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ISBN : 2743646012
Éditeur : Payot et Rivages (02/01/2019)

Note moyenne : 3.66/5 (sur 19 notes)
Résumé :
Ce premier roman, inspiré de faits réels, plonge le lecteur dans l'histoire d'une vengeance, celle d'un fils, atteint de schizophrénie, prêt à tout pour détruire sa famille. Un redoutable drame en huis clos. Que fait-on lorsqu'on a hérité d'un « paquet de génétique avariée », d'une tête pourrie au « sous-gène » de la psychose ? Faut-il mettre ses parents au tribunal ? Faut-il se maudire ou accepter sans mot dire la condamnation sociale et générale pour « péché de di... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
horline
  06 février 2019
Entre le jeune homme frustré mû par des forces irrépressibles et contradictoires et celui que l'on découvre quelques années plus tard, , Sol Elias déroule un récit d'une étonnante sensibilité. Un roman quelque peu perturbant voire inconfortable pour ceux qui ne sont pas à l'aise avec les textes dans lesquels l'omniprésence du ressenti compose une toile chaotique.
Il faut dire aussi que derrière le personnage de Manuel qui occupe pratiquement tout le récit, Sol Elias raconte la schizophrénie. Pas celle pervertie par l'univers médiatique et entretenue par l'imagination collective, mais celle qui empêche Manuel, assiégé par des pensées parasites et dissonances émotionnelles, de s'aimer et d'aimer les autres.
Au fil de ses introspections et de ses délires, c'est une succession de frasques et une longue errance ; un chemin recouvert d'un sentiment de colère, d'impuissance et de solitude qui colle aux semelles du jeune homme comme à celles de l'entourage familial. Avec la lucidité constante dont fait preuve Manuel sur son état, on guette une guérison ? Un apaisement ? un sursaut ? mais témoin d'une maladie imprévisible on ne sait pas trop quoi espérer au fil du roman qui a quelque chose d'absolutiste. La langue du narrateur aussi coupante qu'un rasoir suscite un léger trouble, un vague sentiment d'incompréhension tout comme elle laisse des crevasses béantes au sein de la famille, personne n'est épargné ou presque...seule la relation avec la petite Soledad semble offrir du réconfort et du répit. Mais jusqu'à quand ?
Loin des fictions qui décortiquent des vies énigmatiques, démystifient ce qui nous échappe ou se donnent pour mission de donner de l'ordre au chaos, Tête de tambour affirme une écriture tout en sensation.Les pensées s'insinuent partout, débordent des failles que les personnages n'essaient guère de dissimuler. On n'a pas affaire à un récit qui impose réellement un lien, il suggère tout au plus des peurs et des manques qui taraudent les personnages de nature à les rendre distants ou solidaires. Mais il reste essentiellement à la surface de la maladie, là où scintille un style tranchant, incisif, à vif.
Si la plume est habile, l'encre n'est pas indélébile, ce roman qui pèse un peu comme une chape de plomb risque d'être oublié très vite.
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llamy89
  20 mars 2019
Comment aborder un tel roman ? Sol Elias relate une histoire impressionnante par la justesse de l'écriture, la construction efficace, des chapitres courts qui donnent de la tension, une angoisse sourde face à la description du quotidien du malade : la schizophrénie.
Anaël, gamin perturbé par trop d'émotions d'abord, un environnement familial étouffant avec une mère-louve ultra-protectrice et un père laborieux, pétri de principes, exclu de cette relation trop fusionnelle à son goût. le récit nous est relaté de l'enfance à sa mort prématurée.
Une adolescence rendue plus difficile encore par ses relations compliquées à la mère. La vie à la marge, Anaël qui devient Manuel, entre lucidités et étrangetés des situations perçues au travers de la maladie. Tout est décrit de manière que le lecteur comprenne mieux les effets de la maladie puis d'une psychiatrie abrutissante sur le malade.
On sent la frustration de Manuel face à la maladie, son souhait de vivre une vie de "normale" : une femme, un appartement, un chien... son impuissance à canaliser la violence de ses réactions, son enfermement dans la maladie, son isolement, sa marginalité, ses petits suicides. Une vie entre pensées cohérentes et incohérentes, destructrice pour lui, ses proches.
Jusqu'à transférer à Soledad, sa nièce, son questionnement, ses petits papiers, héritage à décrypter. Il y est question d'hérédité génétique, de celle de l'histoire à porter. de poésie et de violence qui s'apaise auprès de cette petite-nièce qui le trouve excentrique, différent, avec lequel elle rit beaucoup. Sol ne juge pas, "elle n'a pas encore le regard lavé" !
Il est également question du poids à porter pour les familles, de la culpabilité de ceux dits "normaux" qui vivent dans l'ombre des malades comme Ana-Sol, la petite soeur.
Ce roman est captivant par le biais choisi pour parler d'une maladie terrible avec humanité, une intensité qui vous empêche de décrocher d'une histoire dérangeante. La différence fait peur, si peu qu'elle soit habitée de sentiments violents, irrépressibles. L'écriture de l'auteure est puissante, aimante pour le personnage, enveloppante pour le lecteur, accompagne Manuel jusqu'à l'épilogue de son histoire tragique. Un premier roman perturbant, fascinant tout à la fois, pour désapprendre à juger peut-être...
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AudreyT
  17 mai 2019
**
Manuel est schizophrène. Quand le diagnostic tombe, sa vie est déjà compliquée. Ses relations avec son entourage sont difficiles, tendues et parfois violentes. D'hôpital psychiatrique en institut spécialisé, Manuel va suivre un parcours chaotique et sa haine pour sa famille ne sera que grandissante...
Ma chronique sera brève.... J'ai eu beaucoup de mal à rentrer dans l'univers de Sol Elias. Non que son écriture m'ait gênée, mais la construction du roman m'a parfois paru floue, les idées mélangées et les liens entre les personnages compliquées.
Il est certes difficile d'aborder un tel sujet. Sol Elias l'attaque de front et nous fait partager le long chemin de Manuel. Ses pensées, ses obsessions, ses sentiments violents... Tout est à vif dans ce roman !
J'ai apprécié de découvrir ce roman grâce aux 68 premières fois mais j'ai bien peur qu'il ne me marque pas...
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ValerieLacaille
  31 mars 2019
Un premier roman que j'ai du mal à définir…. Certains passages étaient à mon goût, ou plutôt, par rapport à mes habitudes de lecture, trop chaotiques pour me plaire. Et pourtant, après réflexion, et après avoir avalé la deuxième partie du livre sans pouvoir le reposer, je me dis que ce chaos, ce tumulte mental, était nécessaire pour que le lecteur puisse frôler l'intérieur, le fonctionnement de l'esprit d'un homme souffrant de schizophrénie.
Cette confusion, et surtout, ces délires douloureux, je les sais bien réels. J'ai un cousin qui en souffre. Et l'évolution d'Anaël / Manuel a été sur le papier, la même que mon cousin. Déjà différent à l'enfance, dans les réactions, les manies et le lien très fort à la mère. Puis l'adolescence et les conduites à l'extrême, les fuites, les difficultés relationnelles. Et enfin, vers la trentaine, le diagnostic posé, la souffrance qui alterne avec le soulagement pour la famille. Mais aussi pour cette dernière les questionnements : pourquoi ? Qu'a-t-on loupé ? Est-ce héréditaire ? Et l'aveu d'un quotidien devenu un enfer. Un schizophrène n'est pas adapté à la société telle qu'on la connaît. Sol Elias a eu ce don de le faire clairement comprendre à son lecteur. Il aimerait être comme tout le monde mais il n'y arrive pas. Il ne s'adapte pas au monde du travail, n'arrive pas à maintenir une relation amoureuse et son sentiment d'être inutile le pousse à tous les extrêmes, y compris la tentative de suicide.
Pour un premier roman, c'est un exercice qui a dû être difficile que de rédiger un roman polyphonique où s'expriment les voix d'Anaël, de Manuel, son double et de Soledad, sa nièce.
Un talent qui gagne à être suivi.
Lu dans le cadre des 68 premières fois.
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MichelEllis
  12 janvier 2019
C'est un premier roman signé Sol Elias, avec un sujet délicat, la schizophrénie. Très délicat même. Saluons déjà la prise de risque.
Anaël, "jeune et fringant", vit dans l'ombre de Michel, un père autoritaire et humiliant, et Bonnie, une mère aimante mais éteinte. Les fugues, les colères, les virées avec Djelloul. Une vie pas heureuse mais presque ordinaire. Plus tard, Anaël est Manuel, quadra avachi, abruti par le Tranxène avalé, grossi par les litres de Coca Cola ingurgité et rongé de l'intérieur par les Gauloises, cinq paquets par jour. En fait "Bibendum" est mort à 28 ans, le 14 juillet 1976, jour du "diagnostic intangible" : étiqueté schizo. La tentative de suicide n'était qu'un détail...

