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EAN : 9782081343382
128 pages
Editions Arthaud (07/05/2014)
3.51/5   114 notes
Résumé :
« Sa petite robe à pois blancs dansait sur le trottoir, des taches phosphorescentes entre chien et loup comme des signaux de détresse. Sam ne voulait pas y croire, c’était un rêve qui s’échappait de son esprit, la jeunesse qu’il avait bue, rebue, jusqu’à la foutre en l’air, elle et tout ce qui pouvait lui ressembler. Sam était là, bancal sur sa chaise, électrisé par l’instant, et son coeur malmené soudain se révulsa : la femme avait une jambe coupée. »
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Critiques, Analyses et Avis (37) Voir plus Ajouter une critique
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marina53
  11 août 2014
Sam, un Lakota de la tribu oglala, les Indiens des Plaines comme on les appelait, décide de quitter Wounded Knee, là où des centaines de Sioux ont été massacrés. Sam, tout comme cette ville, avait encore du sang sur lui. Sans boulot ni espoir, drogué et alcoolique, il rêve d'une toute autre vie. Direction Las Vegas, ville de pacotille et de jeu qui lui donne le tournis. Il s'est trouvé un job, les entrepreneurs manquaient de main d'oeuvre mais bientôt la crise des subprimes a tout balayé. le si peu d'argent qu'il avait mis de côté lui a permis de tenir une semaine, le reste étant liquidé dans l'alcool et le casino. Il atterrit alors à San Francisco dans un quartier du centre-ville où tous les paumés semblent s'être donnés rendez-vous. Un soir, il aperçoit une jeune femme dans un bar. Une jambe coupée. Intriguée par cette apparition, il décide de la suivre...
Deux coeurs blessés et meurtris se rencontrent à tout hasard dans ces rues mal famées, baignées dans l'alcool, la came, la pauvreté et les rêves envolés. Sam, défoncé par la drogue et par la vie, Jane, jeune femme, estropiée, blessée dans son âme. Caryl Férey nous plonge dans cette nuit sombre où la noirceur explose au visage, où ces deux personnes, plus détruites que jamais et dont aucun espoir ne semble animer, se croiseront au hasard d'une rue. Il décrit avec une certaine empathie le passé et le destin de chacun, donnant la parole à l'un puis à l'autre. Entre déchirure, faux espoir, illusion et désillusion, ce roman percutant, tragique et ténébreux se savoure par une sombre nuit d'été où l'on espère entrevoir le soleil se lever.
Les nuits de San Francisco... rouges et noires...
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Ambages
  26 juin 2016
« Le Sioux avait confiance dans la parole des visages pâles : il avait tort. »
Une histoire très courte et malgré cela, en quelques mots, on ressent les années de souffrance qu'ont vécues ces deux êtres, seuls dans un univers bancal où les ancêtres n'étaient plus là pour les guider. Sam, un indien dans la ville de San Francisco, perdu, ombre de lui-même rencontre Jane, une estropiée de la vie comme lui, un genou blessé. Wounded knee, un écho qui résonne toujours dans la mémoire de chacun. Ils se donnent de la chaleur, s'embrument dans les vapeurs chimiques et partagent une épaule, le temps.. « Bref moment d'harmonie. »
J'aurais aimé que cette nuit fut plus longue, mais ainsi en avaient décidé les fantômes blancs sur cette colline. J'aurais aimé que ce roman fut plus long, mais finalement (et après avoir pesté un chouia, je l'avoue) je trouve que cela colle parfaitement avec l'histoire. Une histoire comme un shoot !
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trust_me
  12 juin 2014
D'un coté, il y a Sam. Un sioux. Un sioux des temps modernes, parqué dans une réserve. Son quotidien est le même que celui de ses semblables : pauvreté, désoeuvrement, alcool, chômage… Une ado engrossée après une énième beuverie. La fuite. Quitter la réserve, partir sans véritable but. Las Vegas, les chantiers. La crise économique qui vous met à la rue. « La rue qui salit sans cesse, qui pue, qui vous agresse à coups de tessons de bouteille quand vous dormez d'un sommeil de plomb, la rue qui vous engloutit en quelques jours et vous recrache en morceaux. » Atterrir en lambeaux à San Francisco et se demander quel sera le bon jour pour mourir.
De l'autre coté, il y a Jane. Une enfance à Fresno, « ville la plus bête d'Amérique, autant dire du monde. » Un viol subit un soir de fête de fin d'année et un départ précipité pour San Francisco. Des cours de théâtre, du mannequinat pour faire bouillir la marmite, un coloc gay qui va l'entraîner dans la drogue. le coup de foudre pour Jefferson, musicien d'un groupe de rock. La naissance de leur fils treize mois plus tard. Et puis l'accident. Terrible. Dévastateur. Une existence qui s'écroule et Jane se retrouve à errer dans le Golden Gate Park. C'est là que son chemin croise celui de Sam…
Un texte en miroir. Deux trajectoires tortueuses, deux vies cassées qui se font face. Deux destins reliés par la nuit et ses excès. L'Amérique d'hier, celle des indiens massacrés à Wounded Knee, humiliés en permanence depuis, et celle d'aujourd'hui, aussi abrutie que violente. Pas grand chose d'original dans cette histoire, c'est un fait. Mais la prose électrique de Caryl Ferey lui donne une autre dimension. Ce gars écrit avec une fluidité incroyable. Tout coule de source, les phrases s'enchaînent dans un mouvement limpide, sans accro. Une écriture tour à tour poétique, cruelle, directe. Court et dense, ce récit sans fioriture garde une forme d'émotion à fleur de peau. Et puis j'adore la fin. Je n'y peux rien si les tragédies m'ont toujours fasciné…
Lien : http://litterature-a-blog.bl..
