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Henri Thomas (Autre)
EAN : 9782070287789
196 pages
Gallimard (19/09/1979)
3.94/5   295 notes
Résumé :
Sur les falaises de marbre fut publié en Allemagne juste avant le début de la guerre. Aussitôt il fut interprété comme une protestation contre l'hitlérisme, et seule la renommée de Jünger le préserva de poursuites. Ce serait cependant une erreur de considérer ce roman comme une oeuvre de circonstance. Jünger a écrit un des romans romantiques les plus étonnants non seulement de la littérature allemande, mais de toute la littérature mondiale. Un paysage intemporel fac... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (31) Voir plus Ajouter une critique
3,94

sur 295 notes
Dans un pays imaginaire, un narrateur anonyme dont on sait simplement qu'il fut officier mène à l'Ermitage, en compagnie de Frère Othon, une vie paisible et studieuse au bord de la Marina, sur les falaises de marbre. Rien ne vient troubler la calme et sereine tranquillité des jours, le travail quotidien au milieu des livres anciens, des insectes et des fleurs, ni les douceurs de la réflexion contemplative.

Pourtant, non loin de ce refuge et de cette Marina où depuis toujours sont cultivés comme un art de vivre le raffinement des moeurs et l'élégance de la pensée, non loin de là, donc, et beaucoup trop près, à “la sombre lisière des grands bois”, campe le Grand Forestier, seigneur de la Maurétanie - avec ses troupes, sa doctrine et ses Ordres secrets -, seigneur de violence et de meurtre voilé d'un “nuage de crainte”, sur qui flotte “un souffle d'ancienne puissance”, nocturne, terrible et menaçante…

Écrit en 1939 par Ernst Jünger qui dénonçait là de manière à peine voilée la violence et les dangers du régime nazi, "Sur les falaises de marbre" est un récit de la tension et de l'attente, traversé de métaphores, de signes et de symboles, chambre d'écho de la lente montée de la menace et du péril, de la barbarie à l'oeuvre qui s'approche et qui bientôt déferle - comme poussée en avant par les forces inexorables du destin -, prophétisant avec une déchirante clairvoyance un âge de sang et de ténèbres où naufragera bientôt le coeur des hommes et sa lumière.

"Sur les falaises de marbre" est un texte immense - bien que fort court - où se déploient avec lenteur et comme en majesté l'écriture onirique de Jünger, l'extrême lucidité de sa vision et toute la richesse allusive de son imaginaire. Un roman inoubliable et un chef d'oeuvre de la littérature mondiale, tout comme l'est son texte-frère, plus lyrique encore et plus ample, “Le Rivage des Syrtes” de Julien Gracq.

[Challenge Multi-Défis 2020]
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Le narrateur et son frère vivent une vie paisible et raffinée dans un ermitage situé dans un pays imaginaire (qui m'a évoqué la Sicile) : la Marina.
Mais une menace se précise, venant des forêts les barbares s'enhardissent et menace d'envahir les côtes...

On présente généralement ce court roman comme une protestation contre la montée du nazisme. Je dois avouer que pour ma part cela ne m'a pas semblé flagrant.
Il est vrai que le récit est avant tout allégorique et symbolique, il est évident que le propos de Jünger ne pouvait être trop transparent.

