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EAN : 9782366294774
Éditeur : Editions ActuSF (11/10/2019)

Note moyenne : 4.06/5 (sur 88 notes)
Résumé :
1861 : la guerre de Sécession commence. À la Maison Blanche, un huis clos oppose Abraham Lincoln à la Mort elle-même. Le président doit mettre un terme au conflit au plus vite, mais aussi à l’esclavage, car la Faucheuse tient le compte de chaque mort qui tombe. Militaires, affranchis, forceurs de blocus, politiciens, comédiens, poètes... Traversez cette épopée pour la liberté aux côtés de ceux qui la vivent, comme autant de portraits de cette Amérique déchirée par l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (58) Voir plus Ajouter une critique
BazaR
  25 octobre 2020
Éblouissant, consternant, bouleversant !
Non, je ne cite pas une série de qualificatifs d'un quelconque bandeau promo rouge entourant ce livre. C'est le fond de mon ressenti que vous avez sous les yeux, là.
L'éditeur ActuSF a bien senti qu'il avait une pépite et qu'il lui fallait un écrin à la hauteur. L'objet est superbe, digne des collections à l'ancienne mode 19ème ou début 20ème. Quand je l'ai eu entre les mains la première fois, je me suis dit « quand même, ils exagèrent un peu, là. ». Mais non, le contenu mérite le contenant.
Or donc, Je suis fille de rage conte la guerre de Sécession, dans tous ses détails. L'auteur a compilé une variété de sources historiques impressionnante, jusqu'à traduire des lettres de Grant, de Sherman ou De Lee. Je ne doute pas qu'il a lu toute la bibliographie qu'il propose à la fin de son roman. J'ai de mon côté lu cette oeuvre avec le livre d'André Kaspi « La guerre de Sécession – les États désunis » toujours ouvert à côté. L'aller-retour peut simplement être décrit comme un écho qui rebondit d'un livre à l'autre, sans déformation de note.
C'est un roman, mais avec une structure tirant un peu sur le livre d'Histoire. Aux chapitres courts nous confiant les pensées de personnages célèbres ou inventés, évoluant dans les hautes sphères ou dans la boue de la bataille, se mêlent les fameuses lettres dont j'ai parlé avant ainsi que des titres de journaux (traduisant l'ignorance des événements du front ou les tentatives de maintenir le secret pour éviter la déprime de l'opinion). N'allez pas croire que c'est ennuyeux. Cela renforce la réalité de cette guerre à nos yeux éloignés ; sa modernité aussi, la presse et l'opinion influent sur les stratégies.
Mais c'est un vrai roman qui pénètre à merveille dans les âmes des participants, où qu'ils soient. Jean-Laurent del Socorro emploie un style différent pour chacun et les fait évoluer. Sherman passe d'une attitude navrée devant le carnage de Shiloh, préoccupé par l'image de « dingue » que la presse de l'Union déploie à son endroit, à une machine à tuer qui a perdu son âme en perdant son fils. Nathan Forrest me fait l'effet d'un illuminé porteur d'un message de Dieu sanglant pour les Nordistes et les Noirs. McClellan passe pour un rigolo inconscient ; il cherche à épargner la vie de ses soldats mais son attentisme n'est pas loin de mener au fiasco pour l'Union. Au contraire Grant broie les vies de ses hommes comme s'il s'agissait d'une ressource comptable pas chère – à l'image des généraux de la première guerre mondiale – mais ce rouleau compresseur va tactiquement se révéler payant. Des personnages qui ne font que passer nous aspergent d'humour pour nettoyer l'horreur (ah cet hommage à Autant en emporte le vent. Fendard !)
J'ai été encore plus touché par les personnages inventés : Caroline la fille du Sud qui prend les armes pour le Nord, la superbe Minuit au franc-parler qui rafraîchit, la forceuse de blocus française Jenny et l'ancienne esclave Kate. Elles sont toutes bouleversantes. Qu'elles soient plongées au coeur de la bataille ou en train de pleurer un frère, elles confirment que la douleur d'un seul est souvent plus poignante que le massacre d'un millier d'anonymes.
