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Capitaine Colaprico tome 2 sur 2
EAN : 9791022607469
193 pages
Editions Métailié (08/02/2018)
3.55/5   28 notes
Résumé :

Une épidémie de suicides s'empare de la colonie italienne d'Érythrée : le sort des indigènes n'intéresse guère, mais quand on découvre le corps du marquis Sperandio, propriétaire des terres et pionnier enthousiaste, pendu au plus haut sycomore d'Afelba, les autorités s'émeuvent. Aussitôt le capitaine des carabiniers royaux Colaprico et Ogbà, son Sherlock Holmes abyssin, accourent.

Nos deux enquêteurs s'égarent dans des fausses pistes à dos de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
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Un deuxieme Lucarelli pour moi, une deuxieme enquete du capitaine des carabiniers royaux Colaprico pour l'auteur. Pas tres content, le capitaine. Les italiens ayant fait d'Asmara la capitale administrative de leur Erythree, il a du s'y transplanter, et il souffre du climat plus sec et de l'air qui semble rarefie en ces hauteurs. Il preferait nettement la chaleur moite du port de Massaoua. Par contre son adjoint, son bachi-bouzouk, le zabdie Ogba, s'y sent beaucoup mieux, etant plus pres de sa maison, ou l'attendent patiemment sa femme et ses enfants.

Le duo d'enqueteurs va devoir elucider nombre de morts mysterieuses. Trois abeshas (abyssins) et un ferengi (un europeen), un marquis italien grand proprietaire de terres, pendus a un sycomore sacre. Suicides? Apres qu'une vieille sorciere solitaire soit assassinee, ils commencent a se douter qu'il s'agit de meurtres. Mais comment sont ils lies? Qui est, ou qui sont, les meurtriers? Et pourquoi? Nos enqueteurs, apres bien de peripeties ou ils devront se battre et failliront y laisser leur peau, arriveront a desembrouiller les mauvaises pistes et decouvrir les coupables grace a une serie de coincidences. Et a leur flair surtout, parce que le zabdie Ogba ne croit pas aux begatami, aux coincidences. Tout ce qui a l'air berghez, evident, est pour lui suspect. Il n'arrete pas de repeter: kem fulut negher zeybahriawi yelen, il n'y a rien de plus trompeur que l'evidence. Et Colaprico, grand lecteur de Conan Doyle, de s'emerveiller: mais c'est une phrase de Sherlock Holmes! Eh oui, dans cette histoire, Colaprico est le superieur, le patron d'Ogba, mais il n'y tient que le role du docteur Watson.

J'ai apprecie l'intrigue et ses revirements, tres bien menee par Lucarelli, mais j'ai surtout apprecie, peut-etre plus que dans Albergo Italia, le rendu des relations entre colonisateurs italiens et colonises autochtones, qu'ils ne comprennent pas vraiment. “Ogba aurait voulu s'approcher, s'asseoir devant le capitaine et lui expliquer calmement mais fermement que meme si les ferengi – et encore pire ces cullu ba'llei d'Italiens je-sais-tout – pensaient que les abesha etaient tous pareils, faits pareils, noirs pareils, au caractere et au temperament pareils, en realite ce n'etait pas ainsi. Riches, pauvres, puissants, miskín, catholiques, orthodoxes, musulmans, facons de parler differentes, dialectes differents, comme les Italiens, avec les memes lieux communs que les t'lian attribuaient a leurs compatriotes : ceux du Serae sont orgueilleux, ceux de l'Acchele Guzai sont des emigrants, ceux de l'Hamasien asha sont stupides, ceux du bas plateau ne veulent rien faire. Meme noirs nous ne sommes pas pareillement noirs, pensait Ogba, il y a les keyeh, les clairs, les kedereiti, comme lui, les tzada et aussi les haroro, tellement sombres qu'ils semblent brules”.
Et j'ai aime les descriptions de la nature, des villages aux maisonettes agglomerees, les toucouls, differentes des huttes isolees de bergers, les edmo aux toits de chaume; ainsi que celles des nouveaux quartiers europeens a Massaoua et Asmara.
J'ai aime que Lucatelli insere dans ses dialogues, en plus de mots et d'expressions erythreennes, differents dialectes italiens et leurs savoureux jurons: boja d'e jeval, misère du diable; boja d'una vigliaca putena troja, nom d'une garce de putain de salope, et son equivalent d'une autre region, porca putena d'una vaca boja. Chacun traitant tous les autres de stronzoli, budiulo e ir budello di su ma, connards, batards et fils d'une grande pute.
Et j'ai aime les allusions litteraires a Rimbaud (qui fait du trafic d'armes), Baudelaire (a qui on doit le cafard, dont souffrent des fois nos heros), et bien sur Conan Doyle.

