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François Mauriac (Préfacier, etc.)
ISBN : 2020319845
Éditeur : Seuil (06/05/1997)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 39 notes)
Résumé :
Jean-René Huguenin commence une nouvelle vie. A la veille de ses vingt ans, il décide d'écrire un chef-d'oeuvre. Ou rien. Ambitieux et plein d'orgueil, Huguenin se jette tout entier dans l'écriture. Ce journal, pensé comme une oeuvre littéraire à part entière, raconte les espoirs et les déceptions d'un écrivain en devenir, révolté par une époque jugée désespérément vide.
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
cicou45
  11 novembre 2012
Jean-René Huguenin est un jeune homme révolté, acharné qui tient plus que tout à mener à bien la mission qu'il s'est imposée : celle d'écrire un roman révélateur sur la nature humaine, un roman qui sortirait des sentiers communs et apporterait quelque chose de nouveau, non pas seulement pour le lecteur mais avant tout pour lui-même. Projet extrêmement prétentieux et trop ambitieux me direz-vous pour un jeune homme de dix-neuf ans ? Certes, mais l'auteur en est parfaitement conscient et est bien déterminé à se surpasser, à donner tout ce qu'il y a en lui. Dans ce "journal', le lecteur suit le parcours de ce jeune homme, de 1955 à 1962, année de sa mort alors qu'il n'était âge que de vingt-six ans et apprend à le découvrir.
En parallèle de ses études à Sciences Po puis à l'ENA, Jean-René Huguenin est avant tout un écrivain, un chroniqueur pour la revue "Arts" ainsi que de nombreuses autres qui ne sont pas expressément nommées ici mais dont le lecteur sait qu'elles existent puisque l'auteur nous parle de ses nombreux articles qu'il a en commande.
Un "journal" dans lequel l'auteur / narrateur se livre à coeur ouvert et se confie. Il nous parle de sa mère et de sa soeur avec lesquelles il a continué à vivre suite à la mort de son père, des femme en général mais d'une en particulier qui lui aura fait changer d'avis -du moins en partie -sur le regard q'il portait sur elles, de ses amis, des écrivains de son temps, de ses lectures mais surtout sur son Idéal qu'il s'est fixé d'atteindre.
Un ouvrage bouleversant, dont il faudrait tirer des "citations" de chaque paragraphe tellement l'écriture d'Huguenin est belle et pleine de vérités même s'il ne faut pas toujours le prendre au mot, surtout dans la première partie de ce livre où il porte un regard dédaigneux sur les femmes, probablement parce qu'il a souffert à cause d'elles mais surtout par manque de maturité (ce dont le lecteur se rend parfaitement compte puisque son regard sur celles-ci évolue au fur et à mesure que les années passent). Bref, une merveille, à découvrir ! J'ai moi-même hâte de lire le seul et unique roman qu'il ait publié, "La Côte sauvage" dont on suit la rédaction ici mais aussi un peu peur d'être déçue...tant cette lecture-là m'a transportée !
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lecassin
  06 décembre 2016
Le 20 septemlbre 1962, Jean-René huguenin écrivait la dernière phrase de son journal, publié en 1964, après sa mort : « Ne plus hésiter, ne plus reculer devant rien. Aller jusqu'au bout de toute chose, quelle qu'elle soit, de toutes mes forces. N'écouter que son impérialisme. »
Le 22 septembre, deux jours après, il se tue au volant de sa voiture sur la RN 10…
Auteur de « La côte sauvage », un premier roman remarqué en 1960, et encensé par François Mauriac lui-même, Jean-René Huguenin effectuait alors son service militaire au service cinématographique des armées…
Dans ce « Journal », qui débute en 1956, pour s'interrompre brutalement en 1962, on découvre , non seulement les coulisses de la rédaction de son seul et unique roman, « La côte sauvage », ainsi que les premières ébauches d'un deuxième ouvrage sans cesse recommencé, mais aussi les états d'âme d'un jeune homme brillant, diplômé de Sciences-Po, en route pour l'ENA et membre fondateur de «Tel Quel», la revue de Philippe Sollers ; tout en contribuant au «Figaro littéraire», à «Arts» et aux «Lettres françaises »… Un jeune homme brillant dont l'extrême sensibilité n'a d'égale que dans son pessimisme, d'abord envers sa propre personne, mais aussi à l'égard de son entourage.