Quant à Lincoln, il ne se livre pas. C'est la Mort, avec laquelle il est engagé dans un dialogue permanent, qui tente de deviner ses pensées, ajoutant une touche de fantastique au récit. La Mort apparaît touchante, presque compatissante, un passeur respectueux et amical. L'auteur lui donne une sorte de mission : guider Lincoln vers l'abolition de l'esclavage, lui faire comprendre que c'est ça le véritable enjeu de cette guerre et pas la simple unité du pays, qu'il ne gagnera pas tant qu'il n'associera pas cet idéal à la guerre.
Car l'auteur s'engage dans ce roman. Il veut percuter le lecteur avec des messages qui risquent à tout moment de se perdre : l'esclavage est une honte, le sort des Noirs ne s'est pas beaucoup amélioré, la guerre est une horreur, les femmes peuvent faire aussi bien que les hommes dans tous les compartiments, et aucune orientation sexuelle n'est « diabolique ».
Jean-Laurent del Socorro s'engage dans tous ses écrits en fait.
Ce roman vient confirmer, s'il en était besoin, que l'on a affaire à un grand auteur qui mérite une large diffusion. Ne lui collez pas une étiquette SFFF réductrice. Il écrit l'Histoire aussi bien qu'une Margaret Mitchell.
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Dionysos89
  14 janvier 2020
Après Royaume de Vent et de Colères, puis Boudicca, voici que Jean-Laurent del Socorro présente son troisième roman : Je suis fille de rage !
Une histoire de la guerre de Sécession
Jean-Laurent del Socorro s'est lancé dans un pari un peu fou : relater la guerre de Sécession du premier au dernier coup de fusil ! Dans ce vaste roman, il s'attaque donc à retracer les aléas de la jeune république des États-Unis d'Amérique. Débutée en 1861 par le refus des États confédérés de reconnaître l'élection d'Abraham Lincoln, terminée en 1865 sur la victoire des États du Nord, cette guerre est divisée en cinq parties par l'auteur comme autant d'années traversées, parties titrées respectivement « Paix comme Perdition », « Eux comme Ennemis », « Dés comme Destins », « Aile comme Liberté » et « Haine comme Nation » . Dès le départ, afin de ne pas perdre le lecteur, l'auteur prévient des quelques arrangements qui sont prodigués à la mise en page pour se repérer plus facilement et cela rappelle déjà une chose : il y a eu deux fronts à cette guerre, celui à l'ouest et celui à l'est, puisque nous sommes alors à la fin du XIXe siècle, les États-Unis d'Amérique ne s'étendent pas encore d'un océan à l'autre de façon continue, cela joue sur les déplacements et la compréhension de cette guerre.
La précision de Royaume de Vent et de Colères
À l'image de son premier roman, l'auteur a voulu être au plus près des sources de l'époque pour nous faire revivre la guerre de Sécession (Civil War pour les États-Unis d'Amérique). Sauf que, sauf que… Sauf que ce coup-ci, ce n'est pas non plus une simple évocation d'un moment historique très particulier, mais bien quatre années de guerre avec ses soubresauts et ses retournements, ses enjeux politiques, économiques et sociaux ! Ainsi, par exemple, pour rendre (encore) plus crédible son histoire, l'auteur n'a pas hésité à traduire lui-même certaines sources et à les ajouter au récit. Sauf que ce coup-ci, ce ne sont pas cinq personnages qu'il s'est donné l'occasion de fouiller en profondeur, mais c'est une vaste galerie de personnalités très diverses qu'il utilise ! Ainsi, parmi les (très, voire trop peut-être) nombreux personnages, nous croisons bien sûr le président Lincoln et les affres de pouvoir, les différents généraux célèbres de deux côtés de la mitraille, mais, et c'est sûrement le plus intéressant, quantité de personnages méconnus ou inventés, tous étant désignés par une titulature qui leur est propre : ainsi, le lieutenant Sherman est « L'Officier qui lutte contre la folie », le général Ulysses Grant est « le Général qui ne compte pas ses morts », tout comme le général Robert Lee est « le Commandant qui ne veut pas prendre les armes contre son pays natal » ; plus intéressant car plus subtil, « le Brigadier qui n'est le majordome de personne » (le soldat Butler évidemment, traduction oblige), « L'Acteur qui a un rôle à jouer », « le Sorcier qui invoque le Dragon », « La Fille qui n'a plus père » (Caroline, celle qui est fille de rage), « La Capitaine qui force le destin » ou bien « L'Affranchie qui n'est pas libérée », ce sont quelques exemples de l'angle choisi par l'auteur pour décrire en peu de mots et peu de temps ses personnages. Ces choix permettent de donner de la chair à un récit qui en aurait manqué si on s'était contenté de faire le récit des batailles et des choix politiques faits en haut-lieu. Cela permet également de rendre plus égalitaire notre vision de l'histoire : des personnages esclaves, des personnages féminins, des personnages issus des classes populaires, autant de points de vue dont on a besoin pour cerner l'ensemble du tableau, même si les sources conservées ne viennent que très rarement d'eux.
