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ISBN : 9791025603444
Éditeur : Editions Thélème (15/11/2017)
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Note moyenne : 4.41/5 (sur 23 notes)
Résumé :
Des textes poétiques et engagés qui voyagent dans les interstices de l'œuvre romanesque de Laurent Gaudé, dénonçant le sort que les homme font aux opprimés, hier esclaves assujettis au commerce triangulaire des pays riches, aujourd'hui migrants économiques et réfugiés en quête d'une introuvable terre d'accueil.
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
TerrainsVagues
  02 juillet 2017
De sang et de lumière ou entre fatalisme et espoir, révolte et utopie, nausée et fraternité.
Il y a les philosophes qui philosophent, les éditorialistes qui analysent, les politiques qui justifient l'injustifiable, il y a les financiers qui profitent, les graphiques et autres courbes qui chiffrent l'horreur, les gros titres racoleurs qui banalisent, l'égoïsme qui légalise et tout ce petit monde qui explique, le pourquoi et le comment, qu'on y peut rien, rien contre la désertification du coeur de l'Homme qui gagne un peu plus de terrain chaque jour, c'est comme ça, la désertion à son paroxysme.
Il y a les journalistes, les voyageurs, les « humanitaires », et quelques autres qui témoignent de ce qu'ils ont vu, vécu, des lanceurs d'alerte comme on dit aujourd'hui, nécessaires.
Alerte au feu alors que tout le monde voit que ça crame déjà depuis longtemps à sa porte et continue de jouer avec les allumettes, d'attiser les flammes.
Au milieu de tout ça il y a vous, il y a moi, perdus, impuissants, culpabilisant ou pas ce n'est même plus la question. Ballotés dans ce monde qui se replie sur lui-même, ce monde qui s'atrophie.
Combien de fois a-t-on entendu dire « plus jamais ça ». Résultat, chaque jour l'homme invente une nouvelle façon de dominer l'autre, de l'asservir, de l'humilier, de le nier. Plus jamais ça, non, plus jamais dire ces mots qui ont perdu tout sens.
« Si un jour tu nais,
Ne crois pas que le monde se serrera autour de toi,
Pressé de voir ton visage,
Dans une agitation de grands festins.
N'imagine pas qu'on se bousculera,
Que chacun voudra te regarder, te prendre dans ses bras, te recommander aux dieux.
On t'a parlé des cris de joie qu'on pousse à la naissance d'un enfant,
On t'a dit la liesse,
Les coups de feu tirés en l'air,
Les tambours,
La clameur des hommes qui fêtent la vie,
Oublie tout cela.
Si jamais un jour tu nais,
De joie, il n'y en aura pas.
Mais l'inquiétude sur le visage de tous,
Comme toujours, l'inquiétude
Ta venue au monde ne fera naître que cela. »
Laurent Gaudé nous emmène à travers les âges, les continents et ses voyages pour dresser un état des lieux. Les locataires de la planète bleue n'ont aucune chance de récupérer la caution.
D'un continent Afrique dévasté, dépouillé, souillé, affamé, terrorisé, asservi, humilié, colonisé (la liste serait si longue…) par d'incontinents à fric, jusqu'à Paris, Londres, Bruxelles, Nice (la liste serait si… longue) en passant par le moyen orient, par (oui, la liste serait…), l'auteur réussit à faire passer sa rage, sa révolte, son dégout, en déposant ses mots, presque délicatement, comme pour apaiser la douleur de tous ces passagers clandestins de la vie en donnant voix à la misère.
Ses mots doux giflent comme pour nous sortir de la torpeur, du confort aveugle qui endort.
Ces maux d'où qu'ils soient, eux sont égaux contrairement aux Hommes. Pas de hiérarchie dans le désespoir.
C'est musclé, et si la gorge se serre ce n'est dû qu'à la violence de la réalité, du quotidien des ces gens à travers les siècles car les textes de Laurent Gaudé n'ont rien de larmoyant, pas de pathos, pas de bons sentiments, juste des faits bruts.
« de sang et de lumière » risque de surprendre les fans de l'auteur car ce recueil est à ranger au rayon poésie. Oui, oui poésie. Ce genre que tant de monde fait rimer avec niaiserie.
Une dernière petite « niaiserie » dans ce monde en état d'urgence, un petit mot aux dieux qui sont si souvent source d'odieux:
« Maudits soient les hommes qui prient Dieu avant de tuer.
Ils ne nous feront pas flancher.
Leur haine, nous la connaissons bien.
Elle nous suit depuis toujours,
Nous escorte depuis des siècles,
Avec ces mots qui sont pour eux des insultes,
Et pour nous une fierté :
Mécréants,
Infidèles,
Je les prends, ces noms.
Juifs, dépravés, pédérastes,
Je les chéris,
Cosmopolites, libres penseurs, sodomites,
Cela fait longtemps que je les aime, ces noms, parce qu'ils les détestent.
Nous serons toujours du coté de la fesse joyeuse
Et du rire profanateur,
Nous serons toujours des femmes libres et des esprits athées,
Communistes, francs-maçons,
Je les prends,
Tous.
Nous sommes fils et filles de Rabelais et de mai 68,
Paillards joyeux,
Insolents à l'ordre.
Diderot nous a appris à marcher,
Et avant lui, Villon.
Nous serons toujours du coté du baiser et de la dive bouteille.
Ils ont toujours craché sur ce que nous aimions
Et nos bibliothèques ne leur ont jamais rien inspiré d'autre qu'une vieille envie de tout brûler.
Ce que leurs dieux aiment plus que tout, c'est que les hommes aillent tête basse.
La menace pour seul bréviaire.
Ce que leurs dieux aiment plus que tout, c'est la triste soumission. »
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Stelphique
  13 juin 2017
Ce que j'ai ressenti:…Eclat d'un monde de douleurs…
« Les mots sont
Vieux
Comme la souffrance des peuples. «
Il m'a fallu du temps pour digérer cette lecture…A peine une centaine de pages, et pourtant, un raz-de-marée émotionnel dans ses 8 poèmes…Quelques jours pour me poser, quelques jours pour réfléchir, quelques jours pour me rappeler que l'esclavage fait partie de notre Histoire, que des vies sont insignifiantes sur d'autres continents, que le sang a coulé en Europe dans des attentats, que certains vivent l'enfer en nos jours…
« Nous avons besoin des mots du poète, parce que ce sont les seuls à être clairs et obscurs à la fois. Eux seuls, posés sur ce que nous vivons, donnent couleurs à nos vies et nous sauvent, un temps, de l'insignifiance et du bruit. «
Déjà rien qu'avec l'introduction, l'auteur m'avait déjà conquise! Elle a une force et une intention qui défie le temps et l'espace. de sang et de lumière, c'est tout ce qu'on découvre dans ses vers, parce que notre monde est ainsi fait, il saigne de la noirceur des hommes, mais il resplendit aussi dans l'oeil des poètes…Avec ses poésies engagées, Laurent Gaudé rend hommage aux victimes, aux laissés pour comptes, aux réfugiés, aux opprimés…
Les étoiles tombent
Et les souvenirs aussi.
Ce recueil, c'est une poésie qui nous parle de voyage, de misère et d'écorchures. L'envers du décor. Une poésie qui grouille de vie, qui suinte, qui nous confronte à une réalité quotidienne violente, qui dérange…Derrière la beauté des mots, se cache les maux et la douleur, mais en étant posée, écrite, cette poésie reste le témoignage contre l'indifférence, contre l'obscurantisme, contre l'insignifiance…
Si jamais un jour tu nais,
Ne crois pas que le monde se serrera contre toi
Excellent moment de lecture, même si j'ai encore la déchirure au coeur pour le poème Et si un jour tu nais, et le serment de Paris rajoute encore du sel sur notre blessure à vif …Tous plus beaux que les autres en fait, cette poésie a ceci de magique, c'est qu'en quelques mots soigneusement comptés, spécialement choisis dans la multitude, généreusement donné, elle te bouscule au plus profond…
Ma note Plaisir de Lecture 10/10

