AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2070108392
Éditeur : Gallimard (15/10/2015)

Note moyenne : 3.93/5 (sur 115 notes)
Résumé :


En 1921, Françoise Frenkel, jeune juive polonaise passionnée par la langue et la culture françaises, fonde la première librairie française de Berlin "La Maison du Livre".

Rien où poser sa tête raconte son itinéraire : contrainte, en raison de ses origines juives, de fuir l'Allemagne en 1939 après la prise de pouvoir d'Hitler, elle gagne la France où elle espère trouver refuge.

C'est en réalité une vie de fugitive qui l... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
fanfanouche24
  20 décembre 2015
Après des heures de boulot enrichissantes mais "dévorantes"...je me suis octroyée comme d'habitude une récréation très bienfaisante, en fouinant à Mémoire7 , librairie agréable de Clamart...J'ai ainsi déniché la réédition de ce texte, publié la première fois en 1945, à Genève, d'une femme extraordinaire, juive polonaise, passionnée de littérature et de langue françaises.
Cette dernière fonda en 1921, en dépit d'une ambiance hostile d'après-guerre...la première librairie française , à Berlin...avec son époux.

Cette réédition est un vrai cadeau, car nous apprenons incidemment dans le dossier de pièces justificatives, ajoutés à la fin de l'ouvrage, et plus particulièrement dans les "remerciements", celui , central, à Michel Francesconi, qui trouva un exemplaire de "Rien où poser sa tête" dans un vide-greniers de Nice et fut le premier à le lire et à le partager"
Cette librairie ,comme je l'ai écrit précédemment, Françoise Frenkel la fonda avec son mari, Simon Raichenstein.
Comme elle, il avait fait ses études à Paris avant la Première Guerre mondiale...Jusqu'à 1933, ils firent vivre cette librairie , en commun.
En novembre 1933, Il quitte définitivement Berlin pour Paris... (Il sera raflé à Paris en juillet 1942, et mourra en déportation en août de la même année).
Elle réussit à faire vivre ce lieu avec succès jusqu'en 1938... puis la montée du nazisme l'empêcha d'exercer son métier. Elle se réfugia en France puis en Suisse. Elle raconte ce parcours douloureux, loin des siens...

Dans ce récit des plus mouvementés, Françoise Frenkel nous présente tour à tour des héros anonymes, des "justes" qui n'ont pas hésité à la cacher, l'aider, la protéger, elle , et bien d'autres juifs pourchassés...A l'opposé se trouvaient d'autres figures moins sympathiques, dans le zèle du régime de Vichy et de la délation... Ces derniers n'hésitaient pas à dénoncer ou à montrer leur franche hostilité...

En dépit de la peur extrême, des épreuves et même des moments de vraie terreur, à l'idée d'être déportée ou tuée...la narratrice déploie dès que l'occasion la plus minime se déploie, son amour de la vie, de la Nature, de la beauté...d'exister...
"Ce voyage au tribunal fut pour nous une réelle récréation. Il offrait l'occasion de quitter pour des heures la prison, de contempler le soleil, la forêt, les champs, les Alpes avec leurs cimes neigeuses, l'hiver dans toute sa splendeur." (p. 212)
La narratrice a rédigé son périple éprouvant, semé des deuils de ses proches... dès son arrivée en Suisse en 1943, après trois tentatives...Elle réussit à survivre, se décrivant ainsi " Discrètement,le soldat suisse marchait devant moi, portant le lamentable baluchon, compagnon de mes fuites successives qui contenait tout ce que j'avais emporté de France, hormis un cœur désolé et fatigué à mort..." (p. 258)
On peut être étonné par l' extrême retenue de l'auteure... pas un mot de son mari... quelques évocations douloureuses à l'absence de nouvelles de sa famille et de sa maman. Ce récit décrit le parcours de peur d'une femme pourchassée en tant de guerre et de discrimination raciale mais aussi de façon centrale nous est offerte les descriptions minutieuses du peuple français, dans cette période des plus sombres...Françoise Frenkel n'omet jamais d'exprimer sa reconnaissance infinie envers les personnes généreuses qui l'ont soutenue, protégée et aider dans ses fuites successives... dont ce couple niçois, les Marius, coiffeurs... ayant toute la guerre ,aidé les réfugiés et toute personne en danger... au risque de leur propre sécurité...