Une pointe de fantastique comme dans Boudicca
À nouveau, Jean-Laurent del Socorro opte pour un cadre très historique, mais où il insère le moins possible de surnaturel ou de fantastique. Ici, la seule touche qui peut vous faire quitter le roman historique, c'est l'apparition régulière de la Mort, personnalité blanchâtre habillée d'un uniforme militaire et coiffée d'un halo vaporeux sur son crâne sans chair. Au départ, elle n'apparaît qu'avec Abraham Lincoln qui, de son bureau de président des États-Unis d'Amérique, décide du destin de milliers d'Américains. Alors la Mort compte et recompte : elle décompte chaque mort par un trait de craie sur les murs du bureau de Lincoln ; forcément, il n'y a que lui qui voit ces murs se remplir de traits et son bureau de fumée blanche, lui rappelant constamment le prix de ses décisions. Cette Mort donne en plus un ton légèrement différent à ce massacre supplémentaire que fut la guerre de Sécession ; elle se trouve partout où survient une tuerie, forcément, mais elle rôde comme un mauvais présage pour certains personnages. Comme un pied de nez à l'intrigue, des personnages peuvent voir leur heure arriver contre toute attente et c'est elle qui le signale au lecteur par sa seule présence et ses phrases en italique. Dénuée de volonté propre mais mue par son seul destin de compter le décès de ces gens qui se disent eux-mêmes humains, elle est la caution morale du récit : elle constate et tient les comptes.
Je suis fille de rage est donc, à ce jour, le roman le plus ambitieux et méticuleux de Jean-Laurent del Socorro, à n'en pas douter (tout comme on ne doute pas que le terminer a dû lui prendre pas mal de temps) ; même si les chapitres trop rapides peuvent laisser sur sa faim, il faut reconnaître la robustesse de la documentation. Son prochain roman semble plutôt se diriger vers l'Espagne de la fin du Moyen Âge, encore une toute autre ambiance…
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JustAWord
  05 novembre 2019
Tout comme Guy Gavriel Kay, le français Jean-Laurent del Socorro n'aime rien davantage que d'entremêler faits historiques et imaginaire.
Mais là où le canadien transpose le réel dans un univers fantasmé, Jean-Laurent, lui, préfère saupoudrer la vérité historique d'un soupçon presque invisible d'élément(s) fantastique(s).
Après Royaume de vent et de colères, un premier roman remarquable autour de la volonté d'indépendance de la ville de Marseille, et après Boudicca consacré à la révolte des Celtes contre l'Empire Romain, l'auteur change totalement d'époque à nouveau avec Je suis fille de rage, énorme pavé de plus de 500 pages à propos de la Guerre de Sécession américaine.
Projet à la fois ambitieux et prometteur, la dernière oeuvre de Jean-Laurent del Socorro impressionne et secoue son lecteur.
