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EAN : 9782246808633
272 pages
Grasset (02/09/2013)
3.67/5   165 notes
Résumé :
Deux filles, Aurore et Marine, reviennent d'Afghanistan. Elles y ont vécu six mois de tension, d'horreur, de peur. Elles vont passer trois jours à Chypre, dans un hôtel cinq étoiles, pour ce que l'armée un « sas de décompression », où on va leur réapprendre à vivre normalement, à oublier la guerre, à coup de séances de débriefing collectif et cours d'aquagym, des soirées arrosées et de visites se sites archéologiques de la vieille Europe.
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Critiques, Analyses et Avis (50) Voir plus Ajouter une critique
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Il s'agit de l'un des titres que Cultura m'avait offert lors de la sélection des Talents 2013. Je me suis aperçue que je n'avais jamais retranscrit mon avis ici, alors le voici inchangé : écrit avec mon bagage, mon ressenti et mes mots de l'époque puisque je ne l'ai pas relu mais y repense souvent.
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L'histoire est celle de militaires que l'Etat français a envoyé en Afghanistan, où ils ont vu et vécu des horreurs difficiles à oublier et à gérer. A présent, l'Etat les renvoie chez eux. Mais afin que la transition se déroule en douceur, ces militaires passeront tous ensemble, sur le chemin du retour, trois jours à Chypre dans un hôtel cinq étoiles (« un hôtel gradé comme un colonel ») : le « sas de décompression ». le roman est donc construit autour de ce choc des civilisations.
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Cette décompression est nécessaire pour chacun d'entre eux, car ils sont en décalage avec les familles qui les attendent : Ils redoutent les questions, les banalités, mais aussi les cauchemars, l'inactivité. Et quand les traumatismes remontent, ils tentent de les supporter à grand renfort de cachets et d'alcool. Alors, pour évacuer un peu cette violence et ces mauvais souvenirs, il est prévu, pendant ces trois jours, des séances de thérapie de groupe. Elles révèleront des vérités parfois plus horribles que prévues, mais permettront à chacun de se délester du poids de certains secrets ou questionnements.
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Durant ces trois jours, nous suivons en particulier deux femmes militaires : Aurore et Marine. Elles se connaissent depuis l'enfance. Marine est la plus renfermée : Il faut se taire pour ne pas avoir l'air faible ; C'est donc ce qu'apprend à faire Aurore qui, pourtant, aurait souvent besoin d'extérioriser. Notamment, elle voudrait pouvoir parler avec Marine de ce qu'elles ont vécu ensemble en « Afgha », pour éclaircir un point qu'elle ne comprend pas, à propos d'une opération qui a mal tourné et où elle a été blessée.
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Pour tenter de renouer les liens complices qui les unissaient avant cette guerre, elles décident de faire une virée avec des hommes qui les draguent à l'hôtel. Elles seront bientôt rejointes par certains de leurs collègues militaires masculins. Mais seront-elles encore capables de gérer une simple sortie en tant que civiles ? Et leurs collègues le seront-ils également ? Car après ces six mois de violence réflexe, de peur perpétuelle, d'insomnie et de frustration sexuelle, ces hommes et ces femmes traumatisés peuvent-ils ou savent-ils encore se maîtriser ? C'est toute la question que pose ce roman…
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Globalement j'ai trouvé ce roman vraiment intéressant, et certains passages m'ont vraiment interpelée ou touchée. le reste du temps, tout aussi intéressée par les propos, je suis malheureusement restée un peu en retrait des personnages et des ressentis qui bouillonnent en chacun d'eux (quelque chose dans la narration : on entre dans la tête d'Aurore mais on perçoit donc tout le reste avec beaucoup de distance). Cela dit, l'écriture est très fluide et le roman se lit tout seul. Il ose aborder un vrai problème de société qui est difficile à traiter. On sent bien qu'Aurore essaye de faire le tri dans ses pensées, qu'elle cogite, analyse. J'ai aimé la manière dont les souvenirs s'intercalent habilement à la réalité au gré des événements et des pensées sur l'île de Chypre : Cela permet de découvrir au bon moment les éléments révélateurs de leur personnalité, ainsi que les événements survenus en Afghanistan qui font que, non-seulement ils ne sont plus les mêmes qu'avant de partir, mais également qu'il existe des tensions entre eux.