"En présence de ces êtres qui me témoignaient tant de dévouement, je fondis en larmes. Mes déceptions, mon amertume s'en allèrent, effacées par un immense sentiment de gratitude. Eux aussi paraissaient émus, car si la joie d'être sauvé est grande, celle de porter secours à un être humain dans la détresse doit, sans doute, la dépasser chez les cœurs bien nés. "(p. 155)

"Douloureusement oppressée par la séparation toute proche, je faisais mes adieux aux montagnes, aux prairies et aux champs, au village paisible, à ce vaste horizon, à la France.
La tristesse de devoir franchir ses frontières en fraude, comme une malfaitrice , m'envahissait. Pour me donner du courage, je me remémorai toutes les souffrances, presque surhumaines, que j'avais supportées, mais en même temps le terrible malheur de la France et son asservissement sans limite s'imposèrent à ma conscience.
Soudain, un sentiment naquit et grandit en moi- La nostalgie déchirante de ce pays que j'allais quitter" (p. 256)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          532
Annette55
  16 décembre 2018
"L'on pourrait écrire un volume sur le courage, la générosité et l'intrépidité de ces familles, qui, au péril de leur vie, apportaient leur aide aux fugitifs dans tous les départements et même en France occupée ......"
" Merci de bien vouloir prier pour moi, je cherche l'apaisement: mes deuils sont nombreux et j'ignore où reposent les miens, ma Douleur est grande ......"
Voici deux extraits d'un magnifique récit pudique, à la retenue étonnante qui conte le parcours mouvementé d'une femme extraordinaire, née en1889 , amoureuse des écrivains et de la littérature, juive, d'origine polonaise .
Elle fonda avec son mari, Simon Raichenstein, malgré le contexte et l'ambiance contrainte, malaisée de l'après grande - guerre , en 1921 , la premiére librairie française "de Berlin : La Maison du livre".
Elle avait fait ses études à Paris avant la guerre .. Cette librairie se voulait un centre de pensée française , le passage obligé des écrivains de l'entre- deux - guerres .
Françoise Frenkel est contrainte de fuir l'Allemagne pour gagner la France afin d' y trouver refuge...
Son mari est raflé à Paris. Il meurt le 19 août 1942 à Auschwitz- Birkenau. Elle l'évoque à peine dans ses écrits,...
Ce témoignage émouvant, inédit , découvert par hasard dans un vide - Grenier à Nice , écrit dans le contexte immédiat de la seconde guerre mondiale posséde un caractère à part, universel , précieux à plus d'un titre, passionnant ......
Ce livre sorti de l'oubli préfacé parPatrick-Modiano conserve, miraculeusement intacts , comme si nous y étions: la voix , les émotions , les convictions, les peurs , les craintes, de cette femme perdue dans un abîme de tristesse ....livrée à une vie de fugitive ....
Elle décrit minutieusement à l'aide d'une belle écriture , douce, sans pathos, son parcours entre clandestinité et statut de réfugiée , à partir de l'été 42....
Elle aura affaire à un couple de coiffeurs, au dévouement incomparable, monsieur et madame Marius .
Ils prendront nombre de risques élevés pour la sauver , ses bienfaiteurs attitrés seront toujours là lorsqu'elle sera traquée, abattue, désespérée.
Suivent un quotidien de cache, de craintes , de restrictions, les difficultés du ravitaillement , les soupçons, la rigueur du temps , l'exode, le recensement des juifs de tous les pays ,les trafics, les moyens hasardeux , ingénieux et dangereux à la fois de fuite vers la Suisse, l'Espagne ou l'Angleterre, les passeurs....la dénonciation .l'incarcération puis la libération de Françoise , les personnes aidantes, madame Lucienne , Melle Marion, la confiscation de ses malles , les allers et retours vers Nice, Annecy, Grenoble...
Elle a eu une chance certaine .....
Elle ne donne aucune leçon , conte son quotidien et son itinéraire sans jamais se plaindre...
Le dévouement, le désintéressement de ses bienfaiteurs force le respect......dans une France où la suspicion régnait ....la guerre et toutes sortes de difficultés itinérantes ....
Elle ne se met jamais en avant , raconte avec objectivité sans juger ....Une femme qui a réussi échapper à un destin tragique, sur un fil.....
Cette impression donne une force et une justesse incroyables à ce récit autobiographique ....
Je le conseille!
Original, pétri d'émotions , convaincant , il compléte les nombreux ouvrages déjà lus à propos de cette période sombre....
Encore une fois mon texte est trop long, que ceux qui me liront me pardonnent , je ne sais pas faire court...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          549
PetiteBalabolka
  30 décembre 2015
