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ISBN : 2890525201
Éditeur : Boréal (17/03/1993)

Note moyenne : 4.16/5 (sur 16 notes)
Résumé :
La poésie est une expérience profonde et mystérieuse qu'on tente en vain d'expliquer, de situer et de saisir dans sa source et son cheminement intérieur. Elle a partie liée avec la vie du poète et s"accomplit à même sa propre substance, comme sa chair et son sang. Elle appelle au fond du cœur, pareille à une vie de surcroît réclamant son droit à la parole dans la lumière. Et l'aventure singulière qui commence dans les ténèbres, à ce point sacré de la vie qui presse... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Lazlo23
  07 août 2016
Les poèmes d'Anne Hébert (1916-2000) nous parlent d'arbres, de lampes, de champs, de rues... Et pourtant, voici que cette réalité toute simple, toute nue, on a l'impression, en lisant ces vers, de la redécouvrir. Sous la plume de la grande poétesse québécoise, choses et mots acquièrent une jeunesse saisissante et une étrangeté qui n'appartient qu'aux rêves.
Dans le poème « Naissance du pain », il est ainsi question « de faire parler le pain »... Mais ce « récit » de la fabrication d'une miche de pain, «cette lente maturité de la croûte et de la mie » se double de l'évocation cosmique de la création du monde, associée à la germination du blé et à celle des moissons. C'est également l'occasion d'évoquer le rôle du pain comme aliment civilisateur, séparant l'homme de l'animal, un aliment capable de faire naître un dieu, « enfant blême, au bord des saisons mis en croix »...
Quand on lit à la suite les quatre recueils composant « Ouvres poétiques, 1950-1990 », on est très vite frappé par la cohérence d'une voix, qui se trouve dès les premiers vers, et que l'on reconnaîtra tout au long du livre : une voix sans fioriture, qui ne cherche pas à en mettre plein la vue, mais plutôt à dire le monde au plus juste et au plus près. « Et moi, je crois à la vertu de la poésie, je crois au salut qui vient de toute parole juste, vécue et exprimée », proclame Anne Hébert.
Mais, cette édition qui couvre quarante années de création poétique permet aussi de mesurer des évolutions. Après une première période assez sombre, hantée par des images de dépression, de solitude et de mort (« Il y a certainement quelqu'un/Qui m'a tuée/Puis s'en est allé/Sur la pointe des pieds/Sans rompre sa danse parfaite... »), l'auteur accède à une forme d'apaisement qui se traduit par un passage du « je » au « nous », ou au « tu ». Les thèmes sont alors ceux de la libération et de la (re)naissance, combinés aux motifs de la neige, de l'oiseau, de la pluie et du vent, qu'Anne Hébert partage avec Saint-John Perse. Comme chez ce dernier, le vers devient plus ample, le poème s'allonge et la forme du verset s'impose peu à peu :
« La vie est remise en marche, l'eau se rompt comme du pain, roulent les flots, s'enluminent les morts et les augures, la marée se fend à l'horizon , se brise la distance entre nos sœurs et l'aurore debout sur son glaive. »
Dans les poèmes les plus récents, l'ouverture au monde s'accentue encore, avec des textes à nouveau brefs, plus accessibles et des évocations un peu plus anecdotiques : la nage, l'été, le matin (« C'est un matin ordinaire/Tout gris de nuit/Comme une taupe secoue la terre /Sur son pelage d'argent... »)
Signalons enfin toute une série de poèmes d'amour, qui comptent, à mon avis, parmi les plus beaux de la poésie contemporaine : chez Anne Hébert, l'amour n'est pas une expérience simple, et n'est jamais de tout repos ; il se gagne à chaque instant, et même dans les moments de plénitude, la menace de la dislocation du couple continue de planer ; c'est le cas par exemple dans le poème « Amour », qui se termine ainsi : « Toi, le mystère repris, toi, mon doux visage étranger, et le coeur qui se lamente dans mes veines comme une blessure. »
Vous l'aurez compris, la poésie d'Anne Hébert exige beaucoup de son lecteur ; elle est âpre, violente, difficile, mais belle aussi, et addictive : pour qui y a goûté, difficile ensuite de l'oublier.
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Cielvariable
  16 mai 2018
Je préfère Anne Hébert la romancière, mais son oeuvre poétique est également intéressante. Ce recueil, "Oeuvre poétique" regroupe en fait plusieurs recueils: "Le Tombeau des rois", "Mystère de la parole", ses poèmes anciens (1961-1980) et ses poèmes nouveaux (1987-1989).
Ses poèmes ont des thèmes de la vie quotidienne, de l'amour ou de la maladie, de l'enfance et de la mort. Ses poèmes ne sont pas tous faciles d'accès.
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oldboy
  29 juillet 2019
Il est intéressant de connaître aussi l'oeuvre poétique de cette écrivaine.
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
Lazlo23Lazlo23   22 novembre 2015
NEIGE

