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Henri Thomas (Autre)
EAN : 9782070287789
196 pages
Éditeur : Gallimard (19/09/1979)

Note moyenne : 3.87/5 (sur 183 notes)
Résumé :
Sur les falaises de marbre fut publié en Allemagne juste avant le début de la guerre. Aussitôt il fut interprété comme une protestation contre l'hitlérisme, et seule la renommée de Jünger le préserva de poursuites. Ce serait cependant une erreur de considérer ce roman comme une oeuvre de circonstance. Jünger a écrit un des romans romantiques les plus étonnants non seulement de la littérature allemande, mais de toute la littérature mondiale. Un paysage intemporel fac... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
si-bemol
  19 avril 2020
Dans un pays imaginaire, un narrateur anonyme dont on sait simplement qu'il fut officier mène à l'Ermitage, en compagnie de Frère Othon, une vie paisible et studieuse au bord de la Marina, sur les falaises de marbre. Rien ne vient troubler la calme et sereine tranquillité des jours, le travail quotidien au milieu des livres anciens, des insectes et des fleurs, ni les douceurs de la réflexion contemplative.
Pourtant, non loin de ce refuge et de cette Marina où depuis toujours sont cultivés comme un art de vivre le raffinement des moeurs et l'élégance de la pensée, non loin de là, donc, et beaucoup trop près, à “la sombre lisière des grands bois”, campe le Grand Forestier, seigneur de la Maurétanie - avec ses troupes, sa doctrine et ses Ordres secrets -, seigneur de violence et de meurtre voilé d'un “nuage de crainte”, sur qui flotte “un souffle d'ancienne puissance”, nocturne, terrible et menaçante…
Écrit en 1939 par Ernst Jünger qui dénonçait là de manière à peine voilée la violence et les dangers du régime nazi, "Sur les falaises de marbre" est un récit de la tension et de l'attente, traversé de métaphores, de signes et de symboles, chambre d'écho de la lente montée de la menace et du péril, de la barbarie à l'oeuvre qui s'approche et qui bientôt déferle - comme poussée en avant par les forces inexorables du destin -, prophétisant avec une déchirante clairvoyance un âge de sang et de ténèbres où naufragera bientôt le coeur des hommes et sa lumière.
"Sur les falaises de marbre" est un texte immense - bien que fort court - où se déploient avec lenteur et comme en majesté l'écriture onirique de Jünger, l'extrême lucidité de sa vision et toute la richesse allusive de son imaginaire. Un roman inoubliable et un chef d'oeuvre de la littérature mondiale, tout comme l'est son texte-frère, plus lyrique encore et plus ample, “Le Rivage des Syrtes” de Julien Gracq.
[Challenge Multi-Défis 2020]
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zohar
  17 mars 2011
Toutes les oeuvres de l'essayiste et de l'écrivain allemand témoignent de multiples retournements intellectuels qui ne sont pas dus à quelque opportunisme, mais bien à une pensée vivante, attentive aux évènements, et soucieuse d'entrevoir le destin à l'échelle historique : « Sur les falaises de marbre » n'y échappe pas !
L'histoire se situe dans un pays utopique avec des contrées et des lieux qui sortent tout droit de l'imagination d'Ernst Jünger.
Le narrateur (anonyme) et son frère Othon, deux anciens officiers, se sont retirés à l'intérieur et au creux de hautes falaises situées sur les montagnes d'Alta-Plana. Perchés sur les hauteurs, les deux protagonistes y mènent, en compagnie d'un moine chrétien (incarnant de la tolérance, même) une vie paisible où les activités sont, essentiellement, la contemplation de la nature, la lecture et la méditation.
Cependant, la trame évènementielle de leur vie paisible sera perturbée par le Grand Forestier, (un Etat voisin où les hommes vivent en plein barbarie et où règnent, de surcroît, la tyrannie et les désordres politiques) qui cherche à accroître sa domination meurtrière et la terreur parmi leurs voisins plus policés et menacent, par la même occasion, la Marina, la terre natale des deux personnages principaux (une terre de vignobles où les citoyens vivent dans un grand épanouissement émotionnel et intellectuel) .
« Sur les falaises de marbre » est un roman allégorique sur la violence (les hordes du Grand forestier ne laisseront rien de la Marina, les combats finiront dans un bain de sangs et par un grand incendie) et c'est, également, un réquisitoire contre la barbarie (face à laquelle nos héros sont restés impuissants devant la dévastation de la Marina, leur terre d'adoption) d'un régime totalitaire personnifié, bien évidemment, par le Grand forestier.
