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EAN : 9782253168546
240 pages
Le Livre de Poche (29/08/2012)
3.45/5   945 notes
Résumé :
A sept ans, Édouard écrit son premier poème, quatre rimes pauvres qui vont le porter aux nues et faire de lui l'écrivain de la famille. Mais le destin que les autres vous choisissent n'est jamais tout à fait le bon...
Avec grâce et délicatesse, Grégoire Delacourt nous conte une histoire simple, familiale, drôle et bouleversante.
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Critiques, Analyses et Avis (168) Voir plus Ajouter une critique
3,45

sur 945 notes
My Lady D'Arbanville / Why do you sleep so still / I'll wake you tomorrow / And you will be my fill / Yes you will be my fill .
p65

L'année dernière je commençais ma dernière critique par une chanson des années 70, permettez-moi d' entamer 2017 avec un autre tube de la même époque, d'autant que là c'est Grégoire Delacourt qui nous le suggère !
Le ton est donné, moment nostalgie, l'auteur nous replonge dans sa petite enfance, perturbée par la séparation de ses parents, il nous ressortira les émissions, les chansons, les romans ...les réclames de l'époque. Ce qui m'a profondément touché, c'est surtout ce moment de recueillement à l'Eglise St Michel de Valenciennes, c'est là que moi aussi j'ai été baptisé, où j'ai défilé en communiant, et où j'ai vu partir les miens...
L'écrivain de la Famille restera comme une empreinte laissée au fil du temps, comme une image subliminale qui s' efface... tout doucement, comme la couverture d'un livre que l'on vient de finir..... Yes you will be my fill !
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Pour avoir écrit un petit poème à sept ans, Édouard est considéré comme un prodige par ses parents. « En quatre rimes pauvres, j'étais devenu l'écrivain de la famille. À huit ans, je n'avais plus rien à dire. » (P. 14) le génie a fui aussi vite qu'il était venu, mais personne ne comprend pourquoi l'enfant, puis l'homme n'écrivent pas un chef-d'oeuvre. Tendue vers cette réussite, c'est toute une famille qui s'épuise et finalement se déchire, lasse de n'avoir pas parlé, lasse de ne pas avoir ouvert son coeur au-delà du voeu fou de faire de l'enfant une merveille. « Nous devenions muets. Ce qui est un comble pour une famille qui comptait son propre écrivain. » (p. 32)
La famille, c'est le père que tout le monde appelle Dumbo. C'est la mère, l'amante, superbe femme qui s'étiole dans une vie étriquée. C'est Claire, la soeur qui rêve du prince charmant. C'est le frère à la voix d'ange qui déploie ses ailes attardées. Et c'est Édouard, celui dont tout le monde attend un miracle, le miracle de l'écriture. Mais l'enfant le comprend avant les autres : il n'a pas de talent. « Les rêves des autres nous damnent. Aux chiottes ! » (p. 48) Alors qu'il aimerait guérir le monde et les siens avec l'écriture, il lui semble qu'il ne fait que les blesser.
Adulte, Édouard trouve plus ou moins sa voie : il devient publiciste et maître dans l'art de créer des slogans et des campagnes efficaces. Mais voilà, ce n'est pas écrire, pas vraiment, pas comme les autres le voudraient, ni comme lui en rêve. « À vingt-neuf ans, je vivais de ma plume. Mais je m'étais trompé d'encrier. J'écrivais, mais je ne guérissais pas. » (p. 202) Et tout le reste autour de lui capitule. Ses parents divorcent, sa soeur est abandonnée par l'homme qu'elle aime et lui-même vit un mariage amer. Se posent alors les questions de l'amour, filial et autre, de la lâcheté, du mensonge et du silence. C'est comme si la vie s'appliquait méticuleusement à rompre les liens, comme si rien ne permettait l'union véritable et le bonheur. « Quand on est très petit, la longueur des bras permet juste d'atteindre le coeur de ceux qui nous embrassent. Quand on est grand, de les maintenir à distance. » (p. 140) Ou alors, pour être heureux, il faudrait peut-être arrêter d'être ce que les autres attendent et choisir enfin ce que l'on veut être, d'assumer ce que l'on est.
Les années 1970, 1980 et 1990 défilent et Grégoire Delacourt propose en filigrane la chronique de décennies déjà mythiques. Des chansons, des films, des livres et des noms célèbres parsèment la page et entraînent le lecteur dans la course folle du temps qui passe. Dans ce roman, le name-dropping est artistique, dosé, intelligent. Ce n'est pas l'écoeurante énumération du publicitaire, ce sont les indices d'une chasse au trésor : Édouard (Grégoire ?) les collectionne comme les précieuses reliques de l'enfance, cet instant si court qu'il n'a cessé de voir s'éloigner. « Il faut avoir vu ses parents se battre pour comprendre qu'un enfant puisse avoir envie de mourir. » (p. 35) Entre rimes faciles et incises complices, Édouard/Grégoire joue avec les mots et les choses. Une fois qu'il aura assez joué, il saura où il en est.
L'écriture déborde d'ironie triste et de résignation dolente. Mais pas de pathétique dans ces lignes, le héros avance toujours, même s'il se débat. Son père lui avait donné un conseil pour faire fructifier son don : « Laisse les choses s'écrire » (p. 15) Finalement, c'est encore ce qui marche le mieux pour écrire le plus beau des romans. L'écrivain de la famille se lit avec émotion et tendresse. Ah, que l'on aimerait serrer tous ses personnages contre nous, leur dire qu'il suffit d'un mot ! Mon mot de la fin est pour l'auteur : merci.
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« L'écrivain de la famille » est son premier roman.
Pour moi, c'est le septième Delacourt lu, guère étonné que je fusse happé comme jamais ! Sacré coco le charnel Grégoire.

