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ISBN : 1032102004
Éditeur : Editions de Fallois (07/03/2018)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.36/5 (sur 965 notes)
Résumé :
30 juillet 1994. Orphea, petite station balnéaire tranquille des Hamptons dans l’État de New York, est bouleversée par un effroyable fait divers: le maire de la ville et sa famille sont assassinés chez eux, ainsi qu’une passante, témoin des meurtres.
L’enquête, confiée à la police d’État, est menée par un duo de jeunes policiers, Jesse Rosenberg et Derek Scott. Ambitieux et tenaces, ils parviendront à confondre le meurtrier, solides preuves à l’appui, ce qui ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (281) Voir plus Ajouter une critique
MariePoone
  15 mars 2018
Un jour, j'ai vu un film avant que tous les effets spéciaux ne soient terminés. On pouvait voir les filins des acteurs, les modélisations des décors, parfois même le fond vert. le film n'avait pas grand intérêt, de voir les coulisses était presque le plus intéressant.
Le dernier Dicker c'est un peu pareil. Non seulement l'histoire n'a pas grand intérêt mais en sus, on voit toutes les (énormes) ficelles, la grosse mécanique qui ronronne à chaque phrase ; ce n'est pas du travail suisse ça, c'est de l'ordre du gros sabot (suisse, il reste un fabricant, j'ai vérifié).
Chaque chapitre alterne temps présent et temps passé, et à intervalles (très) réguliers, un personnage devient le narrateur. Tous les rouages sont apparents, réglés comme un coucou (suisse).
Sur la première moitié, chaque chapitre se termine sur un cliffhanger genre « et c'est ainsi que tout allait foirer » ; sur la seconde moitié, chaque chapitre se termine sur « et c'est ainsi que tout foira ».
À l'identique de la Vérité sur l'affaire Harry Québert donc.
Chaque personnage est un stéréotype, les flics, Ken et Barbie qui mènent l'enquête, l'éditeur infidèle, le journaliste local un peu benêt, le gentil libraire, l'ado dépressive, le critique littéraire hystérique, etc ; tous ont leurs démons du passé (évidemment) et leurs (lourds) secrets.
Enfin, on arrive au coeur du décor, mon chat de combat, mon bâton de pèlerin, mon fils, ma bataille. Pourquoi diable planter un décor dans un autre endroit que son pays d'origine s'il n'est jamais utilisé ? Sans refuser la délocalisation (pas que je sois mélanchoniste hein mais ça me turlupine quand même), pourquoi aux États-Unis dans 99(,99) % des cas ? Pour faire ″comme″ ? ″Ils″ le font mieux que nous et c'est fait, refait et re-refait ad nauseam.
Dicker a dit dans une interview récemment, interrogé à ce sujet (comme quoi il n'y a pas que bibi qui rouspète), qu'il avait besoin de distance. Qu'il ne pouvait pas parler du parc où lui-même fait son jogging, ni du bled dans lequel il vit. Argument audible et compréhensible mais sans bien connaître la Suisse, je pense qu'il y a plusieurs bleds et parcs qui auraient très bien convenu (et cela aurait donné du style à un texte sans envergure). Si un décor n'est pas utilisé, aucune raison même de mentionner la localisation géographique. On s'en passe largement. D'autant qu'on se voit infliger des phrases qui n'ont aucune raison d'être (NDR : on aime alaindeloniser) :
« Anna, si tu me permets de te tutoyer, puis-je t'offrir un café ? Je vais tout te raconter. »
Certains parlent de « convention » mais objection Votre Honneur : soit c'est ″comme″ et cette phrase n'a aucune chance d'être écrite (je ne vous explique pas, vous savez), soit la scène est décrite autrement, comme un traducteur le ferait, exempli gratia (j'aime bien les latinismes, ça claque) : « Ils s'étaient rapidement mis à se tutoyer » ou « Ils s'étaient rapprochés », enfin un truc du genre, je ne suis pas écrivaine. Mais je suis prête à admettre que je pinaille et que je suis de mauvaise foi… en fait non ça me saoule épicétou.
