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Éditeur : Le Tripode (01/06/2016)
  Existe en édition audio
3.94/5   188 notes
Résumé :
NÉE CONTENTE À ORAIBI conte le destin d'une jeune Amérindienne d'Arizona. Le peuple hopi vit depuis des siècles sur un plateau aride, dans des conditions de dénuement extrême. Soumis aux contraintes d'une région désertique, il a développé une cosmogonie extraordinaire et des croyances qui font communier la vie et la mort, la lumière et la nuit, les esprits, les animaux et les hommes. À travers la quête d'une jeune orpheline qui salue le Soleil en riant, c'est la bea... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (46) Voir plus Ajouter une critique
3,94

sur 188 notes

Kittiwake
  14 novembre 2019
Ce roman illustre les années d'enfance d'une petite fille de la tribu Hopi, peuple amérindien d'Ari-zona. Même si quelques indices la désignent comme contemporaine , la période n'est pas précisée mais quelle importance lorsqu'on vit hors du temps.
Plongé au coeur de la vie quotidienne de la tribu, du clan de la fillette, le lecteur découvre les rituels et les coutumes qui accompagnent la vie de tous les jours. et au delà des singularités qui s'attachent aux croyances, au sacré, à cette profonde communion avec la nature qui inspire respect et crainte, c'est aussi l'épanouissement d'une enfant, son ouverture progressive sur le monde et l'éveil de ses sens.
Beaucoup de sensibilité dans l'écriture et en filigrane un gros travail de documentation, suffisamment assimilé pour se détacher des données et en modeler un récit romancé.
Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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fbalestas
  01 juin 2021
« Je suis née contente à Oraibi, ancien village Hopi perché sur un haut plateau d'Arizona ». Voilà la première phrase du roman de Bérengère Cournut, dont j'avais déjà lu l'excellent « de pierre et d'os » en 2020. Nous étions alors parmi les Inuits, et l'héroïne luttait pour sa survie lorsque la banquise s'était fracturée et qu'elle avait été séparée de sa famille.
Tayatitaawa, elle, née en Arizona au début du siècle dernier sans doute – on n'aura pas plus de repère temporel que dans ses autres récits. Mais qu'importe, parce que Bérengère ne souhaite pas jouer les anthropologues, même si son récit s'appuie sur un gros de travail de recherche. Non, nous ne sommes pas dans « Tristes Tropiques », même si on peut trouver des similitudes dans le regard posé par le célèbre anthropologue : ici pas de misérabilisme ni de nombrilisme occidental, mais au contraire un récit profond, empreint d'humanité, sur l'histoire de cette jeune fille qui va perdre son père et partir à la découverte de ses origines paternelles pour mieux comprendre son présent.
On y croisera un grand frère qui pratique des rites étranges – et on se demandera en famille s'il n'est pas apparenté à une forme de sorcellerie, et on soignera un mal de dos chronique par un voyage onirique au pays des morts, d'où l'héroïne reviendra transformée.
« Celle-qui-salue-le Soleil-en-riant » - c'est la traduction de Tayatitaawa - vit en pleine harmonie avec les éléments qui l'entoure : la lumière, la nuit, les esprits, les animaux et les hommes, tout participe d'une même unité. La famille remplit sa fonction d'éducation, et toutes les générations ont leur place et leur rôle.
On pense à « Mille femmes blanches » de Jim Fergus pour le sentiment de sérénité qui se dégage de la vie au sein du clan. On suit avec plaisir l'initiation de Tayatitaawa à la vie d'adulte, jusqu'à la rencontre finale avec un homme blanc, dont elle parle un peu la langue, et avec qui elle partagera un secret enfoui au moment de la mort de son père.
Je recommande cette lecture dépaysante qui fait beaucoup de bien. Et pour clore le récit, une sélection de photographies magnifiques prises à Oraibi et ses environs, autour de 1900, permettent de mettre des images sur cette fable d'un autre temps.
Bravo encore à Bérangère Cournut qui sait nous transporter loin bien loin de nos civilisations occidentales – un dépaysement salvateur en période de confinement.
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paroles
  16 décembre 2020
Lors de sa présentation au soleil, Tayatitaawa a éclaté de rire. C'est pour cela qu'elle reçut ce nom. Cette petite fille fait partie du clan des Hopis (peuple de la paix), une très ancienne civilisation indienne basée sur les hauts plateaux d'Arizona. Et c'est par son regard et ses mots que nous, lecteurs, allons apprendre les us et coutumes de ce peuple. Des us et coutumes scandés par les saisons, par le respect des hommes et des animaux, par la gouvernance des rêves et de la spiritualité.
J'ai trouvé ce récit intéressant pour toute la partie ethnologique : un vrai reportage du magazine Géo ! Mais bon sang que je me suis parfois ennuyée lors de ces longues descriptions des us et coutumes. Comme l'écriture m'a semblé laborieuse : une longue succession de faits et gestes ! Seule la découverte de la maison des morts et de son dieu Màasaw m'a sortie de ma léthargie. J'y ai aimé découvrir « le paysage intérieur » de cette jeune amérindienne et sa quête initiatique. Dommage qu'il m'ait fallu autant de temps pour entrer en symbiose avec l'héroïne et son peuple attachant et doux. Mais je reconnais le travail énorme de documentation que son auteure a effectué pour rendre son roman authentique et loin du folklore de base.
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blandine5674
  14 septembre 2018