Quoi qu'il en soit, Sur les falaises de marbre est un magnifique roman, superbement écrit, parcouru de fulgurances et riche de moments forts.
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C'est la 2eme fois que je lis cet ouvrage, quand je l'ai lu la 1ere fois je ne sais plus. Ce livre a été traduit par Henry Thomas. Ce livre fut publie en Allemagne juste avant le début de la guerre ou il fut interprété comme un manifeste contre Hitler et seul sa renommée le préservera des poursuites. C'est comme si je le lisais pour la 1ere fois. j'aime quand il parle des oiseaux et des plantes et des herbiers. C'est le deuxième livre de cet auteur que je lis après le son journal de guerre en France. J 'examine la bibliothèque de l'herbier. Je fais de
la musique dans le ciel et suis serein. Nous étions des chasseurs de plantes. L'air était tranquille et je vis frere Othon. Il était immobile comme fasciné. Il enfonça son bec dans le cou de son adversaire. Je frappais de mon epee sacrée. Braquemart est dans notre demeure. Nous attendions la réponse du moine. J'attends en paix. Il avait à sa tête un fin limier Leontodon. le vieillard élevait le dogue comme un splendide molosse jaune avec des rayures noires. Je lutte contre le mal.Kerkoven surgit de mes pensées.
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Toutes les oeuvres de l'essayiste et de l'écrivain allemand témoignent de multiples retournements intellectuels qui ne sont pas dus à quelque opportunisme, mais bien à une pensée vivante, attentive aux évènements, et soucieuse d'entrevoir le destin à l'échelle historique : « Sur les falaises de marbre » n'y échappe pas !
L'histoire se situe dans un pays utopique avec des contrées et des lieux qui sortent tout droit de l'imagination d'Ernst Jünger.

Le narrateur (anonyme) et son frère Othon, deux anciens officiers, se sont retirés à l'intérieur et au creux de hautes falaises situées sur les montagnes d'Alta-Plana. Perchés sur les hauteurs, les deux protagonistes y mènent, en compagnie d'un moine chrétien (incarnant de la tolérance, même) une vie paisible où les activités sont, essentiellement, la contemplation de la nature, la lecture et la méditation.
Cependant, la trame évènementielle de leur vie paisible sera perturbée par le Grand Forestier, (un Etat voisin où les hommes vivent en plein barbarie et où règnent, de surcroît, la tyrannie et les désordres politiques) qui cherche à accroître sa domination meurtrière et la terreur parmi leurs voisins plus policés et menacent, par la même occasion, la Marina, la terre natale des deux personnages principaux (une terre de vignobles où les citoyens vivent dans un grand épanouissement émotionnel et intellectuel) .
« Sur les falaises de marbre » est un roman allégorique sur la violence (les hordes du Grand forestier ne laisseront rien de la Marina, les combats finiront dans un bain de sangs et par un grand incendie) et c'est, également, un réquisitoire contre la barbarie (face à laquelle nos héros sont restés impuissants devant la dévastation de la Marina, leur terre d'adoption) d'un régime totalitaire personnifié, bien évidemment, par le Grand forestier.
En-deçà de la dichotomie des deux mondes: La Marina (symbolisant la quiétude, la tolérance, la vie !) s'opposant à l'Etat du Grand Forestier (représentant la violence, la barbarie, la mort !). Ernst Jünger, qui arrive à nous décrire la monstruosité des faits comme une grande précision chirurgicale. Son imagination s'y allie aussi, dans la description des paysages et l'utilisation d'un vocabulaire qui sont dans ce roman, tout particulièrement, poétiques ! le tout dans une sorte d'intemporalité…

Un symbolisme cruel et violent, d'une sombre beauté, parfois proche de la manière de Julien Gracq, oppose sages et bourreaux. C'est un livre indispensable, tout comme « Orages d'acier » car il y a un grand intérêt historique et littéraire. Dommage que l'on ne consacre pas plus d'intérêt à cet auteur qui manque à être plus reconnu (donc lu) de nos jours.
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L'exposition du thème et le style déconcertent dès les premières pages. le narrateur et le frère Othon — deux moines-soldats retraités d'une guerre antérieure — vivent dans « l'Ermitage aux blancs buissons » (une apposition homérique souvent répétée), sur une crête rocheuse où ils entretiennent religieusement une collection botanique qui symbolise à la fois nature et culture : « Tel était le royaume » (p 46). Ils vont participer du côté des vaincus à une guerre d'extermination dont ils réchappent, grâce à une collusion avec le clan des vainqueurs. Quelle peuvent être leur morale et leur religion, s'ils en ont une ? Leur voisin très honoré du cloitre de la Falcifera est chrétien, mais nos héros respectent aussi bien les douze Dieux et Vesta. Alors sans doute la Nature car tout le livre, jusque dans l'action la plus noire, est marqué par un symbolisme floral, celui du « grand lis doré de Cipango » dans leurs jardins, celui du « sylvain rouge » dans la nuit sanglante ; les princes des serpents et des chiens de guerre, la Griffone et Chiffon Rouge, achèvent en combat singulier la guerre absurde et abominable des hommes.

