AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9782290088395
603 pages
J'ai Lu (14/05/2014)
  Existe en édition audio
3.74/5   1283 notes
Résumé :
Neil Gaiman sait redonner aux légendes établies un souffle nouveau. Celui qui, dans une nouvelle éblouissante, a osé présenter Blanche-Neige comme une criminelle sadique, se permet, dans American Gods, de mêler mythologie et conflits de l'Amérique d'aujourd'hui...

Quand les anciens dieux se sont installés en Amérique, amenés par de hardis navigateurs puis par les vagues successives d'émigrants, ils pensaient trouver un territoire à la mesure de leurs... >Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura
Critiques, Analyses et Avis (182) Voir plus Ajouter une critique
3,74

sur 1283 notes

Erik35
  04 janvier 2018
INTERMINABLE...
Dans un grand bol commun, sélectionnez quelques dizaines de dieux antiques et plus ou moins oubliés, ajoutez un ex-taulard qui regrette ce temps perdu pour une peine méritée mais pour une erreur de parcours qu'il ne refera plus, faites se rencontrer les uns et les autres sans grande logique apparente. Compliquez l'appareil d'une véridique morte-vivante, follement amoureuse du précédent, son époux. N'oubliez pas de sucrer ces éléments de quelques rencontres brèves, inattendues, voyageuses et diversement amusantes. Aspergez d'un intrigant parfum de guerre à venir.
Réservez.
Dans un grand plat usé aux allures d'Etats-Unis - principalement de cette Amérique profonde des coins pommés, des régions à red-necks, des grandes plaines ininterrompues ou d'anciens lieux mystiques de ses premiers habitants humains, les amérindiens, vous ferez frire un Voyageur aux patronymes innombrables (Wotan, Gaut, Odin, "Le père de tout", etc), ayant l'envie d'en découdre avec ces nouveaux "dieux" parfaitement insipides et froids des USA d'aujourd'hui (Technologie, Ville, Monde, Media, etc). Poivrez d'un zeste de ce bon vieux Loki, toujours prompt à porter, surtout par la parole et le mensonge, un peu de chaos dans ce qui semble trop aller de soi. Salez de quelques remarques acerbes et vaguement humoristiques.
Mélangez le tout.
Garnissez de quelques petites historiettes éparses, sans vraies conséquences mais distrayantes, au sein de la trame générale.
Délayez autant que vous le pourrez. Encore un peu plus : allez ! Il faut que la pâte s'étale le plus possible. Comme tout gâteau sans saveur particulière, il faut au moins qu'il gonfle, qu'il attire le regard, qu'il prenne de l'espace...
Faites cuire à feu mou une bonne partie de la cuisson. Servez et avalez de préférence très vite, de crainte de vous perdre dans les méandres indigestes de cette pâtisserie aussi insipide qu'elle était pleine de promesse.
Oubliez.
Sous cet avant-dire sans doute sévère, c'est malheureusement tout ce qu'il restera de cette lecture fastidieuse, longue, décevante. Pourtant, la lecture des cent premières pages était pleine de promesse, malgré déjà, quelques truismes, quelques facilités. Mais l'entame était rythmée, laissant planer de multiples possibles de même qu'autant de mystères à résoudre, à découdre. Hélas, l'ensemble est servi par ce style écoeurant à force d'être invariablement le même pour toute une école littéraire américaine contemporaine, presque tous genres ou sous-genres confondus, ce style appris sur les bancs des universités, efficace sans nul doute, direct, sans fioriture inutile ni syntaxe dérangeante, mais qui tend ainsi à uniformiser toute production pour la niveler, la conforter, la conformer à une médiocrité moyenne, certes lisible par tous mais tellement sans aspérité que cela fini par en devenir désespérément pénible.
Tant que la tension narrative parvenait à faire oublier ce non-style, le compte n'y était sans doute pas, mais le plaisir de suivre ces personnages plus ou moins attachants - C'est le cas, presque unique, de cet Ombre, personnage principal, sorte d'anti-héros issu de cette middle class américaine en perdition et en manque de repère - dans leurs aventures abracadabrantes mais originales et qui parvenaient à faire oublier ce style de roman de gare (encore que dans les anciens mal nommés romans de gare, on trouvait parfois de vrais styles, mais passons).
