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ISBN : 2370551674
Éditeur : Le Tripode (30/08/2018)

Note moyenne : 3.49/5 (sur 61 notes)
Résumé :
Une jeune femme rejoint son amant à Istanbul. Alors que la ville se défait au rythme de ses contradictions et de la violence d’État, d’aucuns luttent encore pour leur liberté. Elle-même découvre, au fil de ses errances, l’histoire de Hrant Dink, journaliste arménien de Turquie assassiné pour avoir défendu un idéal de paix.

Après "Calme et tranquille" (Le Tripode, 2016), "Le Sillon" est le second roman de Valérie Manteau.
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Critiques, Analyses et Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
Sociolitte
  19 novembre 2018
Comme le pays qui l'accueille, victime selon un essayiste turc d' « aveuglement sélectif », la narratrice semble errer dans les rues d'Istanbul.
Cette voyageuse s'installe dans cette capitale entre l'Europe et l'Asie, carrefour de nombreuses nationalités et religions.
Elle chemine dans ce pays qui hésite toujours entre démocratie et dictature.
Hrant Dink, militant turc pour la paix entre les peuples, assassiné en 2007, sera son guide. Elle se fait un devoir de rétablir sa mémoire oubliée.
Mais ses pérégrinations stambouliotes deviennent vite éreintantes. Hésitant entre autofiction et documentaire, elle me perd comme elle se perd dans les rues.
Style trop brouillon, pas assez abouti, est le sentiment que j'ai eu en le lisant.
Ce livre a obtenu le prix Renaudot 2018.
Abandonné en novembre 2018.
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Bookycooky
  06 novembre 2018
Sans prétention, se mettant en scène elle-même, l'écrivaine Valerie Manteau, nous parle de la Turquie d'aujourd'hui, plus précisément d'Istanbul, à travers le portrait d'un journaliste arménien turc, assassiné en 2007 par un jeune « nationaliste » de dix-sept ans. Un meurtre commandité et exécuté par le biais d'un mineur, qui vu son âge, n'encourait pas une incarcération de longue durée, selon le code pénal turc.
Ancienne journaliste chez Charlie Hebdo, suite au carnage qui décima la direction du journal, Manteau se rend en 2015 à Istanbul, pour changer d'air. Et c'est là qu'elle prend connaissance du meurtre de Hrand Dink, un pacifiste, un optimiste, directeur du journal Agos, journal arménien , bilingue, publié et distribué à Istanbul. le mot Agos correspondant au titre du livre «  le Sillon », un mot partagé par les turcs et les arméniens, à l'époque où ils cohabitaient. Elle se rend compte que les actes terroristes ne frappent pas seulement l'occident, mais sont encore plus présents dans leurs pays d'origine. Mais encensé par le tapage médiatique alors que les premiers soulèvent des réactions à l'échelle mondiale, les seconds passent totalement inaperçus, voir inexistants. Voilà le point de départ de son histoire.
Une écrivaine impartiale, qui tout en dénonçant la situation terrible d'un pays, noyé entre dictature et intégrisme, où les droits de l'homme n'existent presque plus, de surcroît la liberté d'expression, accuse l'Europe d'indifférence et d'hypocrisie pour sauvegarder ses terres à tout prix des déplacements migratoires, dont elle est finalement indirectement responsable.
Manteau non seulement écrit très bien, mais son bon sens, son humilité face à l'inconnu, aussi bien la langue que la société turque, sa culture qui enrichit le texte sans érudition, m'a touchée et m'a laissée admirative. Et de plus regardant sur internet sa prestation à La Grande Librairie, m'a fait entrevoir l'image de la personne que je me suis imaginée et perçue, durant la lecture. Une belle âme, une belle personne, un beau livre émouvant qui reflète amplement le désespoir humain, beaucoup plus poignant à vivre sur les lieux mêmes où il se déploie.
"They call it chaos, we call it home"
(Ils l'appellent chaos, on l'appelle chez-nous)
"La difference entre l'Orient et l'Occident ....c'est la Turquie. Je ne sais pas si elle est le résultat de la soustraction, mais je sais que la distance qui les sépare est grande comme elle."
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Kirzy
  12 octobre 2018
*** Rentrée littéraire 2018 ***
Un très curieux objet de littérature, complètement hybride et l'assumant totalement, avec exigence.
