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EAN : 9782841569342
524 pages
Éditeur : Editions du Rouergue (27/02/2008)

Note moyenne : 3.93/5 (sur 2509 notes)
Résumé :
La Hague... Ici on dit que le vent est parfois tellement fort qu'il arrache les ailes des papillons. Sur ce bout du monde en pointe du Cotentin vit une poignée d'hommes.
C'est sur cette terre âpre que la narratrice est venue se réfugier depuis l'automne. Employée par le Centre ornithologique, elle arpente les landes, observe les falaises et leurs oiseaux migrateurs.
La première fois qu'elle voit Lambert, c'est un jour de grande tempête. Sur la plage d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (343) Voir plus Ajouter une critique
TheWind
  06 mai 2015
Le poids de nos vies bercé par le chant des vagues, les déferlantes,
Son regard, mes silences, nos pas vers les falaises,
Ces oiseaux qui partent, ceux qui restent,
Leurs cris, leurs rancunes secrètes,
L'odeur du mensonge,
Un jouet volé,
Toi.
La plainte du vent,
Mes yeux dans la mer,
Une nuit, un phare qui s'éteint,
Son pouce sur le creux de ses lèvres,
La mer démontée, coeurs écorchés des Suppliantes,
Dans une petite boîte en bois, des lettres à l'encre bleue,
Une cigarette qu'on partage, lourds non-dits qui partent en fumée.
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cuisineetlectures
  06 avril 2012
Dès les premières lignes, « Les déferlantes » est un gros pavé qu'on ne lâche plus. L'héroïne dont on ne connaît pas le nom, croise Michel au sein d'un village où vivent plusieurs personnes mystérieuses. C'est une sorte de huis clos à La Hague et le vent de la lande tourbillonne à vous rendre fou…
L'intrigue tient en haleine et nous entraine du café du village jusqu'au bord de la mer en passant par les habitations…
Claudie Gallay, avec un souffle inouï, traduit l'indicible, l'amour, la rancoeur ou le pardon, l'impossible deuil des êtres aimés, la complexité des liens familiaux…
C'est un livre d'une rare subtilité sur la brutalité des sentiments, râpeux comme la lande, vigoureux comme le vent et dont les vagues d'émotions nous touchent à chaque page.
Un livre fort et inoubliable.
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Hugo
  06 septembre 2016
Il y a des livres comme ça ou tu t'ennuis, ou tu te dis :
« Putain je vais en chier un bout de temps… »
Que l'on soit bien d'accord, ma sensibilité pour ce bouquin n'engage que moi, et mon mauvais gout, complètement hermétique à ce style de lecture qui ne me fait pas rêver…
Sautons du coq à l'âne et parlons un peu philosophie.
L'autre jour, j'étais dans la voiture, je roulais pépère à 120 km/h sur la départementale qui relie mon appartement à mon boulot quand un chanteur populaire de la variété française me demanda :
« Il est ou le bonheur, il est ou ? »
Sans réfléchir, et parce que j'ai un putain de côté philosophe, j'ai répondu :
« Dans ton cul »
Bien sur chacun y trouvera matière à vulgarité, d'autant plus que le livre est aussi doux et beau qu'un bébé lapin, vivant…parce que mort c'est tout de suite cruel… même avec une bonne sauce…
Donc voilà j'avais répondu ça comme ça sans réfléchir, et à haute voix… Et là qu'est ce que j'entends :
- Dans ton cul, dans ton cul… papa dans ton cul
- Euh merde, chut on ne dit pas ça
- Merde, ça pu le cul cul
- Mais non mais non, enfin si, mais non putain, dis pas des trucs pareils
- Putain de merde, putain de merde…
Ma fille est une éponge à philosophie, et ça me fait bien marrer… du coup j'ai réfléchi un peu parce que le gars qui chante, il avait pas fini de brailler ses notes les plus hautes, et il est revenu à la charge avec sa question de merde mais avec une nuance :
« c'est quoi le bonheur »