Quelle lecture dépaysante qui a su me transporter dans une autre dimension ! Et ceci grâce à une critique de Kickou qui m'avait accrochée. Voici Tayatitaawa, jeune indienne hopi au caractère fort. On va suivre son parcours de son enfance à son adolescence. Un choc pour elle quand le père, qu'elle admire tant, meurt. Mais surtout elle nous invite à découvrir son peuple Amérindien d'Arizona en nous confiant ses rites, ses coutumes, ses chants avec, en bonus, des photos à la fin du roman. Il faut passer le sentiment de lire un reportage dans les premières pages. Fillette attachante. Merci à l'auteur pour ce beau voyage.
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Bazart
  13 mai 2019
Tayatitaawa, ( celle qui salue le soleil en riant) est une jeune indienne hopi, qui appartient au clan des papillons, sur un plateau d'Arizona.
Sorte de récit ethnographique qui nous initie aux us et coutumes d'un peuple, les Hopi qu'on connait tres mal en lien étroit avec la terre et les animaux, imprégnées de spirtitisme et de croyances en tous genres, très éloignée de nos cultures européennes, Néé contente à Oraibi est un aussi une chronique sur le deuil et la résilience.
Bérangère Cornut, qui est partie plusieurs mois sur cette terre des Hopis imprègne fortement sa fiction d'un tissu documentaire prégnant, et on en apprend énormément des rites , nous questionnant sur nos modes de vies actuelles...
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critiques presse (2)
Actualitte   14 juin 2017
Possédant une écriture poétique et polychrome, l’auteure fait ici la magistrale démonstration de la puissance magique de la littérature.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LaLibreBelgique   14 février 2017
Le troisième roman de Bérengère Cournut, conte l’émancipation d’une jeune Amérindienne. Solaire et envoûtant.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
fbalestasfbalestas   03 juin 2021
« A présent, tu vas reprendre le chemin au fond du canyon, exactement à l’inverse de ce que tu as fait avec Maasaw. » Les gens saluaient Grand-Mère Araignée à notre passage comme si elle avait eu forme humaine, mais ils ne semblaient toujours pas me voir. Leur perception et la mienne ne devaient pas être de même nature et c’est sans doute ce qui me distinguait des morts. Après une longue traversée, nous avons fini par atteindre le point où le canyon remontait vers mon paysage intérieur. Nous avons à nouveau croisé ces hommes et ces femmes qui descendaient dans la chaleur étouffante. Grand-Mère Araignée m’a alors expliqué pourquoi certains progressaient plus rapidement que d’autres. Tous étaient morts, mais tous n’avaient pas eu le même chemin de vie. Ceux qui peinaient le plus étaient ceux qui s’étaient le plus écarté des valeurs du peuple hopi.
Quand nous sommes arrivées à la hauteur de la vieille femme assoiffée, n’avançant que d’un pas par jour avec une gourde vide, Grand-Mère Araignée me l’a désignée comme une Deux-Cœurs. Chaque vie prise à quelqu’un d’autre de son vivant pour prolonger la sienne lui coûtait plusieurs décennies de marche assoiffée pour rejoindre la Maison des morts.
Il n’était d’ailleurs pas dit qu’elle l’atteigne un jour, avant la prochaine Emergence.
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fbalestasfbalestas   02 juin 2021
Il était maintenant midi. Le soleil tapait fort, il valait mieux prendre un peu de repose avant la danse publique. Nous aurions pu chercher les membres du clan de l’Ourse parmi la foule, mais ma mère préférait rester discrète. Elle ne souhaitait pas voir la famille de mon père tant qu’elle n’était pas sûre que son fils allait bien. Patangwupööqa a proposé que nous trouvions refuge chez son frère de la Citrouille. Cet homme et sa femme nous ont accueillis avec beaucoup de gentillesse, nous offrant abondamment à boire et à manger. Ayant déjà rencontré Mankwatsi, sachant très bien pourquoi nous étions là, ils formulaient à l’attention de ma mère des phrases très douces, apaisantes, sans jamais lui poser directement de questions. Je les regardais faire avec une certaine curiosité. Chez nous, les discussions étaient toujours vives et frontales. Ici, sur la Première Mesa, les gens se laissaient le temps de la réflexion entre deux phrases. Même leur façon de prononcer les mots était différente de la nôtre, s’attardant volontiers sur certaines syllabes. Cela donnait aux conversations un tour plus tranquille, plus délicat.
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PasoaPasoa   23 septembre 2017
Et il y avait le rite des morts. Ma mère et ses sœurs ne voulaient pas que j'assiste au lavage des cheveux ni aux peintures du corps, mais dès qu'elles avaient fini, je me rendais auprès de mon père pour accomplir un rite qui m'était propre.
Sa mort ne me faisait pas peur. Sous la couronne de pahos que lui avait confectionnée ma mère, son visage brun était tranquille. Il ne m'était pas permis de le toucher - lui-même m'avait appris avec les chats qu'il ne fallait pas "tripoter la mort" - mais j'avais l'impression qu'en le frictionnant, il aurait été possible de le ramener à la vie. Le masque de coton blanc qui flottait à côté de sa tête et qui lui servirait à rejoindre le peuple des Nuages l'enveloppait d'une douceur qui m'apaisait.
Maintenant qu'il était couché là, ma parole était encore plus libre qu'autrefois sur les chemins. Je lui racontais tout ce qui me passait par la tête : nos journées chez Itangu, les réactions des uns et des autres à l'annonce de sa mort, tout ce que nous faisions pour honorer son esprit en attendant le jour où son corps partirait - chaque détail de ces trois journées froides et sèches, que je n'arrivais pas vivre autrement que dans une sorte d'exaltation.