A travers l'errance dans Istanbul de l'alter ego de l'auteure, le texte oscille entre l'auto-fiction, l'histoire d'une relation amoureuse avec un Turc ( pas les passages qui m'ont le plus intéressée ), le reportage documentaire radiographiant le milieu de l'intelligentsia progressiste malmenée par Erdogan et enfin la biographie d'un journaliste turc d'origine arménienne, Hrant Dink, assassinée en 2007 par un nationaliste de 17 ans. On passe de l'un à l'autre parfois dans la même page avec une liberté folle, un peu déconcertante au début avec un affranchissement des règles de ponctuation. Aucune entrave pour dépeindre la Turquie d'aujourd'hui.
Grande ambition que de relier l'intime à une vision politique d'une société donnée. Et cela fonctionne parfaitement ! C'est avec une sincérité totale que Valérie Marteau nous fait découvrir la Turquie actuelle à travers le prisme des intellectuels turcs cherchant à résister à la montée de l'intégrisme et de la dictature. Tout est dit avec beaucoup d'intelligence et de finesse.
La Turquie nous ressemble, nous dit l'auteure, ce n'est pas un exotisme à regarder de loin. Tous les Turcs que rencontrent l'auteure, journalistes, artistes, militants des droits de l'homme nous ressemblent tant dans cette France post attentats. Valérie Marteau est une ancienne collaboratrice de Charlie, justement. Chacune de ses réflexions en fait germer plein en nous. Les cinquante dernières pages sont remarquables d'intensité lorsqu'elle fait revivre Hrant Dink, assassiné peu de temps avoir été déclaré ennemi numéro 1 par Erdogan pour insulte à l'identité turque, en fait pour avoir évoqué le génocide arménien qui fait l'objet d'un négationnisme d'Etat inouï. Lorsqu'on suit Aslı Erdoğan, cette écrivaine militante des droits de l'homme emprisonnée en 2016 pour avoir soutenu la cause kurde.
Le Sillon, c'est la traduction de Agos, le journal tenu par Hrant Dink. Un sang impur abreuve nos sillons. Comme un fil terrible qui relie la Turquie et la France à l'heure des attentats. Valérie Manteau reprend le flambeau de cette liberté d'expression si chèrement défendue. Un sillon à tracer et tracer à nouveau, obstinément, malgré les vents contraires qui veulent tout emporter.
«  Les voix de la Turquie que j'aime ne parleront pas que dans ma tête » souhaitait Valérie Manteau en publiant cet ouvrage. Désormais, elles parlent aussi dans la mienne.
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michfred
  23 novembre 2018
Il y a des lectures qu'il faut laisser mijoter comme un bon petit  plat, pour que la sauce soit plus onctueuse, le parfum plus envoûtant , le goût plus subtil...
J'aurais bien attendu encore un peu avant de me prononcer sur le Sillon, mais je crois qu'à force d'en discuter autour de moi- y compris, par écrit,  avec certain(e)s d'entre vous- je me suis fait une opinion.
Le sillon est un livre déroutant, complexe.
Qui nous capte autant qu'il nous perd, et nous séduit autant qu'il nous agace. Voilà un sillon qui n'a pas fini, pour ma part, de creuser sa trace dans ma mémoire de lectrice. de m'interroger, de me déranger, de me surprendre. de me faire réfléchir.
Le sillon est un livre terriblement attachant.
Lecture exigeante mais riche, et, derrière un air un peu foutraque et faussement brouiĺlon, c'est une vibrante incitation à sortir de nos ..sillons tout tracés - en particulier quand il s'agit d'appréhender une réalité politique et culturelle qui nous est étrangère.
Je résume à grands traits le sujet: une jeune journaliste française, l'auteure elle-même, ex collaboratrice de Charlie, quitte, en 2015, la France et ses attentats , pour aller se réfugier et se changer d'air...en Turquie, dans la belle ville d'Istanbul,  dont elle est aussi amoureuse qu'elle l'est de son  amant turc.
Elle a déjà à son actif nombre de séjours dans la ville, y connaît et fréquente beaucoup d'intellectuels, d'artistes, de journalistes et parle un peu leur langue. Elle a le projet d'écrire un livre sur Hrant  Dink, un journaliste turc d'origine arménienne  assassiné,  en 2006, par un jeune nationaliste.
Mais en 2016, la menace de l'Etat islamique,  toute proche, favorise la montée de l'islamisme radical dans une Turquie autrefois laïque, donnant à  la dictature  de Recep Erdogan le prétexte rêvé pour refermer inexorablement son étau sur toute velléité de démocratie .