Sinon on se coltine tout du long des petites vannes sur la littérature et la création littéraire par le truchement de son personnage convenu jusque dans son nom, Meta Ostrovski, e.g. :
« Je n'ai jamais, et je dis bien jamais, rencontré un critique qui rêvait d'écrire. Les critiques sont au-dessus de cela. Écrire est un art mineur. Écrire, c'est mettre des mots ensemble qui forment ensuite des phrases. Même une guenon un peu dressée peut faire cela. »
« […] dans l'ordre du respect accordé aux genres, il y a en tête de gondole le roman incompréhensible, puis le roman intellectuel, puis le roman historique, puis le roman tout-court, et seulement après, en bon avant-dernier, juste avant le roman à l'eau de rose, il y a le roman policier. »
Pourtant, j'avoue bien volontiers que même si c'est à moindre échelle que La Vérité sur l'affaire truc, j'ai absolument voulu savoir si mon hypothèse formulée à la page 30 était juste (elle ne l'était pas mais pas loin) et connaître la fin, page 630. Raison pour laquelle j'ai lu ce roman jusqu'à très tard dans la nuit (ou très tôt le matin c'est vous qui voyez).
C'est un mauvais page-turner mais un page-turner quand même.
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Gwen21
  22 mai 2018
Jusqu'à présent, de Joël Dicker, je ne connaissais rien ou plutôt pas grand chose, c'est-à-dire le nom de son premier roman "La vérité sur l'affaire Harry Quebert". Depuis cette parution "successfull", j'ai tellement entendu tout et son contraire sur ce jeune auteur suisse que je savais qu'un jour, je devrais m'y coller et me forger ma propre opinion. C'est désormais chose faite après la lecture plus que laborieuse de "La disparition de Stephanie Mailer", roman dans lequel, je tiens à le préciser, je me suis pourtant plongée sans aucun préjugé négatif, en véritable poussin né de la veille.
Alors, ce qui m'a le plus frappée pour commencer, c'est le style, ou l'absence de style devrais-je dire. Comment vous dire ? J'ai d'abord cru à des erreurs éditoriales comme si l'éditeur avait oublié des mots ou une partie de la ponctuation, mais en fait, non, après cent pages, j'ai bien dû me rendre à l'évidence : c'était vraiment la plume de l'auteur et là, petit moment de solitude dans mon canapé, j'ai quand même flippé au regard du bloc de pages qui me restait entre les mains. Une digestion longue et inconfortable se profilait à l'horizon...
En fait, c'est tellement mal écrit qu'on en vient à douter de sa propre vue et de son propre jugement. Les phrases que je lis sont-elle bien écrites ? Ces adjectifs déjà lus cinquante fois en cinquante pages sont-ils vraiment imprimés ? A ce moment là, parvenue tant bien que mal au premier tiers du roman, je ne vous cache pas qu'il m'a fallu actionner un nouveau levier de motivation parce que franchement, à la sortie d'un polar de Lehane, tout ça me semblait juste impossible à avaler sans un petit coup de pouce. Délaissant le recours à l'alcool fort, j'ai plutôt opté pour une petite pause, le temps de me renseigner un peu sur l'auteur dont je n'avais jamais écouté d'interview, à peine savais-je à quoi il ressemblait. Hélas, première info que je récolte : Joël Dicker n'a pas voulu écrire un polar avec "La disparition de Stephanie Mailer". Alors, là, pas de bol, Mr Dicker, sincèrement désolée mais je fais partie des lecteurs qui aiment appeler un chat un chat et qui apprécient quand un auteur ne se fout pas de leur gueule avec des effets de manche à la con. Si "La disparition de Stephanie Mailer" n'est pas un polar, alors qu'est-ce que cela peut bien être ? Menons l'enquête...
Ok, ok, je veux bien respecter vos assertions, Mr Dicker, après tout, vous êtes censé mieux vous connaître que moi. Donc, je reprends ma lecture avec la ferme décision de ne pas voir dans ce roman un polar. En cela je respecte exactement ce que vous affirmez. Mais alors, que me reste-t-il comme carburant pour persévérer dans cette "enquête" qui n'en est pas une ? Dieu merci, une illumination bienvenue m'a soudain éclairée : j'ai réalisé que vous écriviez une parodie de roman policier, doublée d'une parodie de littérature facile à succès.