Prélude aux charniers
Avant de vous causer du roman, quelques mots sur le conflit qui occupe le centre du récit de Je suis fille de rage.
La Guerre de Sécession américaine commence en 1861 et s'achève quatre ans plus tard en 1865 avec la reddition du général confédéré Robert E. Lee.
Elle oppose les états dits du Nord ou de l'Union, gouvernés par Abraham Lincoln, et les états dits du Sud ou Confédérés, gouvernés par Jefferson Davis.
Pourquoi cette guerre ? Pour une raison politique, celle de l'esclavage et de son abolition, souhaitée par Abraham Lincoln mais violemment rejetée par la Confédération dont l'économie florissante doit beaucoup à la main d'oeuvre bon marché représentée par les esclaves noirs des champs de cotons du Sud.
Outre son importance dans l'histoire des États-Unis (c'est encore à l'heure actuelle le conflit le plus meurtrier devant la Seconde Guerre Mondiale pour le peuple américain), la Guerre de Sécession symbolise d'une certaine façon le passage à la guerre « moderne » où les batailles à grande échelle produisent des massacres sans commune mesure avec ce qui s'est vu par le passé et, surtout, qui s'enracine sur des propos idéologiques forts.
Plus important encore, ce conflit jette les bases de certaines tactiques et concepts que l'on retrouvera par la suite sur le sol Européen et les grandes boucheries des deux guerres mondiales : la guerre totale qui mobilise industrie, journaux, ressources humaines et politiques, mais aussi la guerre éclair où l'armée se déplace trop rapidement pour que l'ennemi puisse se réorganiser efficacement, un concept brillamment mis en oeuvre par le général confédéré Nathan Bedford Forrest.
Autant dire que le choix de Jean-Laurent del Socorro n'a rien d'innocent…surtout que cette époque rassemble toutes les obsessions de l'auteur depuis ses débuts !
Lutter, encore et toujours
Je suis fille de rage offre en réalité une synthèse des idées et de l'oeuvre de Jean-Laurent del Socorro.
À nouveau, le récit romance l'Histoire en confrontant des personnages historiques tels qu'Abraham Lincoln, Robert E. Lee, Ulysses Grant ou encore William Sherman à des gens du commun sortis de l'imagination fertile de l'auteur.
Parmi eux, Caroline, fille d'une famille confédérée qui a décidé de combattre avec l'Union, Minuit, une ancienne esclave Noire qui s'est engagée dans les rangs des abolitionnistes ou encore la capitaine Halliburt, contrebandière confédérée farouchement indépendante.
En mélangeant petite et grande histoire, Jean-Laurent fait ce qu'il aime le plus et parle, évidemment, de tout ce qui l'obsède : la volonté d'indépendance, la lutte contre l'injustice raciale, l'égalité homme-femme, la cruauté des puissants, la nécessité de se battre…vous l'aurez compris tout y est !
Je suis fille de rage incarne la somme des combats de son auteur et tente d'imbriquer le tout dans une histoire dense et ambitieuse qui, si elle boîte parfois au départ (on pense aux rares pages à visée humoristique totalement loupées), finit par payer grassement par la suite.
Pour asseoir cette épopée, Jean-Laurent structure son récit en très courts chapitres où se succèdent événements romancées, traduction de lettres historiques, gros titres de journaux d'époque, extraits de textes de lois… Ce melting-pot un peu foutraque aurait pu très mal finir mais l'auteur a la brillante idée d'adapter la forme du texte à sa démarche littéraire en utilisant des repères aussi simples qu'efficaces en guise d'entête : drapeaux confédérés ou unionistes, alignement vers la gauche ou vers la droite selon le front, chronologie minutieuse et même mini-carte pour situer l'action pour le lecteur.
Mieux encore, Jean-Laurent utilise des personnages point-de-vues nommés comme des héros de fables : le Brigadier qui n'est le majordome de personne, le Sorcier qui invoque le Dragon, le Général qui ne compte pas ses morts… un procédé curieux au départ mais qui paye rapidement en donnant une originalité quasi-théâtrale aux personnages historiques tout en interpellant également le lecteur de façon à lui faire mieux retenir qui parle et qui agit dans le chapitre correspondant.