"Rien où poser sa tête", c'est la préoccupation lancinante des exilés, des réfugiés, de tous ces individus jetés par milliers sur les routes, ballottés par la vindicte des conflits du monde. Ecrit dans le contexte immédiat de l'après seconde Guerre mondiale, le témoignage de Françoise Frenkel possède quelque chose d'universel qui lui donne une force supplémentaire. C'est une femme traquée, comme d'autres à cette période, qui témoigne, une femme anonyme qui raconte son histoire dans l'ombre. Patrick Modiano qui a accepté de préfacer ce livre, nous explique qu'il n'a pas envie d'en savoir plus sur le personnage, sur son devenir après la guerre, qu'il n'est pas toujours pertinent de mettre en lumière l'individu derrière l'écrivain même si la tendance actuelle fait souvent d'eux des personnages publics.
Ecrit et publié dès 1945, à une date relativement proche des événements donc, ce texte est un témoignage précieux sur ce que furent ces parcours chaotiques de fugitifs pendant la Seconde guerre mondiale. Il répond à un besoin impérieux de vérité, à la volonté de mettre en avant, les multiples solidarités, petites ou grandes, qui ont permis de sauver des vies. Les lâchetés, les dénonciations, le zèle féroce de certains fonctionnaires asservis aux lois de Vichy ou à celles de l'Occupant ne sont pas tus pour autant. C'est une femme lucide qui témoigne. Dès les années 30, elle a été rompue à surmonter des formes de tracasseries diverses, non pas tant en raison de ses origines d'ailleurs, que par la profession qu'elle a choisie, celle de libraire, libraire à Berlin, spécialisée dans la vente de livres français. En 1920, quand elle décide de s'installer, constatant l'absence de toute librairie française dans cette capitale, elle doit déjà convaincre et lever les réticences associées à une telle entreprise, le traité de Versailles ayant nourri un fort sentiment d'hostilité vis-à-vis de la France. Mais il en faut davantage pour dissuader cette Polonaise, francophile convaincue, ayant fait ses lettres à la Sorbonne et elle parvient à donner de l'ampleur à "La Maison du Livre français à Berlin" créant même une animation culturelle, organisant des rencontres, des conférences, acquérant une certaine notoriété consacrée par la visite de Briand lui-même. Avec l'arrivée des Nazis au pouvoir, elle n'est plus libre de vendre ce qu'elle veut, de nombreux auteurs sont mis à l'index et sa librairie fait l'objet d'une surveillance étroite. En 1935, avec la promulgation des lois raciales, c'est elle-même, en tant que juive, qui est visée. Pourtant, elle tient jusque 1939, se réfugie alors en France, à Paris, à défaut de pouvoir atteindre la Pologne, déjà en guerre. Bien sûr, le refuge est précaire. Avec l’invasion allemande, elle part pour le Sud, Avignon d'abord puis Nice. Nice qui devient l'impasse où aboutissent toutes les errances, représentants d'un gotha en perdition, coincés par la guerre, ou réfugiés de toutes nationalités ayant déjà fui plusieurs pays. Pour tenter de sortir de cette impasse, une énergie considérable devait être déployée pour obtenir auprès des commissariats ou de la préfecture, visa, sauf-conduit ou permis de séjour. Partir ou rester, tout nécessitait des heures d'attente et d'angoisse pour les réfugiés étrangers, avec le risque d'un papier qui manque, d'une disposition modifiée, d'un fonctionnaire peu compréhensif. J'ai rarement lu un livre où ces difficultés étaient aussi minutieusement décrites et analysées. Elles permettent de comprendre, tout comme les difficultés du ravitaillement, la lassitude générale des populations.
A partir de l'été 1942 et des premières rafles systématiques de Juifs, la réfugiée entre en clandestinité. Commence alors pour elle un autre parcours, encore plus difficile mais où elle va bénéficier de nombreuses formes de bienveillance et de solidarités. Bien sûr, certains chercheront à tirer parti de la situation mais globalement, elle aura affaire à des protecteurs totalement désintéressés, à commencer par le couple de coiffeurs, Monsieur et Madame Marius, qui prendront des risques infinis pour la sauver. Bien difficile de dire si le parcours de Françoise Frenkel est représentatif de l'aide qui a été apportée aux pourchassés et réfugiés. A-t-elle eu une chance particulière ? A t-elle pu compter sur des amis particulièrement soucieux de son sort comme ce couple de Suisses dont on ne sait rien sauf qu'ils lui renouvellent autant que possible son visa ? La situation de Nice sous Occupation italienne de novembre 1942 à septembre 1943, avec une application un peu moins féroce des mesures antisémites, a -t-elle joué, lui donnant pour un temps un répit profitable ?
Françoise Frenkel ne donne pas de leçons. Elle dit simplement, sans chercher à se mettre en avant, ce qu'il en a été pour elle, pour les autres réfugiés qu'elle a côtoyés à l'hôtel La Roseraie ou à la prison d'Annecy, Elle n'oublie aucune des aides, un simple sourire parfois, qui lui ont été apportées. La sobriété qu'elle s'impose donne à son témoignage une justesse et une force incomparables.
Il était temps que ce livre sorte de l'oubli et rappelle le parcours courageux de cette femme, un peu comme un juste retour des choses pour celle qui défendit tant les livres.