D'un seul coup, j'avais résolu votre énigme et tout le puzzle s'est mis en place naturellement : la pauvreté du style, les stéréotypes à gogo, l'action située à New York, les fausses pistes, l'absence abyssale de descriptions, la vulgarité dans la bouche des policiers (qui n'en sont peut-être pas ?), les retournements de situation gros comme des camions, tout cela tendait évidemment à parodier le genre du polar, genre de plus en plus galvaudé depuis qu'un chromosome "thriller" a été découvert sur le caryotype des Scandinaves.
A partir de là, la lecture de votre roman "La disparition de Stephanie Mailer" fut une vraie partie de plaisir, un festival du rire (à défaut de théâtre) haut en couleurs où j'ai retrouvé tous mes repères. Très subtil et bien dosé, cet équilibre entre "La cité de la peur" et "OSS117", je me suis tellement divertie à prendre place dans la tête de vos enquêteurs (qui n'en sont peut-être pas ?) que je ne résiste pas à l'envie de partager ici quelques beaux morceaux de cogitation policière :
"- [...] Et puis ces valises pleines de vêtements qu'on a trouvées dans la voiture. Je crois qu'ils étaient sur le point de partir."
"Anna et moi avions la conviction que l'argent retrouvé chez Stephanie était une des pistes de notre enquête. D'où provenaient ces 10 000 dollars en liquide retrouvés chez elle ? Stephanie gagnait 1 500 dollars par mois : une fois payés son loyer, sa voiture, ses courses et ses assurances, il ne devait pas rester grand-chose. S'il s'agissait d'économies personnelles, cette somme aurait plutôt été sur un compte en banque." #auteursuisse
"Pour découvrir qui avait tué le maire et sa famille, nous avions besoin de savoir qui avait une bonne raison de le faire."
"La personne qui avait mis le feu à l'appartement n'avait qu'un but : tout faire brûler."
"- Eh bien, tout laisse à penser que ce que cette personne cherchait ne se trouvait pas dans l'ordinateur de la rédaction [...]."
"[...] les mains liées par un collier de serrage en plastique de type Serflex." {tut tut pas de marque !}
Et encore, Mr Dicker je me rends compte que ces maigres extraits ne rendent pas suffisamment justice, et à votre ingéniosité d'auteur, et à la sagacité de vos enquêteurs au charisme véritablement poignant...
Ah... attendez... on me susurre dans l'oreillette que je fais fausse route, que contrairement à toutes les apparences, il ne s'agit pas ici d'une parodie mais bien d'un vrai et inédit polar-qui-n'en-est-pas-un ! Oh, alors, toutes mes excuses, Mr Dicker, j'ai dû m'embrouiller dans mes fiches car, oui, je vois là, sous mon buvard, ma note sur ma seconde hypothèse qui va à un scénario pré-mâché pour HBO ; c'est les abonnés de Netflix qui vont être contents ! J'ai déjoué votre fausse piste, c'est bien vers ce succès programmé qu'on se dirige. Vous aviez pourtant laissé derrière vous bien des indices, à commencer par ces effets "roulement de tambour" ou "haleine retenue avant une catastrophe" au début et à la fin de chaque court chapitre ? séquence ? épisode ? Effets qui doivent bien avoir un joli petit nom anglophone que je ne connais pas hélas, n'étant pas abonnée à Netflix, sorry.
Allez, Mr Dicker, je m'arrête là, car il n'y a vraiment pas grand chose à sauver dans tout ça et on ne va pas y passer la journée non plus. Laissons le mot de la fin à Meta Ostrovski, le "critique littéraire" de votre roman, qui affirme : "Ce qui n'a pas de succès est forcément très bon". L'inverse serait-il tout aussi vrai ?