La neige nous met en rêve sur de vastes plaines, sans traces ni couleur

Veille mon cœur, la neige nous met en selle sur des coursiers d’écume.

Sonne l’enfance couronnée, la neige nous sacre en haute-mer, plein songe, toutes voiles dehors.

La neige nous met en magie, blancheur étale, plumes gonflées où perce l’œil de cet oiseau.

Mon cœur ; trait de feu sous des palmes de gel file le sang qui s’émerveille.

(MYSTÈRE DE LA PAROLE )

------------------------
Et voici la première version du poème :

NEIGE

La neige nous met en rêve

Sur de vastes plaines,
Sans traces ni couleur.

Veille mon cœur,
La neige nous met en selle
Sur des coursiers d’écume.

Sonne l’enfance couronnée,
La neige nous sacre en haute-mer,
Plein songe,
Toute voile dehors.

La neige nous met en magie.
Blancheur étale.
Plumes gonflées
Où perce l’œil de cet oiseau.

Mon cœur ;
Trait de feu sous des palmes de gel
Fille de sang qui m’émerveille.

(MYSTÈRE DE LA PAROLE, 1960)
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si-bemolsi-bemol   21 avril 2018
LA SAGESSE M'A ROMPU LES BRAS

La sagesse m'a rompu les bras, brisé les os
C'était une très vieille femme envieuse
Pleine d'onction, de fiel et d'eau verte

Elle m'a jeté ses douceurs à la face
Désirant effacer mes traits comme une image mouillée
Lissant ma colère comme une chevelure noyée

Et moi j'ai crié sous l'insulte fade
Et j'ai réclamé le fer et le feu de mon héritage.
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Lazlo23Lazlo23   07 août 2016
LES FUSILLES
Dans le petit matin
Alignés contre le mur
Ils ont des mains puissantes
Des chemises déboutonnées
Des dents de loup
L'allure cavalière
Fument par tout le corps l'honneur de vivre
Comme une fumée légère
Qui s'éloigne d'eux
Très vite
A mesure que file le sang
Criblé de balles.

(in Poèmes nouveaux, 1987-1989)
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coco4649coco4649   01 juillet 2015
LEÇON DE TÉNÈBRES


S'endormir debout
Comme un arbre
Dans la nuit

Sans cils ni paupières
Les yeux grands ouverts
S'emplir de nuit
À ras bord

Le cœur noir de la nuit
Ruisselle sur mon cœur
Change mon sang
En encre de Chine

La nuit fluide coule dans mes veines
Je m'enracine en forêt noire
Chevilles liées
Âme dissoute dans la nuit

Immobile
Attendre que les temps soient révolus
Dans l'espoir d'une petite étoile
À l'horizon couleur de suie.
+ Lire la suite
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si-bemolsi-bemol   21 avril 2018
"Ecrire un poème"

Ecrire un poème c'est tenter de faire venir au grand jour quelque chose qui est caché. Un peu comme une source souterraine qu'il s'agirait d'appréhender dans le silence de la terre. Le poète est une sorte de sourcier, sans baguette de coudrier, ni aucune baguette magique, qui se contente d'être attentif (à la pointe extrême de l'attention), au cheminement le plus lointain d'une source vive. La moindre distraction de sa part suffirait pour que disparaisse et se cache ailleurs ce souffle d'eau dans le noir, cette petite voix impérieuse qui cogne contre son coeur et qui demande la parole.
+ Lire la suite
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Vidéo de Anne Hébert
Le tombeau des rois, Anne Hébert lu par Anne Hébert
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