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EAN : 9782246815525
162 pages
Éditeur : Grasset (09/01/2019)
3.86/5   52 notes
Résumé :
Sartre avait montré dans Réflexions sur la question juive comment le juif est défini en creux par le regard de l'antisémite. Delphine Horvilleur choisit ici de retourner la focale en explorant l'antisémitisme tel qu'il est perçu par les textes sacrés, la tradition rabbinique et les légendes juives.
Dans tout ce corpus dont elle fait l'exégèse, elle analyse la conscience particulière qu'ont les juifs de ce qui habite la psyché antisémite à travers le temps, e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
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migdal
  30 avril 2021
Pourquoi l'antisémitisme n'est-il pas un racisme comme les autres ?
Peut être parce que le racisme est mépris et l'antisémitisme jalousie. La différence de couleur ou de culture est vue comme « quelque chose en moins » ; au Juif, on reproche au contraire d'avoir « quelque chose en plus ». Même pauvre, discriminé, victime du pire, il est encore « trop » conclut Delphine Horvilleur.
Constatant que la Bible ne parle pas du juif ou du peuple juif, à proprement parler, c'est en analysant les écrits traditionnels de la Torah et du Talmud, que l'auteur nous démontre comment l'antisémitisme est né et s'est développé au cours des siècles en s'appuyant parallèlement sur la misogynie.
Des pages denses, à la lecture difficile pour qui n'est pas familier de la Torah, de Freud ou de Sartre (ce qui est mon cas) et qui imposeront une relecture ultérieure. Mais des pages qui interpellent, qui prêtent à réflexion, qui enrichissent le lecteur et qui vont m'inciter à découvrir cette philosophe que Samuel m'a recommandée.
Reste à savoir si l'antisémitisme peut être combattu par la lecture et la philosophie … alors que l'autodafé et le bucher sont les armes habituelles des racistes.
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celestineh
  27 juin 2020
Réflexions sur l'antisémitisme au travers des textes sacrés, cet essai est court mais un peu ardu.
Il faut donc s'accrocher mais les pistes soulevées sont intéressantes :
Dans le désordre, voici ce que j'ai retenu :
L'auteure nous rappelle que le peuple juif s'est construit sur la coupure (la destruction du temple notamment, le départ de la terre d'origine). Or, l'antisémite rêve d'un tout, d'une nation unie et homogène. C'est donc toujours le juif qui va empêcher cette plénitude de se réaliser et qu'il faudra combattre afin d'atteindre ce tout.
Ainsi « Tout au long de l'histoire, les juifs ont été perçus comme ceux qui empêchaient de faire « tout », de faire totalité parce que quelque chose dans leurs rites, dans leurs corps ou dans leurs croyances se posait en retrait, en coupure, en refus de faire corps avec la totalité. »
L'auteure associe également antisémitisme et anti-féminisme. Ce sont les mêmes qui vont généralement rejeter le juif et la femme car le premier est rarement associé à des symboles de virilité.
Réflexions également sur la notion de peuple élu. Cette idée d'un peuple élu par Dieu embarrasse les juifs et est même parfois un sujet de plaisanterie mais attise les jalousies des antisémites et nourrit la haine (« le juif a tous les postes clés, il vole argent » etc) Cette notion obsède souvent l'antisémite.
Un petit essai érudit à lire par tous ceux que la question intéresse.
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belette2911
  23 décembre 2019
Une fois de plus, c'est grâce à "La Grande Librairie" que j'ai décidé de lire ce roman qui est aux antipodes de mes lectures habituelles.
La manière dont l'auteure avait parlé de son livre m'avait interpellé, dans le bon sens du terme car elle faisait un parallèle intéressant entre l'antisémitisme et la place de la femme dans l'Histoire.
Nous étions accusées des mêmes maux, des mêmes tares que les Juifs : hystériques, manipulatrices, opportuniste, faible…
Comme je m'en voudrais de mourir bête et que j'aime aller me coucher un peu plus "culturée", j'avais coché ce roman, bien décidée à me plonger dedans dès que je pourrais le faire.
