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ISBN : 1090724179
Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture (06/03/2015)

Note moyenne : 4.09/5 (sur 40 notes)
Résumé :
Vytautas Vargalys est coincé dans un emploi absurde, contraint à créer un catalogue numérique pour l'une des bibliothèques de Vilnius contrôlé par les Russes, à laquelle personne n’a accès.
Survivant des camps de travail — une expérience qui l’a perturbé aussi bien physiquement que mentalement —, Vargalys est obsédé par « ce qui se passe » réellement sous la surface de Vilnius. Alors qu’il commence à perdre ses derniers repères, il découvre qu’Ils ont repris ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
Ingannmic
  12 septembre 2015
Ils sont partout, et pourtant insaisissables. Leur pouvoir est infini, qui se manifeste -depuis sans doute la nuit des temps- sous la forme de toutes les barbaries, de tous les asservissements qu'a connus l'humanité. Ils forment une organisation tentaculaire, "kanuk'ant" les masses (les privant de leur cerveau et de leur résolution) et utilisant pour servir leurs desseins des suppôts dont ils ont vampirisé l'âme... Peu d'hommes sont conscients de leur existence. Vytautas Vargalis fait partie de ces élus. Engagé sur le Sentier de la compréhension de l'ordre du monde, de la composition du Bien et du Mal, il est investi d'une mission mortellement dangereuse : les reconnaître, appréhender leur système, les combattre, quitte à y laisser sa vie.
Non, Vilnius poker" n'est pas un ouvrage de science-fiction... c'est une spirale qui vous engloutit, au fond de l'esprit malade de Vytautas, principal narrateur de ce roman hors normes. Interné durant dix ans dans un goulag, où il fut méticuleusement torturé, ce fils de Vilnius est tombé dans une démence d'autant plus glaçante qu'elle fait l'objet d'un raisonnement construit, et ne se manifeste qu'en son for intérieur. En effet, maintenant libre, Vytautas mène en apparence une vie normale, travaillant à l'informatisation du fonds de la bibliothèque municipale, et entretenant avec la sulfureuse Lolita une liaison qu'il imagine salvatrice... En apparence... : la prestance de ce grand et bel homme qui plait aux femmes laisse difficilement deviner l'ampleur de l'agitation qu'abritent ses pensées en proie à des démons qui les pilonnent sans relâche.
Vytautas interprète le monde autour de lui à travers le prisme de ses traumatismes devenus obsessions, de sa paranoïa. Et le lecteur plonge avec lui dans son insoutenable délire, au fil d'un temps suspendu, car il raisonne sans véritable logique chronologique, considérant l'instant aussi bien que ses souvenirs, ses rêves et la réalité, comme ancrés dans un interminable "maintenant". le récit et ainsi perçu comme une gigantesque et lugubre mosaïque où s'assemblent sur un même plan passé et présent, comme un infini ressassement d'événements tournant en boucle.
Peu à peu, des faits prennent forme, consistance, sur lesquels planent toujours le doute quant à leur véracité... puisque Vytautas reconsidère tous les événements qui ont marqué son existence marqués du sceau de leur volonté et de leur intervention. Ils lui ont pris sa femme Irena en investissant son corps et son âme, ils ont tué son ami Gédiminas (prénommé comme le grand-duc de Lituanie qui selon la légende, fut à l'origine de la fondation de Vilnius). Il reconnait la marque de leurs actions dans les remous ignominieux de l'Histoire (de l'Inquisition à la montée au pouvoir d'Hitler et de Staline) et a appris à distinguer, parmi les grands noms des Arts et des Lettres, ceux qui, parce qu'ils les avaient repérés, sont devenus leurs victimes (Camus, Kafka, Ortega y Gasset), de leurs serviteurs (Platon, Gorki...).
Et Vilnius, personnage à part entière de ce roman, est dépeinte comme le centre névralgique où se concentre les preuves de leur existence, comme leur quartier général. Plombée d'une éternelle grisaille humide, recouverte d'un brouillard de "peur résignée et écoeurante" cette ville "castrée", qui a perdu son amour-propre, est devenu un labyrinthe menaçant, dont "la bouche édentée murmure à l'oreille de ses habitants des paroles rauques et inintelligibles", une hallucination dans laquelle errent tous les fantômes d'un passé mouvementé et violent : les ducs lituaniens y côtoient l'occupant polonais, les victimes de la Gestapo les bourreaux du KGB...