- Un barbeuc… là je sentais que mon moi philosophe prenait de l'assurance…
T'es là, t'as pas de journal, t'as pas de petit bois, mais t'es dehors, les merguez rêvent de se juter sur les flammes incandescentes de ma faim qui me crie famine… T'es au grand air, je pars à la recherche de quelques brindilles malheureuse, un vieil emballage et un briquet… et c'est le kif… le son de la bouteille que tu débouches pour accompagner tout ça… hum… bonheur éphémère qui ne dure que le temps des braises qui se consument et qui s'éteignent gentiment…
Après soit tu prolonges le bonheur, et là « dans ton cul » prend tout son sens, et cela peut être une alternative bien bandante, on oublie les soucis, et on transpire un peu pendant quelques minutes… ou quelques secondes pour les plus honnêtes…
C'est plein de petits plaisirs quotidiens finalement, suffit de se donner le temps, de baiser son froc, ou de le garder chasteté et de lire un bon bouquin, de regarder un bon film, bref c'est indéfinissable, chacun se contente de ses moments à lui, en musique, en, silence, en méditation, il n'est pas quantifiable, faut juste savoir en profiter le moment venu, sans se poser de question en chanson… Parce que plus tu le cherches, moins tu le trouves…
Donc pour en revenir au bouquin, bah ce n'est pas ma came… mais cela n'enlève rien à ses qualités…
Bisou les copains
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mosaique92
  15 juin 2015
Amateurs d’intrigues fortes et de péripéties, passez votre chemin. Il s’agit d’un roman d’atmosphère. Ce sont un refus de deuil, des secrets de famille et les pesanteurs d’une vie de village, noyés dans les descriptions de la nature et du climat de ce bout du monde qu’est La Hague… La mer toujours changeante, le vent, la pluie et l’humidité si fréquents, les landes, les falaises, les oiseaux : tout cela semble avoir un rôle déterminant dans les destins, les choix et les vies. « J'aime les endroits qui s'imposent physiquement. La Hague, c'est quelques kilomètres carrés de vent, de lumière, de lande sauvage, et la mer qui vous submerge » a dit l’auteur dans un interview.
La narratrice, ornithologue ayant des difficultés à faire le deuil de son compagnon décédé et provisoirement installée à La Hague, va, très lentement mais avec opiniâtreté, découvrir des secrets qui ont scellé le destin de plusieurs personnes qu’elle côtoie. Des personnages, un peu caricaturaux et à la recherche d’un ‘’ailleurs’’, corsent cette quête.
Ce long cheminement trouve son épilogue dans les 30 dernières pages où les personnages prennent le pas sur la nature.
J’ai aimé ce roman lent et dense, cette nature omniprésente et si longuement décrite, ces personnages écrasés par le destin qui tentent de se (re)construire, de survivre ou, simplement, d’atteindre un rêve.
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bonnetcoeursvaillants
  09 octobre 2020
Claudie Gallay a l'art de dénouer le fil d'une histoire tout doucement au fil des pages de ses romans avec des moments intenses et d'autres où l'on ne sait plus où l'on va, sorte d'errance caractéristique de toute vie jamais mathématiquement établie. Avec Les déferlantes, nous voguons par métaphore, sur une mer tumultueuse où la vie est emplie de souvenirs tapis, prêts à surgir ou à hanter le présent, au risque de déferler et tout annihiler. Tout est fragile, incertain et il faut du temps pour réapprendre à se reconstruire avec toujours le risque de périr. Mais qui n'essaie rien n'a rien et il y a en nous, une force qui nous devance et nous oblige à faire des choses avant même de réfléchir et nous emmène plus loin que nous-mêmes vers un ailleurs étonnant et un futur à construire sur nos ruines.