Seulement, du souffle, il faut en avoir pour tenir ses six cents pages. Sans présumer de ce que Neil Gaiman est capable de produire par ailleurs - que nous ne connaissons pas -, ce roman-ci ressemble plutôt à l'exploit laborieux d'un asthmatique de l'écriture, sur plus des deux tiers de ce pavé, et pour tenir quatre cent pages d'un interminable ennui, il faut, reconnaissons-le, être un peu masochiste et, malgré tout, avoir un sens presque maladif de la curiosité pour poursuivre jusqu'à la fin. Et ce n'est pas en sur-multipliant les rôles, les personnages, les situations que les choses s'arrangent . Pire, protagonistes secondaires et mises en scènes finissent par se ressembler un peu tous, n'ont pour tout contours que le flou dans lequel ce non-style les maintient, se refusent à tout véritable attachement, se brisent sur l'imprécis de leur psychologies ou sur la rapidité faible des descriptions. Un comble : rédiger autant de pages pour en faire découvrir finalement si peu !
Pour les courageux qui auront tenu jusqu'à la fin de cette succession ininterrompue mais filandreuse de saynètes où l'on saute régulièrement du coq à l'âne sans aucune logique ni mise en forme (comme si Neil Gaiman avait préparé son bouquin pour être mis directement en feuilleton pour quelque compagnie d'Entertainment US, charge au réalisateur de s'en débrouiller ensuite), il faut admettre que les cent dernières pages redressent légèrement le cap. On s'y ennuie un peu moins, on parvient bon an, mal an, à y démêler les fils trop nombreux d'une intrigue finalement bien futile et moins complexe qu'il pouvait y paraître - Ah ! Ces bons vieux dieux de la mythologie scandinave tellement pratiques dans n'importe quelle histoire, tant ils sont polymorphes. Les auteurs de comics américains l'ont bien compris qui les usent jusqu'à la corde depuis soixante-dix ans -, mais qui se tient somme toute convenablement. Sans génie. Sans être nul non plus.
Quant à y trouver une critique de l'Amérique contemporaine... Oui, bien entendu. Une de plus a-t-on envie d'ajouter immédiatement... On est loin, cependant, de ce que les auteurs de la Lost Generation firent en leur temps, on est encore plus loin de ce que défourailla un Charles Bukowski, un Henri Miller en leur temps, ou de la vision plus insidieuse, moins frontale d'un Paul Auster, mais tout aussi terrible sur ce pays immense, froid, déshumanisé, accumulant les solitudes à l'incrédulité. Ce que Neil Gaiman défini par l'impossibilité qu'a cette terre à y laisser vivre et prospérer les dieux.
American Gods se voudrait de cette veine-là, à travers une fiction entremêlant fantastique et fantasy - après tout n'est-ce pas ce que fit aussi, et avec un incroyable talent, un H.P. Lovecraft jadis ? - mais il n'en a pas la moelle, ni le tempérament, ni la profondeur. À peine parvient-il à en effleurer la surface intranquille. du moins, dans ce roman-là, complète et interminable déception.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          428
Derfuchs
  04 juin 2022
Du surplace, j'ai fait du surplace, les pieds, lamentablement, collés aux pages, embourbé que j'étais et pourtant, oui, pourtant j'aime bien ce bonhomme là, son bouquin dans le grand magasin, dont j'ai oublié le titre, impeccable, à retenir et ses BD's aussi.
Mais là n'est pas le sujet;
Les dieux américains, au figuré s'entend, médias, presse, télé, ordinateurs, voitures, enfin tout ce qui est de la modernité d'un pays mais qui pourrait en être un autre, opposés aux dieux d'autres mythologies et ça en fait un paquet, croyez-moi. La guerre s'annonce entre ces deux parties, elle est imminente, on la sent, entre lignes, mais à la fin on l'attend toujours.
Mais bon ça c'est la trame, l'histoire c'est celle d'Ombre, un bonhomme qui se balade sans but et qui vit des aventures au cours de ses rencontres tout en ne sachant pas où il va (nous non plus d'ailleurs), ni pourquoi il y va (nonobstant la mort brutale de sa femme).
Bien sûr c'est le genre d'histoire qui peut être fichtrement intéressante pour autant qu'il y ait un tant soit peu de cohérence ou pour le moins un fil narratif tirant le lecteur par le bout de ses yeux. Point de cela et c'est quand même dommage même si, par-ci, par là, au fil des rencontres, une lumière appâte le lecteur, finalement, lamentablement sans saveur.
