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Marcelle Sibon (Autre)
EAN : 9782264037947
256 pages
Éditeur : 10-18 (21/08/2003)

Note moyenne : 3.79/5 (sur 155 notes)
Résumé :
Graham Greene n'est pas seulement le grand écrivain catholique consacré par le succès de son fameux roman La Puissance et la Gloire.
Entré par effraction dans le royaume de la Grâce (selon le mot de François Mauriac), cet ancien membre du Foreign Office a su, même au travers des divertissements que sont des livres comme Notre agent à La Havane et Un Américain bien tranquille, dénoncer la guerre, les dictatures et ce vice suprême : l'imbécillité.
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
Eric75
  30 avril 2012
Bien mieux écrit (ou mieux traduit) que le brontosaure du roman d'espionnage estampillé Graham Greene lu précédemment (L'agent secret, 1939) et dont on visualisait assez bien les scènes en « noir et blanc » et les dialogues sous-titrés, celui-ci nous plonge d'emblée dans le genre aventure exotique en Technicolor sur écran large, avec odeurs de rizières et de poudre. Ce n'est pas pour rien qu'Un américain bien tranquille (1955) a été adapté deux fois au cinéma, la première par Joseph Mankiewicz en 1958 (avec Michael Redgrave) et la seconde par Phillip Noyce en 2002 (avec Michael Caine).
Nous sommes à Saigon en 1952. le narrateur, Thomas Fowler, correspondant de presse britannique cynique et désabusé, couvre les événements de la guerre d'Indochine. Un peu compliquée à comprendre, celle-ci oppose les Français qui tentent de conserver le contrôle des routes et des villes, et le Viet-minh indépendantiste et communiste. Mais il existe également une « troisième force » soutenue par les américains : les troupes du général Trinh Minh The, qui a pris le maquis (ou plutôt la rizière) pour combattre à la fois les Français et les communistes, sans parler des armées privées détenues par des sectes religieuses, les Hoa Haos et les Caodaïstes qui sévissent dans la région.
Le livre, tout comme le film de Phillip Noyce, ont été considérés comme anti-CIA et anti-américains (Joseph Mankiewicz a complètement modifié le scénario initial pour son film, afin de préserver la réputation de l'Oncle Sam). Graham Greene, dont la carrière dans les renseignements britanniques n'est un secret pour personne, suggère que les Américains auraient aidé des poseurs de bombe agissant contre des ressortissants français et vietnamiens à Saigon (cet épisode peu connu constitue pour moi une découverte, mais là n'est pas l'essentiel du livre).
Le côté historique et géopolitique, pour intéressant qu'il soit, ne doit pas occulter le thème principal du livre : l'histoire d'un triangle amoureux composé de Fowler, de l'insaisissable Phuong, sa petite amie vietnamienne, et de Pyle, l'Américain bien tranquille, dont on apprend la mort au début du récit. On découvre cette histoire dans un long flashback, avec le point de vue de Fowler, épris de la jolie Phuong, qui dévoile très vite des talents cachés, comme sa dextérité lors de la préparation des pipes, etc. L'opium est il est vrai plus politiquement correct que le pudiquement exprimé « etc. » en 1955, vu le nombre de pipes consommées dès le chapitre 1 par Fowler, certes accablé par le chagrin et le remord après la perte de son ami. On comprend progressivement que le gentil et naïf Pyle est en fait un agent infiltré de la CIA pourvoyeur d'armes sous couverture humanitaire. Et que le jeune Pyle a très vraisemblablement et sans coup férir piqué Phuong à Fowler, malgré leur amitié affichée. La question lancinante tout au long du récit est alors la suivante : Fowler est-il impliqué dans la mort de son rival et néanmoins ami Pyle, au motif inavoué de pouvoir récupérer Phuong ?
Grâce à la mise en scène remarquable de Graham Greene, l'aventure attend le lecteur au détour de chaque page. On assiste aux premiers revers des Français (Diên Biên Phu approche) qui cèderont la place aux Américains pour une seconde guerre d'Indochine qu'on appellera guerre du Viêt-Nam. Les occidentaux achèvent ici leurs rêves, de colonies et de paradis lointains pour les uns, d'un monde sans communisme pour les autres. Dans cette toile de fond, un autre conflit fait rage, la lutte entre deux rivaux pour la même femme, jamais déclarée mais peut-être tout aussi meurtrière.