La première citation de René-Paul Entremont crée déjà l'ambiance : « Vous me reconnaîtrez, je suis celui qui passe… » (p. 7) En effet, dans ce roman, rien n'est sûr et tout est encore possible. le paysage vit en symbiose avec les sentiments un peu comme dans Les Hauts du Hurlevent de Charlotte Brontë ou les légendes racontées par George Sand : « Les vents qui soufflent les jours de tempête sont comme des tourbillons de damnés. On dit qu'ils sont des âmes mauvaises qui s'engouffrent à l'intérieur des maisons pour y prendre ce qu'on leur doit. » (p. 14) Nous comprenons déjà le sens premier du titre de ce roman à travers la violence latente ou criante comme dans nos vies : « Sous la violence, les vagues noires s'emmêlaient comme des corps. C'étaient des murs d'eau qui étaient charriés (…). Ces vagues, les déferlantes. » (p. 18) La force n'a-t-elle pas le dernier mot ? Oui même si la fragilité ne peut perdre qu'en apparence : « On dit ici que le vent parfois est tellement fort qu'il arrache les ailes des papillons. » (p. 98)
Deux êtres se rencontrent, se parlent et se quittent avec l'impression que derrière des mots banaux, il y a un déclic : « Il y a eu ces quelques secondes fragiles où on aurait pu partir aussi, chacun de son côté, on se serait croisés. Deux inexistants l'un pour l'autre (…). » (p. 109) La femme se sent en perpétuelle migration, un peu comme « les oies sauvages » (p. 11). La solitude est aussi sa compagne : « Les falaises, c'étaient mes chemins de solitude. Je ne savais plus marcher à deux. » (p. 114)
Un pan du passé ressurgit comme un morceau de nuage qui se déchire, un drame, une énigme : « Théo a éteint le phare. Je ne sais pas pourquoi mais je sais qu'il l'a fait. » (p. 117)
L'amour disparu refait aussi surface : « Est-ce que je pouvais t'aimer encore ? » (p. 131) même après la mort puisque « L'amour, la mort, ça se ressemble si on n'articule pas… » (p. 161) Quand tout est décousu, peut-on recoudre l'amour ? (p. 162)
Le danger peut griser quand on frôle la mort et quand peu importe : « C'était un monde mouvant, plus vraiment le monde de l'eau mais pas celui de la terre. Un entre-deux. » (p. 169) Pour fuir une réalité trop cruelle, chacun cherche une échappatoire : « Il y a toujours mille raisons pour s'enfermer. Sortir est beaucoup plus difficile. » (p. 171)
Des visions peuvent hanter nos vies comme pour ceux qui ont perdu un être cher en mer. Pour Lambert, ce sont les « disparus, de ces morts sans corps à la sépulture impossible. » (p. 179) L'espoir vacille, hésite à refaire surface : « Des lumières tremblantes. Comme noyées. » (p. 192)
Après la mort, que reste-t-il ? « Quand des gens disparaissent, ceux qui les aimaient croient longtemps qu'ils ont réussi à ne pas mourir. » (p. 202) Certains êtres très sensibles, restent fragilisés, marqués à vie. Que pouvons-nous faire pour celui qui est : « Plus fragile que les autres. » (p. 205) Une seule réponse « l'aimer davantage. » (p. 205) Cette femme blessée, désespérée par la perte de son mari, aurait voulu mourir avec lui (p. 206). Par peur, elle refuse de s'attacher à nouveau à quelqu'un : « Je butais (…). J'avais peur d'aimer. Ta mort m'avait laissé ça. » (p. 256) le manque de l'être aimé marquait sa vie, sa chair.
Claudie Gallay a l'art de maintenir le suspens, de dévoiler juste ce qu'il faut pour réfléchir et garder l'attention du lecteur au cours d'une longue promenade en ce livre, pour découvrir au fil de cette marche, des morceaux à assembler en final pour recoller l'ensemble.