Si Je suis fille de rage réussit aussi brillamment sur le plan narratif, c'est certainement grâce à ces astuces simples mais particulièrement efficaces.
Moderniser l'ancien
Outre la synthèse thématique proposée par ce troisième roman, Je suis fille de rage s'appuie sur une guerre préfigurant les massacres guerriers du XXième siècle pour en retirer les propos politiques, sociaux et économiques.
Avec habilité et ne perdant jamais de vue son histoire globale, Jean-Laurent offre un panorama des préoccupations de l'époque pour nous rappeler que, finalement, l'histoire a quelque chose de cyclique.
On retrouve dans ce sanglant conflit des éléments modernes comme le racisme, la volonté d'oppresser l'autre au nom d'un Dieu ou d'un principe, l'insignifiance des femmes ou encore le rôle central de l'économie.
Plus remarquable, le récit explique parfois la position des Confédérés tout en relativisant la supposée sainteté du Nord qui, lui aussi, a commis bien des choses discutables durant le conflit. Jean-Laurent arrive à nuancer son propos, à en tirer des conclusions sociales intéressantes mais aussi à exposer au lecteur que la simple relecture des faits ne suffit pas, il faut chercher à comprendre pour pouvoir ne plus reproduire les mêmes erreurs. C'est d'ailleurs là le propre de l'Histoire et le français l'a bien compris.
Au cours de 500 pages de sa peinture romanesque, Jean-Laurent utilise de façon très discrète le fantastique en confrontant Lincoln à la Mort comme dans une pièce de théâtre macabre, un théâtre ô combien important pour le président américain. Son explication cryptique de la véritable signification du terme « Maison Blanche » ainsi que sa constante volonté de montrer Lincoln dans ses bons et mauvais côtés font de Je suis fille de rage un récit passionnant bien au-delà des événements guerriers qui le parsèment.
Mais ce sont finalement les petits personnages, inventés mais cruellement authentiques, qui donnent la véritable mesure du roman.
Nous sommes fil(le)s de rien
Derrière les nombreuses figures historiques et leur brillante relecture par Jean-Laurent, ce sont encore et toujours les beaux personnages discrets issus de l'imagination de son auteur qui offre à Je suis fille de rage son côté émouvant et authentique.
Caroline, Minuit, Kate, Jenny… autant d'acteurs qui n'ont rien à faire dans ce théâtre sanglant à première vue. Et pourtant…
Pourtant, une nouvelle fois, Jean-Laurent nous la joue à la Rome pour offrir une autre perspective au conflit des grands. Il explore à travers ces petites gens les conséquences du racisme et de l'intolérance, de la violence et du rejet.
Ce n'est que par leur destin que le roman peut véritablement illustrer le propos de la guerre et les conséquences de toutes ces grandes manoeuvres sur le peuple lui-même.
Témoins de l'époque, témoins des champs de bataille, témoins des rêves échoués, les acteurs secondaires de Je suis fille de rage lui donne une âme humble et poignante qui ajoute la dernière pierre à cette oeuvre-somme de Jean-Laurent del Socorro : celle des fil(le)s de rien qui ont pourtant tout enduré.
Jean-Laurent achève son projet d'union romanesque. Fusionnant historique et fantastique, faits et fantasmes, humanité et cruauté, guerre et paix, Je suis fille de rage explore un conflit primordial aux implications morales, sociales et politiques indéniables. Construit de façon brillante, narré de manière fascinante, Je suis fille de rage fait entrer le profane dans l'Histoire avec un grand H et le fait sortir par la porte du fond, juste à gauche du coeur.
Simplement passionnant.
Lien : https://justaword.fr/je-suis..
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Fifrildi
  08 octobre 2020
Je suis fille de rage est le deuxième livre que je lis de Jean-Laurent del Socorro. J'ai eu le plaisir de le rencontrer lors de la dernière foire du livre de Bruxelles (juste avant le confinement). Mon exemplaire est donc dédicacé.
