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Henri Plard (Traducteur)
ISBN : 2253048429
Éditeur : Le Livre de Poche (31/12/2002)

Note moyenne : 3.82/5 (sur 186 notes)
Résumé :
Le grand moment était venu. Le barrage roulant s'approchait des premières tranchées. Nous nous mîmes en marche... Ma main droite étreignait la crosse de mon pistolet et la main gauche une badine de bambou. Je portais encore, bien que j'eusse très chaud, ma longue capote et, comme le prescrivait le règlement, des gants. Quand nous avançâmes, une fureur guerrière s'empara de nous, comme si, de très loin, se déversait en nous la force de l'assaut. Elle arrivait avec ta... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
Moan
24 février 2015
Ernst Jünger jeune allemand quitte les bancs de l'école pour s'engager volontaire brûlant d'enthousiasme au début de la première guerre mondiale. Comme simple soldat d'abord, et sur les conseils de son père suivra une formation pour devenir rapidement officier.
Chaque jour, il écrit tout ce qui se passe sur le front. le premier jour où à peine installé, après une série de grondements sourds et proches, il suit les soldats sans trop savoir pourquoi. Au début la guerre montre ses griffes sans montrer l'ennemi, ce qui le guérit rapidement de ses illusions premières. Il consigne le travail effectué dans les tranchées pour les maintenir en état, la routine qui s'installe au début dans une guerre pas encore très offensive, où des échanges se font parfois avec l'ennemi ( souvent anglais). Les dernières années, il connaîtra une guerre beaucoup plus offensive avec ses orages d'acier. Il sera blessé une douzaine de fois pas trop gravement et reviendra toujours au front.
En fin de guerre, il reçoit la Croix du Mérite jamais donnée à quelqu'un de si jeune que lui.
Ernst Jünger est quelqu'un de cultivé qui a consigné consciencieusement toute sa guerre dans un journal pour en faire un témoignage exceptionnel dans Orages d'acier.
Ce livre témoigne d'une grande intelligence dans ses analyses de situations et de très bonnes relations avec ses hommes.
"Dans l'obscurité , j'entendis la voix d'un bleu, encore peu au courant de nos coutumes:"Le lieutenant ne se planque jamais.
-Il sait ce qu'il fait, lui rétorqua un ancien de ma troupe de choc. Quand l'obus est pour nous, il est le premier par terre". C'était exact. Nous ne nous planquions plus au sol qu'en cas de nécessité, mais alors sans traîner."
Un livre à lire et à garder comme témoignage exceptionnel.
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BrunoA
20 octobre 2013
Le lieutenant Ernst Jünger a été blessé 14 fois au cours de la guerre, échappant chaque fois miraculeusement à la mort.
Ces sursis nous permettent aujourd'hui de mieux comprendre, à travers ce récit brut d'évènements vécus, toute l'horreur de cette guerre qui fit dix millions de victimes. Elle n'a malheureusement pas servi de leçon puisque celle qui succéda à la "der des ders" fit six fois plus de morts..
Ernst Jünger nous invite à le suivre, de la Lorraine à la Flandre en passant par la Somme, jusqu'au fond des tranchées et des chemins creux pour nous faire vivre de manière très réaliste l'âpreté et l'horreur de combats au résultat incertain, de tous ces assauts inutiles pour reprendre quelques mètres de terrain aussitôt reperdus.
De quoi faire réfléchir, mais aussi un hommage à tous ceux qui ont combattu, de part et d'autre et dont le souvenir nous permet de faire en sorte que leur sacrifice n'ait pas été tout-à-fait vain.
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Fortuna
30 juin 2014
Ernst Jünger nous fait revivre la grande tuerie de 14/18 sous la plume du jeune officier volontaire qu'il fut à cette époque.
Bien que ce soit le point de vue d'un Allemand, on est frappé par la similitude du vécu, des situations, d'avec les récits des écrivains français : mêmes villages, mêmes batailles dont la célèbre bataille de la Somme -, mêmes tranchées, mêmes gaz, mêmes obus, mêmes morts atroces. Sauf que l'ennemi n'est pas le même...