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monromannoir
  25 mars 2018
Depuis l'immense succès de son second livre, La Vérité Sur L'Affaire Harry Québert que j'avais bien apprécié, Joël Dicker a toujours eu un rapport conflictuel avec le polar pour lequel il réfute toute appartenance, ce qui se révèle, avec un roman comme le Livre Des Baltimore, plutôt salutaire pour la réputation d'un genre déjà bien malmené par une cohorte d'ouvrages ineptes. Et aujourd'hui encore, à l'occasion de la parution de son nouvel opus, intitulé La Disparition de Stéphanie Mailer, l'auteur affirme, dans une longue interview de trois pages dans le Matin Dimanche, qu'il ne s'agit pas d'un polar qui en aurait les apparences et les habit, mais qui ne répondrait pas particulièrement à ses codes. Et de rajouter, certainement avec le sourire charmeur qui fait vaciller tous ses interlocuteurs, qu'il n'aime pas particulièrement le genre qu'il ne lit d'ailleurs pas. Il faut dire que Joël Dicker peut débiter, sans ciller, n'importe quelles fadaises face à une journaliste conquise par l'oeuvre de ce jeune écrivain absolument adorable qui a eu l'élégance de lui préfacer son recueil des cent meilleures chroniques. Alors bien évidemment, dans de telles circonstances, il ne viendrait à l'esprit de personne de demander comment l'on peut aimer ou ne pas aimer un genre qu'on ne lit pas et plus encore, d'affirmer que son texte ne respecterait pas les codes dont on ignore, semblerait-il, absolument tout ? Mais tout cela importe peu puisque l'auteur n'en est pas à une contradiction ou à une élucubration près, lui permettant de décréter, dans la même interview, avoir construit avec La Disparition de Stéphanie Mailer « une sorte de roman russe » tout en se gardant bien de citer une quelconque référence en lien avec ce vaste pan de la littérature. Tolstoï, Dotoïevski, Soljenitsyne ou même l'oeuvre fantastique de Sergueï Loukianenko, à la lecture du roman il sera bien plus facile d'identifier le responsable de la Disparition de Stéphanie Mailer que de percevoir cette fameuse influence russe imprégnant le texte. Parce qu'il est comme ça Joël Dicker à balancer tout azimut ses effets d'annonce évoquant les prestigieux romanciers qui planeraient sur l'ensemble de ses romans. Philip Roth pour le Livre Des Baltimore et bien évidemment Norman Mailer pour son dernier opus, la manoeuvre se révèle pourtant à double tranchant puisqu'au souvenir de romans tels que Pastorale Américaine ou La Nuit Des Bourreaux, on peut mesurer toute la faiblesse de l'oeuvre insipide que produit laborieusement un Joël Dicker peinant à se positionner dans le milieu littéraire. Mais quitte à citer des auteurs américains, autant mentionner ceux qui ont obtenu le prix Pulitzer, afin d'éblouir journalistes, chroniqueurs et lecteurs conquis d'avance par le charisme d'un jeune écrivain au sourire ravageur qui devrait sérieusement songer à tourner une publicité pour une marque de dentifrice après avoir vanté les mérites d'une compagnie aérienne et d'un modèle de voiture.
En 1994, Orphéa, charmante petite ville côtière des Hamptons, a défrayé la chronique avec les meurtres du maire, de son épouse, de leur fils et d'une passante probablement témoin encombrant de cette terrifiante tragédie.
Jesse Rosenberg et Derek Scott, deux jeunes flics ambitieux de la police d'Etat, sont chargés de l'enquête qu'il vont mener jusqu'à son terme en constituant un dossier solide permettant l'appréhension du meurtrier. Auréolés de gloire, encensés par leur hiérarchie, les deux enquêteurs sont désormais respectés par leurs pairs.
Mais l'affaire comporte quelques zones d'ombre et vingt ans plus tard, Stéphanie Mailer, une brillante journaliste locale, prétend que la police s'est trompée de coupable et qu'il faut reprendre toute l'enquête. Des propos d'autant plus troublants que la jeune femme disparaît peu après avoir contacté Jesse Rosenberg qui n'a plus d'autre choix que de se replonger dans des investigations se révélant bien plus complexes qu'il n'y paraît.
Parviendra-t-il à retrouver Stéphanie Mailer ?
Et surtout pourra-t-il faire toute la lumière sur cette tragédie vieille de 20 ans qui n'a pas fini de secouer toute la petite communauté d'Orphéa ?