Lien : https://fairystelphique.word..
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LucileMM
  15 novembre 2017
Comme il est dur de donner un avis sur un recueil de poésie!
Plus encore que toute autre forme de littérature elle fait appel à nos sens et à nos coeurs.
On est touché, ou bien on ne l'est pas.
Cible atteinte en ce qui me concerne, touchée en plein coeur.
Laurent Gaudé donne la parole aux oubliés d'hier et d'aujourd'hui, à tous ces habitants de la planète nés du mauvais côté, ceux qui n'ont pas de voix, pas de choix.
Ces textes sont d'une cruauté implacable et d'une beauté tranchante.
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Pirouette0001
  07 mai 2017
A part Sous le soleil des Scorta, je dois bien dire que je ne suis pas conquise pas Gaudé. Pourtant, ces quelques textes poétiques m'ont véritablement séduites. Petites pépites d'humanisme, qui nous parle si bien de la souffrance des réfugiés et des victimes des guerres de toutes sortes.
J'ai beaucoup aimé. On a envie d'être plus solidaire en refermant ce livre. Quoi de plus positif.
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ma_n_u_e_l
  13 mars 2017
De sang et de lumière est à ma connaissance le premier recueil de poèmes publié par Laurent Gaudé. Dans ce monde contemporain désorienté « avec ses tremblements et ses hésitations » recourir à la poésie est pour l'écrivain une forme d'engagement. « Nous avons besoin des mots du poète, parce que se sont les seuls à être obscurs et clairs à la fois » prévient-il en avant-propos. Cet engagement est concret, dans le siècle, au corps à corps avec le monde contemporain. le poète veut « dire » notre époque, écrire une poésie à « hauteur d'homme » pétrie « de sang et de lumière ». Ainsi, comme Jean Genet, en son temps, eut besoin de se rendre à Chatila et de témoigner, Laurent Gaudé nous livre un poème magnifique intitulé (malicieusement!) « Notre-Dame-Des-Jungles » sur le camp de réfugiés de Sangatte.
Autres poèmes particulièrement touchants parmi les huit textes du recueil « Si jamais un jour tu nais » qui sonne comme une prière, comme le kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas, et le dernier poème datant de 2016, à l'encre encore chaude, « le serment de Paris » écrit suite aux attaques terroristes de 2015 et 2016.
Je conseille vivement la lecture de ce recueil aux très nombreux(ses) amoureux(ses) de Laurent Gaudé !
Lien : https://www.instagram.com/ch..
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critiques presse (1)
LeMonde   03 mars 2017
De sang et de lumière, voudrait être, dirait-on, le catalogue exhaustif des misères du monde et son lyrisme ténébreux devient vite aussi insupportable que les lamentations des pleureuses professionnelles au chevet des morts.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
TerrainsVaguesTerrainsVagues   23 juin 2017
Je veux une poésie moite et serrée comme la vie de l'immense majorité des hommes. Je veux une poésie qui connaisse le ventre de Palerme, Port au Prince et Beyrouth, ces villes qui ont des visages de chair, ces villes nerveuses, détruites, sublimes, une poésie qui porte les cicatrices du temps et dont le pouls est celui des foules.