Cette fin qui est à l'opposé de l'entendement ou de l'attente, pourrait annoncer une suite (qui viendra peut-être?).
"Neverwhere", autre référence de Gaiman, est bien loin.
Lien : https://www.babelio.com/livr..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          492
ElGatoMalo
  31 mai 2012
American Gods ou american Goods ? Un pavé qui sonne comme un paquet de muesli quand on le secoue un peu. En bouche, on trouve des tas de petits trucs variés au goût fade qui croquent un peu sous la dent mais pas trop : les poncifs de l'Amérique contemporaine avec en filigrane la référence à un meltingpot culturel et religieux. Tel est Ombre, héros terne, costaud mais inactif, inséré dans le tissus d'une Amérique vue au travers des stéréotypes Hollywoodiens à l'eau de rose, balloté par les évènements, poussé par l'étrange Voyageur d'un piège à touriste à l'autre. Il avance sur la route sans trop comprendre où il va ni ce qui se passe (le lecteur non plus, soit dit en passant). A sa description floue, on se demande bien qui il peut être jusqu'à la toute fin... ou presque.
La construction du récit n'est pas vraiment linéaire. Ce n'est pas un simple roadmovie (ou l'équivalent littéraire) quoique les personnages soient le plus souvent rencontrés sur le bord du chemin. le plus décevant touche le développement des aventures au creux de l'hiver qui tourne court. le long passage qui se déroule à Lakeside n'a pas de conclusion. Pas qui soit satisfaisante pendant la lecture. Pas De révélation fracassante, pas de chute de fin de scène. Des fils sont dénoués, tirés mais on n'en voit pas le bout. Juste des débuts d'histoires. Des situations mystérieuses. Au moins une qui commence comme un polard : on se demande qui fait disparaître ces jeunes gens chaque année. Allusions, plongée dans l'histoire ancienne de la ville qui fait référence à un personnage truculent dont on aimerait bien qu'il soit sinon le responsable peut-être la clé qui conduit à la solution de l'énigme. Mais non ! Tout s'arrête. le héros (ou l'antihéros) est retiré de cette trame narrative pour être projeté ailleurs dans les coulisses du monde en laissant le lecteur très frustré. En tout cas, moi, je l'ai été. le retournement final conclut l'histoire principale sans tambour ni trompette. Encore une frustration. Il faut attendre les toutes dernières pages (un peu comme dans ces films où après le générique de fin, le réalisateur colle encore une dernière scène qui laisse entrevoir la possibilité d'une suite) pour enfin être confirmé dans les déductions que l'on n'avait pas manqué de faire.
Un bon bouquin, ceci dit. J'ai délibérément fait trainer la lecture aussi longtemps que possible car j'ai vraiment apprécié de m'y replonger encore et encore...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          370
Mladoria
  15 janvier 2019
Un petit Gaiman pour bien commencer l'année. On retrouve son talent de conteur que j'apprécie tant et ce contexte mythologique que j'avais adoré dans La mythologie viking.
Là encore l'histoire est un brin fourre-tout, prétexte à des flash-backs préhistoriques et antiques sur fond de naissance divine.
On suit Ombre, ancien détenu, dans un road trip à travers les Etats Unis en compagnie du mystérieux Voyageur, dont l'identité est dévoilée à travers de multiples indices (elle sera évidente aux amateurs de mythologie mais qu'importe). Les aventures sont rocambolesques, plus ancrées dans les légendes que dans la réalité mais la présence de multiples déités immigrées avec leurs croyants depuis bien longtemps servent cette atmosphère de rêve éveillé.
Comme toujours, j'ai apprécié le style de l'auteur, ses "méchants" dans lesquels je retrouvais un peu du duo Croup et Vandemar de Neverwhere (notamment chez les Nouveaux Dieux), le personnage principal est là aussi un peu effacé même si on s'y attache le principal c'est cette galerie de dieux oubliés, les légendes, cet orage en préparation et il faut avouer que le dénouement manque peut-être un peu de panache mais l'épilogue relance quelques fils qui pourraient être intéressants pour une suite (j'ai cru comprendre qu'Anansi Boys tenait plus ou moins ce rôle, j'irai donc y jeter un oeil avec plaisir).
