AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2330078978
Éditeur : Actes Sud (03/05/2017)

Note moyenne : 4.08/5 (sur 103 notes)
Résumé :
L'Allemagne nazie a sa légende. On y voit une armée rapide, moderne, dont le triomphe parait inexorable. Mais si au fondement de ses premiers exploits se découvraient plutôt des marchandages, de vulgaires combinaisons d'intérêts ? Et si les glorieuses images de la Wehrmacht entrant triomphalement en Autriche dissimulaient un immense embouteillage de panzers ? Une simple panne ! Une démonstration magistrale et grinçante des coulisses de l'Anschluss par l'auteur de «T... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses & Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
ClaireG
  23 août 2017
« Messieurs, vous venez d'entendre le chancelier Hitler, nous voulons une victoire aux élections du 5 mars pour stabiliser l'économie de l‘Allemagne, éradiquer les communistes et les opposants et supprimer les syndicats pour rétablir le pouvoir du chef d'entreprise. Je vous prie donc de cracher au bassinet ». C'est à peu près en ces termes que le président du parlement Goering s'adresse aux 24 industriels et banquiers convoqués le 20 février 1933. Les millions de Deutsche Marks de la compromission du grand capital au régime nazi assurèrent la fortune de ces familles qui règnent encore aujourd'hui et qui s'appellent Krupp, Siemens, Opel IG Farben, Telefunken, Bayer, BASF… Fortune construite sur le dos des prisonniers des camps de concentration notamment.
Ce petit chef d'oeuvre historique d'Eric Vuillard rempli d'ironie grinçante, relate une suite de rencontres déterminantes entre 1933 et 1938. le rêve d'Hitler est d'unifier les pays de langue allemande en une Grande Allemagne dont il serait le maître absolu. En 1936, il signe l'Accord germano-autrichien qui reconnaît l'intégrité de l'Autriche et la non-ingérence de l'Allemagne. En 1938, soutenu par les nazis autrichiens, civils et membres du gouvernement, il arrache un nouvel accord au chancelier Schuschnigg, remplacé illico par le sinistre Arthur Seyss-Inquart.
La rencontre entre Schuschnigg, qui invoque des règles de droit, et Hitler, qui fulmine devant tant d'audace, vaut son pesant de cacahuètes. « Hitler est hors de lui… A bout de nerfs, à vingt heures quarante-cinq exactement, il donne l'ordre d'envahir l'Autriche… le fait accompli n'est-il pas le plus solide des droits ? On va envahir l'Autriche sans l'autorisation de personne, et on va le faire par amour » (pp. 82-83).
Le 12 mars 1938, alors que les troupes allemandes et les blindés quelque peu récalcitrants de Guderian entrent dans une Autriche accueillante, un dîner mémorable se déroule au 10 Downing Street au cours duquel von Ribbentrop, ambassadeur d'Allemagne en Angleterre, abuse sans vergogne Chamberlain, premier ministre, Churchill et Cadogan, des Affaires étrangères, en racontant ses exploits tennistiques.
A se demander comment ces hommes à hautes responsabilités, Anglais autant que Français, ont fait pour se laisser impressionner et intimider par la stratégie de manipulation du démiurge, Hitler, qui observe les deux grandes puissances s'empêtrer dans leurs problèmes intérieurs. Il prévoit déjà de les faire plier à sa volonté, ce qui conduira aux Accords de Münich de septembre 1938 qui scellent l'annexion des Sudètes à l'Allemagne et le début de la Deuxième Guerre mondiale.
Ce qui fait la richesse passionnante de ce livre est le questionnement constant de l'auteur sur l'attitude de ces hommes politiques : ignorance ou légèreté, aveuglement ou crédulité, expectative ou manque d'anticipation, laxisme ou manque de courage ?
Deux autres moments intéressants : celui de la propagande nazie et les lectures au procès de Nuremberg. Eric Vuillard est également cinéaste et il ne lui a pas échappé que tous les documents liés aux discours d'Hitler et à l'hystérie collective qu'il suscitait, sont des films de matraquage orchestrés par Josef Goebbels. On sait qu'il recrutait à tour de bras des militants nazis dans tout le pays. On sait qu'Hitler répétait sans relâche ses gestes théâtraux devant le miroir. On sait combien il trouvait juste et bon d'être acclamé partout où il passait. Mais on sait aussi qu'une partie des Allemands, après avoir cru à l'espoir de rendre au peuple sa fierté, a vécu la terreur exercée par ce régime salvateur. Alors, les images : mises en scène, montage ou réalité ? Nous ne le saurons jamais.