Lien : http://leschroniquesdepetite..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          190
NATB
  05 novembre 2016
"Ce qui fait la singularité de Rien où poser sa tête c'est qu'on ne peut pas identifier son auteur de manière précise" écrit Patrick Modiano dans sa préface.
En effet, Françoise Frenkel, l'auteur, n'a écrit qu'un seul livre, publié en Suisse en 1945 et réédité 70 ans plus tard.
En 1921, cette jeune polonaise a fondé avec son mari la première librairie française de Berlin "la Maison du Livre" : heureuse époque pleine d'effervescence (conférences, réceptions avec dédicaces d'auteurs parmi lesquels Barbusse, A.Gide, Roger Martin du Gard...) mais, en 1939 au vu des événements elle quitte Berlin pour Paris juste avant la déclaration de guerre.
Parce que juive, elle fuit dans le sud de la France.
Ce livre raconte son quotidien, ses craintes,les restrictions, les attitudes des Français divisés.
de 1940 à 1943, c'est une vie de fugitive : Avignon, Vichy, Nice , la Savoie et le salut une fois passé les fils de fer barbelés : "j'étais en Suisse, j'étais sauvée !"
Son témoignage n'est jamais plaintif, elle relate simplement les faits avec tact et mesure, avec pudeur (elle ne parle pas de son mari déporté).
C'est un livre plein d'émotions sans aucune animosité, ni reproche : "merci de vouloir prier pour moi - je cherche l'apaisement : mes deuils sont nombreux et j'ignore où reposent tous les miens.Ma douleur est grande".
Françoise Frenkel est morte à Nice en 1975.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          160
lucia-lilas
  13 mars 2016
Je viens de faire une rencontre inoubliable dont j'ai encore du mal à parler parce que le livre s'est refermé et je sais que je n'entendrai plus sa voix…
Elle s'appelle Françoise Frenkel.
Son livre, publié en Suisse en 1945, a été retrouvé par hasard dans un entrepôt Emmaüs de Nice. Quelques lecteurs ont compris qu'ils avaient en main un témoignage essentiel, la voix d'une femme qui a réussi à échapper à un destin tragique pendant l'Occupation. Il est enfin réédité chez Gallimard dans la collection « L'Arbalète ».
Née à Piotrkow en Pologne en 1889, elle part à Paris pour suivre des études de lettres à la Sorbonne. Elle aime marcher le long des quais et dénicher, chez les bouquinistes, un livre ancien. En 1919, elle fait un stage chez un libraire, rue Gay-Lussac, où elle apprend à connaître « les clients du livre ». Sa vocation est née : elle sera libraire. Il reste à trouver le lieu. En Pologne ? Les librairies françaises y sont nombreuses…
Lors d'un séjour à Berlin, alors qu'elle flâne dans les rues, elle prend conscience qu'il n'y a pas de livres français dans cette grande capitale universitaire. Encouragée par des proches, elle se lance dans l'aventure et en 1921, elle fonde la première librairie française de Berlin : « La Maison du livre ». Professeurs, étudiants, ambassadeurs, poètes, auteurs et amoureux des livres en tous genres affluent dans ce lieu unique, recherchant, je l'imagine, quelque ouvrage convoité mais certainement aussi la présence de Françoise.