Deux histoires s'enchevêtrent, celle de cette femme en errance depuis la mort de son mari et qui se réfugie en bord de mer, dans l'observation des oiseaux, et celle d'une famille dont mari, femme, enfant sont morts en mer à cause d'un phare qui fonctionnait seulement par intermittence mais seulement deux corps ont été retrouvés, pas celui de l'enfant. Il y a aussi un autre enfant qui n'était pas dans le bateau et dont on a perdu la trace à l'âge adulte. Il y a là des gens qui en savent plus et se taisent. Pourquoi ? Alors instinctivement, la femme part à la recherche de l'histoire de cet enfant sans tombe et elle écoute les gens du village : « Je pense que l'enfant sur la photo et celui que vous avez vu est le même. » (p. 281) Ne serait-il pas mort ? Mais qui l'a caché et pourquoi ?
La femme se sent aussi fascinée par un autre homme et ne peut que se laisser guider par son instinct : « Vous avez raison, (…) en matière d'attirance, on ne choisit pas. » (p. 286) Elle est cependant « incapable » de s'engager, de « dépendre d'un homme ou d'une histoire. » (pp. 297 et 298)
Peu à peu l'histoire du phare émerge et une phrase confiée par le gardien du phare en dit long : « J'ai éteint. Pas longtemps… » (p. 305) Il explique le pourquoi de ce geste et la douleur ancrée en lui ensuite, quand il a su qu'une famille était morte à cause de lui. Il a tu cet évènement car « On pardonne plus à la mer qu'aux hommes… » (p. 323)
Au contact de la connaissance de la blessure de cette famille noyée en mer, la femme peut refaire surface et l'homme qu'elle a appris à connaître aussi car tous deux reviennent de loin comme il lui confie : « Dans mes rêves, je me suis tellement noyé, je me noie encore… » (p. 356)
Par ailleurs, nous apprenons que l'enfant supposé noyé, ne l'est pas. Il est « un rendu de la mer » (p. 465) Il faut du temps et de l'espace pour accepter la dureté des faits vécus mais la mer, les déferlantes lavent la plage, les rochers et l'histoire des hommes. Claudie Gallay sait nous faire faire des pauses pour nous entraîner dans l'immensité : « Quand je l'ai quitté, la brume était déchirée. le temps s'était mis à la lumière. Et puis la lumière est partie. (…) Des ténèbres bien avant et bien après la nuit. Et l'espace de la mer sans limite. » (p. 427)
À l'écouter, nous avons l'impression de n'être qu'un grain de sable par rapport au monde gigantesque de l'univers et en même temps, des êtres qui ne prennent leur sens que dans l'amour.
Abandonné ou perdu en mer, qu'importe à cet enfant qui avait sa voie tracée en dehors de ce monde, une voie mystique, tournée vers Dieu, une voie qui peut aussi aider les autres à refaire surface.
À découvrir les blessures des autres, celles de cette femme se referment et elle peut se lier à l'homme rencontré. Claudie Gallay répète la phrase précédemment écrite « on se serait croisés » (p. 109) mais maintenant elle peut la compléter par « Eux qui n'auraient jamais dû se croiser. Qui auraient pu se croiser et ne pas se voir. Se croiser et ne rien se dire. Ils sont là. » (p. 478)
L'enfant abandonné devenu moine, explique son pardon à l'autre. Claudine Gallay nous donne une phrase du pape Jean-Paul II pour souligner cette démarche : « L'homme qui pardonne comprend qu'il y a une vérité plus grande que lui » (p. 513). Nous approchons alors la paix ; cette vie « hors du temps » (p. 519) qui passe, prend une tout autre signification. Claudine Gallay nous le fait entendre à demi-mots : « Que représentaient deux ans, dix ans, pour des hommes ainsi repliés ? Les cloches rythmaient le temps, comme les marées marquaient celui de la Hague. » (p. 520)
Dans la plénitude de la vie mystique, le monde prend un sens différent : « Il m'a parlé de ces hommes, âmes solitaires en quête d'absolu, qui offraient au silence de la montagne leur propre silence. » (p. 523) Là où « les déferlantes » apportaient la mouvance, la violence, l'errance, le silence des pierres est porteur de paix alors chacun peut se reconstruire.