Par ces temps troublés, Hrant Dink, une grande figure dans son pays,  est devenu une véritable  icône de toutes les promesses de cosmopolitisme, d'ouverture, d'émancipation, de vivre-ensemble de toutes les communautés - juive, kurde, arménienne, chrétienne, musulmane-  d'acceptation de la  vérité historique -le génocide arménien-  d'indépendance  journalistique et de libertés individuelles - toutes promesses que les  arrestations arbitraires, la surveillance policière, l'omniprésence de l'armée , la  censure absurde et des procès iniques  semblent avoir définitivement écrasées.. .
Voilà pour le climat. ..on conviendra que comme changement d'air celui qui souffle à Istanbul dans ces années-là n'a rien à envier à celui de  Paris ou de Nice..
Et pourtant...au Muz -journal satirique aujourd'hui disparu- , ou dans les quartiers grouillants d'animation et de vie de Kadiköy, vrai microcosme de l'agitation intellectuelle , les échanges, les rencontres, les actions,   tout laisse penser qu'Istanbul a de la vitalité et de l'insoumission à revendre...et qu'on est loin de l'avoir mise à terre...
Notre narratrice s'y faufile, dans ces quartiers,  comme une anguille du Bosphore...jusqu'au vertige.
Elle y croise Aslı Erdogan, remise en liberté provisoire...et prête à de nouveaux combats...à moins qu'elle ne profite du passeport qu'on lui a enfin rendu pour contester la dictature en se mettant hors de sa portée.. 
Elle cherche dans les traces toujours sensibles du grand Hrant Dink des raisons d'espérer encore, jusque devant le tombeau de ce porteur de colombes...
Elle est contrainte de quitter son amant : le malentendu s'aggrave entre eux à mesure que l'étau politique se fait plus pesant.
Elle va faire la fête en ballerines dans la neige, tandis que le terrorisme,  qui vient de refrapper à  Nice,  tue violemment au Reina, une boîte huppée sur la rive occidentale du Bosphore -  la presse occidentale en parle à peine..
Toutes ces scènes se succèdent,  se chevauchent, dans  un parcours de plus en plus chaotique, gagné par l'entropie ambiante.
Le lecteur consciencieux, qui a tenté d'eclairer sa lanterne en cherchant qui sont tous ces personnages arrêtés, mis en garde a vue, traînés en justice, quels sont ces journaux, ces mouvements dont nous parle la narratrice, se perd bientot dans ce dédale de noms, d'événements, qui semblent familiers à l'auteure...
Encore que...
Elle aussi semble gagnée par la même bousculade, la même perte de repères, la même fuite  en avant..On l'a suivie, elle se perd:  nous voilà  nous aussi,  perdus dans cette ville captivante et maintenant  captive...
C'est cela, je trouve la grande force de ce récit. Sous ses airs de balade , de musardise fantaisiste , à la recherche d'un sujet, d'un amour, d'un réconfort, d'un plaisir- il nous emmène, nous  promène et nous perd dans un pays où la liberté se meurt.
Ce sont ses soubresauts qui l'agitent encore de leur révolte courroucée.
Le Sillon est le nom d'un journal, celui de Hrant Dink.
C'est aussi la trace qui rejoint désormais nos pays occidentaux à cet Orient si proche et si méconnu - bien  plus proche cependant après la  belle lecture de ce Sillon- trait - d'- union..
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enjie77
  30 novembre 2018
C'est très émue que je referme le livre de Valérie Manteau sur cette phrase « le Sillon est dédié à ceux dont l'absence et le souvenir résonnent entre ces lignes ».

Pourquoi suis-je autant concernée par ce pays aux faux airs de Titanic pour paraphraser Valérie Manteau. Ce n'est pas la Turquie en particulier mais c'est plutôt le symbole qu'elle représente aujourd'hui à mes yeux, celui d'un pays qui meure de la perte de sa liberté d'expression voire de sa liberté simplement et c'est cela qui m'oppresse. le sang qui circule dans mes veines charrie la mémoire d'une partie de mes grands-parents qui ont vécu une communauté de destins avec les arméniens, les kurdes, toutes ces minorités qui ont été injustement maltraitées, humiliées, anéanties. La Liberté est un trésor à nul autre pareil et la chanson « Diégo » de Michel Berger me vient en mémoire.
Et puis, restent gravés les instants douloureux, les images en direct de l'attentat de Charlie que je retrouve en filigrane dans ce livre comme ceux de l'aéroport Ataturck , la boîte de nuit Reina ou encore celui d'Ankara lors d'une manifestation.
Le 11 janvier, nous avions défilé aux côtés des kurdes. Je n'ai rien oublié, Charlie, le Bataclan, Nice, le père Hamel. A la lecture de ce livre, tout remonte, s'entremêle, pour donner à cette lecture une multitude de pistes de réflexions toutes aussi essentielles les unes que les autres.