Un journal inachevé dont le plus grand intérêt est de nous faire toucher le ressenti d'un écrivain en devenir sur les choses les plus essentielles de l'existence. L'homme n'est pas toujours gai. Qu'importe. Sa réflexion est toujours d'une haute tenue, même quand il fustige « la nouvelle vague », lui, le pourfendeur, également du « Nouveau roman »…
A lire par petites touches, au quotidien…
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Horizon_du_plomb
  24 juillet 2018
« L'indifférence, aujourd'hui, a atteint le point où elle conduit au romantisme. »
« Je marche le dos au soleil et je me prends pour mon ombre colossale. »
« Tout amour essaie d'inventer un langage ; c'est l'origine de la création littéraire. »
Un journal pas comme les autres, qui à l'instar de celui d'Anne Frank est rempli de lucidité mais a l'étrange fatalité dans ses veines. Lire ce livre, c'est voir une accumulateur qui se charge et se décharge. Celui qui voulait étouffer le monde de ses bras invente sa vie entre « tendresse et déchirement ». Bien vite, on comprendra que l'ultime misère pour Huguenin demeure peut-être ce temps que l'on perd à être quelqu'un d'autre, se contrefaire, ce temps perdu « le seul capital, dit Balzac, des gens qui n'ont que leur intelligence. »
«  Il faut que le héros fasse honte aux lecteurs. »
« Je ne puis plus me cacher de mes blessures. Ces rides qui n'étaient autrefois que les plis de mon sommeil, et qui s'effaçaient avec le jour, sont devenues des cicatrices. Mais je suis fier de cette chair tailladée, je suis fier qu'il y ait toujours en moi, quelque part, quelque chose qui saigne. »
Huguenin ce gladiateur à l'arène en feu. Le combat, l'action resplendissante semble être son leitmotiv et donc forcément la souffrance, le sacrifice et la mort. On a parfois l'impression que l'auteur nous dépeint un tableau de chasse, son programme mais que le miroir protecteur, lui, est déjà fendu. Comme un élan tendu qui accumule le potentiel du monde, dévoilant l'arc (guerrier) mais qui s'éclipse sans avoir le temps de se former astre. Peut-être n'est-ce que cela, un roman de la vitesse, celle du gouffre de la création, celle qui a perdu son auteur.
«  Si jamais quelqu'un lit ces notes, si vous lisez un jour, pardonnez-moi leur brièveté, leur sécheresse. »

« Le contraire de l'universel n'est pas le particulier, mais le général. »
Mais l'auteur s'aime t'il ? Mal de jeunesse diront certains mais une chose est sure, le livre n'est pas sec. Le réticule émotionnel de l'auteur balaie tout et il frétille comme un feu crépitant qui se repait uniquement du bon bois. Trois éléments élèvent le livre : le style, la justesse dans l'instant (mais souvent pas dans le fond selon moi) et l'aspect livre ouvert car bien qu'il se défende souvent de s'exposer totalement, JRH nous parle de ses forces et ses faiblesses, ses paradoxes et tout cela avec une intelligence vive. Les phrases visent juste en quelques mots et sans fanfaronnade. Bien entendu, chaque lecteur peut ne pas être d'accord avec ce qui semble profond ou voir en JRH celui qui réinvente des aphorismes déjà connus.