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critiques presse (3)
LaLibreBelgique   29 août 2017
Claudie Gallay trouve dans l’art un équilibre entre tourments et sérénité.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeFigaro   25 novembre 2011
Voilà un roman qui a du souffle. Un souffle aussi puissant que les tempêtes décrites par Claudie Gallay. Un récit au long cours, aussi. Ce que nous avons peu l'habitude de voir en littérature française.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeFigaro   23 novembre 2011
Voilà un roman qui a du souffle. Un souffle aussi puissant que les tempêtes décrites par Claudie Gallay. Un récit au long cours, aussi. Ce que nous avons peu l'habitude de voir en littérature française. Enfin, en plus d'un décor que l'auteure a su magistralement camper, ses personnages, et ils sont pourtant nombreux, sont d'une richesse et d'une complexité exceptionnelles.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (247) Voir plus Ajouter une citation
NeigelineNeigeline   01 mars 2009
Qu'est-ce qui fait que l'on s'éprend, comme ça, au premier regard, sans jamais s'être vus avant ? Il y a des rencontres qui se font et d'autres, toutes les autres qui nous échappent, nous sommes tellement inattentifs... Parfois nous croisons quelqu'un, il suffit de quelques mots échangés, et nous savons que nous avons à vivre quelque chose d'essentiel ensemble. Mais il suffit d'un rien pour que ces choses là ne se passent pas et que chacun poursuive sa route de son côté.
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xstxst   15 octobre 2013
La première fois que j'ai vu Lambert, c'était le jour de la grande tempête. Le ciel était noir, très bas, ça cognait déjà fort au large.
Il était arrivé un peu après moi et il s'était assis en terrasse, une table en plein vent. Avec le soleil en face, il grimaçait, on aurait dit qu'il pleurait.
Je l'ai regardé, pas parce qu'il avait choisi la plus mauvaise table, ni pour cette grimace sur le visage. Je l'ai regardé parce qu'il fumait comme toi, les yeux dans le vague, en frottant son pouce sur ses lèvres. Des lèvres sèches, peut-être plus sèches que les tiennes.
J'ai pensé qu'il était journaliste, une tempête d'équinoxe, ça pouvait faire quelques bonnes photos. Derrière la digue, le vent creusait les vagues, boutait les courants, ceux du Raz Blanchard, des fleuves noirs venus de très loin, des mers plus au nord ou des tréfonds de l'Atlantique.
Morgane est sortie de l'auberge. Elle a vu Lambert.
- Vous n'êtes pas d'ici, elle a dit en lui demandant ce qu'il voulait.
Elle avait le ton maussade des jours où elle devait servir des clients quand le temps était mauvais.
- Vous êtes là pour la tempête ? Il a fait non avec la tête.
- Alors c'est pour Prévert ? Tout le monde vient là pour Prévert...
- Je cherche un lit pour la nuit, il a fini par dire. Elle a haussé les épaules.
- On fait pas hôtel.
- Je peux trouver ça où ?
- Il y en a un au village, en face de l'église... ou alors à la Rogue. À l'intérieur des terres. Mon patron a une amie, une Irlandaise, elle tient une pension... Vous voulez son numéro ?
Il a hoché la tête.
- Et manger, c'est possible ?
- C'est trois heures...
- Et alors !
- À trois heures, c'est jambon-beurre.
Elle a montré le ciel, la barre de nuages qui avançait. Le soleil filtrait un peu par en dessous. Dix minutes encore et il ferait nuit.
- Ça va être le déluge ! elle a dit.
- Le déluge n'empêche rien. Six huîtres avec un verre de vin ?
Morgane a souri. Lambert était plutôt beau gosse. Elle a eu envie de lui tenir tête.
- En terrasse, on sert seulement les boissons.