En bref, j'ai tout aime dans ce roman. C'a ma ete une joyeuse lecture, tres raffraichissante. L'immersion dans la chaleur de Massaoua ridiculise la canicule qui nous frappe ces jours-ci. Et quand on prend - virtuellement - la direction des hauts plateaux d'Asmara, on respire beaucoup mieux .
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« Mais putain c'est qui ce Sherlock Holmes? » Eh oui, on se le demande à la lecture du Temps des hyènes. Carlo Lucarelli semble s'être bien amusé en rédigeant cette nouvelle aventure du duo formé par le capitaine des carabiniers royaux Colaprico et Ogbà, son assistant abyssin. Nous les avions laissés à la fin d'Albergo Italia, nous les retrouvons sur les hauts plateaux d'Asmara pour enquêter sur une vague de suicides plus que suspects. Dans la colonie italienne d'Érythrée, la découverte des corps de trois Africains retrouvés pendus ne perturbent guère les autorités mais lorsque le quatrième cadavre s'avère être le marquis Sperandio, figure importante de la colonie, cela change la donne. Colaprico et Ogbà doivent quitter Massaoua pour l'intérieur des terres.

Le temps des hyènes permet à Lucarelli de poursuivre son incursion en terre abyssine, de tirer de l'oubli cette période méconnue de l'histoire italienne, de montrer l'absurdité d'une entreprise de colonisation plus qu'hasardeuse qui semble avoir été décidée pour faire comme les voisins. Il dépeint le quotidien d'hommes issus souvent des régions pauvres de l'Italie sur un continent qui leur est totalement étranger et les conséquences de cette présence dans la vie des Erythréens.
L'évolution de la relation entre Colaprico et Ogbà prend un tournant des plus intéressants. Le capitaine des carabiniers royaux, grand lecteur de Conan Doyle, dont il collectionne les écrits publiés dans The Strand Magazine jalousement gardés dans sa caisse militaire, est sûr de ses capacités de déduction. Or il est souvent, pour ne pas dire toujours, pris de vitesse par son zaptié Ogbà , fin connaisseur du pays, des nombreuses langues locales, de l'italien, et des Italiens… Intuitif, observateur, il trouve toujours les indices avant Colaprico. Sherlock Holmes n'est pas celui qu'on croit.
Cependant deux obstacles l'empêchent de mener l'enquête à sa guise, et à son rythme. Le carabinier étant son supérieur hiérarchique, il doit attendre son assentiment ou ses ordres. Et surtout Colaprico est Italien, il est le colonisateur. Ogbà est l'indigène, le colonisé. Il doit aussi mesurer ses gestes et ses paroles et louvoyer pour que Colaprico parvienne aux mêmes conclusions que lui.
Lucarelli s'amuse donc beaucoup avec Le temps des hyènes, il dynamite les codes et bouleverse l'équilibre du duo d'enquêteur pour le plus grand plaisir du lecteur.
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Ce que j'ai ressenti:… L'étrange sensation de Aini berberè zeb'hi…

"-Le temps des rêves est fini, murmura-t-il, maintenant c'est le temps des hyènes."