C'est Honahöhöqya la première qui, quand elle est arrivée à Oraibi le quatrième jour, a cherché à me persuader de cesser de parler à mon père. "Il est mort, disait-elle. Tu dois maintenant laisser son esprit partir en paix." Les autres n'avaient pas eu la force de m'interdire cela. Comme il m'était difficile de l'accepter au moment même où son corps allait être emporté, ma grand-mère m'a emmenée à l'ouest du village, pour me montrer la butte blanchâtre qui se dressait en direction du nord. Je ne pouvais pas la voir, mais d'après elle, sur cette butte se situait l'entrée de la Maison des morts. C'est vers elle que mon père était en train de cheminer. De là, il redescendrait par l'est et continuerait un chemin que nous ne devions pas essayer de connaître. Il avait besoin de toutes ses forces. Il ne fallait pas le retenir.

p. 51-52
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PasoaPasoa   24 septembre 2017
Les quatre anciens ont rappelé que, pour un un clan fragile comme le nôtre, l'urgence était de ne pas péricliter. Il fallait que nos familles puissent vivre dans une certaine prospérité. Pour cela, il fallait veiller à ce que chacun se conduise en bon Hopi, selon des principes de vie mesurés, afin d'éviter maladies et mauvaises récoltes. Bien guidé, le clan du Papillon pouvait se maintenir, voire se renforcer ; laissé en friche et en errance, il courait le risque de disparaître.
Avec une pointe de provocation, ma mère a demandé :"Et pourquoi devrions-nous nécessairement survivre ? Nous sommes peu nombreux, nous sommes les derniers. Ne pourrions nous pas simplement envisager, au fil des générations, de nous fondre dans le clan du Blaireau auquel nous sommes si fortement lié ?
- ll ne nous est pas permis de décider de ces choses-là, a répondu la vieille mère du Blaireau. Le pouvoir du Papillon est complémentaire de tous les autres, notre peuple ne peut pas s'en passer. Songe à nos totems, nos wu'ya, chère Hookonatalasho'i. Si le clan du Blaireau connaît les plantes et sait en user, le clan du Papillon, grâce à son wu'ya, est le mieux placé pour en assurer la sauvegarde et la reproduction. Le papillon est capable de parcourir de grandes distances pour féconder les graines et harmoniser la répartition des espèces. Il représente à lui seul le principe de la vie disséminée, et un principe n'a pas besoin d'être répété à l'infini. Il lui suffit d'être présent quelque part dans l'Univers pour être actif. Voilà pourquoi l'esprit du Papillon ne doit pas seulement être sauvegardé dans les chants d'été célébrant la floraison, le mûrissement des fruits et des récoltes, mais également dans son essence même incarnée par la vitalité d'un clan."

p. 165-166
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veronique55veronique55   12 octobre 2019
P38 De temps en temps, la journée, il m’emmenait marcher avec lui. J’étais alors là plus heureuse du monde, car mon père savait tout et l’avoir pour moi seule était un privilège. Il m’apprenait à suivre la trace des animaux et, pour peu qu’il soit disposé à parler , me décrivait leur habitude aussi bien que s’il avait été l’un des leurs. Il m’enseignait a n’en craindre aucun et ne jamais rien faire qui puisse les déranger. Non seulement parce que les animaux représentaient des esprits sacrés et utiles à notre peuple, mais aussi, je crois, simplement par respect de leur tranquillité. Il y avait quelque chose de profane et d’intime dans son amour des créatures de nos plateau. La chasse le répugnait et la capture des faucons pour les besoins de certaines cérémonies l’attristait. Ce qu’il admirait vraiment chez les rapaces, plus que leur capacité à transmettre nos prières aux esprits, c’était leur acuité et leur précision en vol. Il pouvait passer des heures à les observer. «  Regarde ! Me disait il. Celui-ci est à cent mètres de nous, il sait exactement à quel endroit nous allons déranger ses proies et à quel moment il pourra les saisir. » Ce spectacle le fascinait bien plus que celui des danses apaches, pourtant réputées pour leur rapidité et leur légèreté. Pour lui, l’agilité appartenait au monde animal pas à celui des hommes"
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