Je buvais un café noir à deux tables derrière lui. Il n'y avait pas d'autres clients. Même à l'intérieur, c'était vide.
Des petites plantes au feuillage gris prenaient racine dans les fissures des pierres. Avec le vent, elles semblaient ramper.
Morgane a soupiré.
- Faut que je demande au patron.
Elle s'est arrêtée à ma table, ses ongles rouges pianotant sur le rebord de bois.
- Ils viennent tous pour Prévert... On viendrait là pour quoi hein ?
Elle a jeté un coup d'oeil par-dessus son épaule et elle a disparu à l'intérieur. J'ai cru qu'elle ne reviendrait pas mais elle est ressortie un moment après avec un verre de vin, du pain dans une soucoupe et les huîtres sur un tas d'algues, elle a tout posé devant lui.
Le numéro de l'Irlandaise aussi.
- Le patron a dit, D'accord pour les huîtres mais dehors, c'est sans nappe... et il faut faire vite parce que ça va tomber.
J'ai commandé un deuxième café.
Il a bu le vin. Il tenait mal son verre mais c'était un mâcheur d'huîtres.
Morgane a empilé les chaises, elle les a toutes poussées contre le mur et elle les a entravées avec une chaîne. Elle m'a fait des signes.
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viou1108viou1108   30 janvier 2013
Comprendre quoi? Qu'un jour on se réveille et qu'on ne pleure plus? Combien de nuits j'ai passées, les dents dans l'oreiller, je voulais retrouver les larmes, la douleur, je voulais continuer à geindre. Je préférais ça. J'ai eu envie de mourir, après, quand la douleur m'a envahi le corps, j'étais devenue un manque, un amas de nuits blanches, un estomac qui se vomit, j'ai cru en crever, mais quand la douleur s'est estompée, j'ai connu autre chose. Et c'était pas mieux.
C'était le vide.
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NionieNionie   03 septembre 2010
je ne sais rien faire sans lui
qu'est-ce que je pouvais lui répondre ? j'ai voulu poser ma main sur la sienne. elle l'a retirée. elle ne voulait pas que je la touche. on croit tous ça, que l'on ne saura plus rien faire sans l'autre. et puis l'autre s'en va et on découvre qu'on sait faire des tas de choses qu'on n'imaginait pas. des choses différentes, et ça ne sera plus js comme avant. j'ai essayé de lui expliquer tt ça.
qu'on peut continuer qd même.
elle reniflait.
je lui ai parlé de toi.
comme une épine enfoncée ds le fond de ma chair.
parfois je t'oublie, et puis il suffit d'un geste, d'un mauvais mouvement et la douleur revient, tellement vive.
parfois aussi, la douleur n'est pas là et c'est moi qui la cherche . je la trouve , je te réveille.
la douleur familière , que seules les larmes consolent ...
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scarlett12scarlett12   14 novembre 2017
Il allait ajouter quelque chose quand la porte s'est ouverte. Le battant a cogné. Les chats ont levé la tête. C'était Nan, vêtue de sa grande robe noire et les cheveux dégoulinants d'eau. Cette eau semblait sombre et sale. Sur sa robe, elle portait un gros châle de laine tricoté.
Elle a fait ce mouvement d'entrer et puis elle m'a vue et elle est restée sur le palier, une main en prise sur sa gorge. Les doigts de son autre main étaient repliés sur quelque chose qu'elle gardait serré contre elle.
Etrange prêtresse, femme poisson, elle me semblait être sortie de l'eau ou de quelque autre monde souterrain, et portait sur sa face l'effrayant masque d'une Gorgone.
- Je m'en allais ... j'ai dit.
Elle s'est plaquée contre le mur. En passant près d'elle, j'ai senti sa forte odeur de sueur et de tourbe.
Je n'ai pas vu ce qu'elle tenait caché dans sa main.
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Rencontre avec Claudie Gallay à la librairie la Galerne du Havre, pour la parution de "La beauté des jours".
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