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Henri Thomas (Autre)
ISBN : 2070287785
Éditeur : Gallimard (19/09/1979)

Note moyenne : 3.79/5 (sur 149 notes)
Résumé :
Sur les falaises de marbre fut publié en Allemagne juste avant le début de la guerre. Aussitôt il fut interprété comme une protestation contre l'hitlérisme, et seule la renommée de Jünger le préserva de poursuites. Ce serait cependant une erreur de considérer ce roman comme une oeuvre de circonstance. Jünger a écrit un des romans romantiques les plus étonnants non seulement de la littérature allemande, mais de toute la littérature mondiale. Un paysage intemporel fac... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
zohar
  17 mars 2011
Toutes les oeuvres de l'essayiste et de l'écrivain allemand témoignent de multiples retournements intellectuels qui ne sont pas dus à quelque opportunisme, mais bien à une pensée vivante, attentive aux évènements, et soucieuse d'entrevoir le destin à l'échelle historique : « Sur les falaises de marbre » n'y échappe pas !
L'histoire se situe dans un pays utopique avec des contrées et des lieux qui sortent tout droit de l'imagination d'Ernst Jünger.
Le narrateur (anonyme) et son frère Othon, deux anciens officiers, se sont retirés à l'intérieur et au creux de hautes falaises situées sur les montagnes d'Alta-Plana. Perchés sur les hauteurs, les deux protagonistes y mènent, en compagnie d'un moine chrétien (incarnant de la tolérance, même) une vie paisible où les activités sont, essentiellement, la contemplation de la nature, la lecture et la méditation.
Cependant, la trame évènementielle de leur vie paisible sera perturbée par le Grand Forestier, (un Etat voisin où les hommes vivent en plein barbarie et où règnent, de surcroît, la tyrannie et les désordres politiques) qui cherche à accroître sa domination meurtrière et la terreur parmi leurs voisins plus policés et menacent, par la même occasion, la Marina, la terre natale des deux personnages principaux (une terre de vignobles où les citoyens vivent dans un grand épanouissement émotionnel et intellectuel) .
« Sur les falaises de marbre » est un roman allégorique sur la violence (les hordes du Grand forestier ne laisseront rien de la Marina, les combats finiront dans un bain de sangs et par un grand incendie) et c'est, également, un réquisitoire contre la barbarie (face à laquelle nos héros sont restés impuissants devant la dévastation de la Marina, leur terre d'adoption) d'un régime totalitaire personnifié, bien évidemment, par le Grand forestier.
En-deçà de la dichotomie des deux mondes: La Marina (symbolisant la quiétude, la tolérance, la vie !) s'opposant à l'Etat du Grand Forestier (représentant la violence, la barbarie, la mort !). Ernst Jünger, qui arrive à nous décrire la monstruosité des faits comme une grande précision chirurgicale. Son imagination s'y allie aussi, dans la description des paysages et l'utilisation d'un vocabulaire qui sont dans ce roman, tout particulièrement, poétiques ! le tout dans une sorte d'intemporalité…

Un symbolisme cruel et violent, d'une sombre beauté, parfois proche de la manière de Julien Gracq, oppose sages et bourreaux. C'est un livre indispensable, tout comme « Orages d'acier » car il y a un grand intérêt historique et littéraire. Dommage que l'on ne consacre pas plus d'intérêt à cet auteur qui manque à être plus reconnu (donc lu) de nos jours.
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Commenter  J’apprécie          171
oblo
  11 mai 2015
Héros de la Première Guerre mondiale, Ernst Jünger s'attira les foudres du parti nazi à la publication, en 1939, de Sur les falaises de marbre. Roman de l'attente, de la frontière incertaine, baigné dans une atmosphère étrange où le lecteur est balancé entre la quiétude d'un été et l'attente d'un drame, Sur les falaises de marbre interroge durablement notre monde : conscients que la barbarie est à nos portes, qu'attendons-nous pour réagir et assurer nos vies ?
Le roman se déroule dans un pays imaginaire, la Marina, menacé au nord par un État barbare où règne un mystérieux conquérant, le Grand Forestier. Il règne, à la Marina, une douceur de vivre remarquable et le narrateur et son frère vivent dans un ermitage où ils se consacrent à la botanique. La menace les fait s'interroger, mais ils préfèrent demeurer à l'écart du monde : ils seront vite rattrapés par les évènements et forcés d'affronter le Grand Forestier.
L'écriture de Jünger est poétique et s'attache à la description de ces instants précieux car menacés. le désengagement du monde apparait comme une possibilité, puisque l'histoire est un cycle et que la destruction fait partie de la nature de l'homme. Sur les falaises de marbre est une allégorie : celle d'un monde menacé par sa propre destruction.
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Henri-l-oiseleur
  26 octobre 2015
On a dit que cet ouvrage de Jünger rejoignait (ou était rejoint) par "Le désert des Tartares" de Buzzatti et surtout par "Le rivage des Syrtes" de Julien Gracq (qui déploient de grandes splendeurs langagières, à la différence de la belle sobriété du livre allemand). Ces trois romans sont des variations sur le thème de l'invasion barbare, de la destruction d'un ordre ancien, souvent sage et profondément raffiné, du retour à la barbarie. Si l'un des princes d'Orsenna voit dans ce retour une forme de régénération, préférable à la stagnation, les personnages de Jünger ne donnent pas du désastre (ici, métaphore du retour nazi aux lois féroces de la Nature) une interprétation si optimiste. La seule question est de rester digne face à la meute, et de sauver ce qui peut l'être. .