Ceci n'est pas un livre mais un produit destiné à conquérir le marché avec une maquette familière permettant aux consommateurs d'avoir la certitude de s'y retrouver en restant dans le même registre que l'ouvrage qui avait assuré la notoriété de l'auteur. Après Edward Hooper, Joël Dicker himself nous propose, en guise de couverture, une photo d'un amateur où l'on découvre une rue typique des USA investie par les forces de l'ordre. Pâle resucée de l'oeuvre du photographe Gregory Crewdson, grand admirateur du peintre américain, l'image, reprend, avec beaucoup de lourdeur, tout le climat, parfois anxiogène, de ce décor de rêve américain qui émerge, presque insidieusement, de l'oeuvre des deux artistes. Une illustration à l'image du contenu où l'absence de subtilité des personnages se conjugue avec la lourdeur d'une intrigue se déclinant sur le modèle fastidieux d'un calendrier que l'auteur égrène jusqu'à la nausée. « 33 jours avant la première du 21ème festival de théâtre d'Orphéa » ; « Mi-septembre 1994. Un mois et demi après le quadruple meurtre et un mois avant le drame qui allait nous frapper Jesse et moi. » Joël Dicker abuse de cette mécanique éculée du décompte, propre aux « page-turner », pour inciter le lecteur à poursuivre sa lecture jusqu'à la survenue des drames ou des coups d'éclat à venir, ce qui n'apparaît pas comme une évidence tant cette intrigue poussive, truffée d'invraisemblances, d'incohérences et ponctuée de dialogues mièvres, confine à la niaiserie voire même à la bêtise.
"- Merci mon amour, d'être un mari et un père aussi génial.
- Merci à toi d'être une femme extraordinaire.
- Je n'aurai jamais pu imaginer être aussi heureuse, lui dit Cynthia les yeux brillants d'amour.
- Moi non plus. Nous avons tellement de chance, repartit Jerry."
Avec une syntaxe approximative et cette pauvreté de la langue où des qualificatifs tels que extraordinaire, merveilleux et magnifique reviennent à tout bout de champ, on comprend, dès lors, le fait que Joël Dicker renonce à s'attarder sur la description des lieux et des personnages, préférant ainsi tabler sur l'imagination du lecteur, ce qui explique peut-être cette absence d'atmosphère qui émane d'un texte aseptisé où l'ensemble des personnages, caricaturaux à l'extrême, apparaissent complètement dénués de caractère. Les flics détenteurs de lourds secrets, l'amant benêt martyrisé par son odieuse maîtresse, l'adolescente dépressive haïssant ses parents, le metteur en scène déjanté et le critique odieux détestant tous les auteurs à succès, l'auteur prend soin de décliner tous les poncifs du genre. Mais au fait de quel genre s'agit-il ? Assurément pas un polar comme nous l'affirme l'auteur lui-même en tablant sur l'absence de scènes sanguinolentes ou sur le fait que son tueur exécute les gens par nécessité et non pas par plaisir comme un vulgaire serial killer. Il serait vain d'énumérer les romans policiers ou les romans noirs qui contrediraient les assertions de Joël Dicker pour s'attarder sur l'avis de quelques chroniqueurs avisés, reprenant ses propos afin de l'exonérer des invraisemblances et des situations absurdes qui jalonnent ce texte bancal car justement il ne s'agit pas d'un polar et que l'auteur tend vers autre chose. Satyre, vaudeville, conte absurde, allégorie d'une farce sociale tragique, célébration de la culture et plus particulièrement du théâtre, ou même hommage à ce fameux roman russe, La Disparition de Stéphanie Mailer ne s'orientera vers aucune de ces éventualités parce qu'il ne suffit pas de citer le titre d'une pièce de théâtre ou d'employer quelques didascalies pour rendre hommage à Tchekhov. Parce qu'il ne suffit pas d'une enseigne d'un bar portant le nom de Beluga, d'un restaurant baptisé La Petite Russie, d'une petite amie prénommée Natasha, de grands-parents grotesques natifs du pays ou de l'imbrication d'une pléthore de personnages pour en faire un roman russe. Parce qu'il ne suffit pas d'inscrire l'intrigue au coeur d'un festival de théâtre pour prétendre avoir abordé les thèmes de la dramaturgie et de la mise en scène. Et l'on pourra bien citer une multitude d'auteurs et de dramaturges comme Don Delillo, Philip Roth, John Irving, Patricia Highsmith (quand je repense au Journal d'Edith), Anton Tchekhov et bien d'autres qui entrent dans une vaine litanie suffisante. Mais rien n'y fera, car derrière l'emballage rutilant nous ne trouverons qu'une coquille vide dans laquelle résonnent les prétentions de l'auteur.