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Delphine Coulin met ainsi en parallèle leurs espoirs et la réalité, leur force et ce qu'ils ont dû endurer, leurs blessures et leurs traumatismes. Les séances de groupe sont dures mais bénéfiques. le soir, tout le monde danse, nage, fume, ri, se raille, se bagarre. Et tout au long du récit on sent cette violence à fleur de peau de gens qui en ont fait leur quotidien, dont les mécanismes de défense et de survie sont devenus des réflexes de tous les instants. Voici une histoire originale et intéressante sur les conséquences de la guerre, un sujet dont, peut-être, on ne parle pas assez : Aurore s'était engagée pour « voir du pays » mais, dit-elle, rien ne l'avait préparée à vivre cette expérience.
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Deux filles amies qui ont voulu jouer à la guerre sans savoir où elles mettaient les pieds et surtout la tête. Elles rentrent d'Afghanistan où elles ont vu la mort de près, une fois, pas comme Maurice Genevoix en 1915.

Leur émotion et leurs sentiments sont intenses; le huis clos dans lequel elles sont enfermées à Chypre (hôtel de luxe = sas de décompression?) est exprimé par l'auteur avec réalisme et même sensibilité. le rôle des hommes n'est guère brillant mais c'est ainsi souvent dans la vie.

Un bon livre malgré tout.
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Voici un bel ouvrage lancinant,qui vous happe et que l'on ne peut plus quitter! Un regard sans concession, lucide sur l'amitié, la violence, les femmes,les hommes et la guerre.....Aurore Soriano et Marine Klein sont nées à Lorient, amies " A la vie, à la mort", âgées de vingt cinq ans, engagées dans l'armée, ces deux héroïnes sortent de l'enfer: pendant six mois elles ont vu l'Afghanistan, parcouru la vallée minée de la Kapisa, visité des villages dans la crainte des embuscades ,des attaques à l'explosif, connu de nouveaux camarades qu'elles ont perdu peu après ..... Aujourd'hui, ces deux filles en guerre rentrent : direction Chypre, elles vont passer quelques jours dans un hôtel cinq étoiles, trois jours de rêve suite à six mois de cauchemar, avant de rejoindre la France auprés de leur famille, une famille nombreuse trés modeste pour Aurore, une famille de militaires pour Marine, engagée dans l'armée au 3°Rima, après un drame personnel, la perte accidentelle de son fiancé, Sylvain Morrison....lors d'un saut en parachute....
Au programme, à l'hôtel, à Chypre, cours d'aquagym ,coktails multicolores, excursions touristiques et .psychothérapies de groupe, des débriefings collectifs afin de raconter leur expérience, encadrées par un psychologue,laisser remonter les images d'une explosion sous la neige....ce que l'armée appelle " un sas de décompression".....
L'auteur explore avec force et brio d'une maniére parfois abrupte et sèche les raisons mystérieuses qui poussent une femme à faire la guerre plutôt que l'amour,des jeunes femmes abîmées moralement, auront- elles le courage d'affronter ensemble oú séparément le regard de ceux qui seront toujours incapables de comprendre ?
