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EAN : 9782070385560
256 pages
Éditeur : Gallimard (03/11/1992)

Note moyenne : 3.88/5 (sur 17 notes)
Résumé :
« Pour une journée qui s'annonçait vide, elle commençait de bien bonne heure... »
Durant cette journée du 11 septembre 1939, sur une passerelle de la gare de Saint-Brieuc, le narrateur, comme s'il attendait quelque train toujours retardé, se rappelle une rencontre : Salido, combattant antifranquiste, qu'il a connu du temps où il était chargé d'accueillir des réfugiés de la guerre d'Espagne. Ainsi ses souvenirs vont-ils s'organiser autour de Salido, ce rebelle... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Renod
  23 octobre 2015
A l'aube de ce 11 septembre 1939, le ciel est clair, le soleil déjà haut ; une belle journée d'été s'annonce. le narrateur se promène dans la gare de Saint-Brieuc. Volontaire au sein d'un centre d'accueil, il attend un train de réfugiés originaires de Paris ou du nord du pays. Une sirène d'alerte qui se met à hurler et la présence de soldats anglais rappellent que la France est entrée en guerre une semaine plus tôt. le narrateur aperçoit au loin un vagabond et se remémore sa rencontre trois mois plus tôt avec un soldat Républicain nommé Salido. le narrateur s'occupait alors de l'accueil de réfugiés espagnols pour le Secours rouge. Au sein d'un groupe de miliciens blessés, le lieutenant Salido se singularise par son « regard de bête folle de rage derrière les barreaux ». le narrateur le compare à un chat sauvage. Lors d'une entrevue, Salido lui a communiqué son souhait de s'évader pour gagner Moscou. le narrateur accepte d'aider le fugitif.
Le second récit débute peu après la libération de Saint-Brieuc. Louis, le narrateur, est interprète auprès du maire de la ville. Désoeuvré, il accepte la proposition d'officiers américains d'assurer la traduction des enquêtes et des procès de la justice militaire des forces armées américaines. de par sa mission, il se situe au coeur de l'action. Il a beau être le témoin privilégié de l'Histoire en marche, il se sent étranger aux événements. Les GI sont bienveillants à son égard et affichent une assurance impressionnante et un optimisme naïf. Lors des séances de la cour martiale, les fractures de la société américaine apparaissent au grand jour. Les soldats jugés pour des faits de viol ou de meurtre sont exclusivement des afro-américains. Ils sont condamnés à mort dans la plupart des cas. le seul blanc poursuivi pour le lâche assassinat d'un résistant est acquitté. Cet officier des Rangers s'était pourtant déjà illustré par sa folie furieuse en abattant gratuitement des prisonniers allemands. C'est la guerre, son lot d'injustices, de tueries et de malheurs...
J'ai retrouvé dans ces deux récits la marque de fabrique de Louis Guilloux. L'écriture est précise et limpide. Tout est raconté avec justesse et simplicité. Il raconte aussi bien l'histoire de militants communistes qui organisent la fuite de leur camarade espagnol, par solidarité, que celle d'un maquis breton écrasé par la milice. Les témoignages sont poignants, réalistes et sans fioritures. Figure oubliée, Louis Guilloux demeure pourtant un écrivain majeur du XXème siècle.
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JeanPierreV
  03 mars 2018
11 septembre 1939, cela fait onze jours que la deuxième guerre mondiale a commencé, les trains sont désorganisés, la priorité est donnée aux transports militaires.
Des soldats anglais sont déjà en France, bloqués dans des gares dans l'attente du départ au front. Les nouvelles sont inquiétantes : Varsovie a été bombardée…
Louis Guilloux se souvient d'une rencontre à la fin de la guerre d'Espagne, la rencontre avec Salido, combattant républicain, communiste arrivé de Port-Vendres avec une blessure à la tête. La mère Gautier disait que c'était un salaud…Guilloux était chargé de l'accueil des combattants communistes, de leur trouver une planque, de les accompagner…
Salido fuyait la police, qui l'aurait immanquablement renvoyé dans les camps.
Il voulait partir en Russie afin de poursuivre le combat contre le fascisme et avait demandé à Louis Guilloux de l'aider, mais il fallait attendre l'accord de « la-haut », des camarades du Parti, de Paris…
Souvenir d'une cavale,
Souvenir d'une époque, celle de la fin de la Guerre d'Espagne, atmosphère du début de la Deuxième Guerre mondiale.
O.K., Joe
C'est, grâce à un auteur américain John Edgar Wideman que j'ai découvert dans « Écrire pour sauver une vie », d'une part Louis Guilloux, d'autre part la condition des soldats noirs enrôlés dans l'armée américaine qui débarqua en 1945.
Il n'en fallait pas plus pour piquer ma curiosité et trouver « O.K., Joe », dont il faisait mention. Merci à Recyclivre auprès de qui je l'ai trouvé.
Dans cette deuxième nouvelle de ce livre, Louis Guilloux nous raconte son expérience d'interprète au service de l'armée américaine qui venait de débarquer en France. Il officiait au sein des tribunaux militaires saisis par des français à la suite d'exactions de soldats américains, meurtres, viols,etc. « La guerre n'était pas finie. le débarquement avait réussi, mais de nombreux Allemands résistaient encore, dans Saint-Malo, dans Brest, à Lorient. »
Il travaillait souvent en relation avec deux officiers de cette cour martiale, d'une part le lieutenant Robert Stone, avocat dans le civil devenu procureur dans ce tribunal et d'autre part le lieutenant William Bradford, étudiant en droit avant la guerre, officiant en qualité d'avocat des accusés.
Louis Guilloux, après avoir juré de traduire fidèlement les propos des plaignants leur demandai de prêter serment, traduisait les questions de la cour et les réponses des plaignants….La cour jugeait essentiellement des soldats noirs accusé de meurtre, de viols…Ils emplissaient les prisons militaires :
« Aucun n'avait de veste. Presque tous des hommes de couleur.