Certains personnages, dont on ne sait s'ils sont le fruit de l'imagination morbide du narrateur, ou des individus bien réels -le plus probable étant qu'ils sont un mélange des deux- y apparaissent de manière récurrente, au détour d'une brume ou comme nés d'une pluie d'automne, donnant le sentiment de hanter cette ville du mensonge et de l'effroi. Tout comme certains lieux -tel l'hôtel Narutis, repaire habituel de membres du KGB-, autour desquels Vytautas ne peut s'empêcher d'errer, comme pour gratter jusqu'au sang d'insupportables plaies, focalisent une partie de cette horreur qui imprègne Vilnius jusque dans ses fondements.
Vytautas est comme le porte parole d'un traumatisme collectif, restitué sous la forme d'une mythologie de l'absurde et de l'horreur, et alimenté par une histoire familiale fortement imprégnée des tragédies qui touchèrent Vilnius. La théorie qu'il s'est forgée quant aux mécanismes qui président à la marche du monde, témoigne du désespoir de celui qui ne peut se résoudre à ce que l'homme soit capable d'une telle barbarie. La nécessité de trouver une explication qui dédouane l'humanité du Mal -qui ne peut qu'être l'oeuvre de créatures monstrueuses et surnaturelles-, est le fondement permettant l'élaboration de sa logique délirante.
Dans une deuxième partie beaucoup plus courte que celle dédiée aux errements de Vytautas, trois autres narrateurs feront entendre leur voix, portant sur les événements précédemment évoqués un éclairage différent, leurs témoignages dénotant une détresse qui confine parfois à la folie, comme si Vilnius ne pouvait être que le creuset du mal-être, le lieu ultime de la perte de la foi en l'homme.
"Vilnius poker" est un roman dont la lecture réclame une certaine endurance, parce qu'il est d'une densité suffocante, et qu'il vous imprègne avec force d'une angoisse qui pèse bien après que vous ayez tourné sa dernière page...
J'ai pensé à plusieurs reprises à "Jérôme", de Jean-Pierre Martinet, qui restitue également, à l'état brut, les pensées d'un fou... La particularité du roman de Ricardas Gavelis, c'est que le délire de son héros est retranscrit dans un style limpide, au rythme équilibré, régulier (quand Jérôme se présente comme une longue logorrhée mentale collant au déséquilibre psychologique du narrateur), comme s'il voulait faire passer la psychose de son personnage comme une conception plausible de la réalité...
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monicmic
  02 septembre 2015
Si seulement l’homme finissait un jour par apprendre quelque chose de ses erreurs passées …
« Que l’Ukraine brûle… » titrait hier, 21 février 2015, le journal Le Monde dans son compte-rendu des manifestations moscovites anti-Maïdan. L’auteur de l’article citait l’un des manifestants, 24 ans, pro-séparatiste, ancien combattant impatient de retourner casser de l’Ukrainien.
Pourquoi parler de l’Ukraine ? Parce que je sors de Vilnius Poker et parce que ce roman, dont la gestation a duré huit ans (1979-1987) m’a retournée, m’a laissée hébétée et ahurie devant les infos que dégueulent TV, Internet & Co. aujourd’hui, n’importe quel jour de ce début d’année 2015.
Vilnius Poker ou la lente descente vers la folie dans un monde où l’identité est annihilée au profit d’un dragon omniprésent, omniscient, omnipotent… à vous de le reconnaître.
Je ne ferai pas un résumé de Vilnius Poker, c’est un roman qui ne se « résume » pas. Parce qu’il ne se « résume » pas à une quelconque dénonciation du totalitarisme et de l’absurde, il vous entraîne avec lui dans un monde tellement halluciné, hallucinatoire qu’il en paraît irréel. Et pourtant.

Passée sous des corps étrangers, prise de force par les Allemands, offerte aux splendides vainqueurs de l’Armée Rouge, la Lituanie kanuk’ée, colonisée, inerte, grise est habitée dans Vilnius Poker par l’homo lithuanicus. Vous avez peut-être entendu parler, je l’espère, de l’homo sovieticus, ce triste produit du XXe siècle dont la descendance refuse de s’éteindre. L’équivalent lithuanien de l’époque est la personne qui agit de la même manière, le dogme et la conviction en moins. Il « ne croit en rien depuis le départ, mais il apprend à jouer le jeu dès son plus jeune âge. »
Il a l'oeil vide, l'homo lithuanicus, l'oeil vide et le visage plat. Il pue. Il transpire la peur.