Lors du procès de Nuremberg, quel ne fut pas l'étonnement de certains inculpés d'entendre des communications téléphoniques de 1938 ou des extraits de leurs écrits sensés passer leurs consciencieux états de service à la postérité. Les juges ont appliqué les mêmes techniques d'information à outrance de Goebbels aux accusés, sans emphase ni applaudissements.
Ce récit est une remarquable approche des éléments fondateurs de la Deuxième Guerre mondiale, certainement basé sur une documentation colossale et pourtant ramassé sur 150 pages. Un exploit de clarté et d'intelligence.
Mon ordre du jour : continuer à lire Eric Vuillard.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          7616
Merik
  15 juin 2017
Focus sur l'Anschluss.
Dans ce court récit historique, Eric Vuillard nous fait pénétrer dans les coulisses de l'annexion autrichienne. De la réunion des industriels allemands complices financeurs d'Hitler à la marche pour le moins chaotique des blindés, on se prend pour une petite souris, témoin apeurée par cette horde de Sapiens tyranniques, bluffeurs et cyniques. La disproportion entre les ressorts et les conséquences historiques fait frémir.
Les scènes se succèdent comme autant de chapitres :
- Duel de dictateurs entre Hitler et Schuschnigg, et c'est celui qui en impose le plus qui écrase l'autre. Le chancelier autrichien obtempère.
- Grain de sable dans la mécanique des panzer qui ridiculise l'invasion du voisin autrichien.
- Lâcheté des politiques européens, manipulés et aveugles, ....
Toutes plus édifiantes les unes que les autres, elles sont enrobées dans une narration qui prend une distance désabusée, teintée d'ironie, justifiée par une documentation riche.
Et puis l'écrit historique ne manque pas de faire son job de résonance, il dessine en filigrane les silhouettes des brutes qui animent encore notre vie politique.
Sans être un spécialiste d'histoire, loin de là, j'ai beaucoup apprécié ce récit.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          625
tynn
  15 juin 2017
Et l'Allemagne envahit l'Autriche...ou plus précisément, l'Autriche invita l'Allemagne à passer ses frontières...
Quelques personnages tristement célèbres dansent sur la partition politique du nazisme: voici le bal tragi-comique que nous offre Eric Vuillard, avec ce ton si particulier, amusant et ironique, pincé et vitriolé, nous faisant revisiter L Histoire avec son aisance littéraire.

L'Autriche, son petit dictateur chancelier, son président potiche, son déni de démocratie: une gourmandise pour l'appétit d'ogre d'Hitler, qui tient néanmoins à faire les choses dans les règles pour ne pas effrayer la communauté internationale qui somnole. L'affaire est rondement menée: jeux de chaises musicales de postes politiques, mise aux pas des récalcitrants, flonflons et embouteillages aux frontières, voyage touristique du Führer. C'est la fête! le Blitzkrieg du 12 mars 1938.
S'invitent dans le décor du temps des digressions pour un peintre par-ci, un musicien par-là, un joueur de tennis, un dîner anglais et une recette de tarte au shion...
"Lorsque l'humour incline à tant de noirceur, il dit la vérité".
Un petit livre jubilatoire qui se clôt néanmoins sur la face hideuse des événements et l'hommage aux innombrables victimes. Une pédagogie à creuser pour distiller les faits historiques.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          282
motspourmots
  01 juillet 2017
Bon allez, j'ose le dire : Eric Vuillard est un écrivain génial ! J'avais vibré à la lecture de 14 juillet, j'ai été saisie par sa démonstration glaciale et implacable de L'ordre du jour. Il réussit à chaque fois à trouver un écho qui résonne longtemps en nous. Peut-être parce qu'il apporte avec talent sa version aux questionnements qui nous taraudent face aux événements historiques. "Comment cela a-t-il bien pu arriver ?", nous demandons-nous. "Personne n'a donc rien vu venir ?". Eric Vuillard s'empare de ces questions et nous entraîne en immersion aux côtés de ceux qui y étaient. le jour de la prise de la Bastille, sujet de 14 juillet nous était ainsi restitué en une fresque colorée, tout en mouvement, s'attachant à remettre en lumière les héros méconnus issus du peuple. La tonalité qui sert à l'observation de la montée en puissance d'Hiltler et des nazis est tout autre. Grave, froide, sans pitié et sans aucune indulgence. Elle n'en est que plus efficace.