– Ce n'est pas une prison spéciale pour les hommes de couleur, dites, Joe ?
– Non. C'est la prison. »
Des soldats vite jugés, vite pendus. L'image de cette armée américaine, de ses GI propres, apportant la liberté en prend un coup. On découvre une armée et un peuple racistes, des tribunaux ayant deux poids, deux mesures, selon la couleur de peau des accusés. Une armée et une nation qui versent aussi des dommages et intérêts dérisoires aux plaignants et quelques paquets de cigarettes
Une armée et un interprète qui assistent aussi, sans intervenir aux exactions diverses commises après le départ des soldats allemands, femmes tondues en place publique, arrestation de collabos.
Bref..une image inconnue jamais lue auparavant, bien loin des images et messages traditionnels
Lien : https://mesbelleslectures.co..
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reveur_immobile
  11 mai 2014
salido :magnifique et désuète peinture sociale d'entre la fin de la guerre d'Espagne et la 2ème guerre mondiale dans une petite ville.
OK JOE : chronique de la libération par l'armée américaine avec son cortège de justice et d'injustices, de mesquineries et d'espoir. Louis Guilloux regarde étonné, bienveillant, parfois révolté, toujours plein d'humanité envers les gens qu'il rencontre.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
TREMAOUEZANTREMAOUEZAN   12 octobre 2017
Tout le monde est sorti de l'auberge. On a entendu des petits cris comme des cris de lapin, et les types sont redescendus à toute vitesse. On les a vus reparaître poussant devant eux une fille. L'un des types qui attendait est entré dans l'auberge, il a pris une chaise, il est venu la poser sur le trottoir, contre le mur. Ils ont fait asseoir la fille : vingt et quelques années, une petite bonne d'auberge toute menue. L'un des jeunes gens lui maintenait la tête baissée et, avec une grande paire de ciseaux, il a commencé à tailler à grands coups dans sa chevelure.
Un autre se tenait tout près, une tondeuse à la main.
L'une des jambes de la jeune fille tremblait si fort qu'on aurait dit qu'elle pédalait. Autour d'elle, les gens rient et plaisantent.
- T'en fais pas ! Elle sera au bordel avant deux mois d'ici.
- Tremble donc pas comme ça !
- Tu tremblais pas comme ça quand tu faisais l'amour avec les Boches.
- Coupe-lui les cheveux bien ras.
- I fait ça comme un vrai coiffeur, mon vieux.
- Moi, je sais bien me servir d'un revolver, mais pas d'une tondeuse.
Elle se laisse faire, elle penche la tête à droite, à gauche, obéissant docilement à la main qui la pousse. Les mèches brunes s'éparpillent autour de la chaise. Son genou tremble toujours autant.
Elle murmure quelque chose si bas que le type aux ciseaux suspend sa besogne et se penche à son oreille.
- Hein ? Qu'est-ce t'as à râler ? Tu diras au capitaine qu'on s'en fout, tu lui diras qu'on l'emmerde.
Tous les autres éclatent de rire.
- On l'emmène faire un tour ?
En entendant cela la petite bonne a fait un véritable bond.
- Reste donc tranquille ! crie l'homme aux ciseaux en lui posant une main sur l'épaule.
- On l'emmène ?
- Sais pas... On va voir. Bouge pas, nom de Dieu !
- Allez ! allez ! Ça va ! Lui fais pas trop de mal.
- Je suis pas là pour lui faire du mal, je suis là pour lui faire honte. Hein ? T'avais pas pensé à ça ? Attends ! C'est pas fini. Un petit coup de tondeuse à présent. Passe-moi la tondeuse !
Il prend la tondeuse des mains de son aide toujours debout près de lui et il lui donne les ciseaux. Dans ce qui reste de cheveux il trace une croix de Lorraine. Puis il se redresse en disant :
- Voilà ! T'es belle ! Lève-toi ! Monte sur la chaise !
Comme elle ne répond ni ne bouge, il répète l'ordre deux fois. En jurant.
- Bordel de Dieu !
... Elle parvient à monter sur la chaise juste comme il la menace de lui donner un coup de main. Elle se tient toute droite avec un sourire étrange et pas de regard. Sa tête rase grotesque et terrible.
- Crie : Vive la France !
Elle essaie. C'est à peine si ses lèvres remuent.
- Plus fort que ça !
- Vive la France !
- Crie : A bas les Boches !
Elle crie comme elle peut.
- A bas les Boches !
- Et maintenant applaudis !
On dirait qu'elle n'a pas compris, le cercle des types se rapproche.
- Applaudis, nom de Dieu, ou on t'emmène...
Elle frappe deux fois dans ses mains sans que cela fasse aucun bruit.
- C'est bon ! Fous le camp ! Et pas de perruque !
Elle saute en bas de la chaise et s'engouffre dans le couloir. Les types sautent dans l'auto et disparaissent.
Plus rien que la chaise le long du mur et par terre aux pieds de la chaise les mèches brunes comme des plumes d'oiseaux que le petit vent du soir commence à disperser. (pages 123-126)
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RenodRenod   21 octobre 2015
Les Français que nous sommes se croient un peu trop facilement à l'abri des malheurs qui partout en Europe et ailleurs frappent des centaines de milliers de gens. Vous pensez, comme moi-même, tout en sachant que ce n'est pas vrai, que parce que la France est la France cela n'arrivera jamais chez nous ! Vous avez la plus haute opinion de votre pays et vous l'aimez. N'est-ce pas vous qui un jour m'avez parlé des grandes traditions d'accueil de la France et ajouté que, justement, parce qu'elle pouvait se croire à l'abri des persécutions qui s'exercent ailleurs contre les juifs, les intellectuels, les communistes, les démocrates ou contre le peuple tout court en Espagne, et les Noirs en Amérique, cette même France se devait plus que jamais de maintenir ses traditions, en accueillant, en protégeant, en réconfortant les persécutés ? Et comme ce ne sont pas toujours les gens de droite qui s'en chargent, il faut bien que ce soient les autres ? Au nom de la France, pas seulement au nom de la solidarité ou de l'action politique. Il faut que certaines choses soient faites non seulement pour mettre fin au scandale, mais pour l'honneur.