Un texte d'une rare puissance qui parvient à doser les moments de tension extrême et de relâchement, à parler de la peur, de la violence, de la crasse, la difficulté de revenir à une vie normale, comme si" trois jours suffisaient à effacer six mois d'horreur, de tension, de peur". Delphine Coulin parvient à nous rendre palpables, à nous faire toucher du doigt, à l'aide de sa plume talentueuse, les tourments du corps et de l'esprit endurés par ses deux héroïnes. Cet ouvrage se focalise sur les séquelles de la guerre à travers leurs expériences, l'aspect psychologique et le traumatisme de la réinsertion sur fond de souvenirs sanglants qui reviennent à la surface....Ces femmes soldats ont vécu l'horreur, les tensions, le stress,la peur intense ....et survécu à la mort, l'une a été gravement brûlée, l'autre a assisté au geste ultime d'un gradé ....la perte de leurs illusions affleure car ces deux jeunes filles ont changé et compris que plus rien ne serait comme avant.....
Un roman puissant, à propos d'un sujet rarement abordé, une lecture passionnante, bouleversante et touchante qui nous améne à la réflexion sur la réalité des femmes soldats qui vont au delà d' elles mêmes pour oublier et retrouver leur goût de vivre....
"Il faut oublier et avancer..."une trés belle histoire d'amitié , Marine et Aurore éspéraient " voir du pays",elles ont découvert l'absurde d'une guerre oú elles étaient censées apporter la paix ou l'égalité des femmes......un modèle occidental amoindri ?
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Trois jours à Chypre dans un hôtel de luxe. C'est le cadeau que l'armée offre à ses soldats après une campagne de six mois en Afghanistan. Trois jours pour décompresser, trois jours pour en parler, trois jours pour réapprendre à vivre. Fanny l'infirmière et Aurore et Marine les meilleures amies sont bien décidées à en profiter. Mais pour une femme, la guerre s'arrête-t-elle en zone de paix ? Il va falloir assister aux séances de débriefing, revivre ces six mois qu'on veut oublier, mettre des mots sur les silences, les petites trahisons, les lâchetés et surtout faire face à l'adversité, au fait d'être une femme dans un monde d'hommes.

Engagée dans l'armée après un drame personnel, Marine est la fille solide, pragmatique, la dure à cuire qui a grandi dans une famille de militaires. Elle sait qu'il faut garder la tête froide, subir et se taire.
Aurore a suivi Marine, par amitié, par désoeuvrement et pour ‘'voir du pays''. Pour elle qui a grandi dans une cité avec une ribambelle de frères et soeurs, une mère épuisée et un père plus souvent en prison qu'auprès des siens, l'armée a été le moyen de quitter l'ennui de Lorient, de quitter son milieu, de s'élever, de fuir.
Et puis il y a Fanny, la fleur bleue au coeur d'artichaut. Fanny qui est venue en Afghanistan pour aider les populations locales mais aussi pour trouver l'amour…peut-être. Une femme fragile qui sait pourtant tenir tête aux mollahs afghans.
Toutes trois ont connu l'enfer, la peur, le sang. Les missions à l'extérieur du camp qui tournent au drame, les blessés et les morts. La population dont on ne sait si elle est amie ou ennemie ; ces afghans qu'on est venus sauvés malgré eux. L'ennui qui rend fou, qui conduit au harcèlement des plus faibles, à des conduites monstrueuses. Quand l'homme devient une bête…
Mais si cette guerre absurde a bousculé les trois femmes dans leurs certitudes, a mis à mal leurs valeurs, leurs rêves, leurs conceptions de la vie et du monde, le retour à la vie dite normale ne se fait pas non plus sans heurts. Pour tous ces soldats, Chypre est un sas de décompression et la tension est palpable. Ils ont encore un pied dans la guerre et l'alcool aidant, la violence devient leur seul mode d'expression.
Et même si elles ont fait leurs preuves sur le terrain, Marine, Aurore et Fanny restent des femmes parmi les hommes. Elles ont grandi en sachant qu'une femme est toujours en danger, toujours une proie potentielle et malgré l'entraînement, le treillis, les exploits, elles apprendront que pour une femme l'enfer est partout, même au coeur du paradis.
Un roman court mais riche, dur, féroce. Il nous parle de l'absurdité de la guerre, des horreurs commises au nom de la paix, de l'homme qui est un loup pour l'homme, et encore plus pour la femme. Fort et dérangeant.