En bon enquêteur, Eric Vuillard commence par traquer le nerf de la guerre : l'argent. Cette fameuse réunion du 20 février 1933, un jour comme un autre pour la plupart des gens, le jour où le parti nazi est venu lever des fonds, comme nous dirions aujourd'hui auprès de la vingtaine d'entreprises les plus riches d'Allemagne. Des moyens contre la promesse d'un état fort, stable et solide (donc un climat propice aux affaires), des moyens qui bien sûr vont permettre l'ascension telle que nous la connaissons à présent. Pas un ne bronche. Tous mettent la main au portefeuille.
"Ils s'appellent BASF, Bayer, Agfa, Opel, IG Farben, Siemens, Allianz, Telefunken. Sous ces noms, nous les connaissons. Nous les connaissons même très bien. Ils sont là, parmi nous, entre nous. Ils sont nos voitures, nos machines à laver, nos produits d'entretien, nos radio-réveils, l'assurance de notre maison, la pile de notre montre. Ils sont là, partout, sous forme de choses. Notre quotidien est le leur. Ils nous soignent, nous vêtent, nous éclairent, nous transportent sur les routes du monde, nous bercent. Et les vingt-quatre bonshommes présents au palais du Président du Reischstag, ce 20 février, ne sont rien d'autre que leurs mandataires, le clergé de la grande industrie ; ce sont les prêtres de Ptah. Et ils se tiennent là impassibles, comme vingt-quatre machines à calculer aux portes de l'Enfer."
Le nerf de la guerre, donc. Qui arme en cachette et participe aux préparatifs d'un plan prévu de longue date et dont le coup d'envoi est donné en 1938... spectacle incroyable auquel nous convie Eric Vuillard de la pression mise par Hitler sur le gouvernement autrichien, au nez et à la barbe des états européens, France et Angleterre en tête, trop occupés à regarder ailleurs. L'auteur croque sans aucune indulgence les diplomates et gouvernants de l'époque qui gobent sans honte la poudre qu'Hitler leur jette aux yeux. Fantastique scène du dîner réunissant à Londres l'ambassadeur du Reich, Ribentrop, Chamberlain, Churchill et Cadogan alors même que les troupes d'Hitler entrent en Autriche...
Dans sa quête de restitution, l'auteur s'interroge de la même façon que le faisait le héros écrivain de Laurent Binet dans HHhH sur la notion de vérité historique. "Car ce sont des films que l'on regarde, ce sont des films d'information ou de propagande qui nous présentent cette histoire, ce sont eux qui ont fabriqué notre connaissance intime ; et ce que nous pensons est soumis à ce fond de toile homogène. Nous ne pourrons jamais savoir. On ne sait plus qui parle. Les films de ce temps sont devenus nos souvenirs par un sortilège effarant."
La réflexion est permanente et fait écho à celle que nous devons nous imposer face aux images qui nous inondent chaque jour. Analyser les actes plutôt que les paroles. Démonter les images trop léchées. S'attacher à détecter le bluff. En décortiquant la mécanique machiavélique de l'époque, Eric Vuillard apporte un éclairage salvateur à qui veut bien se donner la peine de regarder. Ceux qui ont financés les crimes d'hier existent toujours et, pire, de nouveaux sont prêts à prendre le relais (voir l'actualité récente) au nom du Dieu profit.
Va-t-on enfin apprendre de l'Histoire ? Cette contribution magistrale plaide avec style et efficacité pour cela... et on la voudrait entre toutes les mains.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          230
OlivierH77
  27 juillet 2017
L'ordre du jour est une plongée fascinante dans les années 1930 en Europe, et spécialement une immersion au coeur même des rencontres décisives entre dirigeants de l'époque, à l'approche de la grande déflagration qui emportera tout.