On pense au romantisme allemand, à l'opposition nietzschéenne de l'apollinien et du dionysiaque, à la sagesse grandiose et dédaigneuse d'Empédocle chez Hölderlin. Mais ces filiations sont insuffisantes. Jünger a sa pensée et son style propres, épiques et sombres tous deux : « Il arrive aisément, quand nous avançons vers l'inconnu, que la juste mesure nous échappe » (p 32). Alors où sommes-nous ? Dans un monde sans femme, en dehors de celles « dont le seul travail et celui des hanches » (p 65) et de la vieille Lampusa, un peu sorcière, grand-mère du petit Erion « né de mon amour pour Sylvia, la fille de Lampusa » (on ne saura rien de plus de cet amour fécond). Un monde anhistorique par le grand ton, le vocabulaire souvent archaïque, le costume, l'environnement domestique, la production agropastorale, les armes (la seule mention d'une arme moderne est celle d'un fusil pour la chasse au caïman !), les hiérarchies et les religions. L'action est pourtant postérieure à Linné (1707-1778) qui est mentionné à plusieurs reprises (le narrateur est botaniste, Jünger est un entomologiste professionnel). Des lieux sont nommés – Bretagne, Provence, Uppsala, Amboise, Rhodes —, d'autres sont évoqués – Burgondie, Maurétanie – et d'autres sont imaginaires quoique d'une sonorité familière – Campagna, Marina, Alta Plana. Nous sommes dans un monde de frontières géographiques, temporelles et morales : « Tel était le royaume dont le cercle s'offrait au regard autour des falaises de marbre. de leur sommet, nous voyions la vie, bien cultivée sur un sol antique et fortement nouée, s'épanouir comme la vigne et porter ses fruits. Et nous voyions aussi ses frontières : les monts, où la haute liberté, mais sans la plénitude, habitait chez les peuples barbares, et vers le septentrion les marais et les sombres profondeurs, où guette la sanglante tyrannie » (p 46). C'est le monde de Jünger, héros de la guerre de 14, un monde où les idées, les passions, les combats anarchiques et sacrificiels n'ont pas de finalité ni de stratégie, un monde apocalyptique, à la recherche de l'action et de l'achèvement, au sens où l'on achève les chevaux ou les civilisations. le narrateur a fréquenté autrefois l'homme du mal, bénignement nommé le grand Forestier, que la critique assimile à Hitler. Impossible à la lecture d'interpréter le livre « comme une protestation contre l'hitlérisme » ce que prétend absurdement la quatrième de couverture, oubliant que la Wehrmacht a fait tirer les Falaises à 20 000 exemplaires en 1942 pour ses librairies du front.

Reconnaissons à Jünger l'ambiguïté, la provocation et l'ironie (un technicien de la guerre qui sera décapité se nomme Braquemart !) pour saluer avec Buzzati et Gracq son originalité dans l'amour du combat perdu : (son ami Belovar) « avait lutté vaillamment, car autour de lui gisait une moisson d'hommes et de chiens. Il avait ainsi trouvé une mort à sa mesure, dans le tourbillon de la chasse terrible où de rouges chasseurs harcèlent à travers les forêts le gibier rouge, et dans laquelle mort et volupté sont profondément unies. Longtemps je regardai les yeux de l'ami couché dans la mort, puis de la main gauche je versai sur sa poitrine une poignée de terre. La grande Mère, dont il avait célébré les fêtes farouches et qu'enivre un sang joyeux, est fière de tels enfants ».

Les Falaises ont le kitsch et le message ambigu de Wagner, mais aussi sa grandeur et sa perfection formelle.