Srafina m'a invité à le lire en sa compagnie, c'est toujours enrichissant de pouvoir échanger tout au long d'une lecture. Surtout quand celle-ci nous amène à aller piocher des infos et nous donne envie de lire d'autres livres…
Je suis fille de rage raconte la guerre de Sécession (1861-1865) à travers un nombre important de personnages (le président Lincoln, les généraux, des simples soldats, ...). Ils s'expriment tous à la première personne. Pour cela, je n'ai pas vraiment eu l'impression de lire un roman mais de voir se succéder les scènes d'une pièce de théâtre.
Il y a un aspect fantastique avec la présence de la Mort en personne mais aussi uchronique par la manière de l'auteur de reconsidérer les personnages féminins. Il leur donne un rôle anachronique qui peut surprendre.
J'ai été surprise d'apprendre que les anti-esclavagistes étaient opposés à l'égalité entre les blancs et les noirs (dont Lincoln). Dans le 50Minutes sur la guerre de Sécession, j'ai lu que les noirs libérés pouvaient s'engager dans l'armée mais dans des unités distinctes et avec une solde inférieure.
J'ai aussi lu que les émeutes de New York avaient fait suite à la conscription du 3 mars 1863. D'un côté, les hommes ne voulaient pas aller se battre pour la liberté des esclaves et d'un autre, les riches pouvaient être exemptés en payant la somme de 300 dollars. Pourquoi cette guerre serait moins moche qu'une autre ?
Quoi qu'il en soit, j'ai passé un très bon moment de lecture.


Challenge pavés 2020
Challenge ATOUT PRIX 2020
Challenge livre historique 2020
Challenge mauvais genres 2020
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Srafina
  08 octobre 2020
L'année dernière, de Jean-Laurent del Socorro, je lisais « Royaume de vent et de colères » et il y a peu de temps « Boudicca »… Après les guerres de religion puis la rébellion d'une reine celte, l'auteur s'attaque à un gros morceau, la guerre de Sécession des États-Unis, les Yankees contre les Dixies, les états du nord contre les états confédérés du sud. Un même peuple, une guerre civile, atroce, meurtrière, dévastatrice avec à l'issue l'abolition de l'esclavage.
L'auteur a réussi le tour de main, de nous raconter cette guerre à travers des lettres véridiques des grands chefs militaires et du président Lincoln, d'extraits de journaux de l'époque et d'une docu-fiction qui colle fort bien à la réalité à travers différents personnages charismatiques et qui représentent bien l'époque. La plupart des personnages ont existé mais l'auteur y rajoute une part d'uchronie et de fantastique qui colle fort bien à l'histoire.
Un livre donc qui nous fait voyager à travers toutes les grandes régions du pays qui ont eu à subir les assauts des uns et des autres. Les personnages qu'ils soient du Nord ou du Sud, sont des hommes, des femmes, comme tout un chacun. Ils ont des sentiments, des peurs, des convictions et cette même rage de faire plier l'adversaire.
Lecture commune que j'ai eu grand plaisir à partager avec Fifrildi dans le cadre d'un challenge historique. Nous n'avons eu de cesse d'échanger nos impressions et ressentis. de plus ce fut un excellent exercice de recherche des différents personnages. Au plaisir de la lecture, l'apprentissage d'une époque que je connaissais peu m'en a fait connaître un peu plus et d'une manière plus ludique qu'un simple livre d'histoire. La qualité d'écriture de Jean-Laurent del Soccorro, y est pour beaucoup.
Le livre aussi est un très bel objet avec une couverture bien particulière qui met Abraham Lincoln fasse à la Mort dans un dialogue permanent durant toute la période du conflit. La construction du récit se découpe en cinq parties, qui contiennent chacune des lettres authentiques des responsables militaires, des dialogues de Lincoln avec la Mort, chaque personnage principal porte une dénomination bien précise, par ex : le Général qui ne compte pas ses morts est Ulysses Grant, général en chef des armées Nordistes , ou même le Commandant qui ne prend pas les armes contre son pays natal est le Général Lee commandant en chef des armées confédérées. Tous ses titres représentent fidèlement le caractère et le tempérament de celui qu'ils désignent.