Le temps des hyènes, c'est un temps de violences qui se cache au pied d'un sycomore…Sous une chaleur étouffante, des vies brisées, des morceaux d'Histoire,des tessons de légendes, des crocs sauvages, des débris de poussières de rêves…Un polar mosaïque aux couleurs chaudes: des pièces de faïences rougies de sang vengeurs, d'autres de couleurs d'or floues, certaines de terres pimentées…Et en fond sonore, un rire carnassier…

Nos deux enquêteurs auront bien du mal à lever le voile sur cette vague de mystères qui entourent ses suicides, mais un peu de génie de Sherlock Holmes semble habiter instinctivement l'un des deux alors, à force de détails et de situations incongrues, tous les petits secrets enfouis dans la terre rouge vont prendre forme dans ce patchwork de cupidité. On se plaît à suivre ce duo improbable, qui dans leur différences, ont toujours au fond des yeux, une marque de respect et la même envie de résoudre les équations que la mafia dissimule dans les sombres recoins…

"Il n'y a rien de plus trompeur que l'évidence."

Dans cette lecture, j'ai aimé l'authenticité. Ce mélange des langues et des expressions non traduit, cette effervescence bouillonnante du choc des cultures, la ronde des mots aux consonances d'ailleurs…Une bonne rasade savoureuse de chianti italien ainsi qu'un mélange de dialecte africain pimenté qui relève le roman noir de Carlo Lucarelli, pour mieux nous raconter les failles d'une colonisation sur les bords de l'Érythrée. Rien n'est évident dans ses relations entre les deux nationalités, mais l'auteur nous le fait ressentir avec une ardeur passionnée et teintée d'une touche de magie noire ensorcelante…

Ma note Plaisir de Lecture 9/10
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Ce livre sort des sentiers battus. Il nous plonge en pleine colonisation italienne, en Érythrée. Pendant que le Négus tente de mobiliser et envoie ses troupes au combat pour gagner l'indépendance de l'Éthiopie et de l'Érythrée, considérée comme une province, de riches Italiens exploitent les meilleures terres…

Grâce au Club des Explorateurs du polar de Lecteurs.com et aux éditions Métailié que je remercie, j'ai pu découvrir un roman intriguant, dépaysant et très intéressant.
Le temps des hyènes débute dans le village d'Afelba où Jàfet qui mène ses chèvres paître sous le sycomore, découvre un homme pendu. le lendemain, il y en deux autres ! Ce sont des ouvriers agricoles du marquis Sperandio… trois noirs, quelle importance ! Mais, un jour plus tard, c'est le marquis lui-même qui pend à l'arbre !
Carlo Lucarelli débute fort et son roman m'a plongé dans la vie quotidienne de ces Érythréens qui sont de différentes ethnies et tentent de survivre sous la domination de la monarchie d'Umberto 1er, roi d'Italie. L'auteur ne plaint pas les expressions, les formules de différents dialectes aussi bien érythréens qu'italiens.
Pour tenter d'éclaircir le mystère de ces quatre pendaisons, le capitaine des carabiniers royaux, Piero Colaprico, ancien ami du marquis, mène l'enquête, parfaitement secondé par son brigadier, le bachi-bouzouk des zaptiè, les carabiniers indigènes, Obgabriel Ogbà.
Le capitaine est un lecteur assidu des romans de Conan Doyle. Il se réfère évidemment à Sherlock Holmes pour orienter son enquête : « Il n'y a rien de plus trompeur que l'évidence. »
Au fil des pages, j'ai rencontré de nombreux personnages, certains vraiment pas recommandables mais l'auteur a bien su mettre en avant les jalousies, les rivalités, les intrigues entre les Italiens présents en Érythrée : « Ne jamais prendre les Italiens au sérieux, Ils font toujours des choses inutiles. » D'ailleurs, chacun s'exprime avec un accent qui trahit sa ville ou sa région d'origine.
Chercher un assassin dans ce pays de la corne de l'Afrique, c'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin mais Colaprico ne se décourage jamais. Il veut finir d'assembler sa mosaïque avec ces tesselles qui motivent beaucoup Ogbà.
Carlo Lucarelli mène son affaire avec un prologue, douze mouvements, deux intermèdes et un épilogue. Entre Asmara, la capitale, située à 2 300 m d'altitude, et Massaoua, le port sur la Mer Rouge, Carlo Lucarelli fait explorer le pays mais je voudrais, pour finir, mettre en exergue l'impressionnante scène, chez Ogbà, lorsque sa femme, Manna, réussit à préparer un repas non prévu pour le capitaine, en un temps record.