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Citations et extraits (62) Voir plus Ajouter une citation
Nulle maison n'est bâtie, nul plan n'est tracé, où la perte future ne soit la pierre de base, et ce n'est point dans nos œuvres que vit la part impérissable de nous-mêmes.
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La parole est à la fois reine et magicienne. Nous partions du haut exemple de Linné qui s'avança dans le chaos du règne animal et végétal armé du sceptre du langage. Et, plus merveilleuses que tous les empires que le glaive a conquis, c'est sur les prairies en fleurs et les légions sans nom des insectes que s'étend son pouvoir.
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Vous connaissez tous cette intraitable mélancolie qui s’empare de nous au souvenir des temps heureux. Ils se sont enfuis sans retour ; quelque chose de plus impitoyable que l’espace nous tient éloignés d’eux. Et les images de la vie, en ce lointain reflet qu’elles nous laissent, se font plus attirantes encore. Nous pensons à elles comme au corps d’un amour défunt qui repose au creux de la tombe, et désormais nous hante, splendeur plus haute et plus pure, pareil à quelque mirage devant quoi nous frissonnons. Et sans nous lasser, dans nos rêves enfiévrés de désir, nous reprenons la quête tâtonnante, explorant de ce passé chaque détail, chaque pli. Et le sentiment nous vient alors que nous n’avons pas eu notre pleine mesure de vie et d’amour, mais ce que nous laissâmes échapper, nul repentir ne peut nous le rendre. O puissions-nous d’un tel sentiment, tirer une leçon dont nous nous souviendrions à chaque instant de notre joie ! Plus doux encore est le souvenir des années que nous versa le ciel, si ce fut une soudaine épouvante qui les termina. Nous comprenons alors quel bonheur c’est déjà pour nous autres hommes, que de vivre au fil des jours en nos petites sociétés, sous un toit paisible, parmi les bonnes conversations, salués d’un bonjour et d’un bonsoir également tendres. Hélas, nous reconnaissons toujours trop tard que la fortune qui nous donnait ces choses nous ouvrait déjà ses trésors. (page 7)
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Tandis que dans le pays le crime prospérait comme le réseau des moisissures sur le bois pourri, nous nous absorbions de plus en plus profondément dans le mystère des fleurs, et leurs calices nous semblaient plus grands, plus radieux que jamais. Mais avant tout nous poursuivions notre travail sur le langage, car nous reconnaissions dans la parole l'épée magique dont le rayonnement fait pâlir la puissance des tyrans. Parole, esprit et liberté sont sous trois aspects une seule et même chose.
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La moisson de maintes années de labeur était ainsi devant nos yeux la proie des éléments, et notre oeuvre avec la maison retournait à la poussière. Mais nous ne pouvons ici-bas espérer de rien parachever, et bienheureux l'homme chez qui la volonté ne passe point tout entière dans le douloureux effort. Nulle maison n'est bâtie, nul plan n'est tracé, où la perte future ne soit la pierre de base, et ce n'est point dans nos oeuvres que vit la part impérissable de nous-mêmes.
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Vidéo de Ernst Jünger
À travers les différents ouvrages que l'auteur a écrit pendant et après ses voyages à travers le monde, la poésie a pris une place importante. Mais pas que ! Sylvain Tesson est venu sur le plateau de la grande librairie avec les livres ont fait de lui l'écrivain qu'il est aujourd'hui, au-delàs de ses voyages. "Ce sont les livres que je consulte tout le temps. Je les lis, je les relis et je les annote" raconte-il à François Busnel. Parmi eux, "Entretiens" de Julien Gracq, un professeur de géographie, "Sur les falaises de marbres" d'Ernst Jünger ou encore, "La Ferme africaine" de Karen Blixen. 
Retrouvez l'intégralité de l'interview ci-dessous : https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/
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>Littérature (Belles-lettres)>Littérature des langues germaniques. Allemand>Romans, contes, nouvelles (879)
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