Comme toujours amplement écolo, il compacte ses formules comme
« le petit marseillais » ses gels douche et compresse ses tournures comme « X-Tra » sa lessive.
Certainement une réminiscence de son passé de publicitaire tout comme le deviendra Édouard le héros du roman.
Ses phrases concises nettoient les méninges sans laisser aucun déchet de digressions malsaines pour la réflexion, juste des situations sincères et authentiques qui enchantent, choquent ou émeuvent avec tout de même les inévitables épanchement de particules fines de tendresse et de délicatesse.

Parfois drôle avec ses lignes-coups de poing qui avec malice te déglinguent les zygomatiques et accélèrent la création de délicates ridules de joie au coin des yeux, ce roman glisse sur des parcours de vies cabossés avec des phrases pleines d'humour mais vides d'amour.

Pourtant, qu' y a-t-il de si comique à assister au naufrage d'une famille ?
Qu' y a-t-il de tellement risible dans le combat d'Édouard à se faire aimer de ses parents ?
A devoir affronter l'enfance perdue et à la difficulté d'accepter cette perte.
A le voir se débattre dans une vie qu'il a du mal à dompter :
« Papa, est-ce qu'on choisit sa vie, ou est-ce que c'est elle qui choisit ? Réponds-moi, c'est important… Il dit que c'est la vie qui choisit. C'est contre ça que tu dois te battre. Avoir le dernier mot. »

Ce roman est un peu comme les bonbons acides, j'ai d'abord suçoté l'hypocrite doucereux, pour ensuite me piquer la langue au réel douloureux. Une autre forme de « Kloug » à la deuxième couche désastreuse.

Ma mère aurait été heureuse pour le restant de ses jours si j'avais été comme prévu l'écrivain de la famille.

Est-ce si difficile de prendre un enfant par la main pour l'emmener vers demain ?

Quatre pauvres rimes écrites par Édouard à sept ans sur la première page du roman et les deux cents soixante-quatre autres pages m'ont touché le coeur.