« Je me rapproche de moi-même, je m'entends, au loin, qui m'appelle. »
« Les limites de mon intelligence : je ne comprends rien que je ne sente. »
« Tout le secret du bonheur est là. Suivre pas à pas sa destinée, partir pour partir, changer pour changer, ne pas rechercher toujours systématiquement les mêmes valeurs - il n'y a pas de valeurs absolues, il y a, pour chaque instants de notre vie, une note juste, un certain ton à trouver. Quelque chose toujours nous appelle, quelque souvenir ou quelque livre, une promenade… la grâce est de l'entendre. »
D'ailleurs, avec ses répétitions de thèmes ou de leitmotivs, il se met à lasser à la longue ce fébrile qui rue à tout va dans son sentiment tragique de la vie. Sa vision, pas simplement jeune mais romantique, ne se définit souvent qu'en sentiments. Or, même les sentiments se construisent et ne restent pas nécessairement à un ébauché projeté spontanément. Par voie de conséquence, l'auteur se contredit souvent, voire très souvent. Son écriture est lunatique à tel point qu'on a l'impression qu'on n'en retirera rien sauf une mélancolie du chaos, ce merveilleux désordre.
« A partir d'un certain stade, plaisir, douleur, espoir, angoisse n'ont plus de sens. On ne mesure plus sa joie aux émotions qu'on éprouve, mais à l'intensité de ces émotions qu'on éprouve, qu'elles qu'elles soient. Tout ce qui traverse l'âme, la cabre insolemment comme une voile, tout ce qui la déchire, tout ce qui l'ensanglante est joie. »
Une phrase que n'aurait pas renié Céline je pense, d'ailleurs Huguenin a aussi le mépris facile, mais la phrase témoigne en réalité juste d'un effacement des sensations. Elle est contredite par ceci:
« - Ah bon élève, bon élève ! Que n'ai-je tué plus tôt le bon élève en moi !
- Tout rebâtir sur l'amour du monde. »
Parlons donc de cet amour qui est souvent mis à toutes les sauces de nos morts existentielles :
«  La honte confuse d'avoir moins chercher à aimer qu'à plaire »
« Ce que j'appelle amour ressemble finalement à un sens aigu du relief et de la perspective. Pas d'amour sans durée, ni ombre. »
«  L'admirable vers de Cocteau: « Je mourrai, tu vivras et c'est ce qui m'éveille. » »
Au départ, je pensais que l'auteur parlait beaucoup d'amour romantique puis je me suis rendu qu'il ne parlait pas seulement de cela mais aussi de l'amour qui est sentiment de connexion, relation et donc voie vers la connaissance. Ce même amour est aussi sens retrouvé et donc foi chez un homme qui se redécouvre croyant. Malheureusement, là aussi, l'auteur a ses va-et-vient, ramenant souvent le monde à soi, le niant. Quel paradoxe qu'aimer Dieu sans croire au monde ou en le considérant uniquement reflet.
«  J'imagine l'impression que donnerait à un étranger la lecture de ce journal (depuis janvier dernier): un velléitaire, qui tour à tour se brûle et s'adore, se vante et s'accuse, un empathique dont les cris de gloire et de détresse expriment toujours la même faiblesse, la même vulnérabilité aux changements du temps, de lieu, de lune, d'humeur, de santé, de chance et de circonstances. » (C'est moi qui mets les parenthèses)
Borderline ? Maniaco-dépressif ? Plutôt le premier. Une chose est sure, nous avons affaire ici à un éternel insatisfait et qui dit insatisfaction dit colère alliée à tristesse. Un homme qui redécouvre son inconscient comme s'il n'avait jamais existé peut faire peur. Je crois que je ne l'ai pas trop apprécié cet homme qui hait la faiblesse, n'aime pas l'autre en général mais ne fait que répéter ses erreurs et chercher l'amour. Par contre, je cerne un peu sa conscience (il dirait âme) grâce à ce qu'il a choisi de partager avec nous, lecteurs. À un moment du livre, il parle du sourire de l'enfant et j'espère qu'au moins JRH enfant s'est amusé avec sa vie sans la prendre trop au sérieux, a vécu sans grandeur mais avec la petitesse des premiers regards sur toutes choses.