Ses cinq enfants : Adèba, Kabbedèsh, Mesfún, Lettebrahán et Tzeghè Ueiné l'aident à préparer l'ingera, l'agibò, le senàfec et la kichà, tout cela paraissant délicieux, comme l'ensemble de ce livre très exotique, même si : « le temps des rêves est fini. » et que c'est « maintenant le temps des hyènes. »


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Nous sommes à la fin du XIXe siècle, dans la colonie italienne d'Érythrée, tout juste pacifiée. Pour ceux qui ont déjà lu Albergo Italia, nous retrouvons le capitaine des carabiniers Colaprico et son adjoint nommé Ogbà, ou parfois « le Scherlock Holmes abyssin », personnages du premier roman. Je ne les avais pas encore rencontrés, mais cela n'a aucunement gêné ma lecture.
Un indigène, puis deux autres sont retrouvés pendus dans les branches d'un sycomore, aux abords d'un petit village des hauts plateaux et, si ces suicides étonnent, ils ne déterminent aucune enquête. Mais lorsque le Marquis Sperandio, gros propriétaire terrien, est retrouvé pendu au même endroit, Colaprico est sommé de quitter au plus vite Asmara pour mener l'enquête. Enfin, à la vitesse de deux mules rétives… Si la lenteur est constitutive de cette enquête, cela n'empêche pas l'action de s'emballer par moments, en des scènes plus tendues, et périlleuses pour les enquêteurs. le duo formé par Colaprico et son adjoint Ogbà, ainsi que la confrontation de leurs points de vue et de leurs méthodes font tout le sel de ce roman, un peu à la manière (beaucoup plus contemporaine) de Carl Mørck et Assad dans les enquêtes danoises du Département V.

Les événements amènent le Capitaine des carabiniers et Ogba à rencontrer des personnages haut en couleurs, qu'ils soient érythréens, de diverses ethnies, ou italiens, de toutes les régions, l'Italie étant encore à cette période de l'histoire, une entité bien jeune et fragile. Trop fragile sans doute pour pouvoir de surcroit gérer des colonies.
Le roman est imprégné de l'espèce de fascination qu'exercent ces régions d'Afrique de l'Est sur les Européens, symbolisée pour nous par Arthur Rimbaud, d'ailleurs mentionné à une ou deux reprises. La passion de l'auteur pour cette région d'Afrique est sensible dans les descriptions de paysages, de ciels d'orages, et de terres poussiéreuses, mais surtout dans les dialogues qui mêlent traduction française, italien et tigrigna, la langue locale.
Le dépaysement total et la fraîcheur des personnages en font une lecture tout à fait réjouissante. C'est exactement le genre de roman policier que j'affectionne, il ne me restera qu'à découvrir le précédent.