"Nous portons tous nos fantômes, la vraie question est de savoir jusqu'où nous pouvons coexister avec eux sans qu'ils nous dévorent".


Au-delà d'une écriture plutôt neutre à même de faire naître l'émotion, sans pathos et sans artifice, la force du livre est son dispositif narratif, une linéarité cassée, perturbée, entre Anaël conjugué au passé et Manuel malade au présent. Image d'une dissonance existentielle, reflet d'un chaos mental et d'une vie en apnée "suspendue entre la réalité, la pensée, les dialogues (...)". Tentative de saisir ce basculement, d'Anaël le "p'tit pédé" (dixit le père) vers Manuel le schizo répudié. Tête de tambour tisse un fil tendu entre la norme et la marge, d'autant plus fragile que Manuel est conscient d'être ce qu'il est, un concept d'irréalité. C'est bien le problème, Manuel s'enlise dans la cave, impuissant à dominer le mal, à en trouver l'origine, famille et médecins compris. Comme un être informe malgré la "monstruosité visible". Il y a dans ce livre un art de l'ellipse et de la fragmentation très réussi, miroir suggestif d'un corps en lente décomposition, fleuve nourricier de pensées morbides hésitant entre folie et rationalité. Beaucoup de questions donc, sans réponse, car le problème est insondable : la maladie est-elle affaire d'hérédité ? Comment casser l'infernale répétition du schéma familial ? Pour le dire simplement, les familles de tarés enfantent-elles des tarés ? La question des racines et des origines aussi, ferment de tout rejet. En résulte une manière d'être au monde. Être entre-deux-mondes, littéralement nulle part. L'image d'un pestiféré dont on accepte tout pourvu qu'il s'éloigne...

