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ISBN : B0000DON7V
Éditeur : Le Livre de Poche (30/11/-1)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 122 notes)
Résumé :
Kafka connaissait la réalité du bagne de Cayenne mise en lumière par la presse lors de l’affaire Dreyfus. Dans ce récit d'une terrible radicalité, il imagine un appareil inscrivant la Loi sur la peau même du condamné.
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
Roggy
  04 juin 2018
Cette lecture m'a fait penser à certaines visites que j'ai pu faire aux musées d'art moderne. Face à certaines oeuvres, j'avoue ne pas avoir saisi ni l'intention ni l'essence du travail de l'auteur.
Il y a clairement un problème d'interprétation face à des écrits aussi complexes que ceux de Kafka. Alors afin de comprendre, soit on fait le bon élève et on fait des recherches soit on se fie à son flair de lecteur et on choisit l'interprétation basée sur le ressenti en extrapolant dans les théories.
J'ai choisi la deuxième option.
Le sentiment d'oppression est à nouveau présent, la description de la machine de torture remplit l'espace nous acculant dans un coin, terrassés par la barbarie et l'inimaginable capacité des hommes à obéir aux ordres sans se poser des questions et sans culpabilité. Les descriptions insoutenables de la souffrance des condamnés nous écrasent comme une chape de plomb.
On pourrait même interpréter cette nouvelle comme étant une oeuvre visionnaire des horreurs qui seront commises bien plus tard pendant les guerres. Les pratiques barbares et la déshumanisation y sont déjà.
D'une écriture sobre et avec beaucoup de distance Kafka sème encore et toujours des interrogations sur la condition humaine.
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Luniver
  28 mai 2013
Un voyageur de passage est invité à examiner une colonie pénitentiaire, et plus particulièrement une exécution qui va bientôt avoir lieu. L'officier chargé de la visite est très fier d'exposer la machine chargée d'exécuter la peine : elle inscrit dans la chair du condamné le motif de la punition puis provoque la mort après de longues souffrances.
L'officier est pourtant fort inquiet pour l'avenir de ce système : mis au point par l'ancien commandant, il a depuis été remplacé par un nouveau qui n'apprécie guère la machine. Les pièces ne sont plus aussi vite remplacées qu'avant, les incidents se font de plus en plus nombreux, les rangs des détracteurs grossissent. Il supplie le voyageur d'en parler de manière positive pour assurer à la machine l'avenir radieux qu'elle mérite.
On peut interpréter le texte de différentes manières : critique des tortures et des exécutions judiciaires, de la passivité des exécutants qui obéissent sans broncher, ... Difficile de savoir précisément ce que voulait transmettre l'auteur. Kafka reste insaisissable !
Six autres nouvelles accompagnent ce texte, dont deux inachevées. J'ai particulièrement apprécié « Le terrier » : l'histoire d'un animal qui bâtit son terrier, met en place des protections, des pièges, répartit ses provisions. Pourtant, au lieu de le rassurer et de le tranquilliser, ces innovations l'angoissent : et si quelqu'un déjouait le piège ? Les provisions sont-elles correctement réparties ? Pourra-t-il se défendre en cas d'agression ? Cette obsession le pousse à sortir du terrier pour observer les alentours, mais le calme des lieux l'oppresse plus qu'une éventuelle présence. Et comment oser rentrer maintenant, au risque de montrer aux ennemis le chemin ?
Kafka a toujours le même effet sur moi : j'ai du mal à lire plus de dix ou quinze pages à la suite, et je suis forcé de prendre des pauses pour digérer ce que je viens de lire. Mais dix minutes plus tard, il faut absolument que j'y retourne, impossible de le laisser de côté trop longtemps !
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PiertyM
  13 novembre 2017
LA COLONIE PÉNITENTIAIRE
A la deuxième page de cette nouvelle, on se pose déjà quelques questions et une fois la lecture finie, et que plusieurs horizons se sont offert à nous, on se sent plus que perdu, on se casse la tête, les questions ne font que fulminer... que veut dire l'auteur? Que représente en vrai cette colonie pénitentiaire où il n'est question que d'une machine décrite comme une espèce de guillotine contemporaine? La machine est, elle-même, vouée à tous les éloges par un officier, qui en fait une présentation maniaque au voyageur comme un boucher qui exposerait sur sa façon à lui d'abattre ses animaux. Cet objet cache-t-il une machination politique, idéologique ou judiciaire? Quel genre d'autorité se cache derrière le personnage de l'officier, qui a l'air d'un bourreau, assoiffé du sang, rassasié du sang, perd la tête et fini par y passer? Et le voyageur, est- il Dieu, la conscience, doté d'une impassibilité tout autant maniaque? Et le condamné, un maniaco-naïf, est-il le peuple ou simplement un système? Du moins, ce sont des pratiques inhumaines qui sont au coeur de cette nouvelle émouvante.