La librairie devient vite un lieu d'échanges intellectuels : on y rencontre Colette, Gide, Maurois, on y suit des conférences, on y écoute de la musique et l'on y voit des pièces de théâtre. Elle devient lieu de vie, comme l'avait rêvé Françoise. Lieu de liberté.
Mais à partir de 1935, tout se complique : des volumes sont emportés par la police, il faut cacher les journaux. Les convocations et les contrôles se multiplient. Françoise est juive. Sa librairie manque d'être brûlée. Il faut partir et tout abandonner.
Je ne peux évoquer qu'avec une immense émotion les pages où Françoise décrit avec une très grande retenue son départ de la librairie, son adieu à ses livres qu'elle ne reverra jamais. Elle a veillé toute la nuit et au matin, elle entend « une mélodie infiniment délicate » : « C'était la voix des poètes, leur consolation fraternelle à sa grande détresse. Ils avaient entendu l'appel de leur amie et faisaient leurs adieux à la pauvre libraire dépossédée de son royaume. »
Elle n'a pas le choix : on est en 1939.
Puis, c'est la fuite : Paris, Avignon, Vichy, Nice. Plus les mois passent, plus les tensions sont vives. L'étau se resserre, les rafles se multiplient. Magnifique passage où la narratrice est face à la mer. Impossible d'aller plus loin…
On doit ruser pour tout : se loger, se nourrir, essayer de fuir… Les soucis quotidiens se multiplient : il faut faire la queue à la préfecture pendant des heures pour un visa, un permis de séjour, un sauf-conduit. Françoise veut rejoindre la Suisse où des amis l'attendent. Si elle se fait arrêter, elle le sait, c'est la déportation et la mort.
Or, malgré ce cauchemar quotidien, la souffrance et la peur, Françoise évoque ces gens généreux qui l'ont accueillie au péril de leur vie, qui ont su trouver les mots pour la soulager, une pièce pour la loger, un lieu sûr où la cacher. Je pense à cette jeune fille qui, honteuse du comportement de sa mère, tient à serrer Françoise dans ses bras avant qu'elle ne reparte, à Monsieur Marius et sa femme, coiffeurs, qui ont toujours été là pour elle, au soldat italien qui l'attrape à la frontière et la reconduit au car sans la dénoncer : « L'on pourrait écrire un volume sur le courage, la générosité et l'intrépidité de ces familles qui, au péril de leur vie, apportaient leur aide aux fugitifs dans tous les départements et même en France occupée. » Car, ce qui émane de ce livre, c'est cette voix qui dit son amour pour la France, pour ceux qui ont eu le courage et la générosité d'accomplir ce que leur conscience leur dictait et ils ont été nombreux.
C'est un texte sobre, d'une justesse de ton et d'une retenue admirables. Pas de cri, pas de haine. de la gratitude et de l'amour pour ceux qui lui ont donné de quoi poser sa tête. Et pour les autres, à peine une remarque ironique. le livre d'une femme qui aime la vie et qui croit en l'homme.
Sa voix manquait à l'Histoire. On ne l'oubliera pas.

