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EAN : 9782207261200
400 pages
Éditeur : Denoel/presence du fantastique (08/10/2009)

Note moyenne : 4/5 (sur 14 notes)
Résumé :

La crise, qui n'est pas seulement économique et financière, a mis à nu ces mécanismes pervers qui régissent aujourd'hui le fonctionnement de la Cité. S'il faut s'empresser de les révéler, c'est parce qu'il est fort possible que bientôt, en attendant une nouvelle crise de plus grande ampleur encore, tout redevienne comme avant. Entre-temps, nous aurons mesuré l'ampleur des dégâts. Nous vivons dans... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Apoapo
  06 février 2016
D-R Dufour soutient d'un point de vue de philosophie politique la double thèse qu'il existe une parenté intime entre libéralisme et perversion, et que la société néolibérale actuelle a atteint un degré de perversion, prédit et prôné activement par Sade en son temps, tel qu'il justifie la qualification spécifique de "société pornographique", parce que fondée sur l'impératif "Jouis !".
L'essai, constitué de 301 fragments de longueur, intérêt et surtout contenus extraordinairement variés, se compose de la manière suivante :
1 - un long prologue de nature plutôt pamphlétaire propose, par une multiplicité d'événements afférents à l'actualité la plus récente (crise économique de 2008, etc.), d'étendre le sens du terme "pornographie" à un vaste champ sociétal ; cette partie possède les attraits mais aussi toutes les limites du genre...
2 - (la plus conforme à mes goûts) une solide analyse d'histoire de la philosophie qui démontre avec force la filiation entre Pascal, Nicole, Mandeville, Adam Smith et d'autre part Sade, auquel la plus grande partie de l'ouvrage est consacrée ; le fondement de cette parenté est repéré dans la dichotomie augustinienne entre "amor socialis" et "amor privatus", ainsi que dans la caractérisation du fil rouge de la perversion sous forme de trois libidos: "libido sentiendi" (les sens), "libido dominandi" (l'avidité puis "main invisible"), "libido sciendi" (le positivisme après la domination cartésienne de la nature par l'homme).
3 - "1929-1960 : Sade, le retour" comprenant une analyse économique sérieuse et originale de la crise de 1929 - qui explique pourquoi, contrairement aux analyses marxiennes, elle ne provoqua pas l'effondrement du capitalisme - ; une intéressante partie sur les contributions de l'école psychanalytique étasunienne sur la sortie de cette crise ; et une longue partie sur la redécouverte et revalorisation de Sade de la part des intellectuels français des années 60, en particulier Bataille et Lacan (très longue et détaillée, la démonstration du fourvoiement de Lacan sur Sade...)
4 - "Aujourd'hui" : partie la plus fastidieusement hétéroclite, dont je retiens : encoreLacan (et Freud) pour une définition psychanalytique pointue de la névrose, psychose et perversion dans le cadre de la "structure de subjectivation", des notes assez discutables sur le transsexualisme, l'art contemporain, la littérature pornographique et enfin une rapide analyse de cas d'une jeune femme (Angélique) atteinte d'attaques de panique.
5 - un Epilogue, qui constitue une admirable synthèse de l'ouvrage en 13 points, sauf pour son ton un peu trop inspiré par l'Apocalypse biblique à mon sens (une référence totalement inattendue jusque là...)
Une seule cit :
"Aujourd'hui, nous en sommes à un nouveau contrat qui aligne d'un côté l'hyperbourgeoisie et, de l'autre, non plus le producteur mais le consommateur prolétarisé. Et ce que l'hyperbourgeoisie signifie alors, ce n'est plus "Travaille pendant que je m'occupe des arts", c'est : "Consomme et regarde bien comment, moi, je jouis. Et tâche donc d'en faire autant, dans la mesure de tes moyens !" " (p. 36)
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   27 janvier 2020
145
Si Marx avait lu Sade, il n'aurait pas commis une lourde faute : ne pas avoir vu que toute l'économie est aussi une affaire passionnelle et pulsionnelle. Si Marx avait lu Sade, le monde en aurait été changé. Nous aurions évité la création de monstres froids que furent les économies socialistes tenant pour suspecte toute passion, sauf celle pour le chef. Nous n'aurions pas eu cette division hautement dommageable entre Marx d'un côté pour l'économie des biens et Freud de l'autre pour l'économie libidinale - scission fautive dès le départ qu'aucun freudo-marxisme, fût-ce celui de l'école de Francfort, n'a jamais pu régler. Si Marx avait lu Sade, nous aurions pu disposer d'une économie générale des passions. Le monde aurait pu se réformer autrement. Nous aurions évité la captation et le fourvoiement des esprits rétifs à la théodicée smithienne dans ces fausses alternatives au capitalisme que furent les économies socialistes, qui ne pouvaient conduire qu'au plus lamentable des fiascos.
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Erik35Erik35   22 janvier 2020
118
Cela[*] rappelle très étrangement certains discours contemporains où, pendant que le riche gagne en une semaine ce que le pauvre - éventuellement salarié dans l'entreprise que dirige ou possède le riche - gagne pendant tout une vie, le pauvre est instamment prié de se modérer. Et où, après que le riche a instamment demandé et largement profité de la privatisation des gains, le pauvre est appelé à ne pas se donner une injuste préférence en participant généreusement, comme toute la population, à l'épongeage des dettes par la socialisation massive des pertes.