Le texte est très descriptif, très détaillé, intéressant d'un point de vue historique, mais un peu indigeste au fil des pages.
Jünger est blessé à de nombreuses reprises, retourne chaque fois déterminé au combat mais la lassitude finira par s'emparer de lui à la fin, au moment où la victoire allemande perd de son évidence.
On ressent d'ailleurs une certaine admiration voir sympathie pour les Anglais.
Ses conditions de vie - bien que le risque de mort soit identique - sont meilleures que celles d'un simple soldat. Mais l'horreur de la guerre, des corps mutilés, le vacarme des bombardements - malgré quelques éclaircies - sont omniprésents.
Cependant il ne s'en plaint pas. le courage et le sens de l'honneur ne sont pas de vains mots. La guerre appartient aux combattants de l'avant. Une volonté de dépassement de soi l'anime. Il a reçu la Croix pour le Mérite.
Un beau texte, qui malgré un certain enthousiasme, nous renvoie finalement une fois encore à l'absurdité fondamentale de cette destruction programmée que constitue la guerre.
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thomassandorf
16 octobre 2015
Jünger raconte sa guerre et décrit l'enfer de la Grande Guerre.
Ah, encore un livre de guerre !
Oui, mais c'est écrit par un esthète... une plume extra !
Et puis à travers ce récit autobiographique, se dessine une prise de conscience effroyable : l'homme en guerre est doublement broyé, par la violence inouïe de la mort et, pour la première fois dans notre histoire, par celle des machines.
L'auteur nous livre son parcours à travers les bois dévastés et les tranchées. Où est passée cette guerre "idéale" où les nobles sentiments justifient le sang versé ? Il n'y a hélas nulle grandeur, nul honneur dans ces combats hallucinants décrit par une plume précise et chirurgicale.
Et quand au terme de son récit, le soldat en vient au corps à corps, la barbarie est étourdissante. L'avancée dans les tranchées est proche de l'expérience visuelle du Débarquement filmée dans le Soldat Ryan. Voilà un témoignage important sur les ravages de la guerre et la barbarie de notre époque.
Scotché sur place.
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Charybde7
26 avril 2013
Un livre surprenant, sans doute du fait de la distance qui nous sépare aujourd'hui de 14-18, mais aussi par le fond et la manière de cet « Orages d'acier ».
Surprenant car il y a dans ce récit peu de peur perceptible. Surprenant car le ton est froid, avec des descriptions sans émotion des déluges de balles et d'obus et des massacres, sauf vers la fin du livre où l'on sent l'épuisement et la folie qui guettent. Surprenante guerre pour nous par la proximité physique avec les soldats de l'autre camp, dans cette guerre en face à face.
Un livre qui crée aussi un malaise car Ernst Jünger, engagé volontaire à 19 ans, éprouve une fascination pour la guerre, ou tout au moins pour l'héroïsme du combat ; malgré les atrocités des combats, les amoncellements de cadavres, et malgré le nombre grandissant de soldats épuisés ne voulant plus aller au combat, surtout à partir de 1917. Une journée de victoire et de massacre en Novembre 1917 est encore qualifiée de prodigieuse.
Fascinant malgré tout par le courage et l'humanité de Jünger, qui n'a aucune animosité envers ceux d'en face, les soldats de l'autre camp – comme en témoignent ces scènes étonnantes de conversation avec des soldats anglais, par-dessus les tranchées, ou au moment de capturer des prisonniers.
Etonnants encore les moments de bonheur relatés dans ce livre ... telles ces journées de lecture dans l'abri des tranchées.
Quant à la fin, le livre ne contient pas un mot sur l'issue de la guerre.
Un récit qui permet en tous cas de ressentir le souffle des orages d'acier de 14-18.