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Mimeko
  11 janvier 2015
Lu il y a environ 5 ou 6 ans, j''ai le sentiment de ne pas avoir lu le même livre que les autres lecteurs; certes comme eux j'ai apprécié l'allégorie que fait Ernst Junger pour dénoncer la montée du nazisme, mais au bout d'une centaine de pages (sur 150 environ), n'accrochant toujours pas et cherchant à comprendre pourquoi le style ce cet auteur me rebutait autant, je me suis rendue compte que la traduction datait de 1942, et avait été faite certainement par un universitaire ou un professeur qui avait dû faire du mot à mot, d'où les nombreuses phrases au passé simple complètement désuet, un vocabulaire vieillot, j'avais signalé le tout à Gallimard en leur suggérant de faire une traduction un peu plus actuelle....en vain. D'où mon avis négatif sur ce roman.
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stcyr04
  19 avril 2016
Cet opuscule conte la vie d'un personnage inconnu (le narrateur survivant du massacre) vivant en bonne entente avec frère Othon dans un ermitage sur les falaises de marbres. Cet endroit tranquille où respire librement la végétation et où les vipères sont reines sépare deux contrées: la marina luxuriante et la campagna marécageuse. Mais voilà des bandits sanguinaires s'emparent progressivement de la campagna avant de laisser libre court à leur violence sur la marina dans un ultime carnage. Notre survivant nous raconte le processus de destruction de la liberté et du triomphe de la barbarie sur la civilisation. Ce récit allégorique et hautement poétique publié en 1939 est en fait une critique à peine voilée du régime Nazi.
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   26 juin 2016
Tandis que dans le pays le crime prospérait comme le réseau des moisissures sur le bois pourri, nous nous absorbions de plus en plus profondément dans le mystère des fleurs, et leurs calices nous semblaient plus grands, plus radieux que jamais. Mais avant tout nous poursuivions notre travail sur le langage, car nous reconnaissions dans la parole l'épée magique dont le rayonnement fait pâlir la puissance des tyrans. Parole, esprit et liberté sont sous trois aspects une seule et même chose.
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WilliamineWilliamine   04 juin 2018
Vous connaissez tous cette intraitable mélancolie qui s’empare de nous au souvenir des temps heureux. Ils se sont enfuis sans retour ; quelque chose de plus impitoyable que l’espace nous tient éloignés d’eux. Et les images de la vie, en ce lointain reflet qu’elles nous laissent, se font plus attirantes encore. Nous pensons à elles comme au corps d’un amour défunt qui repose au creux de la tombe, et désormais nous hante, splendeur plus haute et plus pure, pareil à quelque mirage devant quoi nous frissonnons. Et sans nous lasser, dans nos rêves enfiévrés de désir, nous reprenons la quête tâtonnante, explorant de ce passé chaque détail, chaque pli. Et le sentiment nous vient alors que nous n’avons pas eu notre pleine mesure de vie et d’amour, mais ce que nous laissâmes échapper, nul repentir ne peut nous le rendre. O puissions-nous d’un tel sentiment, tirer une leçon dont nous nous souviendrions à chaque instant de notre joie ! Plus doux encore est le souvenir des années que nous versa le ciel, si ce fut une soudaine épouvante qui les termina. Nous comprenons alors quel bonheur c’est déjà pour nous autres hommes, que de vivre au fil des jours en nos petites sociétés, sous un toit paisible, parmi les bonnes conversations, salués d’un bonjour et d’un bonsoir également tendres. Hélas, nous reconnaissons toujours trop tard que la fortune qui nous donnait ces choses nous ouvrait déjà ses trésors. (page 7)
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TagrawlaTagrawla   16 septembre 2015
Dans les batailles qui menaient tout droit aux chasses à l'homme, aux embuscades, aux incendies, les partis perdirent toute mesure. On eut bientôt l'impression qu'ils se considéraient à peine entre eux comme des êtres humains, et leur langage s'emplit d'expressions qui n'ont cours d'habitude que parmi cette engeance qu'on doit extirper, détruire et passer par le feu. Ils ne savaient reconnaître le crime que dans le parti opposé, cependant qu'ils tiraient gloire chez eux de ce qui chez l'adversaire méritait le mépris.
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zoharzohar   17 mars 2011
On reconnaît les grandes époques à ceci, que la puissance de l'esprit y est visible et son action partout présente.
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Charybde2Charybde2   22 juin 2016
Cette sagesse un peu hautaine, cette lucidité impavide où nous frappe surtout le sentiment de la distance prise, cette lecture sidérale du monde comme il va, peut-être aussi un prix particulier nous paraît-il s’attacher à elle parce qu’elle a été conquise à travers les pires moments de l’Histoire : l’émail dur et lisse qui semble protéger cette prose contre un toucher trop familier nous semblerait peut-être un peu glacé si nous ne savions, et si nous ne perdions jamais le sentiment au cours de notre lecture, qu’il a été obtenu à l’épreuve du feu. (Julien Gracq à propos de l'ouvrage d'Ernst Jünger, texte paru dans Antaios, VI, 1965)
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