En-deçà de la dichotomie des deux mondes: La Marina (symbolisant la quiétude, la tolérance, la vie !) s'opposant à l'Etat du Grand Forestier (représentant la violence, la barbarie, la mort !). Ernst Jünger, qui arrive à nous décrire la monstruosité des faits comme une grande précision chirurgicale. Son imagination s'y allie aussi, dans la description des paysages et l'utilisation d'un vocabulaire qui sont dans ce roman, tout particulièrement, poétiques ! le tout dans une sorte d'intemporalité…

Un symbolisme cruel et violent, d'une sombre beauté, parfois proche de la manière de Julien Gracq, oppose sages et bourreaux. C'est un livre indispensable, tout comme « Orages d'acier » car il y a un grand intérêt historique et littéraire. Dommage que l'on ne consacre pas plus d'intérêt à cet auteur qui manque à être plus reconnu (donc lu) de nos jours.
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oblo
  11 mai 2015
Héros de la Première Guerre mondiale, Ernst Jünger s'attira les foudres du parti nazi à la publication, en 1939, de Sur les falaises de marbre. Roman de l'attente, de la frontière incertaine, baigné dans une atmosphère étrange où le lecteur est balancé entre la quiétude d'un été et l'attente d'un drame, Sur les falaises de marbre interroge durablement notre monde : conscients que la barbarie est à nos portes, qu'attendons-nous pour réagir et assurer nos vies ?
Le roman se déroule dans un pays imaginaire, la Marina, menacé au nord par un État barbare où règne un mystérieux conquérant, le Grand Forestier. Il règne, à la Marina, une douceur de vivre remarquable et le narrateur et son frère vivent dans un ermitage où ils se consacrent à la botanique. La menace les fait s'interroger, mais ils préfèrent demeurer à l'écart du monde : ils seront vite rattrapés par les évènements et forcés d'affronter le Grand Forestier.
L'écriture de Jünger est poétique et s'attache à la description de ces instants précieux car menacés. le désengagement du monde apparait comme une possibilité, puisque l'histoire est un cycle et que la destruction fait partie de la nature de l'homme. Sur les falaises de marbre est une allégorie : celle d'un monde menacé par sa propre destruction.
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Henri-l-oiseleur
  26 octobre 2015
On a dit que cet ouvrage de Jünger rejoignait (ou était rejoint) par "Le désert des Tartares" de Buzzatti et surtout par "Le rivage des Syrtes" de Julien Gracq (qui déploient de grandes splendeurs langagières, à la différence de la belle sobriété du livre allemand). Ces trois romans sont des variations sur le thème de l'invasion barbare, de la destruction d'un ordre ancien, souvent sage et profondément raffiné, du retour à la barbarie. Si l'un des princes d'Orsenna voit dans ce retour une forme de régénération, préférable à la stagnation, les personnages de Jünger ne donnent pas du désastre (ici, métaphore du retour nazi aux lois féroces de la Nature) une interprétation si optimiste. La seule question est de rester digne face à la meute, et de sauver ce qui peut l'être. .
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FrancisK
  14 juin 2020
du flot de livres dont nous submergent les éditeurs émergent de temps à autres des oeuvres de prix qui appartiennent au patrimoine de l'humanité. Tel est le cas du court roman d'Enst Jünger, Sur les falaises de marbre. Oeuvre littéraire au sens le plus noble du terme et qui nous réconcilie avec les livres, ne serait-ce qu'en raison de son contenu et de son style.
Ce dernier se caractérise par la sobriété et l'élégance d'un verbe poétique qui parcourt un récit tout entier, dans une attente suspendue en un monde quasi irréel. Ne serait-ce qu'en raison des descriptions où considérations météorologiques, observations ornithologiques et aperçus botaniques qui voisinent avec des réflexions sur le cours de toute vie. Il faut reconnaître que les protagonistes sont des êtres qui vivent loin du monde et de la fureur, dans un ermitage où tout ne paraît que luxe, calme et volupté. Un otium cum dignitate, comme le voulait Cicéron en son temps.
le charme s'accroît de l'indétermination spatiale. On ne saurait localiser précisément le cours des événements, tant Ernst Jünger joue sur le précis sur lequel le vague jette un voile qui supprime toute certitude. Certes, apparaissent avec une forte récurrence des noms comme Burgondie, Maurétanie, mais comment justifier historiquement ces rapprochements ? D'autant que le narrateur vit dans un ermitage situé dans une Marina du nord, au bord de falaises de marbre. Jeu de pistes que l'auteur brouille avec un plaisir accru en incluant son récit dans une époque aux références chrétiennes- moines, églises, monastère de la Falcifera et cathédrale-, où ne manquent pas les allusions païennes ; ainsi des dieux Lares à qui l'on sacrifie et des statues qui, dotées de lances et de boucliers, ornent les temples. Curieusement le fusil y côtoie dagues et lances dans le cadre de l'ordre chevaleresque des cavaliers pourpres. Oeuvre atemporelle, donc.
