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EAN : 9782362292972
112 pages
Éditeur : Editions Bruno Doucey (03/09/2020)
4.33/5   6 notes
Résumé :
« Un jour j'ai poussé les portes de l'aube... » Dès les premières pages de Cantique du balbutiement, le poète haïtien affirme, avec des mots de grand vent, qu'il est du pays de son enfance. Les bégaiements du petit jour et le profond de la nuit, la saison des cyclones, les veillées de prières et les prophéties, le corbillard qui passe en fin d'après-midi, « l'eau boueuse du quotidien » et la « migraine carabinée des questionnements », cette grand-mère opiniâtre qui ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Fandol
  05 octobre 2020
Je connais Louis-Philippe Dalembert romancier. Il m'a régalé avec Avant que les ombres s'effacent (Prix Orange du livre 2017) puis avec Mur Méditerranée. Je savais qu'il écrit des poèmes mais il a fallu que Babelio propose Cantique du balbutiement dans une récente Masse Critique pour que je découvre vraiment un autre talent de cet auteur haïtien que j'ai eu la chance de rencontrer à deux reprises, aux Correspondances de Manosque.
Dans ce petit recueil des éditions Bruno Doucey que je remercie, il se livre, laisse aller son esprit en Haïti, au bord de la mer caraïbe et ailleurs aussi.
Sans aucune ponctuation ni majuscule, les vers libres s'enchaînent, les strophes sont brèves ou longues mais c'est une admirable maîtrise de la langue dont fait preuve, une nouvelle fois Louis-Philippe Dalembert.
Le poème qui ouvre ce recueil, « témoignage », est assez court suivi par le plus long : « d'île enfance caraïbe ». Il a été écrit à Aix-en-Provence en 2015 et il évoque beaucoup de souvenirs d'enfance :
« ô enfance
que jamais n'éparpillèrent
les voyages longs des cyclones »
La mer, les montagnes, la vie au village et surtout cette grand-mère, ces femmes qui l'ont élevé ont beaucoup d'importance comme ce bégaiement qu'il parviendra à vaincre.
Certains de ces poèmes ont déjà été publiés, d'autres sont inédits. Très émouvant, « je n'ai jamais dit papa », date de 2006 et entre en résonance avec la lettre qu'il écrit à Alex, son fils, la veille de ses douze ans. Il lui dit des choses tellement fortes et justes, lui recommandant de se garder de la haine, de toute méchanceté, de toute amertume mais de savoir se mettre en colère si nécessaire.
Qu'ils soient écrits à Paris, Aix-en-Provence, Berlin, Pointe-à-Pitre, Rome, Liège ou à L'Aquila, tous ces poèmes sont magnifiques et j'ai pris vraiment conscience de leur beauté en les disant à haute voix. Enfin, je n'oublie pas « joutes insulaires », le dernier poème dédié à Saint-John Perse que Louis-Philippe Dalembert interpelle fraternellement : « ho frère poète ho ».
Cantique du balbutiement est un chouette recueil qu'il faudra reprendre de temps à autre pour baigner un peu plus dans la mer Caraïbe ou éliminer les peurs de la nuit…

Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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sabine59
  12 mai 2021