«  Vanité de tant de scrupules et de retours sur soi-même, alors qu'il aurait suffi de hausser les épaules et de poursuivre sa tâche ! Alors qu'il aurait suffi de comprendre que tout travaille à notre grandeur, puisque notre grandeur se mesure à la distance de ce que nous maintenons entre ce que la vie nous donne et ce que nous en faisons. J'ai trop négligé ce pouvoir clinique de la conscience. »
« Oh ! Ce feu qui ne veut pas prendre. Ce rai de lumière sous la porte… »
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JS_R
  17 mai 2016
En commençant le "Journal" de Jean René Huguenin, je cherchais à entendre la voix d'un homme, jeune peut-être, face à sa tâche d'écrivain ; je cherchais à l'entendre résonner à travers temps et époques. On peut trouver de telles choses, en parcourant ce Journal. On trouvera surtout un jeune homme qui non seulement écrit, mais se trouve en butte à son implacable devoir d'exister.
Comment prendre l'exacte mesure de cette existence, stoppée de façon aussi anecdotique, terriblement impersonnelle ? L'accident de voiture qui devait coûter la vie à J.R.H, à l'âge de 26 ans, rappelle avec quelle prudence la destinée sait se manifester. Son Journal, tout du long, nous annonçait l'éclosion d'un homme, ou d'une individualité acerbe, se débattant déjà (et depuis quand ?) contre les conformismes bourgeois, l'étroitesse, non seulement d'esprit mais aussi de vue, de coeur, (ou de souffle) de ses semblables ; cherchant déjà par quel douloureux apprentissage il parviendrait à les cotoyer, il n'a presque aucun doute quant à la voie qu'il lui faut emprunter, et ce n'est pas se draper dans sa superbe que d'envoyer valser les pâles figurines du quotidien, lorsque celles-ci freinent, chaque minute, son ascension vers la joie de "devenir", toujours opposée au sentiment, repu, de celui qui demeure et s'y complait.
Le questionnement de J.R.H, quant à sa condition, est marqué par son extrême jeunesse, même clairvoyante, même remarquablement en pieds ; on n'a pas à lui pardonner ses intransigeances, car en lui rien ne souhaite être pardonné, ni aimé. Il est froid, étincelant, prêt à mépriser sa vie si cela peut le conduire vers ce qui mène à s'oublier, à "croître", car ainsi en va-t-il de l'âme pour J.R.H.
Nous nous tenons parfois à respectable distance de ce chemin solitaire. Sa lumière l'exige ; ce n'est pas une lumière qui rassemble dans l'heureuse communion, mais celle qui réfléchit, qui chasse vers soi, de nouveau, et qui, donc, confronte.
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letendard
  23 novembre 2010
Je Rends Heureux
http://www.denecessitevertu.fr/
Lien : http://www.denecessitevertu...
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Citations et extraits (99) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   02 mars 2011
Un ciel bleu, sec et froid, dur comme un diamant, tintant comme une cloche immense, allègre et joyeux comme un petit caillou, net, limpide, frais, eau glaciale sans une ride, infini, semblable à un aigle planant au-dessus de Paris, dardant sa froide précision céleste sur les maisons, bleuissant les toits, rosissant les murs, enveloppant chaque chose dans sa gaine inflexible. Voilà le temps que j'aime. Un temps dur et tendre à la fois, infaillible. Les gens dans la rue ont le visage rose, le nez pincé par le froid, les lèvres serrées et pâlies, les traits un peu figés mais resplendissants de bien-être. C'est un temps qui sait ce qu'il veut. Mon bel hiver !
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cicou45cicou45   09 novembre 2012
"Les grands romanciers sont ceux qui savent faire du mystérieux avec du quotidien, de l'extraordinaire avec du banal, du divin avec de l'humain -ceux qui savent faire quelque chose avec rien, comme l'espoir."
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lecassinlecassin   04 juin 2013
Il faut se laisser aller à la lutte. L'abandon se conquiert, le naturel se conquiert. Donnez-moi la Grâce, je me charge du reste.
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lecassinlecassin   22 octobre 2016
Rien de plus dangereux, de plus inutile que de se fixer un repère intérieur, auquel on se compare, qui altère toutes les attitudes, les crispe,et empêche, en fin de compte, de jouir de soi.
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cicou45cicou45   11 novembre 2012
"Qui n'a pas souffert de l'absence d'un être alors qu'il est là, en face de soi, n'a pas connu l'amour."
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