Véritable enquêtrice, l'auteure s'est plongée dans les textes anciens, les textes bibliques, pour aller chercher une trace non seulement de la première fois où l'on utilisa le mot "Juif" (avant, on disait "Hébreu") et d'où viendrait cette haine, le patient zéro, en quelque sorte.
Au départ, l'exploration des textes de l'Ancien Testament ne m'a pas dérangé, c'était agréable à lire, j'avançais bien au pays des légendes et des histoires, même si, au fil des différents textes, l'histoire n'était pas tout à fait la même.
Je la prends pour un texte servant à m'expliquer des choses, à m'élever, à réfléchir, rien de plus. Donc, tout allait bien dans le meilleur des mondes.
Oui, mais, à un moment donné, trop is te veel (trop c'est trop) et c'était trop pour mon petit cerveau qui a décroché quelques fois car trop théologique pour la lectrice lambda telle que je suis.
Le rythme de lecture en pâtit, on surprend ses yeux à sauter des lignes et à tenter d'aller voir plus loin si le texte n'est pas plus intéressant que cette étude trop poussée pour ceux et celles qui n'y sont pas habituées.
Pourtant, tout le reste est intéressant au possible, j'ai vraiment aimé tout le reste, mais ce blocage me restera en travers de la gorge et malheureusement, mon plaisir lecture s'en est ressenti car j'aurais préféré qu'elle nous parle plus de l'antisémitisme à travers les âges du monde réel.
Finalement, c'était plus facile d'écouter l'auteure parler de son livre à La Grande Librairie que de la lire.
Sans pour autant remettre son travail en question car il y a des heures de boulot, là derrière, ce qui est bien dommage d'avoir mis autant de peine dans la recherche et peut-être moins dans la présentation de toutes ces études des textes bibliques.
Dommage... Malgré tout, je retiendrai des choses de cette lecture et j'irai me coucher moins bête que la veille, ce qui n'est déjà pas si mal. Tout compte fait, je ne suis pas vraiment perdante sur le coup.
Lien : https://thecanniballecteur.w..
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Vermeer
  01 juin 2021
Voilà un religieux (Delphine Horwilleur rabbin) qui nous réconcilie avec les religions ! Dans cet essai, elle tente d'analyser les origines et les ressorts de l'antisémitisme. Les origines se trouvent dans la littérature rabbinique et dans la Bible. Certains passages sont un peu ardus pour les non familiers des textes sacrés.
Dès l'époque romaine , le Juif incarne la coupure, l'impossible unité, l'impossibilité de faire "Un". On lui reproche d'être semblable et différent, d'empêcher de faire "tout", de vivre malgré les fêlures. On lui en veut non pour ce qu'il n'a pas mais pour ce qu'il a ou pour ce qu'il est supposé avoir et même aujourd'hui pour les souffrances passées de son peuple (concurrence victimaire).
Aujourd'hui les juifs sont perçus comme une menace par certains "racisés" en Israel lorsqu'ils soutiennent le nationalisme et colonialisme et en Occident quand ils soutiennent le philosophie des Lumières, idéologie soupçonnée être celle de l'universalisme blanc. Là encore ils empêchent l'unité, les "nous" communautaire. L'obsession de la pureté est le terreau de tous les totalitarismes, de tous les fondamentalismes, juif compris.
Beaucoup d'autres passages passionnants : lien antisémitisme/ misogynie, patriarcat.
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liberliber
  27 juin 2019
Pour expliquer l'antisémitisme, dont on constate une recrudescence ces derniers temps, Delphine Horvilleur s'est plongée dans les textes sacrés, la tradition rabbinique et les légendes juives.
Maîtrisant parfaitement son sujet et douée d'un vrai sens de la pédagogie ainsi que d'un humour que je n'ose pas qualifier de juif mais, tant pis, je le fais tout de même, la rabbine embrasse l'histoire pour mieux comprendre cette haine dont les filles et fils d'Abraham ont été les victimes.
Avant d'être défini comme Juif, l'Hébreu est celui qui a quitté sa terre de naissance pour rejoindre la Terre promise. « Un Egyptien vient d'Egypte (…) mais un Hébreu ne vient pas d'une terre ainsi nommée. Son nom ne dit pas son origine mais sa coupure des origines » écrit Delphine Horvilleur, soulignant en quelque sorte l'incongruité du positionnement des Juifs.
