qu'il s'agit d'un livre graphique de Lucille Clerc, avec un texte de Philippe Claudel, cela met en avant le véritable intérêt de ce petit livre et en justifie bien plus la lecture que si on l'attribue à Philippe Claudel.

Post scriptum : Je suis un peu désolée de cette note de lecture acerbe, d'autant que c'est la première sur le site. Pourtant je m'aperçois qu'à force d'écrire mes impressions de lecture et d'échanger sur les livres avec d'autres lecteurs assidus, je suis devenue plus mesurée et plus à même de comprendre ce que des lecteurs peuvent trouver dans un livre, même si personnellement je ne l'ai pas aimé. C'est un peu le cas ici aussi, je n'ai pas aimé la partie écrite de ce livre à titre très personnel, mais je suis certaine qu'il plaira à d'autres lecteurs.
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Un texte brut, qui va à l'essentiel et qui met en avant des hommes qui vivent la mer. Des pêcheurs fileyeurs qui se comprennent sans se parler et qui burinés par l'océan, s'y sentent à leur place, avec humilité et respect. Ce texte qui ressemble fort à un hommage, évoque aussi les questions de la transmission, des tristesses et des joies de la vie. Un texte de Phillipe Claudel. Des illustrations de Lucille Clerc. le texte est illustré, ou les illustrations sont annotées, on ne sait pas trop. Tout est en osmose. Les douleurs, la puissance des éléments, des moments magiques, tout est décrit avec sensibilité et forme une oeuvre à part, à voir, lire, à revoir et relire. Un livoir coup de coeur.
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
Un jour, six ans plus tôt, on lui avait demandé de raconter la première fois qu'il avait vu la mer.
Une journaliste. Pour un reportage. Elle était venue faire une marée avec eux.
Il n'avait pas su.
Pas su quoi dire.
La mer avait toujours été là. Devant lui. Sous lui. Autour de lui. Dans sa tête. Dans sa vie. Dans ses rêves.
Il n'y avait pas eu de première fois. Il avait quand même essayé de fouiller dans sa mémoire. Rien à faire.
La mer était là depuis le début.
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Tous les mots du poème de Hugo remuèrent en lui, comme un banc d'alevins affolés par l'ombre furtive d'un nuage passant au plus haut du ciel, mais ils restèrent au fond de lui, loin de toute surface, scintillants et inutiles, brassée de créatures mobiles, sublimes et dirigées par rien, les heureux. Ne remontèrent à sa conscience qu'un chagrin mêlé de tendresse, et une certitude, une force puissante. La beauté. L'universelle beauté, celle qui coule dans les veines de tous les hommes, et amène parfois un sourire pur sur leur visage. La beauté qui, aveugle, conduit leur vie.
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Parfois il avait de drôles de pensées. Des pensées de père triste. Inconsolable. Faible. Couillon. Meurtri. Qui s'en voulait. Il se disait qu'il aurait mieux valu que le fils disparaisse vraiment ce jour-là. Que la mer le prenne et ne le relâche pas. Le tue pour de bon. Au moins il aurait su. Il aurait su où il était. Mort. Bien mort. Dans les nuages ténébreux d'algues et de limons. Dans les courants bleu de Prusse. Dans les fonds sans fond. Cobalt. Gris. Transi. Flottant. Mort agité. Cadavre-cauchemar dévoré. Tandis que là. Il ne savait rien. Rien. Et cela le rongeait. Comme le sel sur une plaie. Le visage sur la lèvre blessée. Enfant. Mon enfant. Mon fils.
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Il se disait que chaque homme sur Terre a un lieu et un rôle qui lui sont attribués. Un lieu et un rôle qui lui permettent de s'accomplir. De s'accomplir vraiment. Mais le terrible de la vie, c'est que souvent on ne parvient à trouver ni l'un ni l'autre ou que si on a la chance de trouver l'un, c'est l'autre qui nous échappe. Lui avait eu la fortune de récolter les deux.
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C'est compliqué les mots. Il y en avait tant. Comment choisir le bon ? Il les aimait mais les gardait pour lui. Timide. Secret. Dans sa caboche. Des poèmes entiers. Des aubes. Des ciels de mots.
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« le rapport de Brodeck » de Philippe Claudel, c'est à lire au Livre de poche.
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