Valérie Manteau met en scène une jeune femme, la narratrice, écrivaine en mal d'inspiration, partie à Istanbul rejoindre son amant, et qui à travers ses relations, ses balades stambouliotes, nous offre une photographie de la Turquie d'aujourd'hui. A travers ses déambulations, elle va trouver le sujet de son livre en découvrant la figure importante de Hrant Dink, journaliste turque d'origine arménienne, athé, assassiné en 2007 devant son journal « Agos » et dont la voix continue de résonner en Turquie. Elle retrace ainsi la vie de cet homme, journaliste délinquant aux yeux du gouvernement turque, cible des nationalistes et qui n'hésitait pas à écrire sur le génocide arménien.
Agos, le journal de Dink, signifie le Sillon, c'était un mot partgé par les turcs et les arméniens en tout cas par les paysans à l'époque où ils cohabitaient.
Que ce soit les assassinats de Hrant Dink, Tahir Elçi, ou l'emprisonnement de tous ceux qui veulent résister, se battre pour continuer d'écrire, de penser, Valérie Manteau sait leur redonner la parole et souligner à la fois la défaillance des autres nations devant les exigences de la realpolitik et la difficulté de lutter contre un président qui contrôle tout un système judiciaire, les médias, alors qu'un simple tweet peut vous envoyer en prison. Les individus finissent par avoir peur de parler, même de penser, et parviennent à se méfier de leur ombre. Valérie Manteau dépeint très bien cette chappe de plomb qui étouffe la Turquie.
Il faut lire le chapitre relatant le procès d'Asli Erdogan et de Necmiye Alpay, c'est effrayant et très instructif sur la dérive du système judiciaire.
Page 256 :
résonnent les mots d'Asli, dans le New Yorker, « Que ca vous plaise ou non , je suis la Turquie. Que vous l'acceptiez ou pas, nous les journalistes, les écrivains, sommes le langage et la conscience de ce pays » ou encore « je vais me défendre comme si le droit existait encore ». « le silence même n'est plus à toi », ce livre, écrit par cette femme très engagée et courageuse, en dit long sur la vie quotidienne en Turquie.
C'est une lutte permanente comme pour Elif Safak, Orhan Pamuk, le droit ne vaut plus rien.
Valérie Manteau parvient très bien à faire ressentir cette crainte diffuse qui intoxique l'atmosphère d'Istanbul depuis la contestation de la place Taksim en 2013 et qui s'aggrave jusqu'au coup d'état militaire de 2016 où les conséquences sont très bien restituées.
Je reconnais que Valérie Manteau a choisi un style de narration qui déroute au début de la lecture et qui peut malheureusement en décourager plus d'un. Il faut parvenir à cerner son système d'écriture rien que pour lire les derniers chapitres qui sont remarquables.
J'attendais la sortie de ce livre témoignage. L'écriture m'a touchée, émue. J'ai réussi à dépasser la forme pour ne m'interesser qu'au fond qui est un instantané de la Turquie. J'ai une pensée pour mes amies ou amis turques, arméniens, kurdes et pour l'un de mes acteurs fétiches, Tchéky Karyo.
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critiques presse (5)
LeDevoir   17 décembre 2018
Avec un doigté inventif et rigoureux, Valérie Manteau entrelace savamment l’autofiction, le grand reportage et le plaidoyer politique pour raconter l’ampleur de la mutation qui s’opère en Turquie. Brillant.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
LeMonde   22 octobre 2018
L’écriture de Valérie Manteau possède une grâce et une légèreté qui lui permettent d’entremêler l’évocation de ce qui se passe dans la tête de la jeune Française avec la description de ce qui advient dans les rues et dans le pays, tout en retraçant l’histoire de Hrant Dink.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Bibliobs   19 octobre 2018
Une femme rejoint son amant à Istanbul, y mène une enquête sur un journaliste d'origine arménienne abattu froidement. Pleines de résonances avec les attentats de janvier 2015 à Paris, ses recherches lui font découvrir une scène politique turque résistante et vivante, tandis que son histoire d'amour se trouble. Un très beau roman du décentrement.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Liberation   15 octobre 2018
Sa quête intime, sentimentale et romanesque se double alors d’une enquête sur le journaliste arménien Hrant Dink, assassiné en pleine rue en 2007. La ville ne perd pas ses droits pour autant : ce roman en est aussi un guide passionné.