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J'ignorais en l'empruntant que "L'écrivain de la famille" était le premier roman de Grégoire Delacourt. J'ai découvert également qu'il comportait de nombreux éléments autobiographiques puisés dans son histoire familiale mais aussi professionnelle. L'auteur a fait carrière dans la publicité, tout comme son héros Edouard (Edouard-Grégoire, bel exemple de prosonomasie). Mais il semblerait que ladite histoire familiale soit sérieusement édulcorée ici, puisque "L'enfant réparé" (pas encore lu) en dévoile bien plus.
Qu'importe, cela n'enlève rien à la qualité de cette oeuvre publiée il y a 12 ans, au style en même temps efficace (le sens de la "punchline du publicitaire !) et souvent tendre, comme lorsqu'il parle de ce frère différent au destin tragique, qui ouvrira ses ailes pour voler loin de ce monde pour lequel il n'était pas fait. Edouard n'a que 7 ans lorsqu'il se voit dévolu ce rôle trop lourd pour lui d'écrivain de la famille. Il s'en repentira bien vite, d'avoir commis quatre "vers pauvres" à l'occasion d'un repas familial. Parce que les attentes vont s'avérer impossibles à satisfaire, et le conduiront finalement en pension quelques années plus tard. C'est le début d'une lente déconstruction de sa famille, dont les membres vont se séparer au fil de tragédies que l'on voyait plus ou moins venir. Edouard lui-même aura le plus grand mal à nouer des relations simples avec les femmes notamment. Par contre il se taillera une belle place dans la publicité grâce à son sens inné de la formule qui fait mouche. Et d'ailleurs on retrouve dans son écriture ces phrases lapidaires qui vont droit au but, comme autant de flèches décochées. Pour une première, franchement chapeau, même si l'auteur est loin d'être un jeunot quand ce livre est paru !
A propos de jeunot, un aspect risque d'irriter les lecteurs qui n'ont pas vécu les années 60 à 80, le livre étant truffé d'innombrables références à la musique et la culture de ces décennies, qui ont bercé l'enfance et la jeunesse du héros/auteur. Cela ne m'a pas gênée, étant contemporaine de Grégoire Delacourt, mais je peux concevoir que ça puisse irriter.
Ce roman n'est pas une lecture coup de coeur pour moi, cependant j'ai passé quelques heures agréables et il m'a donné envie de découvrir ses dernières parutions : "l'enfant réparé" et "Mon Père" qui je pense viendront compléter celui-ci et donner quelques clés de plus pour cerner l'auteur. J'ai lu "La liste de mes envies" et "La femme qui ne vieillissait pas", des romans plus légers que j'ai certes parcourus avec plaisir mais qui ne m'ont pas laissé de souvenirs impérissables. Celui-ci me restera sans doute plus longtemps en mémoire.
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Autobiographie semi-romancée ? Semi-autobiographie romancée ? Je me suis cassé la tête sur ces 2 appellations non contrôlées par l'auteur lui-même...C'est pourquoi je me contenterai de donner mon humble avis (petit clin d'oeil à NastasiaBuergo) à propos de ce « roman », comme écrit sur la page de garde.

L'histoire ? Je ne me permettrai pas de dire quoi que ce soit sur les évènements ! Car l'auteur reconnait qu'il y a plein de vrai mais aussi plein d'inventions...Et comme je ne sais pas exactement ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas...Qui suis-je pour oser qualifier une vie de bonne ou mauvaise ?
Je peux juste dire que le narrateur n'a pas eu beaucoup de chance : des parents qui divorcent (« Il faut avoir vu ses parents se battre pour comprendre qu'un enfant puisse avoir envie de mourir »), et qui n'arrivent pas à être heureux, un frère et une soeur à qui il arrivera le pire, un mariage par hasard... Par contre, sa carrière, elle, va trouver le tournant adéquat : la publicité, où il pourra exercer son amour des mots déjà pronostiqué à 7 ans par la famille. Mais tout doucement, un roman est en train de se construire, le roman de ceux qui l'entourent depuis sa naissance.