" Ici bas, tout homme capable de pensée logique est paranoïaque. La paranoïa coule dans nos veines. On se met immédiatement à soupçonner que l' on veut nous voler cette miette de sagesse et nous envoyer pourrir au fond d'un trou. On commence à voir des espions partout. Dès que l' on décroche le combiné, on est intimement persuadé d'être sur écoute. Et si on ne s'est pas levé du bon pied, on se met à croire que même nos pensées sont secrètement enregistrées."
L’ambiance du roman est une claque pour chacun des sens du lecteur. Vilnius, fière capitale à genoux, ploie sous l’odeur des feuilles moisies, le free-jazz qui résonne dans les ruines d’une ancienne église transformée en distillerie, perce le tympan, tout comme les pleurs des déportés vers la Sibérie, comme le silence des camps.
Il y a de l’amour aussi à Vilnius : brutal, multiple, sans issue. Les cartes ont déjà été distribuées et c’est la Faucheuse qui a la main.
Les personnages de Vilnius Poker évoluent dans un espace-temps mouvant, passé et présent se chevauchent au gré des souvenirs, des évènements qui font irruption dans leur quotidien à la manière des rêves... ou bien des cauchemars...
Et chacun raconte sa version des faits: Vytautas Vargalys, le bien nommé, Martynas Poska, collectionneur-ethnographe, Stéfania Monkeviciuté, plante importée de la campagne lituanienne, Gédiminas Riauba, autre bien nommé, à l'odorat sur-développé.
Grâce à Monsieur Toussaint Louverture vous pourrez errer dans les rues de Vilnius, jouer cette partie de poker incroyable, apprendre, ouvrir les yeux, ouvrir les yeux....


Vilnius Poker, Ricardas GAVELIS, Monsieur Toussaint Louverture, mars 2015
DANS TOUTES LES BONNES LIBRAIRIES;)

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hk2928
  27 décembre 2015
« Effroyable et génial. »
— Philosophie Magazine

-Je précise avant tout que je viens d'acquérir le Vilnius Poker de Ricardas Gavelis-
Il est donc en cours de lecture, et je ne connais pas du tout l'univers de cet auteur, je précise aussi qu'une critique davantage poussée suivra, quand je serais plus avancé, mais...
Mais, dès les premières pages, le lecteur que je suis a été en proie à une transe délirante : une attention fiévreuse tournée vers cette « écriture (peut-être d'apparence) trop "grise", trop déstructurée et onirique » mais en réalité, qui veut dire, pour moi, quelque chose... Ce n'est pas, selon moi, des mots juste pour les mots : ce n'est pas uniquement pour l'amour des mots que j'ai suivi, avec intérêt, l'authentique intrigue qui se met en place :
D'ailleurs, souvent ce n'est pas facile d'allier un vocabulaire aussi riche à une intrigue qui captive le lecteur... Vraiment une véritable gageure !
Je suis étonné que certains lecteurs et critiques ont acheté ce livre de Ricardas Gavelis
sans lire au moins un extrait, ou du moins se renseigner sur l'auteur, (le livre ne se vend pas pour une bouchée de pain... enfin pour mon cas personnel) les lecteurs et critiques qui jugent ce livre hermétique d'après ce que j'ai compris, ... et je ne pense pas du tout être un lecteur « coriace. »
Bref, je ne peux pas aller plus loin pour l'instant...
Et je tiens d'avance à présenter mes excuses si j'ai mal compris ce que j'ai lu de jiefp13 (un peu plus constructif que le suivant) et de vinvin1200, mais de là à dire ce n'est qu'un « Livre de fou...à ne lire que si vous sortez de l'asile ef (sic) que celui ci vous manque » c'est un manque de respect pour ceux qui aiment : nous ne sommes pas des aliénés, je ne pense pas qu'il a sa place ce commentaire déplorant qui m'a fait réagir (et je précise aussi que je ne répondrais pas, par avance, n'aimant pas la bagarre par écrans interposés.)
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Elouan00
  25 septembre 2017
Un autre roman qui se dresse comme une ville-livre, où les rues sombres forment ensemble un labyrinthe. Une question se maintient avec une force obsédante et donne au titre tout son sens ; Qui croire ou que croire ? Vilnius prend corps de la même façon que Petersbourg chez Gogol ou Bucarest dans la trilogie Orbitor de Mircea Cartarescu (Il y aurait beaucoup d'autres exemples à évoquer). Mais alors que Bucarest prenait une forme franchement délirante, franchement fantastique, c'est plus ambigu pour Vilnius.