Ce roman est un pur chef d'oeuvre. Je vous invite à jeter un oeil sur la vidéo postée par mes soins sur Babelio de la bande annonce du film de Phillip Noyce, avec Michael Caine dans le rôle de Thomas Fowler. Si après ça je n'arrive pas à imposer ce roman comme lecture du mois sur le forum, je repars cacochyme me repaître d'amanites au fin fond de la Cochinchine, pour rêver aux Annamites.
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Apikrus
  21 décembre 2019
Le reporter britannique Thomas Fowler couvre la guerre d'Indochine qui oppose la France à des indépendantistes. Pyle, lui, travaille à la Mission d'aide américaine. Lorsque ce jeune homme rencontre Fowler, c'est surtout Phuong, la compagne de ce dernier, qu'il remarque. Très vite, le 'tranquille Américain' envisage d'épouser la belle jeune femme.
Phuong rapproche Fowler et Pyle, tout en les opposant.
Après la découverte du corps de Pyle (au début du livre), Fowler figure sur la liste des suspects. Patiemment, l'officier Vigot mène l'enquête ; mais ce sont surtout les informations fournies par le narrateur qui nous permettront de comprendre certaines raisons du meurtre de Pyle...
Au-delà de l'intrigue, Graham Greene se demande si toute fin justifie les moyens. Il s'interroge aussi sur la possibilité pour le témoin d'une guerre de se cantonner à ce rôle en toutes circonstances. Il souligne également l'absurdité de la guerre et met en garde contre le prêt-à-penser idéologique.
Cette idée de lecture m'a été soufflée par le livre 'Kampuchéa' de Patrick Deville. Je l'en remercie, d'autant plus que j'ai pu mieux comprendre les liens entre 'notre' guerre d'Indochine (1946-1954) et celle du Viet Nam qui lui fit suite.
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legoergosum
  03 juillet 2018
L'histoire de l'Indochine me passionne, et j'ai dévoré les romans de Jean Hougron, ainsi que "L'amant de la Chine du Nord" de Duras. Graham Greene fait partie de ceux qui savent si bien imprégner leur histoire de l'atmosphère si particulière de cette partie de l'Asie auquel le destin nous a liés.
Un Américain bien tranquille (mais pas tant que ça), Alden Pyle, un reporter anglais désabusé, un brin cynique (Fowler), venu couvrir les événements de 1952 (dernières années de la guerre d'Indochine, avec les difficultés de l'armée française dans ce territoire convoité par d'autres...), une jeune Indochinoise, Phuong, voici le trio de tête pour le départ de ce roman, qui démarre à la manière d'un policier : Pyle a été assassiné, et Vigot, l'inspecteur, vient tout naturellement enquêter du côté de Fowler, l'amant délaissé.
Le roman bascule très vite dans un long flash back ...
Assisterons-nous à une passe d'armes entre le jeune Américain, pétri d'idéalisme par ses lectures, mais peu confronté à la réalité du terrain, et l'Anglais expérimenté, mais à coup sûr sans idéal ? Leur rencontre oscille entre amitié, méfiance, et ... rivalité. Car Fowler, l'Anglais , a pour compagne la ravissante Phuong, dont Pyle, l'Américain de Boston "propre sur lui", ne tarde pas à tomber amoureux.
Quelques images de guerre viennent ponctuer le récit, pour ne rien occulter de ces scènes d'horreur où les civils sont sacrifiés en raison d'une guerre conduite de façon parfois aussi primesautière que cruelle...
J'ai beaucoup aimé, dans ce roman, le mélange des genres : roman policier, chroniques de guerre, histoire sentimentale. J'ai aussi apprécié cette vision virile et détachée de la guerre qui caractérise notamment Hougron, Greene, et, bien sûr, Malraux, bien que, dans "Un Américain bien tranquille", l'émotion revienne, en filigrane, dans la fin du roman.