S'immergeant toujours dans la lecture biblique, l'auteure fait le récit des rapports entre Esaü et Jacob, deux frères que tout oppose. le premier incarne la force virile ; le second, à qui un envoyé mystérieux déclara : « Ton nom ne sera plus dorénavant Jacob mais Israël », est imberbe et une espèce de « fils à maman ». C'est lui qui va inspirer la vulgate antisémite voyant dans le Juif une « femmelette ». Quelques siècles plus tard, Freud établit « un lien direct entre antisémitisme et misogynie » qui trouverait ses origines dans une peur de la castration et, au-delà, dans la crainte d'une atteinte à l'intégrité de la nation jugée indivisible. Pour Léon Daudet, Léon Blum est une « fifille », une « mamzelle ». Cette confusion, aussi stupide soit elle, trouverait son origine dans le choix des modèles d'identification effectué par les rabbins. « Les héros qu'ils privilégient (…) sont des personnages (…) partiellement vulnérables, souvent handicapés » précise Delphine Horvilleur. Et d'invoquer la stérilité d'Abraham (je croyais que c'était sa femme Sarah qui l'était sinon il n'aurait pas eu Ismaël et Isaac ! A moins que...), la cécité d'Isaac, la fragilité de Jacob et le bégaiement de Moïse.
A contrario, dans la phraséologie haineuse, la Juive est souvent présentée comme une virago.
Née sur le manque, probablement celui du Temple de Jérusalem détruit en 70 par les Romains, l'identité juive repose sur un « en moins ». « La vie juive ne se construit que sur la conscience d'une incomplétude qui lui tient lieu de fondement. C'est le manque à être qui crée le désir d'être, le désir tout court, et qui garantit l'avenir » insiste la rabbine. Freud rappelle que c'est ce Temple, devenu invisible, qui est le garant de la pérennité du judaïsme. Et, ce que les antisémites reprochent aux Juifs est précisément leur « increvabilité ». Autre reproche : la notion controversée de « peuple élu » par Dieu pour laquelle plusieurs interprétations ont été données.
La religion juive est décidément bien enquiquinante pour les autres cultes et spiritualités élevés sur l'idée du « tout salvateur » car « les Juifs sont « pas-tout », dans la mesure ils empêchent un collectif plus large qu'eux de se colmater pour faire du « comme-Un » » (…). Et tout projet universel (…) est menacé par la tentation totalitaire, qui pour sauver le tout pour le tout, mettra les Juifs en exception ».
De même, Israël serait accusé de violer la continuité du monde arabe par sa présence étrangère.
Très bien documenté, intelligent, souvent brillant, l'essai de Delphine Horvilleur, dont le titre est un clin d'oeil aux « Réflexions sur la question juive » de Sartre, offre au lecteur néophyte une explication passionnante sur les racines de l'antisémitisme. Salvateur et indispensable.
EXTRAITS
- Il existe par exemple une distinction fondamentale entre l'antisémitisme et les autres racismes. Ces derniers expriment généralement une haine de l'autre pour ce qu'il n'a pas (…). le Juif au contraire est souvent haï, non pour ce qu'il N'A PAS mais pour ce qu'il A.
- Cherchez le Juif, l'antisémite n'est jamais loin.
- Fonder son identité sur un geste de coupure, c'est-à-dire sur un « en moins » créateur d'appartenance, c'est l'étrange proposition que fait le judaïsme rabbinique. S'il peut la formuler, jusqu'à en faire la pierre d'achoppement de son édifice immatériel, c'est peut-être simplement parce qu'il se construit historiquement sur un manque, et pas des moindres, celui du Temple de Jérusalem.
Lien : http://papivore.net/document..
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Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
VermeerVermeer   01 juin 2021
Tout projet universel, dès lors qu'il n'entend pas les failles qui le fissurent, les exceptions qui le constituent, est menacé par la tentation totalitaire.
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SZRAMOWOSZRAMOWO   20 février 2019
Mal ancestral et odieux bégaiement de l’Histoire, la fureur antijuive semble constamment muter ou se réincarner d’époque en époque dans des contextes formidablement différents.