Romancier mais aussi et surtout poète, Louis -Philippe Dalembert est un auteur haïtien que je découvre avec enthousiasme, à travers ce recueil, au titre inspiré par une citation de Victor Hugo, en exergue:" le cantique le plus sublime qu'on puisse entendre sur terre, c'est le bégaiement de l'âme humaine sur les lèvres de l'enfance".
La première partie nous restitue son enfance créole, en un long flot de mots, palpitant , ample, ponctué, comme un refrain lancinant, par " ô enfance". J'ai beaucoup aimé ce foisonnement , cet élan inspiré vers le lieu et le temps du Tout:
" tu es ô enfance
l'avant et l'après de toute chose
celle qui du néant vient
et y retourne
mais décidée à faire trace dans le monde "
Un univers ravagé par les cyclones, la faim, une enfance faite de vagabondages, de rires et de cris, la véranda familiale, ouverte aux jeux et à la mer.
La deuxième partie," Mystères ", convoque davantage le passé au présent. Elle est aussi plus variée dans la forme: poémes en prose, émouvante lettre à son fils" Lettre à Alex" côtoient des textes en vers. le poème " Je n'ai jamais dit papa" est fort poignant, son père étant mort juste après sa naissance, plongeant sa famille dans les soucis financiers.
Un recueil flamboyant, intimiste et universel à la fois, car comme le poète le constate en citant Saint-Exupéry:" L'enfance, ce grand territoire d'où chacun est sorti. D'où suis-je? Je suis de mon enfance. Je suis de mon enfance comme d'un pays".
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Giraud_mm
  10 octobre 2020
Je remercie Babelio et les Éditions Bruno Doucey de m'avoir permis de découvrir la poésie de Louis-Philippe Dalembert.
Je dois reconnaître que j'ai eu du mal à entrer dans cet ouvrage. Plusieurs raisons à cela, notamment : des phrases un peu trop elliptiques (dignes du surréalisme, ou de certaines tendances de la littérature de la négritude chère à Aimé Césaire ?) ; dans la première partie, des textes qui s'enchaînent en un très long (trop long ?) poème dont une bonne lecture nécessite sans doute une très grande concentration que je n'ai pas su trouver...
J'ai beaucoup plus apprécié les deuxième et troisième parties, avec des textes (en vers et en prose - très belle lettre de l'auteur à son fils Alex) plus courts et, à mes yeux et mes oreilles, beaucoup plus percutants !
Il faut sans doute que j'y revienne plus tard pour une nouvelle lecture...
Lien : http://michelgiraud.fr/2020/..
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Zephirine
  23 septembre 2020
Tout d'abord, il y a l'enfance caraïbe celle de Louis-Philippe Dalembert, qui vit, palpite et se cabre de page en page. Nous plongeons dans cette « mer indifférente aux assauts vastes du soleil », mettant nos pas dans ceux du « gavroche caraïbe ».
Rebelles et sombres ou bien nostalgiques, ces poèmes nous emportent dans un pays de cyclones, de pluies et de disettes, un « pays d'enfance si féru de légendes et de mythes »
L'enfance, c'est aussi la confrontation avec la mort et le deuil de l'aïeule
Il y a le féminin. Sous le titre « Mystères » l'auteur évoque ce trouble lorsque les filles frôlaient son enfance avec « cette odeur de lune verte »
Il y a le père « Je n'ai jamais dit papa » évoque l'image de ce père disparu trop tôt et cela nous touche dans la simplicité des mots.
« Je n'ai pas de photo d'enfance
ensemble nous n'en aurons jamais »
Il y a le révolté, celui qu'on repousse, qu'on rejette :
« Je suis un immigré, un boat-people une passe-frontière
Un moins que rien… »
Et ces mots qu'il ne faut pas avoir peur de dire résonnent avec force à nos oreilles, ces exilés, ces immigrés sont pourtant comme nous :
« Je suis un être humain
Ton frère ou ta soeur
Peut-être »
Il y a le père qui écrit à son fils. Une lettre magnifique d'amour et de pudeur adressée à ce fils la veille de ses douze ans.
D'une enfance à l'autre, des Caraïbes à Paris, ce grand poète qu'est Louis-Philippe Dalembert nous enchante, nous émeut et nous ébranle dans un poème infini
« …j'ai rêvé d'un poème
Qui nulle part ne commence
Ou alors de l'enfance
Et nulle part ne finit »
Je remercie Les éditions Bruno Doucey et Babelio pour la lecture de ce livre
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
CancieCancie   17 septembre 2020
Un jour
j'ai poussé les portes de l'aube
et je me suis assis
sous une véranda
face à la mer caraïbes
avec pour unique compagne
une petite chaise de paille
que je trompe par moments
que je trompe parfois
les soirs d'averses violentes
quand les lampes
ont cessé leur dialogue
avec une dodine de paille
et les âcres étoiles d'un rhum de canne.
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darkdaysdarkdays   11 août 2021
nous sommes avant tout
de la mer caraïbes
de ses caciques au regard bridé
à trop embrasser l'horizon
aux pommettes saillant haut
la noblesse de leur humanité
et qui leur fut fatale
au soit de la conjuration
de juracán le dieu du mal
et du conquistador surgi de l'océan lointain
et qui leur fut fatale

nous sommes de la mer caraïbes
de ses taïnos ses arawaks
aux traces éteintes
et doncques de toutes parts humaines
nous sommes surtout
ô enfance
de la matrice du temps
qui un matin d'hivernage
engendra sur la rive nouvelle

les légendes tant que les mythes
les rires tant que les pleurs
les roulis des bateaux
à l'histoire enchaînés
le vol suspendu de l'oiseau-mouche
comme le goût abrupt de la cassave
ces orages et ces vents debout
annonciateurs saisonniers de l'apocalypse
tous ces parlers et ces teintes emmêlés

et cette véranda à la croisée des rues
pour accueillir la mer
remontant la chaussée
à l'orée du calvaire
dans la chamaillerie tribale de trois sœurs
et le dialogue muet des lampes
les soirs de cyclones
autant de possibles et d'aventures du sang
pour unique héritage
au moment de traverser le monder
la main ouverte et tendue
en humaine fraternité

nous sommes de ce lieu-là
en pérenne transhumance
ô enfance
nous sommes de ce lieu
comme d'autres des neiges profondes
de mirages amples
de trop de plaines et de soleils

nous sommes de ce lieu
et de son cheminement
avant que ne surgisse
de sa fausse lenteur
tel submersible s'enfonçant dans les eaux

avant que ne surgisse
vif et implacable
le bannissement dernier
+ Lire la suite
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FandolFandol   21 novembre 2020
je dis « un père », comme si je savais pour tous les pères du monde, or je n’en sais rien, n’ayant rien reçu de ce côté. l’un de mes doutes reste d’ailleurs celui-là : que transmettre quand on n’a pas reçu ? (page 95)
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FandolFandol   20 novembre 2020
j’ai vu d’arbre en arbre
branche après branche
une cathédrale consumer
des forêts séculaires
jusqu’aux souches de la piété (page 89)
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FandolFandol   14 novembre 2020
puis l’enfance poursuivit son chemin
libre et heureuse
défiant le bégaiement et la faim
l’absence cette grande muette
défiant le monde entier des choses (page 34)
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Vidéo de Louis-Philippe Dalembert
Louis-Philippe Dalembert a entrepris l'écriture de cet ample et bouleversant roman immédiatement après la mort de George Floyd, en mai 2020. Son personnage porte le prénom d'Emmett Till, un adolescent assassiné par des racistes dans le Sud en 1955, et rend hommage à toutes les victimes, à tous ces êtres humains à propos de qui Ma Robinson, l'ex-gardienne de prison devenue pasteure, rappelle pendant les funérailles la phrase de « ce bon vieux frère Langston Hugues, «moi aussi, je suis les États-Unis» ». Car la force de ce livre, c'est de brosser de façon poignante le portrait d'un homme ordinaire que sa mort terrifiante a hélas sorti du lot. Avec la verve et l'humour qui lui sont coutumiers, l'écrivain nous le rend aimable et familier grâce à mille détails et anecdotes de son quotidien, de même que par les témoignages d'amour et d'affection qu'il a suscités de son vivant.
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