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montmartin
  13 juin 2018
Ce livre raconte une rencontre, celle de deux êtres à bout de souffle dans un San Francisco crépusculaire. Chacun à leur manière, ils vivent en marge de la société : Sam est un indien "homeless", Jane une mystérieuse jeune femme amputée d'une jambe. le lecteur suit leur dérive, racontée d'abord en suivant le chemin de Sam puis celui de Jane, pendant une nuit.
"Nous ne savions pas mentir: nous n'étions pas encore civilisés".
Connu pour ses romans policiers "Zulu", "Mapuche", Caryl Férey nous livre ici un récit court, trop court, 120 pages seulement, mais quel régal ! La construction est original, chacun des deux personnages nous raconte la même histoire : leur rencontre. L'écriture est remarquablement ciselée, un livre rempli d'humanité. Un petit roman à découvrir pour une heure de lecture magique.
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cathe
  20 décembre 2021
Deux écorchés de la vie se rencontrent, un soir, dans un parc de San Francisco.
Sam, Sioux, qui a quitté sa réserve et noie sa misère dans l'alcool.
Et Jane, avec sa prothèse de jambe, qui tente d'oublier sa vie ratée.
On retrouve ici le talent de Caryl Ferey pour décrire avec tendresse les êtres meurtris et leur errance dans la ville.
Le texte est toutefois tellement court qu'on reste un peu sur sa faim…
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
Lilou08Lilou08   02 décembre 2015
Jane avait attendu qu'ils disparaissent derrière les arbres pour pleurer. Peur, humiliation, rage : où commençait, où s'arrêtait le pire ? On lui avait fait payer sa différence, cher.
Quand toutes les larmes de son corps furent taries, Jane était rentrée chez elle à pied sans parler de ce qui était arrivé à la fête. À personne. Ni à ses parents, ni aux gourdes qui lui servaient d'amies. Quelque chose s'était glacé entre ses cuisses, le fluide lui remontait dans le ventre, mais Jane était une bagarreuse dans son genre : elle ne resterait pas à Fresno, à attendre qu'un autre prenne la place, de gré ou de force, entre ses cuisses. Sa liberté serait sa vengeance. Le sexe, on verrait plus tard.
Jane avait quitté Fresno à dix-neuf ans, en bus.
Les parents n'avaient rien compris au départ précipité de leur fille, ni au fait qu'elle ne remettrait jamais les pieds dans leur ville de merde
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Lilou08Lilou08   02 décembre 2015
La guerre de Sécession terminée et la frontière ouverte à l'ouest, Custer avait pensé qu'un bon massacre d'Indiens lui donnerait une image de présidentiable : Lakota et Cheyenne l'avaient scalpé à Little Big Horn, lui et tous les soldats de son 7e régiment de cavalerie.
« Une autre vie ! », braillait Sam dans ses rebuffades éthyliques.
Car la terre des ancêtres était maudite. Il suffisait d'y grandir. Terres incultes, chômage endémique, l'alcool interdit mais tout le monde bourré du matin au soir ; une réserve, comme disaient les Wasichu. Sam avait vu son père se détruire sous ses yeux et n'avait rien fait pour l'en empêcher. Leurs ancêtres n'étaient pas de ceux qui avaient écrasé l'armée de Custer à Little Big Horn : non, Sam et son père étaient de ceux que ce même 7e de cavalerie reconstitué avait massacrés dix ans plus tard, à Wounded Knee, des centaines de Sioux oglala passés à la mitrailleuse au cœur de l'hiver, en majorité des femmes, des enfants et des vieillards qu'on avait achevés au sabre, pour se venger de l'humiliation. On disait que les « tuniques bleues » avaient éventré les femmes pour clouer leurs fœtus sur les tipis, qu'ils avaient achevé le vieux chef qui les guidait jusqu'au campement d'hiver ; ils l'avaient tué comme du bétail avant d'incendier leurs biens, leurs animaux…
Wounded Knee : Sam avait ce sang sur le visage.
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Corboland78Corboland78   09 novembre 2017
Le Sioux ruminait sur le sort des petits cailloux perdus au fond de lui, quand une silhouette apparut dans son angle mort. Elle passa à sa hauteur, et Sam ressentit comme une décharge dans le cœur. La table voisine l’empêcha de la voir en entier : le temps de relever la tête elle était déjà de profil, chaloupant sa croupe au fil de l’air et du temps qui courait à sa suite. Une silhouette féminine, émouvante, qui l’espace d’un instant le ramenait à des plaies heureuses. Sam se revit enfant, regardant sa mère se baigner, son père encore fier à ses côtés, ado sautant plus tard dans la même rivière, amoureux – Shirley « Petit Nuage », une fille de la bande… Des larmes oubliées lui montèrent aux yeux, qui déjà n’y voyaient à moitié plus rien : d’où sortait cette apparition ?
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marina53marina53   11 août 2014
"Nous ne savions pas mentir: nous n'étions pas encore civilisés".
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montmartinmontmartin   19 juin 2018
La mort n'est pâs qu'une succession de noms que l'on grave sur le monument du désarroi, ce sont des équipiers que l'on a croisés, des personnages aimés, des amis regrettés. un coup terrible, chaque fois. Et des noirs souvenirs qui remontent. Régulièrement. L'absence est une tumeur maligne.
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