Lire la critique sur le site : Liberation
Bibliobs   21 septembre 2018
Valérie Manteau, ancienne de «Charlie Hebdo» à qui l'on doit, sous un titre euphémistique, «Calme et tranquille» (2016), emprunte ici à tous les genres: l'autofiction, le grand reportage, le document politique, le roman d'amour, la biographie, et les entrelace sous nos yeux avec un doigté de dentellière.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (45) Voir plus Ajouter une citation
SociolitteSociolitte   17 novembre 2018
A propos de Taksim, épicentre des manifestations, la romancière Asll Erdogan écrit : « La place Taksim est à nous, ceux qui y sont morts à tout le monde... chaque fois que nous marcherons vers cette place méconnaissable, malgré les matraques, les canons à eau, les lacrymos, chaque fois que nous en prendrons le chemin, elle sera à nous. » Aujourd'hui interminablement en travaux (personne ne comprend bien pour quoi faire, et tout le monde s'en fout), j'ai l'impression qu'elle appartient davantage aux pigeons qu'à nos souvenirs. Il y avait des tentes partout, de part et d'autre d'une allée baptisée Hrant-Dink, du nom d'un journaliste arménien assassiné quelques années auparavant, adopté comme figure tutélaire par les manifestants qui occupaient la place pour empêcher la destruction d'un des rares espaces verts de la ville. Au milieu du cordon de flics, des musiciens, des artistes, des jeunes et des vieux en tous genres, des babas cool, des bobos, des cols blancs, des islamistes.

Pages 17-18, Le Tripode, 2018.
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SociolitteSociolitte   18 novembre 2018
Alors, quelles sont les nouvelles du pays des droits de l'homme ? Je me demande si c'est ironique, mais non. J'essaie de continuer à lire un peu la presse française, qui paraît outrageusement futile et autocentrée quand on ne vit pas dans Paris intra-muros, quand on est par exemple sur un balcon surplombant Istanbul. Qu'est-ce qui fait la une aujourd'hui ? On a deux ministres qui ont démissionné la semaine dernière, économie et culture. Grosse crise politique, scission de la gauche, drama. Et maintenant on apprend qu'ils sont en couple et qu'ils ont choisi comme premier geste politique après leur révolution de palais d'aller se prendre en photo en amoureux à San Francisco.

Page 19, Le Tripode, 2018.
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enjie77enjie77   28 novembre 2018
Ne sois pas si sûre de ce que tu sais d'Istanbul, tu ne connais que nos quartiers mais essaie de sortir de Kadiköy un peu. On est tellement minoritaires. Dans les nouveaux quartiers, cette ville de 2016, qui ne ressemble pas à celle des Grecs, des Arméniens, des Juifs d'autrefois, annonce celle qui viendra et qu'on ne connaîtra peut-être pas. Peut-être dans cette future Istanbul n'y aura-t-il plus de filles se promenant seules et tranquilles de terrasse en terrasse, ni de types en jean slim et boucles d'oreilles. La Gay Pride a de facto déjà disparu, interdite à cause de l''état d'urgence et ne reviendra pas. La manifestation de l'année dernière, brutalement dispersée par la police à coups de Karcher aura donné lieu à un dernier moment de poésie, les jets d'eau formant un arc-en-ciel au-dessus de la foule en déroute. Cette année, les hélicoptères survolant Istiklal et les barrages militarisés ont dissuadé des manifestants. Il y a quelques semaines, une jeune trans a été retrouvée brûlée vive en ville.



Pages 175/176
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BookycookyBookycooky   05 novembre 2018
"Il est beaucoup plus fécond que les différentes religions vivent ensemble, les unes avec les autres, plutôt que côte à côte. Car, si l'on parvient à une lecture correcte de leurs différences, on s'aperçoit qu'elles se nourrissent et ne se détruisent pas. L'appel à la prière du muezzin, entendu cinq fois par jour par un chrétien comme moi (... chrétien et athée ), lui rappelle qu'il est chrétien."
p.55
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michfredmichfred   25 novembre 2018
Que, vue de Paris, Istanbul n'ait pas l'air d'un endroit où il fait bon vivre pour les musiciens, on le conçoit tous. Mais qui peut avoir la cruauté d'écrire aux Turcs pris en tenaille par l'intégrisme et la dictature, que 'nous' on aime boire des verres et faire de la musique, pas risquer notre vie pour le plaisir. Ahmet accuse le coup en riant nerveusement, mettant sur le compte de l'ignorance le petit ton narquois de l'e-mail qui me met hors de moi. Il lève son verre, vive l'arrogance, vive la France.
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