Lien : http://lireaulit.blogspot.fr/
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          94

critiques presse (1)
LeFigaro   03 décembre 2015
Le témoignage de la mystérieuse Françoise Frenkel.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (53) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   09 décembre 2015
Un fond de sadisme doit être caché en tout homme pour se dévoiler lorsqu'une occasion se présente. Il suffisait qu'on ait donné à ces garçons, somme toute paisibles, le pouvoir abominable de chasser et de traquer des êtres humains sans défense pour qu'ils remplissent cette tâche avec une âpreté singulière et farouche qui ressemblait à de la joie. (p. 129-130)
Commenter  J’apprécie          301
PecosaPecosa   12 avril 2016
A notre époque, l'écrivain se montre sur les écrans de télévision et dans les foires du livre, il s'interpose sans cesse entre ses oeuvres et ses lecteurs et devient un voyageur de commerce. On regrette le temps de notre enfance où on lisait Le trésor de la Sierra Madre signé sous un faux nom: B Traven, par un homme dont ses éditeurs eux-mêmes ignoraient l'identité.
(Préface de Patrick Modiano)
Commenter  J’apprécie          2315
fanfanouche24fanfanouche24   06 décembre 2015
On écrivait partout, tout le monde écrivait. Des personnes qui n'avaient jamais aimé tenir la plume expédiaient des cartes en ces jours d'isolement; chacun éprouvait un besoin de se sentir de la famille, des amis, des traits d'union humains. (p; 71)
Commenter  J’apprécie          260
fanfanouche24fanfanouche24   05 décembre 2015
La poste n'était pas seulement le grand contact avec le monde, l'invention merveilleuse d'où venaient la voix d'un disparu, un appel, une réponse, elle remplissait en outre des heures dont le vide était écrasant. Elle comblait les solitudes d'un vague espoir et créait, entre les êtres réunis devant le guichet, une solidarité humaine. (p73)
Commenter  J’apprécie          130
Annette55Annette55   15 décembre 2018
" Je cherchais auprès de mes livres réconfort et encouragement .
Et subitement je perçus une mélodie infiniment délicate......
Elle venait des étagéres , des vitrines, de partout où les livres menaient leur vie mystérieuse ....
J'étais là..... J'écoutais .....

C'ètait la voix des Poétes , leurs consolations fraternelles à ma grande détresse .Ils avaient entendu l'appel de leur amie et faisaient leurs adieux à la pauvre libraire dépossédée de son royaume ......."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          93
autres livres classés : exodeVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr




Quiz Voir plus

Les écrivains et le suicide

En 1941, cette immense écrivaine, pensant devenir folle, va se jeter dans une rivière les poches pleine de pierres. Avant de mourir, elle écrit à son mari une lettre où elle dit prendre la meilleure décision qui soit.

Virginia Woolf
Marguerite Duras
Sylvia Plath
Victoria Ocampo

8 questions
748 lecteurs ont répondu
Thèmes : suicide , biographie , littératureCréer un quiz sur ce livre
.. ..