L'ambiance est si sombre qu'elle paraît presque irréelle, invraisemblable, mais ne peut pas être complètement noire pour cette raison : La réalité survit autant que la perception de personnages patibulaires, déprimés ou alcoolique le permet. Pourtant on sent bien que cette Vilnius fantomatique est un portrait lucide pour ne pas dire désillusionné de l'homo lithuanicus et à plus forte raison de l'homo sovieticus, de toute l'humanité réduite à un silence stupide. Une musique grisante se dégage de ce roman habilement construit, va directement au coeur d'une certaine manière. Même s'il peut en prendre plein la gueule, parce que le récit est quand même dégoûtant. Mais étrangement pas rebutant, à deux ou trois épisodes près. La troisième partie est peut-être un peu décevante par rapport au reste.
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jiefp13
  08 novembre 2015
Je ne note pas ...
Désolé, mais j'ai capitulé autour de la 50ème page, et il en restait beaucoup trop pour que je continue à m'accrocher.
Une écriture trop "grise", trop déstructurée et onirique à mon goût, et je n'ai trouvé aucun fil auquel me raccrocher.
Et puis, je me suis dit, un peu lâchement, qu'après les lectures récentes de "Seul dans Berlin" de H Fallada et de "La vie volée de Jun Do" d'A Johnson, j'aurais du mal à trouver mieux sur une thématique similaire.
Je laisse donc à des lecteurs plus coriaces (ou plus sensibles à ce style d'écriture) le soin d'apporter une appréciation mieux motivée.
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critiques presse (1)
Liberation   30 juin 2015
L'un des plus grands livres sur le crépuscule de l’URSS, écrit dans ce climat caractéristique des dictatures en décomposition.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
LLebrownLLebrown   20 octobre 2018
Il serait sage de classer les gens selon les monstruosités tapies dans leurs entrailles.
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Charybde2Charybde2   21 février 2015
Lorsqu’Ils sont pistés, Ils changent instantanément de stratégie. Ils possèdent une multitude de façons de nuire et autant de méthodes pour anéantir un être humain. On ne peut pas Les cerner, Les bloquer ou Les mettre dos au mur – ce sont Eux qui t’encerclent, t’assiègent. Tu n’est qu’une forteresse vivante, dont, hélas, les parois sont lamentablement fragiles. L’être humain ne résiste pas à Leurs assauts. Il peut tenir un mois, un an, une décennie. Mais, tôt ou tard, les forces lui manquent. Ne serait-ce qu’un instant. Sans qu’il s’en rende vraiment compte, Ils envahissent son esprit. Ils y rampent comme une légion de cafards tout-puissants.
J’ai entrevu Leur organisation fantomatique. Je sais que je ne suis pas le seul à enquêter sur Eux ; les objets uniques, comme les personnes uniques, n’existent pas. Grâce à certains livres, je sais que je ne suis pas tout à fait seul. Cette idée me donne du courage dans mes périodes d’absolu désespoir. (….)
C’est pour mener mon enquête clandestine que je me suis fait embaucher à la bibliothèque. C’est plus commode ainsi, ayant sous la main les livres dont j’ai besoin. Je dis « les livres dont j’ai besoin », cependant je ne sais pas (personne ne sait) quels sont ces livres. Les études sur Eux n’existent pas et ne peuvent pas exister. De tels savoirs sont glanés grain par grain. De plus, l’amour propre et la vanité murmurent à ton oreille que tu es le premier à avoir découvert l’ordre du monde, la composition du Bien et du Mal. Et cette faiblesse est dangereuse pour celui qui s’est engagé sur le Sentier. Il est peu probable que depuis des millénaires personne n’ait trouvé ce Sentier. Une multitude de livres y font allusion – peut-être de façon un peu trop vague, presque inintelligible, pourtant ces mises en garde discrètes sont indispensables à celui qui commence son initiation. Une foule d’artistes a disparu pour toujours. Quelques-uns, cependant, ont survécu. Saint Paul, Bosch ou Blake ont essayé, chacun à sa façon, d’avertir l’humanité à Leur sujet. Sade, Nietzsche ou Socrate ont payé pour leur courage. Je suis convaincu qu’il y a eu des essais rédigés précisément au sujet de Leur organisation. Tous les incendies dans les grandes bibliothèques, tous les autodafés de livres, manuscrits ou papyrus que nous connaissons n’étaient pas accidentels. On ne peut que supposer le vrai rôle d’Érostrate au cœur de l’histoire universelle. À chaque fois, Ils savaient précisément ce qu’Ils brûlaient et lequel parmi les milliers de traités enflammés avait percé Leur mystère. Leur logique est cauchemardesque : Ils ne détruisent pas un ou quelques livres, Ils sont conscients que cela Les trahirait et attirerait notre attention. Au moindre danger, Ils ratissent large. Ils peuvent anéantir une ville entière pour supprimer une seule personne qui aurait trouvé la clé. L’engloutissement de l’Atlantide, la tragédie de Sodome et Gomorrhe portent jusqu’à nos jours le relent de Leur œuvre.