Je veux une poésie qui s'écrive à hauteur d'hommes. Qui regarde le malheur dans les yeux et sache que dire la chute, c'est encore rester debout. Une poésie qui marche derrière la longue colonne des vaincus et qui porte en elle part égale de honte et de fraternité. Une poésie qui sache l'inégalité violente des hommes devant la voracité du malheur.

Je veux une poésie qui défie l'oubli et pose des yeux sur tous ceux qui vivent et meurent dans l'indifférence du temps. Même pas comptés. Même pas racontés. Une poésie qui n'oublie pas la vieille valeur sacrée de l'écrit : faire que des vies soient sauvées du néant parce qu'on les aura racontées. Je veux une poésie qui se penche sur les hommes et ait le temps de les dire avant qu'ils ne disparaissent.
+ Lire la suite
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TerrainsVaguesTerrainsVagues   28 juin 2017
Je viens de terres brumeuses
Qui sentent l'odeur chaude des siècles,
La teinture et le houblon.
Je viens de terres que je ne connais pas
Qui portent des noms à la mine rouge et aux oreilles écartées :
Hazebrouck, Bousbecque, Wervicq, Wattrelos,
Battues par les vents,
Et transpercées d'humidité.
Le nord industriel,
Qui embrasse la Belgique
Dans un parfum de labeur.

...

Je viens de terres où je suis étranger,
De terres où je ne suis pas né,
Dont je ne parle pas la langue,
Et qui sont miennes,
Pourtant,
Parce qu'aimées.
Je suis né d'un regard sur la Méditerranée,
Cette mer déchirée,
Qui fit toujours commerce de vases, d'huile, de vin,
D'esclaves,
De tout.
Et les mélanges, les musiques qui se mêlent,
Les miracles dans le mariage des formes,
L'aubergine et la tomate,
Les épices et le poisson grillé,
Sur les bords de la mer Egée comme à Tunis.
J'ai ses lumières en moi.
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TerrainsVaguesTerrainsVagues   27 juin 2017
À Fréthun,
La forteresse surgit d'un coup.
Terrain quadrillé.
Tourelles et chiens de garde.
Ils ont inondé des zones entières pour les rendre inaccessibles à vos pieds.
Ils ont clôturés, barrés,
Long grillage sur le bas côté de l'autoroute,
Double rangée, toute neuve,
Infranchissable.
Ils sont là partout,
Les signes de notre violence

...

Ci gît la France qui n'a pas le courage de ses valeurs.
Ci gît l'Europe et mon âme
D'avoir vu votre misère.
Ci gît un peu de l'homme d'où qu'il soit,
Car en ces terres le mot "frère" a été oublié.
Et lorsque les pelleteuses auront fait place nette,
Lorsqu'elles auront pietiné ce que vous avez patiemment construit
Elles s'apercevront peut être,
Mais trop tard,
Que ce sur quoi elles roulent,
Ce qu'elles tassent,
Et font disparaître,
C'est notre dignité.
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PiatkaPiatka   30 juin 2017
Nous avons besoin des mots du poète, parce que ce sont les seuls à être obscurs et clairs à la fois. Eux seuls, posés sur ce que nous vivons, donnent couleurs à nos vies et nous sauvent, un temps, de l'insignifiance et du bruit.
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ma_n_u_e_lma_n_u_e_l   13 mars 2017
Welcome to the jungle
Disent les plus jeunes que je croise,
Avec un sourire bravache pour dire :
‘Oui nous vivons comme des bêtes
Mais nous oublierons.
Seule compte la vie de demain
Qui est là,
Dans les falaises blanches que l’on voit le matin,
En face,
Par jour de grand clair.
Lorsque nous serons passés,
Nous tairons les tentes éventrées par le vent,
Les nuits de pleurs,
Les grelottements de froid.
Vieillards encore, peut-être,
Il nous arrivera de frémir en pensant qu’un rat s’est glissé dans nos draps
Mais nous sourirons au fond
Car cela voudra dire que nous avons des draps.
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