[*L'auteur se réfère à l'une des nombreuses lignes - souvent négligées par les théoriciens successifs de l'économie libérale - rédigées par le philosophe et économiste Adam Smith, considéré comme le grand "fondateur" de la pensée libérale, et citée dans la note précédente, laquelle débute comme suit : «Le pauvre ne doit jamais ni voler, ni tromper le riche, etc.]
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Erik35Erik35   29 janvier 2020
147
Sade avait vu juste, c'est probablement pourquoi il fallait l'enfermer : les sociétés qui ont placé "l'amor sui" au poste de commande ne peuvent devenir que pornographiques(*).

(*) Note de l'auteur : Dans une passionnante étude, Pierre Klossovski note à juste titre que, dans ces châteaux-usines sadiens, «le principe de la production à outrance exige une consommation à outrance». Klossovski montre dans ce texte comment Sade anticipe sur la «mercantilisation moderne de l'émotion voluptueuse» telle qu'elle se pratiquera lorsque «l'exploitation industrielle deviendra capable de standardiser la suggestion (c'est à dire la fabrication du simulacre) à bas prix».
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Erik35Erik35   23 janvier 2020
122
Un siècle plus tôt, l'époque misait encore sur "l'amor Dei". Puis, elle s'est lancée, non sans angoisses, vers "l'amor sui". Sade sera celui qui aura accompli le mouvement en campant résolument du côté de "l'amor sui". Il en fallait bien un, ce sera lui : il tirera sans frémir les conclusions logiques qui s'imposent, si monstrueuses soient-elles. Il assumera entièrement les prophéties imprécatoires formulées quatorze siècles plus tôt par Augustin à l'encontre de "l'amor sui" : "l'amor sui" subordonnera le bien commun à son propre pouvoir en vue d'une domination arrogante ; "l'amor sui" sera rival de Dieu ; "l'amor sui" exigera tout pour lui ; "l'amor sui" voudra soumettre autrui pour son propre intérêt.

[toutes les locutions latines entre guillemets ici sont en italique dans le texte original]
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Erik35Erik35   21 janvier 2020
78
[Blaise] Pascal fut le premier des pervers puritains. il le fut avec un génie tragique hors du commun. Tous ses successeurs n'auront pas son talent, loin s'en faut. Il fut l'inventeur et de la science et la technique modernes. L'écrivain ironique fouillant au scalpel l'âme humaine prise entre l'amour de Dieu et l'amour de soi. Le philosophe à l'origine du grand renversement de la métaphysique occidentale. Et l'explorateur d'un nouvel ordre, «admirable», fondé sur la concupiscence, qui allait bientôt s'imposer au monde : le capitalisme.
Nul doute que la grâce, il l'avait.
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Videos de Dany-Robert Dufour (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Dany-Robert Dufour
Cercle Aristote - 23 janv. 2020 Dany Robert Dufour : Une histoire souterraine du capitalisme
Nous avons eu l'honneur de recevoir le philosophe Dany Robert-Dufour pour échanger sur son dernier ouvrage Baise ton prochain...Une histoire souterraine du capitalisme.
Cet essai résulte d'une sidération. Celle qui m'a saisi lorsque je suis tombé sur un écrit aujourd'hui oublié, Recherches sur l'origine de la vertu morale de Bernard de Mandeville. C'est en 1714, à l'aube de la première révolution industrielle, que Mandeville, philosophe et médecin, a publié ce libelle sulfureux, en complément de sa fameuse Fable des abeilles. Cet écrit est le logiciel caché du capitalisme car ses idées ont infusé toute la pensée économique libérale moderne, d'Adam Smith à Friedrich Hayek.
Fini l'amour du prochain ! Il faut confier le destin du monde aux "pires d'entre les hommes" (les pervers), ceux qui veulent toujours plus, quels que soient les moyens à employer. Eux seuls sauront faire en sorte que la richesse s'accroisse et ruisselle ensuite sur le reste des hommes. Et c'est là le véritable plan de Dieu dont il résultera un quasi-paradis sur terre. Pour ce faire, Mandeville a élaboré un art de gouverner - flatter les uns, stigmatiser les autres - qui se révélera bien plus retors et plus efficace que celui de Machiavel, parce que fondé sur l'instauration d'un nouveau régime, la libération des pulsions. On comprend pourquoi Mandeville fut de son vivant surnommé Man Devil (l'homme du Diable) et pourquoi son paradis ressemble à l'enfer.
Trois siècles plus tard, il s'avère qu'aucune autre idée n'a autant transformé le monde. Nous sommes globalement plus riches. À ceci près que le ruissellement aurait tendance à couler à l'envers : les 1 % d'individus les plus riches possèdent désormais autant que les 99 % restants. Mais on commence à comprendre le coût de ce pacte faustien : la destruction du monde. Peut-on encore obvier à ce devenir ?
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