Car elle se veut intemporelle. Et là réside aussi le mérite de Sur les falaises de marbre. Certes on y a vu avec raison des allusions au nazisme et à ses pratiques si particulières : intimidations et menaces, attentats et assassinats, détestation portée « aux écrivains, aux faiseurs de vers et aux philosophes ». Jusqu'au brasier final qui renvoie à la fois à une apocalypse et à la Nuit de Cristal. Mais la portée de ce texte dépasse ce cadre restreint. Il vise tout pouvoir dictatorial effréné. Il nous renvoie aussi à l'alternance de périodes où les civilisations de bel éclat cèdent le pas à la barbarie sous toutes ses formes. Tant Eros et Thanatos cohabitent en nous, pour le meilleur et le pire.
Un très grand livre, donc. Ne serait-ce que par les résonances qu'il suscite en nous et dont les échos nous hantent longtemps.
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Citations et extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   26 juin 2016
Tandis que dans le pays le crime prospérait comme le réseau des moisissures sur le bois pourri, nous nous absorbions de plus en plus profondément dans le mystère des fleurs, et leurs calices nous semblaient plus grands, plus radieux que jamais. Mais avant tout nous poursuivions notre travail sur le langage, car nous reconnaissions dans la parole l'épée magique dont le rayonnement fait pâlir la puissance des tyrans. Parole, esprit et liberté sont sous trois aspects une seule et même chose.
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WilliamineWilliamine   04 juin 2018
Vous connaissez tous cette intraitable mélancolie qui s’empare de nous au souvenir des temps heureux. Ils se sont enfuis sans retour ; quelque chose de plus impitoyable que l’espace nous tient éloignés d’eux. Et les images de la vie, en ce lointain reflet qu’elles nous laissent, se font plus attirantes encore. Nous pensons à elles comme au corps d’un amour défunt qui repose au creux de la tombe, et désormais nous hante, splendeur plus haute et plus pure, pareil à quelque mirage devant quoi nous frissonnons. Et sans nous lasser, dans nos rêves enfiévrés de désir, nous reprenons la quête tâtonnante, explorant de ce passé chaque détail, chaque pli. Et le sentiment nous vient alors que nous n’avons pas eu notre pleine mesure de vie et d’amour, mais ce que nous laissâmes échapper, nul repentir ne peut nous le rendre. O puissions-nous d’un tel sentiment, tirer une leçon dont nous nous souviendrions à chaque instant de notre joie ! Plus doux encore est le souvenir des années que nous versa le ciel, si ce fut une soudaine épouvante qui les termina. Nous comprenons alors quel bonheur c’est déjà pour nous autres hommes, que de vivre au fil des jours en nos petites sociétés, sous un toit paisible, parmi les bonnes conversations, salués d’un bonjour et d’un bonsoir également tendres. Hélas, nous reconnaissons toujours trop tard que la fortune qui nous donnait ces choses nous ouvrait déjà ses trésors. (page 7)
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TagrawlaTagrawla   16 septembre 2015
Dans les batailles qui menaient tout droit aux chasses à l'homme, aux embuscades, aux incendies, les partis perdirent toute mesure. On eut bientôt l'impression qu'ils se considéraient à peine entre eux comme des êtres humains, et leur langage s'emplit d'expressions qui n'ont cours d'habitude que parmi cette engeance qu'on doit extirper, détruire et passer par le feu. Ils ne savaient reconnaître le crime que dans le parti opposé, cependant qu'ils tiraient gloire chez eux de ce qui chez l'adversaire méritait le mépris.
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zoharzohar   17 mars 2011
On reconnaît les grandes époques à ceci, que la puissance de l'esprit y est visible et son action partout présente.
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Charybde2Charybde2   22 juin 2016
Cette sagesse un peu hautaine, cette lucidité impavide où nous frappe surtout le sentiment de la distance prise, cette lecture sidérale du monde comme il va, peut-être aussi un prix particulier nous paraît-il s’attacher à elle parce qu’elle a été conquise à travers les pires moments de l’Histoire : l’émail dur et lisse qui semble protéger cette prose contre un toucher trop familier nous semblerait peut-être un peu glacé si nous ne savions, et si nous ne perdions jamais le sentiment au cours de notre lecture, qu’il a été obtenu à l’épreuve du feu. (Julien Gracq à propos de l'ouvrage d'Ernst Jünger, texte paru dans Antaios, VI, 1965)
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