Une très belle construction, une belle écriture, toute en finesse et active. Il y a du rythme, les chapitres s'enchaînant avec une logique sans faille tout au long de cette longue guerre.
Un très grand plaisir de lecture, je continuerai à découvrir la période en lisant prochainement une biographie d'Abraham Lincoln de Lilian Kerjan.
Merci à toi Fifrildi pour cette chouette lecture.
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critiques presse (3)
SciFiUniverse   11 février 2020
Avec Je suis Fille de Rage, Jean-Laurent Del Socorro atteint une qualité d'écriture exceptionnelle. Chaque chapitre est dédié à un personnage mais tout n'est pas de la narration pure. Cela aurait pu être fastidieux à lire mais l'auteur réussit à maintenir un rythme soutenu tout au long du roman.
Lire la critique sur le site : SciFiUniverse
Elbakin.net   04 novembre 2019
Les mots de Jean-Laurent Del Socorro nous prennent aux tripes, et nous transporte au milieu de l’horreur, là où seul l’espoir fait tenir debout les hommes et les femmes qui ont vécu cette guerre. On dévore les pages les unes après les autres sans voir défiler les heures.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
eMaginarock   07 octobre 2019
Ce livre est excellent à plus d’un titre : il traite d’une période historique peu explorée, propose une vision vraiment immersive, une plume exceptionnelle, et un talent de conteur rare.
Lire la critique sur le site : eMaginarock
Citations et extraits (47) Voir plus Ajouter une citation
BazaRBazaR   17 octobre 2020
Lincoln affranchit ceux que Dieu lui-même a désigné comme nos inférieurs. Il veut maintenant nous mettre à genoux et nous imposer ses lois. Nous ne sommes les esclaves de personne ! Que l'Union libère les Noirs si elle le souhaite, mais qu'elle nous laisse en paix. C'est lui, l'envahisseur. Un pays qui s'oppose au commandement de Dieu ne peut être que le jouet du malin. Nous luttons contre le diable lui-même.

(c'est Nathan Bedford Forrest, officier de la Confédération qui combat sur le front de l'Ouest, qui parle)
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BazaRBazaR   24 octobre 2020
On peut toutefois objecter que la revendication du droit de vote du peuple noir est prématuré. Abolissons d'abord l'esclavage, organisons le travail, puis, dans le cours naturel des choses, le droit de vote sera étendu au Noirs. Je ne suis pas d'accord avec cela. L'esprit humain est tel que, s'il néglige d'aller au bout de sa conviction au moment où elle lui apparaît, cela lui nécessitera une énergie bien plus grande pour ancrer cette même conviction par la suite.
(Frederick Douglass, ancien esclave, orateur politique et abolitionniste)
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BazaRBazaR   21 octobre 2020
La seule chose qu'améliore notre nouveau général est notre ration. Le pain devient alors moins dur ; le bœuf vinaigré et le cheval salé moins avariés et le riz un peu moins rempli d'asticots. Nos biscuits sont par contre les mêmes qu'avant : des carrés secs comme du bois d'où s'échappent des charançons au moment où ils se brisent enfin en morceaux.
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BazaRBazaR   15 octobre 2020
La Sécession est arrivée jusqu'à nous. Pour nous en défendre, nous n'avons comme soldats que des gamins inexpérimentés. Je me suis trompé. Ce conflit sera une boucherie comme notre continent n'en a jamais connu encore. Et ce seront nos enfants qui en payeront le prix.
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FifrildiFifrildi   01 octobre 2020
Nous sommes en guerre, et nos gradés se chamaillent comme des gamins pour savoir lequel d'entre eux sera le plus haut sur son cheval pendant que nous pateaugeons dans la bouillasse.
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