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Voir du pays, c'est le rêve d'Aurore.
Aussi s'engage-t-elle dans l'armée, suivant ainsi son amie Marine.
Après une mission de six mois en Afghanistan, elles se retrouvent à Chypre pour trois jours de décompression avant de rejoindre leurs familles.
Un roman dur, prenant et certainement très réaliste.
Des femmes à la guerre, ce n'est pas un sujet commun en littérature.
Et elles sont fortes ces deux là, en dépit des tensions et des horreurs qu' elles viennent de vivre.
Fortes et fragiles à la fois.
A Chypre, dans cet hôtel de rêve où elles pensent retrouver enfin la vie, les séances de débriefing les replongent dans le cauchemar.
C'est très bien écrit, sans un mot de trop, sans sentimentalisme et sans apitoiement, mais avec une grande finesse, une analyse juste des méfaits et des séquelles de la guerre et beaucoup de tendresse pour ces jeunes femmes.
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critiques presse (2)
LeFigaro
23 septembre 2013
Voir du pays ou l'histoire de deux filles essayant de devenir femmes dans un monde viril, trop viril.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Lexpress
26 août 2013
Sidérant d'intensité, d'une belle sensibilité alliée à une grande sobriété d'écriture, toujours sur le fil du rasoir, Voir du pays nous en fait voir de toutes les couleurs, des plus sombres surtout.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (36) Voir plus Ajouter une citation
Elles s'étaient bien fait avoir. Elles étaient les petits soldats du vingt et unième siècle, sans assez de munitions, avec des drones qu'on était obligés de lancer dans le sens du vent sinon ils ne marchaient pas, avec des hélicos Tigre, la fierté de la France, qui ne décollaient pas s'il faisait trop chaud. Des Rambos à petits moyens. De la chair à canon.
Il y avait toujours eu de la chair à canon. Mais à présent, on faisait croire à ceux qui s'engageaient que c'était leur propre décision. Elles s'était bien fait avoir.
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Jusque-là, elle ne s'était jamais vraiment intéressée à la morale de cette guerre. Aucun d'eux ne se préoccupait vraiment de ça. Comme ils disaient, ils n'était pas là pour parler politique. Ils étaient comme les gens qui ouvrent un compte en banque,sans comprendre les tenants et les aboutissants de l'économie mondiale. Mais elle avait compris qu'ils n'étaient pas là pour faire le bien. Alors elle voulait qu'on arrête de leur dire qu'ils étaient là comme des anges gardiens au-dessus des troupeaux. Qui veut faire l'ange, fait la bête. Ils avaient tous perdu.
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A force d'entendre les gars raconter ce qu'ils avaient fait en patrouillant dans les villages, ou de les voir agir, elle avait fini par s'y habituer, et petit à petit, à agir comme eux, ou en tout cas à les regarder mal se comporter sans plus réagir. Il y avait tant d'histoires qui circulaient. Certaines d'entre elles l'avaient choquée au début, alors que si elles étaient arrivées à la fin de la mission, elle n'était pas sûre qu'elle s'en serait souvenue, elles lui auraient peut-être semblé normales.
Là-bas, ce qui était normal et ce qui ne l'était pas, c'était relatif.
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Finalement, leurs histoires étaient assez similaires. Aurore a regardé autour d'elle : aucun d'eux ne venait d'une famille riche, ou d'un milieu aisé, qu'ils soient de Paris, de province, de la campagne ou de la ville. Tous s'étaient engagés pour se hisser un peu plus haut que ce qui leur était donné. Ils y avaient cru, et certains y croient encore.
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Pendant six mois, leur corps tout entier avait été tendu vers un seul but, une cible à atteindre. Leur corps était alors une machine de guerre. A présent, il s'agissait de se réapproprier chaque partie de ce corps et d'en rassembler les morceaux. C'était peut être cela revivre!.
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