Ce n'est pas une lecture vraiment aisée mais on sort de là un peu dérangé, bien qu'il y ait de l'absurde, on se dit, on n'a pas lu du n'importe quoi, et des génies, le monde en a connu!
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JacobBenayoune
  16 octobre 2016
Je parlerai ici exclusivement de la nouvelle principale, à savoir La colonie pénitentiaire.
On ne peut parler d'une oeuvre de Kafka sans parler plus de Kafka que de cette oeuvre. Les livres de Kafka sont comme des rêves: ils sont ouverts à mille interprétations et leurs personnages n'ont pas de passé clair, ils se trouvent dès le début dans une situation étrange et doivent la vivre.
Il s'agit cette fois d'un visiteur d'une colonie pénitentiaire qui découvre la pratique singulière de l'exécution de condamnés par une machine au résultat atrocement accompli. Or, on a besoin de l'avis favorable de ce visiteur pour que cette merveilleuse machine demeure. L'officier chargé des exécutions est le seul qui reste un fervent zélé de cette invention...
Il y a un proverbe qui décrit vraiment toute l'oeuvre de Kafka : " le malheur est parfois hilarant".
Rien n'égal l'atrocité de certains faits décrits et l'extravagance des idées nostalgiques de l'officier, ainsi que l'indécision du visiteur à faire face à cette pratique inhumaine, que la finesse et la précision avec lesquelles Kafka raconte des faits oniriques (avec beaucoup d'humour; surtout le condamné à mort naïf et gauche, et d'exactitude dans la description en détail de la machine...).
Je sais que ce qui nuit le plus à Kafka, c'est le mauvais goût des interprétations stéréotypées. On cherche à mettre le texte (malgré lui) dans le contexte qui nous plaît. Et si Franz ne voulait rien dénoncer, rien ironiser, juste nous produire une nouvelle magnifique comme lui-même aime les lire. Sans autre motif. En bref, cette nouvelle parle d'un système imposé, qui s'avère violent , les gens savent qu'il est inhumain et ne peuvent le changer car il y a toujours des zélateurs qui peuvent le défendre et qu'il est là depuis toujours..
Mais peut-on interpréter un rêve? On est charmé par cette vision et c'est tout.
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Marti94
  26 août 2018
Écrite aux prémices de la première guerre mondiale et publiée en 1919 cette nouvelle de Franz Kafka intitulée "La colonie pénitentiaire" est plus surréaliste que cauchemardesque. Pourtant la situation laisse le lecteur assez désemparé face à l'énormité de ce qui se passe.
Dans la colonie pénitentiaire un voyageur dont on ne connaît pas grand-chose rencontre un officier à la naïveté sincère qui lui fait une démonstration du fonctionnement d'une machine qui le fascine. Cette machine est un instrument d'exécution donc là perfection n'a d'égal que la barbarie absolue de son objectif, la mort lente.
C'est un texte complètement décalé, kafkaïen quoi. A côté de l'atrocité des tortures que doit endurer le condamné, il y a la légèreté et la béatitude de l'officier. le voyageur reste spectateur de ce qui se passe et on y voit une mise en scène absurde des rapports entre faute et châtiment.
Kafka a un regard très aiguisé et j'y vois une critique de l'obstination de l'homme à mettre son inventivité au service de la destruction de l'autre mais aussi de la fascination face à la douleur de plus en plus banalisée.
« La colonie pénitentiaire » est écrite avec cet humour au scalpel qui a fait hurler d'indignation et au sadisme au moment de sa publication, il y a un siècle. Kafka était en avance sur son temps car il montre encore une fois que son oeuvre est intemporel.
Lu en août 2018
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
LmargantinLmargantin   01 octobre 2018
En octobre 1914, Kafka prend une semaine de congé pour avancer dans la rédaction du Procès commencée deux mois plus tôt. Il s’échappe même de l’appartement familial à Prague pour aller travailler au calme dans celui de sa sœur Elli, Nerudagasse 48. Prolongeant d’une semaine son congé, c’est cependant deux autres textes qu’il va écrire : le dernier chapitre d’Amérique, « Le grand théâtre d’Oklahoma », et À la Colonie pénitentiaire.