“Maman, pourquoi m'as-tu fait fêlé ?
—…
— Pourquoi m'as-tu fait si sensible ?”


le plus beau, le plus troublant dans ce roman ­— outre le fait d'être captif d'un monde sans issue, c'est son échec à comprendre ce basculement, à percer le mystère de névroses qui fermentent dans le berceau familial. Tout juste une montagne de petits papiers, saturés de ratures, de couleurs mélangées et de bribes de phrases, tableau baroque d'une souffrance sans nom. Dans cette jungle de gribouillis, comment trouver un sens ? Est-ce seulement utile ?
Reste finalement, et c'est le plus poignant, la relation complice entre un oncle et sa nièce, symptôme d'une résilience de l'amour par delà la marge. Soledad, à jamais...
Lien : https://www.lespadon.info/20..
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
mancrismancris   29 janvier 2019
On n'avait rien trouvé pour l'aider à aimer, à se faire aimer, pour construire la vie. Le schizophrène n'a pas de projets d'avenir. Il ne peut pas. Pas d'avenir. Il n'a que le présent dégueulasse qui lui colle aux basques, pareil à un coureur qui voudrait faire un cent mètres avec deux boulets au pied - les calmants. Il ne sortira jamais de ses starting-blocks. C'est impossible. Il ne lui reste qu'à devenir encore plus fou qu'il ne l'est déjà, qu'à se mortifier, se scarifier pour dire sa haine de lui-même et à se retourner contre ceux qui l'enchaînent et le regardent impuissants - les médecins, les parents, les autres patients. Alors il devient un rapace au bec acéré prêt à déchirer toutes les carcasses environnantes, privant de joie et de vie les autres.
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mancrismancris   29 janvier 2019
Je leur faisais payer le prix pour m'avoir impunément mis au monde. Je serais la croix à porter sur leurs épaules d'hommes pour toute une vie d'homme. Ils ne m'avaient pas tué quand ils avaient vu mon visage cyanosé de bébé tenu pour mort à la sortie du ventre de la mère, ni petit quand on pensait que j'avais une tumeur au cerveau tant j'avais la tête grosse de migraines, ni adolescent quand j'avais l'impression qu'un autre respirait dans mes hanches, ni plus tard, quand les doctes docteurs avaient décrété en choeur que j'avais des troubles relevant indubitablement de la psychiatrie?... Ils avaient tout fait, payant les meilleurs médecins, m'achetant les meilleurs viandes, pour que je vive cette vie d'âme morte, d'halluciné.
[...]
C'est à ce moment-là que je me fis cette promesse : tant que j'en aurai la force, je sèmerai la discorde dans leur foyer, je créerai l'âtre de guerre et je les regarderai s'entre-tuer comme des chiens affamés devant une charogne.
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mancrismancris   29 janvier 2019
Fatigué par des heures de marche à tourner dans le quartier, je m'arrêtai regarder les perroquets et les perruches dans leurs cages minuscules. Un gros perroquet gris du Gabon dormait le bec dans sa poitrine. Mais ce qui attira mon attention, c'étaient deux perruches, l'une vert émeraude et l'autre rouge cramoisi, qui avaient été mises au centre de la vitrine, côte à côte. Comme une pierre précieuse que l'on aurait solidement attachée à une pique de métal pour mieux la voir briller, la verte avait le cou rentré et ne bougeait pas, résignée dans sa petite boîte à barreaux contre la vitre du magasin, laissant ses pupilles se recouvrir de temps en temps de cette peau épaisse qui leur sert de paupières. Elle avait l'air ensuquée. Juste à côté, déformant son visage minuscule d'oiseau prisonnier entre les barreaux de sa cage, la rouge mordait les courtes barres de fer avec une rage obsessionnelle, sautant d'une patte à l'autre. Elle s'arrêtait quelques secondes, clignait compulsivement des yeux avant de recommencer ses bonds minuscules du perchoir au barreau, au fond de la cage, à nouveau jusqu'au perchoir. Je sentis une tristesse drue traverser mon thorax... Fallait-il finalement accepter sa condition pour vivre en paix ? Fallait-il toujours voir la cage ou imaginer la volière ?
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Day-syDay-sy   06 janvier 2019
Si on te menace, ne perds pas ton calme. Dis comme Baudelaire : « Messieurs, je suis trop lâche pour me battre »
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mancrismancris   30 janvier 2019
Je ne souhaite à personne de mener cette existence suspendue entre la réalité, la pensée, les dialogues, entre ce que je crois, ce que je dis. Je ne souhaite à personne la cave. La vie en cave.

La sous-vie.
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