Prisonnier des enjeux de ventes phénoménales, de ses schémas éculés, de son écriture simpliste et de ses propos mièvres et convenus, Joël Dicker nous livre avec La Disparition de Stéphanie Mailer une triste et longue sentence du succès qui se fera au détriment des lecteurs de moins en moins crédules sur la qualité du produit prétentieux qu'on leur propose.

Joël Dicker : La Disparition de Stéphanie Mailer. Editions de Fallois 2018.
A lire en écoutant : J'suis snob de Boris Vian. Album : le Déserteur. 1997 Mecury Music Group.
Lien : http://monromannoiretbienser..
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Kittiwake
  21 avril 2018
Le nouveau Dicker! Qui fait couler beaucoup d'encre plus ou moins fielleuses , plus ou moins mielleuses , c'est selon. Avant d'en parler , je tiens à préciser que j'avais adoré L'Affaire Harry Québert et bien aimé le Livre des Baltimore. Aucun a priori donc, et plutôt une anticipation positive. D'autant que la rencontre avec;'auteur lors du prix France Télévision fut fort agréable.
Mais soyons honnête, la lecture n'a pas été à la hauteur de mes attentes.
L'intrigue est ficelée, très ficelée pour ne pas dire embrouillée, et le lecteur se perd dans les méandres des fausses pistes, des personnages qui cachent leurs jeux, et des policiers qui n'ont pas toujours fait leur boulot. Mais ça, ce n'est pas forcément un problème. Aucun intérêt si l'histoire est tellement claire que l'on identifie le coupable à la dixième page. Ici pas de danger. Sauf que , fini il y a 3 jours, je ne me souviens déjà plus ni de qui est coupable, ni pourquoi…
Et pas le courage de recommencer, parce que l'écriture n'est pas agréable. Comment peut-on proposer des dialogues où les personnages s'expriment au passé simple?. Cela ôte toute crédibilité à ce qui reste certes une fiction, mais qui doit au lecteur un semblant de fond authentique. Aucun post-it n'orne la tranche de mon exemplaire car pour survivre aux six cents et quelques pages, il faut s'attacher à l'action, et aux personnages et ne pas s'attarder sur la forme.
Pour terminer sur un point positif, ce sont eux , les personnages, qui constituent le point attractif du roman. Nombreux, bien incarnés, bien lestés de casseroles existentielles , on a plaisir à les retrouver à chaque début de chapitres, puisque chacun d'entre eux se voit offrir un tour de narration , qui permet de varier les points de vue (mais ce n'est pas ce qui facilite la résolution de l'enquête…).
Déception qui m'attriste, et m'interroge : l'intrigue du premier roman de Joël Dicker m'avait-elle emportée dans son originalité et son dynamisme au point de ne pas percevoir les insuffisances de la langue , ou bien y a t-il une baisse de régime de la part de l'auteur? Il faudrait relire L'affaire Harry Québert pour se faire une opinion.
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Ptitgateau
  23 avril 2018
Au moment d'écrire cette chronique, je sens monter une énorme angoisse, une peur de la page blanche parce que je ne sais pas vraiment que penser de ce roman. C'est donc certainement influencée par les bruits au sujet de ce récit que je vais vous livrer mon ressenti.
Je suis entrée facilement dans ce livre, et j'ai passé de bons moments de lecture, refusant parfois de lâcher, sans doute l'histoire m'a-t-elle tenue en haleine, l'impression de longueur en partie due aux éléments « retardateurs » qui font patiner le travail des enquêteurs, s'est bien un peu révélée en milieu de roman, mais a disparu en court de deuxième moitié du livre.
La multiplicité des personnages, les fausses pistes, les narrations par différents personnages, la comparaison et la description d'une même enquête à vingt ans d'écart, tout cela m'a capté, en revanche si on analyse le détail de l'histoire, il y a malgré tout des aspects fort agaçants : Dereck et Jesse malgré leur sérieux, semblent être passés à côté d'indices évidents en 1994, ils tombent parfois des nues vingt ans plus tard lorsqu'ils découvrent certains faits déjà connus à l'époque par toute la population de la ville d'orphea, et le lecteur est en droit de se demander comment ils n'ont rien vu à l'époque.