Le ton ? Concis, cynique, drôle, tendre, triste, désabusé...Assorti d'un style de ciseleur, poétique par moment, de surcroît, ce qui ajoute au plaisir ! Comme le dit l'auteur lui-même : « le cadeau de la pub c'est de m'avoir appris à découenner le jambon, à enlever le gras, à éviter les mots qui s'écoutent écrire. »
Sceptiques ? Lisez, plutôt :
«Ma mère pleura. Elle s'agenouilla, prit son cadet dans les bras, murmura mon bébé, mon bébé, mon tout petit. La plume des doigts du géant vint cueillir une larme sur sa joue, la porta à sa bouche, l'avala. Claire chuchota.
- Il met maman dans son coeur. »
Ou encore :
« Claire rencontra un veuf. C'est un roc, dit-elle, il ira parfaitement avec mon coeur de pierre. A deux, on fera des étincelles. »

C'est à partir de 4 rimes formulées à 7 ans que sa famille s'était engouffrée dans le rêve d'avoir un Ecrivain, et son corollaire, quelqu'un qui pourrait les sortir de leur latence.
« Quatre rimes piteuses et ça y était ; tu seras l'écrivain, tu écriras notre histoire, tu nous sauveras »
Quel programme ! Difficile ! Mais finalement, n'y est-il pas arrivé ?
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critiques presse (1)
LeSoir
14 juin 2011
Ce premier roman a un petit quelque chose en plus et on s'y attache très vite pour ne plus le lâcher. On y prend goût tant on s'y sent chez soi. Il a un air d'Anna Gavalda de la bonne époque. Une écriture agréable, vive, imagée et fluide.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Citations et extraits (128) Voir plus Ajouter une citation
- Nous étions trois soeurs et notre père n'aurait pas supporté l'idée que nous fussions (elle leva les yeux au ciel ) trois idiotes. Alors nous devions toujours avoir un livre dans les mains, j'ai continué et voilà comment je connais Maurice Maeterlinck, Prix Nobel de littérature en 1911, ce qui fait de moi une idiote cultivée !

p139
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Six années de pension, de la sixième à la première, firent de moi un ignare savant.
Certes, je connaissais Thérèse Raquin, Jean-Paul Sartre, Jean-Sol Partre, la quantité de bovidés de la sous-famille des caprinés du genre ovis en Argentine, le nom de la capitale de Malte, le catastrophique PIB de la Suisse, le nombre de voix d'Emile Muller au premier tour de la dernière élection présidentielle mais je ne savais rien des choses du dehors.
J'étais une sorte de Candide. Un enfant sauvage qui n'avait pas vu "L'Epouvantail", "Le Parrain", "Que la fête commence", "Monsieur Klein".
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Le prince avait ravi le coeur de la belle et l'avait abandonné aux chiens dans le fossé parmi les papiers gras, le mépris, la merde. Claire pleura sans discontinuer pendant trois jours et trois nuits; sa peau devint grise et sèche et dure comme les galets des rivières. [...]
Quels mots pour guérir la peau de galet, le coeur de pierre ?

p149
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En ce qui concerne sa publication, et malgré ma fiche hautement enthousiaste, le comité de lecture ne l'a pas retenue. Ce n'est pas grave, rassurez-vous. Un texte de théâtre aussi puissant que le vôtre est fait pour vivre sur les planches. Pas pour mourir dans des pages blanches.

p136
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Et Claire qui fêtait l'âge de raison m'adressa ses douze albums de Martine. Ils furent les seules choses qu'on me volât au pensionnat, les coquines culottes blanches de la gamine en furent évidemment la raison.

p37
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Vidéo de Grégoire Delacourt
Extrait du livre audio « La Liste 2 mes envies » de Grégoire Delacourt lu par Odile Cohen. Parution numérique le 17 avril 2024.
https://www.audiolib.fr/livre/la-liste-2-mes-envies-9791035416515/
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