Avec une écriture fine, précise et d'une qualité exceptionnelle, Eric Vuillard nous fait vivre des moments d'anthologie. D'abord la réunion du 20 février 1933 où 24 grands capitaines d'industrie allemands, patrons des Krupp, Opel, Siemens, IG Farben, Telefunken, Bayer, Agfa, BASF, Allianz et j'en passe, vont apporter sans barguigner leur contribution au financement du régime du nouveau chancelier Hitler...Et puis il y a la figure du Chancelier autrichien Schuschnigg, rencontrant Hitler le 12 février 1938 au Berghof, le fameux nid d'aigle du Fuhrer. L'occasion pour l'auteur de nous immerger dans l'atmosphère d'intimidation moite mise en place pour faire plier l'Autriche tout en assurant une communication de sauveur bienveillant à l'attention des diplomaties européennes. Derrière les grands enjeux pour l'avenir de l'Europe et du monde se dévoilent aussi des personnages, souvent médiocres, falots, calculateurs pour leur petite personne, qui pourraient laisser un instant penser qu'ils vont oser dire non, se rebeller, et puis non...les petites lâchetés, les politesses petites bourgeoises et les compromissions prennent le dessus. D'ailleurs, Schuschnigg est-il une victime complètement innocente ? L'auteur nous rappelle que sa politique à la tête de l'Autriche est bien dans la continuité très autoritaire de celle du chancelier Dolfuss, assassiné en 1934 par des sympathisants nazis autrichiens. Alors il finira par plier devant la pression hitlérienne pour installer le nazi Seyss-Inquart à la tête du pays, histoire de faciliter l'Anschluss. Nous croisons également le francophile et amateur de tennis Ribbentrop, rusé aussi, qui le temps d'un dîner londonien mystifie ce brave et si intègre Chamberlain, lui-même qui se retrouvera avec Daladier quelques mois plus tard à Munich, roulé par Hitler dans ce fameux fiasco...Ce même Chamberlain qui dit-on, louerait un appartement en ville à Ribbentrop...Car finalement, tout ce petit monde politico-diplomatique se connaît bien, parfois s'entend assez bien pour les affaires privées. Les gentils ont leurs petits secrets plus ou moins avouables, qui sortiront après la guerre...Quant aux nazis qui croient mener le jeu à la fin des années 30, imaginent-ils qu'ils seront contraints d'entendre lire leurs propres paroles de ce temps-là par les juges de Nuremberg ? C'est un peu l'arroseur arrosé...le système Goebbels et sa communication propagandiste si fournie qu'elle sera exploitée à fond par les libérateurs pour les placer devant les évidences et leur cynisme sans limite. Avec en prime, cette pépite : l'annexion de l'Autriche et l'entrée dans Vienne prit du retard, en raison d'une panne de carburant qui immobilisa lamentablement les blindés allemands en chemin...
Voici un récit captivant, court et dense, qui nous consterne souvent avec l'auteur, et met en lumière les travers, les faiblesses des hommes de ce temps, un manque d'esprit de responsabilité, une cupidité aussi des élites et des entrepreneurs...car les affaires continuent, et grassement, pour alimenter le régime nazi et se fournir sans vergogne en main d'oeuvre à bas coûts, directement dans les camps de concentration. Eric Vuillard nous immerge dans ces rencontres au sommet, tout en s'élevant pour commenter ces scènes et les pensées et stratégies de ces personnalités, avec un ton teinté d'humour caustique, réaliste et fataliste sur la nature humaine. Par un jeu de flash-back entre ces années 30 et l'après-guerre, immédiat avec le procès de Nuremberg, ou un peu plus lointain pour nous rappeler toutes les reconversions très réussies en Europe et en Amérique de certains collaborateurs économiques, il suscite en nous l'interrogation sur la bien grande tolérance qui a longtemps permis à plus d'un acteur impliqué de ce temps de s'en sortir très avantageusement...sans oublier les anonymes, notamment ces jeunes femmes viennoises qui accueillirent avec la fièvre de midinettes l'arrivée triomphale des soldats allemands dans la ville : quels souvenirs et jugements avaient-elles en tête une fois grand-mère mangeant leur yaourt en maison de retraite ?