Cela donne à l'histoire, avec le profil plus que fantaisiste de certains personnages, une note burlesque que l'on appréciera ou pas.
le personnage de Steven Bergdorf est grotesque et pathétique,la domination facile qu'exerce sa maîtresse, sa façon de cacher son crime, de faire disparaître la victime pratiquement sous le nez de son entourage n'est guère plausible, je me suis souvent demandé ce qu'il faisait dans ce roman suffisamment long.
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critiques presse (7)
LActualite   06 août 2018
L’auteur de "La vérité sur l’affaire Harry Quebert" démontre de nouveau sa parfaite maîtrise du suspense.
Lire la critique sur le site : LActualite
Culturebox   28 mars 2018
"La disparition de Stéphanie Mailer" c'est le titre du nouveau roman de Joël Dicker paru aux Editions de Fallois. Ce roman "un peu policier" se déroule aux Etats-Unis et met en scène un policier qui, 20 ans après une enquête qu'il pensait avoir résolue relance des investigations.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LeJournaldeQuebec   12 mars 2018
L’écrivain suisse romand Joël Dicker propose ce printemps un nouveau roman complètement hallucinant, qui fait déjà l’actualité en Europe : La Disparition de Stephanie Mailer.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LePoint   09 mars 2018
Un nouveau roman, « La Disparition de Stephanie Mailer », une adaptation en série par Jean-Jacques Annaud... Double retour gagnant pour le prodige suisse.
Lire la critique sur le site : LePoint
LeMonde   08 mars 2018
« La Disparition de Stephanie Mailer », en librairie le 7 mars, est la quatrième tentative de l’auteur de « La Vérité sur l’affaire Harry Quebert », best-seller mondial. Mais la littérature reste introuvable.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaLibreBelgique   07 mars 2018
Quatrième livraison pour l’auteur de "Harry Québert" qui tient le souffle et la forme.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeFigaro   02 mars 2018
L'auteur de La Vérité sur l'affaire Harry Quebert publie un nouveau roman gigogne dans lequel l'enquête sur un crime mal résolu rebondit vingt ans après.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (61) Voir plus Ajouter une citation
PtitgateauPtitgateau   17 avril 2018
Pourtant on m'a dit que sa première pièce avait connu son petit succès.
- Elle a eu du succès parce que Charlotte jouait dedans. Elle a tout sublimé. La pièce en elle même était nulle. Mais Charlotte sur scène, elle vous lisait l'annuaire téléphonique et vous tombiez à la renverse tellement c'était beau.
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Gwen21Gwen21   15 mai 2018
- [...] Vous savez, le journal va très mal financièrement : nous survivons parce que les locaux nous sont prêtés par la mairie. Les gens ne lisent plus la presse aujourd’hui, les annonceurs ne sont plus intéressés. Avant, nous étions un journal régional important, lu et respecté. Aujourd’hui, pourquoi liriez-vous l’Orphea Chronicle quand vous pouvez lire le New York Times en ligne ? Et je ne vous parle même pas de ceux qui ne lisent plus rien et se contentent de s’informer sur Facebook.
+ Lire la suite
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iris29iris29   03 août 2018
Les gens ne lisent plus la presse aujourd 'hui, les annonceurs ne sont plus intéressés. (…) Aujourd'hui pourquoi liriez-vous l'Orphea Chronicle quand vous pouvez lire le New-York Times en ligne ? Et je ne vous parle même pas de ceux qui ne lisent plus rien et se contentent de s'informer sur Facebook.
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alainmartinezalainmartinez   13 mars 2018
Balivernes, ma chère amie, répondit Ostrovski en ricanant. Je n’ai jamais, et je dis bien jamais, rencontré un critique qui rêvait d’écrire. Les critiques sont au-dessus de cela. Écrire est un art mineur. Écrire, c’est mettre des mots ensemble qui forment ensuite des phrases. Même une guenon un peu dressée peut faire cela !
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iris29iris29   08 août 2018
Bref, il voulait à tout prix une femme et tu étais le seul candidat féminin. Alors, je t'ai prise. Mais ne viens pas fiche le bordel dans mon commissariat. Tu n'es qu'un quota, Anna. Tu n'es qu'un quota !
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Videos de Joël Dicker (67) Voir plusAjouter une vidéo
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Joël Dicker présente "La vérité sur l'affaire Harry Québert", prix Goncourt des lycéens 2012 et Grand prix du roman De l'Académie Française.
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