Un presque coup de coeur pour cette épopée divine hivernale.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          401
Arakasi
  20 juin 2018
Le monde est bizarrement foutu, vous ne trouvez pas ? Les bonnes nouvelles ne vont jamais seules et sont toujours contrebalancées par d'autres bien pires. Prenons un exemple : on vient vous chercher dans votre cellule de pénitencier pour vous annoncer votre libération anticipée. Vous avez à peine le temps de vous réjouir que vous apprenez que ce bienfait est dû à la mort brutale de votre femme, tuée la veille dans un accident de voiture. le pire étant qu'elle est morte le pénis de votre meilleur ami entre les dents. Ces choses-là arrivent, vous savez… C'est précisément le cas pour Ombre Moon. le voici sur la route de sa ville natale pour y enterrer l'épouse qu'il a éperdument aimée et essayer - sans grand enthousiasme - de recommencer une nouvelle vie. Dans un avion, il croise un curieux homme d'affaire nommé Voyageur qui lui propose de travailler pour lui quelques temps. le job ? Rien du plus simple : l'accompagner, le protéger et l'aider à réunir quelques vieux amis pour une entreprise de son cru.
Ombre accepte. Il a tort mais l'ignore encore car Voyageur n'est pas un homme d'affaire comme les autres. Longtemps auparavant, son oeil droit fut énuclé et lui-même fut pendu pendant neuf jours dans un arbre pour y apprendre tout le savoir du monde. Encore aujourd'hui, deux corbeaux l'accompagnent et viennent lui croasser à l'oreille tous les secrets de la terre. Et ses “vieux amis” ne sont pas en reste. Chauffeurs de taxi aux yeux de feu, prostitués aux pouvoirs sulfureux, croques-mort aux curieux talents de métamorphe… Ils sont tous arrivés sur le continent américain, des siècles, voire bien davantage, auparavant. Ils y sont venus avec leurs prêtres et leurs croyants, y ont grandi et prospéré avant de connaître la lente déchéance de l'oubli. Aujourd'hui, ils vivotent, grappillant ça et là quelques miettes de croyance. Mais ils n'ont pas dit leur dernier mot pour autant. Car une guerre s'annonce, la plus grande guerre que le monde ait jamais connu et elle opposera les vieux dieux aux nouveaux - les parvenus, les arrivistes, ceux qui leur ont dérobé leurs croyants et s'apprêtent maintenant à les rayer de la surface du monde. Et, dans cette guerre totale, absolue, Ombre sera au premier rang.
A la base, “American Gods” et moi, c'est un peu un rendez-vous raté. J'avais lu ce roman à l'adolescence après ma découverte enthousiaste de “Neverwhere” du même auteur et de la série des “Sandman” et je l'avais jugé… Eh bien, ma foi, pas inintéressant mais assez longuet avec un personnage principal sans intérêt et une fin frustrante. Très favorablement impressionnée par l'adaptation récente en série télévisée et amusée par la lecture récente d'un recueil de mythes nordiques rédigé par Gaiman, j'ai décidé de lui donner une seconde chance. Bonne initiative puisque cette seconde lecture, sans être un vrai coup de coeur, s'est révélée beaucoup plus satisfaisante que la première. Si Ombre reste un protagoniste assez fadasse à mon goût, les nombreux personnages bizarres, déroutants ou inquiétants qu'il croisera dans son périple valent en revanche le détour. C'est dans leur caractérisation et leur étrangeté fascinante que la riche imagination de Gaiman se déploie et parvient à captiver l'attention du lecteur.
Peu de rebondissement dans cette curieuse odyssée aux allures de road-movie halluciné, mais une lente montée en puissance savamment orchestrée. Beaucoup d'allusions, de non-dits, de mensonges et d'énigmes sans solution. Après ce long trip légèrement hypnotique, on peut facilement être déçu par la toute fin du récit et son refus assumé du spectaculaire. Gaiman a fait germer en nous des attentes, les a entretenues pour mieux les décevoir et nous offrir un dénouement tout autre que celui que l'on souhaitait et que l'on avait l'impression - à tort ou à raison - de mériter. C'est à la fois habile, original et un peu agaçant. Clairement pas mon oeuvre préférée de Gaiman, mais un ovni littéraire tout à fait digne d'intérêt qui en enchantera certains comme il en ennuiera profondément d'autres. A lire pour vous faire votre propre opinion.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          280