Un regard à la fois ironique, amusé, mais aussi sans illusion sur la nature des hommes. Avec lucidité, Vuillard, selon l'idée d'un éternel retour, s'inquiète de manière à peine voilée sur les risques de nouvelles barbaries pour l'avenir.
Un récit magistral et savoureux qui a dû demander un formidable travail de recherches documentaires à l'auteur. Excellent !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          160

Les critiques presse (6)
Telerama   28 juin 2017
La démonstration d'Eric Vuillard est limpide, cinglante, implacable.
Lire la critique sur le site : Telerama
LaPresse   21 juin 2017
Puissant récit qui se lit d'une traite, avec stupeur et effroi.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LeMonde   26 mai 2017
Dans « L’Ordre du jour », Eric Vuillard se glisse dans les coulisses de l’Histoire avant l’Anschluss, en 1938. Et y entrevoit de sordides vérités.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Lexpress   22 mai 2017
Un récit bref et saisissant dans la lignée des précédents travaux de l'auteur, aimant décrire les coulisses de l'Histoire.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Bibliobs   11 mai 2017
Dans "l'Ordre du jour", l'excellent Eric Vuillard raconte les coulisses de l'Anschluss, et nous enseigne que la politesse peut aussi être un piège.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LaCroix   05 mai 2017
Décrivant des scènes fondatrices ainsi que la mécanique politique et psychologique portée par Hitler, Éric Vuillard montre l’enchaînement qui a mené à la dictature nazie.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations & extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
MerikMerik   14 juin 2017
[...] Sûr qu'il en connaissait un bout en sciences politiques, lui qui avait su dire non à toutes les libertés publiques. Aussi, une fois passée la petite minute d'hésitation - tandis qu'une meute de nazis pénètre dans la chancellerie-, Schuschnigg l'intransigeant, l'homme du non, la négation faite dictateur, se tourne vers l'Allemagne, la voix étranglée, le museau rouge, l'oeil humide, et prononce un faible "oui".
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          340
ClaireGClaireG   23 août 2017
Dans la baraque où les potences sont dressées, ce qui ressemble à un mauvais hangar, Ribbentrop est passé le premier. Non plus altier, comme il fut souvent, non plus inflexible comme durant les négociations du Berghof, mais accablé à l’approche de la mort. Un vieillard claudicant.

pp. 65-66
Commenter  J’apprécie          300
Charybde2Charybde2   01 mai 2017
Et d’heure en heure, Goering dicte son ordre du jour. Pas à pas. Et dans la brièveté des répliques, on entend le ton impérieux, le mépris. Le côté mafieux de cette affaire saute soudain aux yeux. À peine vingt minutes après la scène que nous venons de lire, Seyss-Inquart rappelle. Goering lui ordonne de retourner voir Miklas et de bien lui faire comprendre que s’il ne le nomme pas chancelier avant dix-neuf heures trente une invasion peut fondre sur l’Autriche. On est bien loin de la gentille conversation entre Goering et Ribbentrop à l’intention des espions anglais, bien loin des libérateurs de l’Autriche. Mais une chose encore doit retenir l’attention : c’est l’expression qu’emploie Goering, cette menace de fondre sur l’Autriche. On lui colle aussitôt des images terrifiantes. Mais il faut rembobiner le fil pour bien comprendre, il faut oublier ce que l’on croit savoir, il faut oublier la guerre, il faut se défaire des actualités de l’époque, des montages de Goebbels, de toute sa propagande. Il faut se souvenir qu’à cet instant la Blitzkrieg n’est rien. Elle n’est qu’un embouteillage de panzers. Elle n’est qu’une gigantesque panne de moteur sur les nationales autrichiennes, elle n’est rien d’autre que la fureur des hommes, un mot venu plus tard comme un coup de poker. Et ce qui étonne dans cette guerre, c’est la réussite inouïe du culot, dont on doit retenir une chose : le monde cède au bluff. Même le monde le plus sérieux, le plus rigide, même le vieil ordre, s’il ne cède jamais à l’exigence de justice, s’il ne plie jamais devant le peuple qui s’insurge, plie devant le bluff.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