Salido
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RenodRenod   23 octobre 2015
Elle a ouvert la porte. Je suis entré dans une pièce à peu près vide. Sans un mot, la vieille femme est allée tout droit à une commode dont elle a ouvert un tiroir. Elle a sorti du tiroir des photos qu'elle a étalées sur une table : les portraits de ses enfants et de ses neveux que les Allemands étaient venus chercher ici. Une fois ils en avaient emmené trois d'un coup. Elle m'a dit cela d'une voix sans larmes, puis elle a remis les photos dans le tiroir et elle m'a fait entrer dans une pièce voisine où se trouvait couché sur un grabat un vieillard chauve aux joues creuses, aux yeux creux, à la longue barbe blanche, un Job moribond...

(...)Elle a ouvert la porte et nous nous sommes regardés, nous ne savions quoi nous dire. A la fin, je lui ai demandé pourquoi elle ne m'avait pas répondu tout de suite, quand j'avais frappé ? Mais j'ai compris, à son regard, que je n'aurais pas dû lui poser cette question. Est-ce que je ne savais pas l'horreur dont elle avait été saisie en entendant le bruit de mes brodequins sur les marches ?

J'ai redescendu l'escalier lentement, en m'efforçant de faire le moins de bruit possible.
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RenodRenod   23 octobre 2015
... L'espèce d'indifférence contre laquelle j'avais eu tant de mal à lutter depuis des mois était toujours la même. Et pourtant l'événement était là, et j'y étais moi-même, mais étranger. Je me ressentais peut-être du récit horrible que nous avait fait notre hôtesse la veille. Récit, hélas, qui venait s'ajouter à tant d'autres non moins horribles, de maisons brûlées de jeunes gens pendus sous les balcons des places de villages, de rafles et de massacres comme aux temps les plus sombres de la vieille histoire.

O.K., Joe !
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