critiques presse (3)
BoDoi   30 novembre 2018
À l’arrivée, ce premier tome chez Urban témoigne d’un travail d’adaptation sérieux, qui a pour seul défaut de pas ne nous laisser d’autre choix que de nous en remettre avant tout au texte. De quoi donner surtout envie, donc, de (re)lire le roman original.
Lire la critique sur le site : BoDoi
Sceneario   05 novembre 2018
Ce premier volume est une très belle surprise. Ceux qui ont lu le roman auront plaisir à relire cette oeuvre de cette façon. Pour les autres, ils pourront découvrir ce qui est, depuis, devenu un des chefs d'oeuvre de la littérature fantastique.
Lire la critique sur le site : Sceneario
Elbakin.net   09 mai 2014
American Gods mérite amplement les louanges dont il a pu se voir gratifier, insufflant un souffle d’originalité démontrant qu’il existe encore bien des pistes à parcourir en Fantasy, loin des sentiers battus…
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (151) Voir plus Ajouter une citation
OlafOlaf   13 juin 2017
Une fois, je chassais le daim, il y a quoi ? Trente ou quarante ans ; j’ai tiré un mâle et je l’ai raté, si bien qu’il s’est enfui dans la forêt. C’était sur la rive nord, pas loin de l’endroit où vous allez habiter, Mike. Le plus beau cerf que j’aie jamais vu : un vingt cors, aussi gros qu’un petit cheval, sans blague. Quant à moi, j’étais plus jeune et plus robuste que maintenant. Il avait commencé à neiger avant Halloween, cette année-là, mais on était aux alentours de la fête d’Action de Grâces et il y avait encore une neige toute fraîche par terre, si bien que je voyais clairement les empreintes de la bête. Elle avait l’air de s’enfuir vers le lac, affolée.
« Bon, il faut être complétement idiot pour courir après un cerf, mais vu que je suis complétement idiot, je me rue à sa poursuite, et voilà que je le trouve debout dans vingt ou vingt-cinq centimètres d’eau. A ce moment précis, le soleil passe derrière un nuage et il se met à geler – on a bien dû perdre dix degrés en autant de minutes, je n’invente rien. Et mon vieux cerf qui se préparait à filer se retrouve coincé. Pris dans la glace.
« Moi, je m’approche à petits pas. Visiblement, il voudrait s’enfuir, mais il n’y arrive pas. Je ne peux pas descendre une bestiole sans défense qui ne bouge même pas, hein ? Quelle sorte d’homme je serais, si je faisais ça ? Alors, je prends mon fusil et je tire en l’air.
« Ça fait un tel boucan, tellement inattendu, que le cerf sursaute assez fort pour jaillir hors de sa peau – et comme il a toujours les pattes prises dans la glace, c’est exactement ce qui se passe. Il laisse son pelage et ses andouillers sur place, et il galope dans les bois, aussi rose qu’un bébé souris, grelottant de tous ses membres.
« Je me sentais si mal pour lui que j’ai convaincu les dames du Cercle de Tricot de lui confectionner quelque chose de chaud pour l’hiver, et elles lui ont tricoté une espèce de combinaison, histoire qu’il n’attrape pas la mort. Bien sûr, on a fait les frais de la plaisanterie, parce qu’elles ont utilisé de la laine orange, si bien qu’aucun chasseur ne lui a jamais tiré dessus. Les chasseurs s’habillent en orange, par ici.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
framotheframothe   07 mai 2016
"Vous êtes de Cornouailles? s'enquit-elle.
- Et comment : je suis un Cousin Jack, répondit le rouquin. Ou plutôt, j'en étais un. A présent, dans ce nouveau monde, plus personne ne dépose de bière ou de lait dehors pour un honnête garçon, ni une miche de pain à l'époque des moissons."
Essie redressa le bol de petits pois sur ses genoux.
"Si vous êtes qui je crois, je n'ai rien contre vous", dit-elle.
Dans la maison, Phyllida réprimandait la gouvernante.
"Ni moi contre toi, assura le rouquin, un peu triste, même si c'est toi qui m'as emmené ici, toi et quelques autres, dans ce pays qui n'a pas le temps pour la magie, pas la place pour les lutins et leurs pareils.
- Vous m'avez comblée de bienfaits.
- De bienfaits et de méfaits, corrigea l'inconnu qui louchait. Nous sommes comme le vent. Nous soufflons dans tous les sens." Son interlocutrice hocha la tête. " Prends donc ma main, Essie Tregowan."
Il lui tendit une main semée de taches de rousseur, sur le dos de laquelle Essie, quoique sa vue baissât, distingua des poils dorés qui luisaient dans le soleil de l'après-midi. Elle se mordit la lèvre? Puis hésitante, elle y pose sa propre main de vielle femme.
Elle était encore chaude lorsqu'on la trouve, quoique la vie eût fui son corps. Seule la moitié des petits pois était écossée.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
ElGatoMaloElGatoMalo   25 mars 2012
La boisson avait une couleur brun doré. Ombre en but une gorgée qui lui laissa un étrange gout aigre-doux sur le palais. Par-dessus nombre de parfums mêlés, surnageait celui de l’alcool. L'ensemble rappelait un peu la bibine de la prison, brassée dans un sac-poubelle avec des fruits pourris, du pain, du sucre et de l’eau, mais en plus sucré et nettement plus bizarre.
"- Bon, j’ai gouté. Qu’est-ce que c’est ?
- De l`hydromel, répondit Voyageur. Du vin de miel. La boisson des héros. Des dieux. "
Ombre avala une autre gorgée prudente. Oui, il sentait le miel : un goût parmi d’autres.
" On dirait un peu de la saumure, remarqua-t-il. Du vin de saumure sucré. `
- De la pisse d’alcoolo diabétique, oui, corrigea Voyageur. J’ai horreur de ça."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120
ElGatoMaloElGatoMalo   09 avril 2012
Et quels animaux ! impressionné, Ombre contempla les centaines de créatures grandeur nature fixées sur la plate forme. Certaines réelles, d’autres totalement imaginaires, et des mélanges des deux. Toutes étaient différentes ; il vit sirène et triton, centaure et licorne, éléphants (un gigantesque, un tout petit), bouledogue, grenouille et phénix, zèbre, tigre, manticore et basilic, des cygnes tirant un carrosse, un taureau blanc, un renard, des morses jumeaux et jusqu’à un serpent de mer - ornés de couleurs vives et plus vrais que nature : tous tournaient au son de la valse qui s’achevait. Une autre commença sans que le manège ralentisse.
"A quoi ça sert ? demanda Ombre. Je veux dire : d’accord, c'est le plus grand carrousel du monde, celui où il y a le plus d’animaux, le plus d’ampoules électriques. Il tourne sans arrêt et personne n’y monte jamais.
- ll n’est pas là pour qu’on y monte, répondit Voyageur. Il est là pour être admire. Pour être.