Comment est-on censé supporter tout cela lorsqu’on est seul face à ces flammes qui réduisent en cendre des savoirs millénaires, ou lorsqu’on entend les cris plaintifs de milliers d’innocents ?
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Charybde2Charybde2   21 février 2015
Une étroite trouée entre deux immeubles, petite brèche dans un mur incrusté de fenêtres aveugles : une étrange ouverture sur un autre monde. Là-bas, il y a des chiens et des enfants qui gambadent ; tandis qu’ici, rien qu’une rue déserte et des tourbillons de poussière chassés par le vent. Un visage oblong, tourné vers moi : lèvres fines, joues creuses et yeux silencieux (noirs, vraisemblablement) – un visage de femme, laiteux et sanguin, interrogatif et souffrant, divin et débauché, chantant et mutin. Une vieille maison au fond d’un jardin, couverte d’une vigne folle, à sa droite quelques pommiers desséchés, à gauche un fouillis de feuilles mortes que personne n’a ramassées ; elles tournoient dans l’air, et pourtant même les branches les plus frêles ne frémissent pas…
C’est dans cet état que je me suis réveillé ce matin (un matin). Tous les jours de ma vie commencent par une séquence d’images douloureusement précises, on ne peut pas les inventer ou les choisir. Elles sont l’œuvre de quelqu’un d’autre, elles retentissent sans bruit, ébranlent mon cerveau encore endormi, puis disparaissent. On ne peut pas les effacer. et ce prélude feutré détermine la couleur de la journée à venir. On ne peut pas y échapper – à moins de ne jamais se réveiller, de ne plus décoller la tête de l’oreiller. Cependant, on obéit : on ouvre les yeux et on voit la chambre, les livres sur les étagères, les vêtements entassés sur le fauteuil. Et on se demande qui mène la danse. Pourquoi interprète-t-on la partition de sa journée de cette façon et pas d’une autre ? Qui est le mystérieux démiurge de notre naufrage ? Choisit-on au moins la mélodie de notre vie ? Ou bien toutes nos pensées sont-elles garrotées par Eux ?
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SepoSepo   11 avril 2015
- Vous parler d'amour ? On ne parle pas de l'amour: on le façonne...déclare-t-il avant de faire légèrement clapoter ses lèvres, choisissant ses mots. Tout le monde s'interroge sur le sens de la vie. Le sens de la vie, c'est vivre. Et vivre c'est aimer. L'amour guide tout. Le monde tourne parce que certaines choses en aiment d'autres: le feu brûle parce que le charbon tombe amoureux de sa flamme, le fleuve coule encore parce qu'il aime la mer...Si l'amour n'existait, le monde resterait figé, il s'arrêterait Je n'ose même pas imaginer ce qui arriverait si l'amour disparaissait...Un être humain n'a pas d'autre nom que celui qu'il aime. L'amour est en toutes choses...La graine ne germerait pas si elle n'aimait pas le soleil.Le soleil ne se lèverait pas s'il n' était pas amoureux de la terre...Tout est amour..."p.277
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Charybde2Charybde2   21 février 2015
Les événements les plus importants de notre vie ne se produisent pas à la lumière du jour ; la fatalité fait sa sombre besogne par temps ombrageux, dans le crépuscule poussiéreux qui assassine toute lucidité – c’est de là que surgissent les chauves-souris, c’est de là que les yeux du néant vous guettent. Une part de notre destin se joue là où hululent les chouettes – et d’où seuls les pigeons gris et crasseux de Vilnius s’échappent, pour rejoindre la lueur du jour.
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Ričardas GAVELIS, VILNIUS POKER - Book Trailer
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