Historiens, sociologues, théologiens, psychologues : beaucoup ont analysé les racines de ce fléau, et tenté de comprendre les contextes politiques, économiques, sociaux ou religieux de son apparition ou de sa résurgence. Moins nombreux sont ceux qui ont exploré la littérature juive pour y lire comment celle-ci interprète le phénomène.

Ce n’est, certes, jamais à la victime d’une violence ou d’une discrimination qu’il revient d’expliquer les causes de la haine qui s’abat sur elle et d’analyser les motivations du bourreau. Faut-il rappeler cette évidence ? L’antisémitisme n’est pas « le problème des Juifs » mais toujours d’abord celui des antisémites, de ceux qui les tolèrent ou les nourrissent. Et d’ailleurs, pourquoi les interprètes des sources juives détiendraient-ils une clé particulière de compréhension de cette haine ?

Ils n’ont pas besoin de posséder ce trousseau pour déverrouiller tout de même quelque chose. La lecture que le judaïsme fait de la haine antijuive offre un point de vue inédit : la parole subjective de celui qui se transmet cette expérience à la manière d’une mise en garde et d’un avertissement aux nouvelles générations, sur la résurgence du mal, et la possibilité de s’en relever. Dans l’interprétation des rabbins, ne se profile pas simplement une grille de lecture de ce qui leur arrive en un temps spécifique de leur histoire, ou le récit de leurs douleurs passées, mais la façon dont ils pensent, à la fois l’origine du phénomène et le dépassement de ses conséquences pour le groupe qui en est frappé. La littérature rabbinique entend offrir aux Juifs la possibilité de redevenir acteurs de leur histoire face à ce qui pourrait encore arriver. Elle offre aussi une lecture originale de la psyché de l’oppresseur, telle que perçue par le vulnérable du système, en quête de protection. Elle n’enferme ni la victime dans sa douleur, ni (et c’est plus surprenant !) le bourreau dans sa haine et c’est le refus de cette fatalité qu’il nous convient d’explorer pour notre temps.

Comment les sages et les textes de la tradition interprètent-ils la colère dont ils font l’objet, et qui s’empare de l’autre de façon chronique ? Existe-t-il une réflexion juive sur la question antisémite ?

C’est à ces questions que ce livre tente de répondre, sous la forme d’une enquête, d’une exploration littéraire dans les sources traditionnelles. Cette haine des Juifs, je l’appelle dans les pages à venir « antisémitisme » même s’il s’agit d’un anachronisme, la littérature rabbinique précédant de près de deux millénaires l’invention du terme dans l’Allemagne du XIXe siècle.
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migdalmigdal   30 avril 2021
Dans «La Trace de l'Autre» (1963), Levinas opposera Ulysse et Abraham comme deux archétypes philosophiques, ceux de la pensée occidentale ou juive. Il écrit : «Au mythe d'Ulysse retournant à Ithaque, nous voudrions opposer l'histoire d'Abraham quittant à jamais sa patrie pour une terre encore inconnue et interdisant à son serviteur de ramener même son fils à ce point de départ.
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MistigrifMistigrif   10 juin 2019
Parler des Juifs, ce n'est pas exactement parler d'Israël, objecteront certains. Certes. Mais la confusion permanente des deux termes joue incontestablement un rôle clé dans ce conflit qui déchaîne les passions et les débats médiatiques de manière disproportionnée.
En sont conscients de nombreux intellectuels arabes, parmi lesquels Edward Saïd qui en bien des occasions affirmait que le succès de la cause palestinienne devait beaucoup à l'identité de ceux qu'elle affrontait. Jamais ce conflit n'aurait reçu la même attention, disait-il, si les Juifs n'avaient pas été les ennemis.
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belette2911belette2911   13 décembre 2019
En un verset, Haman offre au lecteur un parfait condensé, une illustration intemporelle de ce que sont les accusations portées contre les Juifs à travers l’Histoire : un peuple perçu comme à la fois dispersé et à part, mêlé à tous mais refusant de se mélanger, indiscernable mais non assimilable.

Son particularisme est vécu comme une menace pour l’intégrité de la nation ou la puissance politique, mettant en danger la stricte égalité entre des éléments d’une nation indifférenciée.

Pèse sur lui, dès lors, un soupçon de non-allégeance, qui justifie à terme son départ ou son élimination physique.

À l’instant même où le Juif paraît dans le texte, surgit avec lui comme dans un même souffle, son ennemi, fruit d’une gémellité littéraire troublante. Le duo Mardochée/Haman est comme scellé dès l’origine : cherchez le Juif, l’antisémite n’est jamais très loin.
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