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Citations & extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
PalimpsestePalimpseste21 juin 2014
[...] Haletant, je bondis avec le sergent autour d'un gros chêne, comme un écureuil qu'on poursuit à coups de pierres. Machinalement, sans cesse fouetté par de nouvelles explosions, je courais derrière le gradé qui se retournait de temps à autre, me fixait d'yeux hagards et braillait : " Mais qu'est-ce qui se passe, bon Dieu, qu'est-ce qui se passe ?" Soudain, un éclair sauta des racines largement étalées, et un coup sur la cuisse gauche me projeta contre le sol. Je me crus atteint par une motte de terre, mais la chaleur du sang ruisselant ne tarda pas à m'apprendre que j'étais blessé. On découvrit plus tard qu'un éclat coupant comme un fer de lance m'avait blessé au gros de la jambe et que mon porte-monnaie avait atténué la violence du choc. Cette mince coupure qui, avant de trancher dans le muscle, n'avait pas transpercé moins de neuf feuilles de cuir épais, semblait faite au rasoir [...]
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hupomnematahupomnemata11 avril 2014
La grande bataille marqua aussi un tournant dans ma vie intérieure, et non pas seulement parce que désormais je tins notre défaite pour possible.
La formidable concentration des forces, à l'heure du destin où s'engageait la lutte pour un lointain avenir, et le déchaînement qui la suivait de façon si surprenante, si écrasante, m'avaient conduit pour la première fois jusqu'aux abîmes de forces étrangères, supérieures à l'individu. C'était autre chose que mes expériences précédentes ; c'était une initiation, qui n'ouvrait pas seulement les repaires brûlants de l'épouvante. Là, comme du haut d'un char qui laboure le sol de ses roues, on voyait aussi monter de la terre des énergies spirituelles.
J'y vis longtemps une manifestation secondaire de la volonté de puissance, à une heure décisive pour l'histoire du monde. Pourtant, le bénéfice m'en resta, même après que j'y eus discerné plus encore. Il semblait qu'on se frayât ici un passage en faisant fondre une paroi de verre - passage qui menait le long de terribles gardiens.
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hupomnematahupomnemata11 avril 2014
Pour toute réponse, il se fourra les mains dans les poches et haussa les épaules. Comme je n'avais pas de temps à perdre, je bondis sur lui et lui arrachai le renseignement en lui mettant mon pistolet sous le nez.
Ce fut la première fois où je rencontrai au front un homme qui me fît des difficultés, non par frousse, mais, de toute évidence, par pur dégoût de la guerre. Bien que ce dégoût se fût naturellement accru et généralisé dans ces dernière années, une telle manifestation, en plein combat, n'en restait pas moins très insolite, car la bataille lie, tandis qui l'inaction disperse. Au combat, on est sous le coup de nécessités objectives. C'est au contraire lors des marches, au milieu des colonnes, lorsqu'elles quittent la bataille de matériel, qu'on pouvait le plus nettement observer comme la discipline s'effritait.
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hupomnematahupomnemata11 avril 2014
L'officier d'état-major de la division me reçu dans son bureau. Il était fort bilieux et je m'aperçus qu'il tentait de me coller la responsabilité de l'échec. Quand il mettait le doigt sur la carte et me posait des question de ce genre : "Mais pourquoi n'avez-vous pas tourné à droite dans ce boyau ?" je voyais bien qu'un méli-mélo où des notion comme la droite ou la gauche n'ont même plus de sens lui était tout simplement inconcevable. Pour lui, toute l'affaire était un plan, pour nous, une réalité intensément vécue.
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hupomnematahupomnemata22 février 2014
En voyant un major-général qui contrôlait au sein de cet affairement sanglant la marche des opérations, j'eus de nouveau cette impression, difficile à dépeindre, que l'on ressent lorsqu'on voit l'homme, cerné par les terreurs et les agitations de la zone élémentaire, poursuivre avec un sang-froid de fourmi l'édification de ses structures propres.
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