Charybde2Charybde2   01 mai 2017
Ils écoutèrent. Le fond du propos se résumait à ceci : il fallait en finir avec un régime faible, éloigner la menace communiste, supprimer les syndicats et permettre à chaque patron d’être un Führer dans son entreprise. Le discours dura une demi-heure. Lorsqu’Hitler eut terminé, Gustav se leva, fit un pas en avant et, au nom de tous les invités présents, il le remercia d’avoir enfin clarifié la situation politique. Le chancelier fit un rapide tour de piste avant de repartir. On le congratula, on se montra courtois. Les vieux industriels paraissaient soulagés. Une fois qu’il se fut retiré, Goering prit la parole, reformulant énergiquement quelques idées, puis il évoqua de nouveau les élections du 5 mars. C’était là une occasion unique de sortir de l’impasse où l’on se trouvait. Mais pour faire campagne, il fallait de l’argent ; or, le parti nazi n’avait plus un sou vaillant et la campagne électorale approchait. À cet instant, Hjalmar Schacht se leva, sourit à l’assemblée, et lança : « Et maintenant, messieurs, à la caisse ! »
Cette invite, certes un peu cavalière, n’avait rien de bien nouveau pour ces hommes ; ils étaient coutumiers des pots-de-vin et des dessous-de-table. La corruption est un poste incompressible du budget des grandes entreprises, cela porte plusieurs noms, lobbying, étrennes, financement des partis. La majorité des invités versa donc aussitôt quelques centaines de milliers de marks, Gustav Krupp fit don d’un million, Georg von Schnitzler de quatre cent mille, et l’on récolta ainsi une somme rondelette. Cette réunion du 20 février 1933, dans laquelle on pourrait voir un moment unique de l’histoire patronale, une compromission inouïe avec les nazis, n’est rien d’autre pour les Krupp, les Opel, les Siemens, qu’un épisode assez ordinaire de la vie des affaires, une banale levée de fonds. Tous survivront au régime et financeront à l’avenir bien des partis à proportion de leur performance.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
OlivierH77OlivierH77   27 juillet 2017
Les Ribbentrop rirent du bon tour qu'ils avaient joué à tout le monde. Ils s'étaient, évidemment, parfaitement rendu compte qu'une fois la note apportée par l'agent du Foreign Office, Chamberlain avait paru préoccupé, affreusement préoccupé. Et, bien sûr, ils savaient exactement ce qu'il y avait dans cette note, les Ribbentrop, et ils s'étaient donné pour mission de faire perdre à Chamberlain, et au reste de son équipe, le plus de temps possible. Ainsi, ils avaient éternisé ce repas, puis le café, puis les discussions dans le salon jusqu'à la limite du raisonnable. Pendant ce temps, Chamberlain n'avait pu parer au plus pressé, il avait été occupé à causer de tennis et à déguster des macarons. Les Ribbentrop, jouant sur sa trop grande politesse, une politesse presque maladive, puisque même la raison d'Etat pouvait attendre, l'avaient très utilement détourné de son travail. C'est que cette note apportée par l'agent du Foreign Office, et dont le mystère s'étira durant cet interminable repas, contenait une terrible nouvelle : les troupes allemandes venaient d'entrer en Autriche.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
Videos de Eric Vuillard (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Eric Vuillard
Histoire ou fiction ? - 38ème édition du Livre sur la place Qui détient la vérité ? Les historiens ou les romanciers ? Peut-être les deux. Au cœur de la Révolution, quatre auteurs ont leur version des faits. Eric Vuillard 14 juillet (Actes Sud), Franz-Olivier Giesbert L’Arracheuse de dents (Gallimard), Emmanuel de Waresquiel Juger la reine. 14-15-16 octobre 1793 (Tallandier), Christine Orban Charmer, s’égarer et mourir (Albin Michel) Animé par Florence Bouchy
autres livres classés : anschlussVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle





Quiz Voir plus

Quelle guerre ?

Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell

la guerre hispano américaine
la guerre d'indépendance américaine
la guerre de sécession
la guerre des pâtissiers

12 questions
1021 lecteurs ont répondu
Thèmes : guerre , histoire militaire , histoireCréer un quiz sur ce livre
. .