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Bouteyalamer
  22 février 2016
Histoire d'un faux candide et d'un vrai cynique qui aimaient la même femme sur fond de guerre d'Indochine. le candide perd la vie et le cynique survit dans la culpabilité. le candide est un jeune américain empli d'une bonne conscience stupide et destructrice. le cynique est un journaliste anglais, bien informé des doutes des français, de l'avancée irrésistible du Vietminh et des sombres complots des caodaïstes et du général Thé. Il refuse de s'engager, c'est à dire qu'il laisse faire, y compris l'assassinat de son rival, espion au petit pied. Il y a des scènes d'anthologie : la nuit dans une tour de guet assiégée, un bombardement en piqué, les ravages de l'attentat fomenté par le candide. La virtuosité est aussi dans les dialogues : vivacité, dérision, mensonge, anticipation ou contradiction de la pensée, de la parole et de l'action. Sur le fond, un militaire résume la pensée de l'auteur (p 275) : Vous êtes journaliste. Vous savez mieux que moi que notre victoire est impossible. Vous savez que la route de Hanoï est coupée et minée toutes les nuits. Vous savez que nous perdons une promotion de saint-cyriens par an. Nous avons failli être vaincus en 50. de Lattre nous a obtenu deux ans de grâce, c'est tout. Mais nous sommes des militaires de carrière et nous devons continuer à nous battre jusqu'à ce que les politiciens nous disent de nous arrêter. Alors, il est probable qu'ils se réuniront pour décider de conditions de paix exactement semblables à celles que nous avions obtenues dès le début, et qui réduiront toutes ces années à l'état de pure absurdité. le roman est écrit en 1955 et les américains commenceront en 1965 une guerre totale, tragique et honteuse.
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GeorgesSmiley
  04 février 2018
Dans l' Indochine française de 1952 un anglais désabusé et cynique devient l'ami d'un américain idéaliste. le second tombe amoureux de la maîtresse du premier. Amitié, amour, jalousie, politique et espionnage s'imbriquent dans un récit captivant jusqu'au dénouement. C'est également une description en pointillés de la passation de pouvoir qui aura lieu deux ans plus tard entre Français et Américains, lesquels apprendront bien amèrement que les idéalistes ne font pas bon ménage avec les guerriers. Comme souvent chez Graham Greene et de nombreux autres auteurs britanniques (John le Carré par exemple), on peut sentir, à travers les deux protagonistes de l'histoire, le sentiment d'attirance-répulsion qui lie si fortement les Britanniques à ceux qu'ils nomment les "cousins" d'Amérique. Toujours un enchantement de lire ce grand écrivain.
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Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
andreas50andreas50   06 mai 2020
― Est-ce que vous avez possédé un tas de femmes, Fowler ?
― Je ne sais pas ce que signifie « un tas de ». Il n'y a que quatre femmes ― pas plus ― qui aient eu quelque importance pour moi, ou moi pour elles. Les quarante autres ou à peu près... on se demande pourquoi on fait ça. C'est par une conception de l'hygiène, ou de ses obligations sociales, aussi erronées l'une que l'autre.
― Vous les croyez vraiment erronées ?
― Je voudrais pouvoir récupérer ces nuits. Je suis toujours amoureux, Pyle, et de moins en moins désirable. Oh ! il y a aussi la vanité, naturellement. Nous mettons longtemps à cesser d'être fiers qu'on nous recherche. Et pourtant, Dieu sait pourquoi cela nous flatte quand nous voyons autour de nous les hommes qu'elles essaient de conquérir !
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YassleoYassleo   13 août 2016
Quoique ma raison aspirât à la mort, en tant qu'état, j'en avais peur comme une vierge redoute l'acte sexuel. Je souhaitais être averti d'avance de l'approche de la mort, afin d'avoir le temps de me préparer. Me préparer à quoi? Je ne le savais pas, je ne savais pas non plus comment me préparer, en dehors d'un examen rapide de ce que j'allais quitter.
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SachenkaSachenka   20 décembre 2015
- Aimez-vous les chiens?
- Non.
- Je croyais que tous les Britanniques les adoraient.
- Nous croyons que tous les Américains adorent les dollars, mais il doit y avoir des exceptions.
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SachenkaSachenka   23 décembre 2015
Oh! oui, les gens ont toujours et partout aimé leurs ennemis. C'est à leurs amis qu'ils réservent la souffrance et le néant.
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SachenkaSachenka   21 décembre 2015
C'est une superstition chez elles qu'un amant fumeur d'opium revient toujours, fût-ce de France. Il se peut que la puissance virile soit diminuée par l'opium, mais elles préfèrent toutes un amant fidèle à un amant puissant.
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