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ISBN : 237049087X
Éditeur : La Volte (23/01/2020)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
[LIVRE RÉSERVÉ À UN PUBLIC AVERTI : DESCRIPTIONS GORES / HORREURS CORPORELLES]

Jamais sans doute n’a-t-on connu personnalité plus énigmatique qu’Adorée Floupette, ni ouvrage plus mystérieux encore que son propre auteur que ces Affaires du club de la rue de Rome écrites par cette même Adorée Floupette. Ces enquêtes composent une saga d’aventures historiques prenant place dans le Paris fin-de-siècle, entre les brumes de la gare Montparnasse et les berge... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Charybde2
  06 février 2020
Quatre affaires horrifiques dans le Paris décadent de 1891, des enquêtrices et enquêteurs rares, une reconstitution mémorielle hors du commun.
Sur le blog Charybde 27 : https://charybde2.wordpress.com/2020/02/06/note-de-lecture-les-affaires-du-club-de-la-rue-de-rome-janvier-aout-1891-adoree-floupette/
Lien : https://charybde2.wordpress...
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   06 février 2020
« Peut-être devrais-je vous raccompagner à l’atelier, mademoiselle Iakountchikova ? Le temps a viré au beau : la foule est bien plus dense que je l’avais imaginé. »
Berthe avait raison. Le boulevard, mais également les rues adjacentes : un brouillard compact. Il faisait chaud, soudain. Les manteaux étaient aux hanches, les hommes en bras de chemise. Au creux de ce torrent humain, des chars malmenés, tirés par des chevaux piqués d’incartades paniquées. Des dos, des épaules, des nuques, des hennissements. Par-ci par-là, le visage rouge d’excitation d’une badaude ou d’un badaud, comme le trou au front d’un fusillé. Des regards tombant sur Maria, s’y prélassant comme le vieux au préau, vifs de convoitise et de regret. Des bras comme des écrevisses au ragoût. Une soupe humaine, en somme, joyeuse et bouillonnante et épicée. « Je suis une folkloriste. Votre République invente ses traditions. Où devrais-je me trouver si ce n’est ici ? lança une Maria peu convaincue par ses propres paroles.
– Vous ne passez pas exactement inaperçue, insista Berthe, souhaitant dans son for intérieur ne pas être trop convaincante.
– Il est tout à fait convenable que je marche en votre compagnie, se renfrogna Iakountchikova, étant donné que… »
Elle s’interrompit. « …étant donné que je ressemble à votre domestique ? » termina Weill dans un mi-sourire.
Six petites filles affublées chacune d’un nez de rat ou de souris se faufilèrent entre elles, attachées aux mains comme un chapelet de saucisses.
Les deux femmes se jaugèrent un instant. Vertigineuse résonance entre deux vibrations de même intensité. Maelström clair et tumultueux chez l’une, craquant comme à la fonte des glaces. Patine noire et lustrée, chez l’autre, de couleuvres sinuant l’une sur l’autre. Et ces deux cordes tendues entre calme et tempête, contrôle et chute, d’atteindre une curieuse harmonique. Une sympathie socialement improbable mais essentielle.
Elles reprirent leur chemin, encaissant coudes et genoux. Comme elles butaient contre le faubourg Montmartre, compact comme un boudin blanc dans un viscère trop serré, Berthe enveloppa comme elle put, dans son manteau élimé, les épaules de Maria. Qui l’accepta sans commentaire. (Adorée Floupette & luvan, « Coquillages et crustacés »)
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Charybde2Charybde2   06 février 2020
Une grue… Une grue… Une femme honnête…
Alphonse Allais fumait à la brune, accoudé à une borne. Il avait chaud aux joues, froid aux doigts, et rotait le mauvais usquebac qu’il avait bu d’abondance au tea time pour se donner du coeur au ventre. Janvier était glacial, humide sur la place de Clichy. L’attente pouvait être longue.
Une grue au bras d’une autre grue…
Dans les halos brumeux des lampadaires, à l’heure de débaucher, les passants se pressaient : chapeaux brillants, lorgons, épingles à cheveux étincelantes. Sur le trottoir encombré on se frottait manteaux, pardessus, capelines et vestes de travail aux coudes rapetassés. On bondissait contre ses voisins pour esquiver un omnibus. On freinait au piétinement joyeux devant la porte d’un rade, s’engouffrait dans l’ombre d’une perpendiculaire. L’humoriste immobile, l’œil mi-clos, triait les femmes qui approchaient, le doublaient, s’éloignaient.
Une grue encore… Une grue faisant la femme honnête…
Son classement ne nécessitait que deux catégories, fonction de la mise, du port et des formes que les passantes révélaient en s’approchant, en s’en allant. Pour affiner son analyse, il vérifiait parfois si elles retournaient ses œillades, bruits de bouche ou compliments. Et une fois son verdict établi, Alphonse se sentait empli d’une joie simple et sans malice.