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
ElGatoMaloElGatoMalo   27 mai 2012
Dans les années 1830, l’Acte de déportation des Indiens les avait exilés — Choctaws, Chickamaugas, Cherokees et Chickasaws. Les soldats avaient contraint tous ceux qu’ils avaient attrapés à parcourir près de deux mille kilomètres à pied, long chemin de larmes menant aux nouveaux territoires indiens, dans ce qui serait un jour l’Oklahoma. Un génocide tranquille. Des milliers d’hommes, de femmes, d'enfants avaient succombé durant le voyage. Quand on a gagné, on a gagné, nul ne peut dire le contraire.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          130

Videos de Neil Gaiman (31) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Neil Gaiman
Les littératures de l'imaginaire peuvent parfois intimider les lectrices et les lecteurs qui auraient peur de s'y perdre. C'est pourquoi la librairie Point Virgule vous propose cette semaine une sélection de romans drôles et accessibles pour découvrir le fantastique ou la science fiction.
- Le club des punks contre l'apocalypse zombie, Karim Berrouka, Actu SF, 29,90€ - Le guide du voyageur galactique, Douglas Adams, Folio SF, 8,10€ - Days, James Lovegrove, Bragelonne, 7,90€ - Neverwhere, Neil Gaiman, J'ai Lu, 8,10€
autres livres classés : mythologieVoir plus
Notre sélection Imaginaire Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura





Quiz Voir plus

American Gods

Dans quel moyen de locomotion Ombre rencontre-t-il Voyageur pour la première fois ?

l'avion
le bateau
le taxi
le train

20 questions
17 lecteurs ont répondu
Thème : American Gods de Neil GaimanCréer un quiz sur ce livre