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critiques presse (1)
LeFigaro
09 mars 2018
Carlo Lucarelli signe son troisième roman situé en Érythrée italienne, colonie fondée en 1869 entre le Soudan et l'Éthiopie. Le pittoresque, la drôlerie et même la tendresse l'emportent.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
- Je ne vous attendais pas si tôt, dit Ravagli, en glissant sa tunique dans son pantalon pour accrocher la bandoulières sur le ventre, étant donné qu'il s'apprêtait à dîner lorsqu'un zaptié était monté et avait toqué à la porte de son logement pour l'appeler.
- Nous avons fait vite, maugréa Colaprico dans sa barbe, toujours en selle sur l'esplanade devant le baraquement. Ogbà avait réussi à descendre du mulet presque en rampant, avec un bougonnement de douleur et de soulagement entre les lèvres mais il n'était qu'un gradé des carabiniers indigènes et non le commandant de la compagnie des carabiniers royaux d'Afrique.
Colaprico se fichait bien de descendre du mulet avec la dignité et l'élégance requises par son grade et aurait volontiers fait comme Ogbà si seulement il avait pu plier ses jambes pour retirer ses pieds des étriers.
- J'ai fait prévenir le commandement de la garnison de votre arrivée, dit le brigadier, mais Colaprico ne l'écoutait même pas. Il avait réussi à libérer une jambe et comptait sur l'épaule d'Ogbà pour faire passer l'autre sur le dos de son mulet, mais il perdit prise et tomba sur le dos dans la poussière de l'esplanade d'un coup si sec qu'il en eut le souffle coupé.
- Il vaut peut-être mieux que j'appelle le médecin, dit Ravagli en cherchant à remettre debout le capitaine qui était tellement raide que même à deux, lui et Ogbà, ils n'y arrivaient pas.
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Glauser but une longue gorgée d'eau glacée troublée par l'areki, la finit et lécha le verre de la pointe de la langue.
- Voilà ce qu'est le cafard*... un insecte qui pénètre votre âme et la dévore petit à petit. Le mot, c'est un autre poète ami d'Arthur qui s'appelle Charles Baudelaire qui l'a inventé : ça signifie "blatte" et ça rend bien l'idée.
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Porca putèna d’una vigliaca noja, nom de Dieu de bordel de merde, chuchote le brigadier derrière son mouchoir, la voix rauque à cause de cette puanteur qui lui noue la gorge, intense et sucrée comme celle des fruits qu’on met à bouillir avec du sucre. Il fait une bourde en pensant à la confiture de figues qu’il garde dans son logement pour le petit-déjeuner et comprend qu’à partir de ce moment il n’en mangera plus jamais.
– Les hyènes, dit le capitaine. Elles l’ont dévorée.
– Non, dit Ogbà, mais avant il le pense, mbí. Il a parlé trop vite, trop sûr de lui, d’habitude il aurait commencé par l’expression si je peux me permettre, mon capitaine ou avec tout le respect, mais la cabane est petite, un cercle de chaume surmonté d’un toit de branches, qu’on peut presque toucher en écartant les bras d’un bout à l’autre, il n’en peut plus de rester dans cette pénombre suffocante de mort et de mouches.
Trop vite quand même, et bien que le capitaine soit hawunà, sans façon, et habitué à ses objections, il n’en demeure pas moins un supérieur et surtout un t’lian, dans tous les cas un cullu ba’llei, monsieur je sais tout, comme toujours les Italiens.
Et en effet, le brigadier a déjà amorcé une réaction, écoute un peu, bachi-bouzouk, et a même baissé son mouchoir pour mieux se faire entendre, mais le capitaine l’arrête aussitôt : un instant. Toutefois, comme les autres il ne supporte plus de rester là-dedans, c’est pourquoi, lorsque Colaprico parle, son ton est moins hawunà que d’ordinaire. Et pourquoi pas ?
Ogbà indique le museau de la hyène de la pointe de son bâton, de loin, puis le corps de la femme, tout en s’apercevant que les deux autres, habitués à d’autres maisons, ne voient pas aussi bien que lui dans l’obscurité d’un toucoul, alors il cogne contre les branches du toit et fait un trou.
Le soleil entre dans la cabane avec une lame blanche grouillante de mouches qui éclaircit d’abord les contours, puis les détails des carcasses au centre du sol en terre battue.
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-- Rien.
-- Dans quel sens, rien ?
-- Dans le sens de rien, annénti, cria, vous comprenez le napolitain ? Ou dois-je vous le dire en… d’où êtes-vous ?
A Putignano, près de Bari, où il était né, on disait nudde, alors qu’à Milan, où il avait grandi, on disait nient’, et certains disaient nagott, mais Colaprico était trop surpris pour penser à ça.
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L’œil de berberè.
L’idée lui était venue tandis qu’il poussait la chevrette de la pointe de la canne, pour qu’elle arrête de brouter l’herbe qui se trouvait sur la route, jaune, sèche et inutile comme la barbe d’un vieux. Jàfet le connaissait par cœur le sentier menant au sycomore, les plantes de ses pieds nus, déjà endurcies comme des sandales avançaient avec assurance dans cette pénombre bleuâtre où se confondaient les silhouettes et les ombres, et c’est ainsi que son esprit voyageait, volait rapide parmi les images et les mots, comme le lui avait appris oncle Wolde, qui était un amari, un griot, et quand il serait grand – assez grand pour décider de son avenir et pas seulement pour mener paître la chevrette – Jàfet aussi ferait l’amari.
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