Les mois suivants, il hésite à publier ce dernier texte. Il en fait une lecture publique à Munich le 10 novembre 1916, lecture à laquelle assiste Rainer Maria Rilke. Selon plusieurs journaux, le récit aurait été mal accueilli par le public, il est même question de trois dames qui seraient tombées dans les pommes ! (histoire qui semble avoir été inventée par un journaliste). Par la suite, Kafka continue à douter de la valeur de ce texte. Son éditeur Kurt Wolff désire le publier, et ce n’est que trois ans plus tard qu’À la Colonie pénitentiaire paraîtra, tiré à mille exemplaires.
Les hésitations de Kafka semblent liées au caractère à la fois « douloureux » et « honteux » de ce récit, selon le mot peinlich qu’il emploie dans une lettre à son éditeur. La torture est ici l’œuvre d’une machine rendant la cruauté humaine totalement impersonnelle, effaçant même la conscience de toute culpabilité chez le tortionnaire. Kafka avait lu des articles de journal et des récits contemporains évoquant différentes colonies pénitentiaires tenues par des puissances européennes : il s’agissait bien d’inscrire de force une Loi supérieure dans la chair des détenus.
J’ai tenté de rendre la froideur de la langue kafkaïenne épousant celle de « l’appareil particulier » évoqué dès les premières lignes. L’écriture de ce récit est menée par l’inscription de la Loi sur la peau du condamné. Le lecteur doit passer lui aussi dans la machine du texte, mais il n’est pas sûr qu’il puisse aller jusqu’au bout. C’est peut-être la cruauté de sa propre écriture qui fit souffrir Kafka lui-même à la relecture, en même temps qu’il fut sans doute gêné par le caractère comique de certaines scènes où l’on sent la prégnance du théâtre yiddish, souvent évoqué dans son Journal.
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LuniverLuniver   25 mai 2013
Ceci dit, cette petite femme est très mécontente de moi. Elle a toujours quelque critique à m'adresser, je la blesse sans cesse, je l'irrite à chaque pas. Si la vie pouvait se diviser en particules microscopiques que l'on jugeât isolément, il ne serait atome de la mienne qui ne lui fît pousser des cris.
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LuniverLuniver   26 mai 2013
De plus – c'est peut-être assez sot, mais il faut dire la vérité – l'amour-propre souffre toujours quand on ne voit pas ses provisions en un seul tas, quand on ne peut pas embrasser d'un seul coup d'œil tout ce qu'on possède.
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RoggyRoggy   06 juin 2018
Non qu’il se passe rien de plus, simplement l’homme commence à déchiffrer l’inscription, il pointe les lèvres comme s’il écoutait. Vous l’avez vu, il n’est pas facile de déchiffrer l’inscription avec ses yeux ; mais notre homme la déchiffre avec ses plaies. C’est au demeurant un gros travail ; il lui faut six heures pour en venir à bout. Mais alors la herse l’embroche entièrement et le jette dans la fosse, où il va s’aplatir dans un claquement sur la ouate et l’eau mêlée de sang. Justice est faite, alors, et le soldat et moi nous l’enfouissons.

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nunux34nunux34   07 octobre 2012
Pour la première fois, la face du condamné exprimait vraiment la vie. Était-ce la vérité ? Était-ce, de la part de l'officier, un caprice peut-être passager ? Était-ce le voyageur étranger qui avait obtenu sa grâce ? C'était quoi ? Voilà ce que semblait demander cette face. Mais pas longtemps. Quoi que ce fût, l'homme voulait être libre pour de bon, si on l'y autorisait, et il se mit à se secouer autant que le permettait la herse.
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Videos de Franz Kafka (38) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Franz Kafka
Écrire, énoncer, exposer, révéler, accentuer... Quel est le rôle de l'écrivain ? Et que peut la littérature ? Philip Roth exprime son rapport à l'écriture et la responsabilité : « d'écrire du mieux que l'on peut. » Régulièrement pressenti pour le Nobel de littérature, l'écrivain américain, lauréat du prix Franz-Kafka en 2001, pour l'ensemble de son ?uvre, revient sur les raisons pour lesquelles il a arrêté d?écrire en 2012.
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