Dans un coin de sa cervelle, il œuvrait en même temps à transformer ce jeu badin en article de journal, transmutant le plomb de son quotidien en or artistique. Il pourrait, par exemple, en tirer un conte pour le Chat Noir, dans lequel un homme renoncerait à aborder une femme, d’abord parce qu’elle lui semblerait trop honnête, ensuite parce qu’elle serait trop dépravée. Ce serait canaille et drolatique ; à se tordre.
Une grue de compétition… Une grue plus banale… Comment dirait-on ça en latin de cuisine ? Grus communis parisiensis… Aha, à retenir !…
Le quartier, il fallait l’avouer, en était comme la couveuse : les alentours de la place regorgeaient d’ateliers d’artistes, de cabarets et de bals, sans compter les maisons closes officielles et ruelles pour travailleuses debout. Les femmes d’autres arrondissements étaient le plus souvent là pour s’encanailler et finissaient par se fondre dans le décor.
Grue… Grugrugru…
Alphonse se dandinait maintenant d’un pied sur l’autre. Il tatônna dans ses poches à la recherche de gants, puis se décida à laisser ses doigts juste là, tout contre sa panse. L’oeil baissé, il profita un instant de la tension d’un gilet un peu étroit et de l’éclat de chaussures cirées de frais, jouissant de sa propre opulence. Jusqu’à l’inconfort de la station debout dans le froid lui faisait étrangement plaisir. C’était la première fois que le Maître lui confiait une tâche à responsabilité : une occasion immanquable de faire ses preuves au sein du Club de la rue de Rome. (Adorée Floupette & Léo Henry, « L’Étrange Chorée du Pierrot Blême »)
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Charybde2Charybde2   06 février 2020
De tous les mystères qui entourent la vie et l’œuvre d’Adorée Floupette (1871 ? – 1949), le plus grand est certainement l’ampleur de sa bibliographie romanesque, qui mêle à des livres publiés sous son nom de naissance quantité d’autres parus sous des identités d’emprunt.
Le seul ouvrage signé Floupette auquel j’ai pu avoir accès, il y a de ça maintenant plus de vingt ans, était un fascicule jauni, paru à la toute fin de sa vie chez un éditeur de feuilletons pour ménagères. Il s’intitulait Les Cendres froides, ou quelque chose d’approchant, et faisait partie d’une collection comptant au moins trois autres titres. La couverture, surtout, m’avait frappé : elle représentait un monstre mythologique surgissant, à travers un mur effondré, dans un salon bourgeois où se tenait une réunion d’artistes.
Mon hôtesse m’avait expliqué ce soir-là qu’il ne s’agissait que d’un épisode, extrait de la grande série qu’Adorée avait consacrée au Club de la rue de Rome, une saga d’aventures surnaturelles dans le Paris fin de siècle. A l’époque de la publication des volumes, l’autrice vivait en Amérique du Sud et n’avait rien su de leur réception critique – inexistante, à ma connaissance. Malgré quelques recherches, je n’ai pu à ce moment-là retrouver en bibliothèque ni les Cendres froides, ni aucun autre titre de cette série prometteuse. J’avoue avoir, pendant de longues années, mis de côté cette histoire.
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Charybde2Charybde2   06 février 2020
C’était un Mardi amer, plaintif, mauvais ; une fin de soirée morose ; et il pleuvait aux fenêtres ; des gens gris passaient quatre étages en dessous.
Mallarmé était debout devant le poêle de faïence blanc placé en angle dans le mur de la chambre, son châle frileusement jeté sur les épaules, la cigarette aux doigts. Il demandait encore des nouvelles de l’écrivain irlandais Oscar Wilde.
Son intérêt pour l’auteur du Portrait de Dorian Gray n’était pas que littéraire : il y avait les fauvettes, les fillettes, les souffreuses ; Mallarmé rejeta cette pensée. Il a rejeta comme on jetterait dans les flammes la photographie de son propre accouchement : notre mère ouverte qui hurle, qui pousse, et notre tête, tel un bout d’os blanc, qui pointe au milieu des chairs noires et ouvertes de notre mère, notre mère ouverte, et nous, qui sortons, l’horreur… Mallarmé secoua la tête. Il ne fallait pas songer aux affaires extérieures, pas en présence des écrivains Edmond de Goncourt et André Gide, ceux-là ne fréquentaient les Mardis de la rue de Rome que pour parler poésie – rien d’autre. Il y aurait bientôt d’autres Mardis, plus captivants, aux fréquentations plus décadentes. (Adorée Floupette & Raphaël Eymery, « L’effroyable affaire des souffreuses »)
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