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EAN : 9782715245006
128 pages
Le Mercure de France (09/02/2017)
4.23/5   11 notes
Résumé :
À présent qu’ils ont franchi le seuil, j’imagine ce vieil homme et cette vieille femme se retrouvant au fond du grand Jardin, délivrés de leur longue fatigue, oublieux de la laideur de leur nudité, gourmands de pêches, de poires et de melons, près de l’arbre à désir, à savoir et à poèmes. Mon père et ma mère veillant sur les fruits profonds de la nuit, avec des rires et des baisers, de toute leur enfance restée vive, ébouriffant la cendre, leur amour à tout jamais a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
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Hirondelle Amour : rouge sur un ciel bleu, des formes, des lignes, des objets, de vagues personnages flottent dans un espace indéfini. L'univers du peintre surréaliste Joan Miro surprend, étonne, séduit : mouvement immobile, battement d'ailes, poésie colorée.

Jean-Michel Maulpoix nous parle de ses parents : « Que pourrais-je opposer d'autre à la détresse de l'amour ? ». Il s'est inspiré de la toile du célèbre artiste catalan : « L'hirondelle amour revient avec le printemps ; quelques grammes d'encre au coeur. »
Son père et sa mère ont franchi le seuil : « Il reste des miettes et le son de leurs voix sur la nappe en coton rouge de la salle à manger, longtemps après que les assiettes en ont été débarrassées. »
Comment oublier ? Les souvenirs reviennent par vagues chez l'auteur : « Tends l'oreille vers ces planchers qui craquent au fond de ton enfance. »

Les parents ne sont pas encore mariés par ce jour de grand soleil lorsqu'ils prennent la pose face à l'objectif qui les réunit en noir et blanc sur la photo : « Et voilà que je suis à présent, né de leur bel amour… Quand par la rose de l'appareil photographique, s'échappe le cri d'une hirondelle rouge ! »

« Dans la glace, parfois, le visage de mon père. »
Ce père peignait le dimanche sous les yeux de son fils. le poète a gardé dans ses écrits le goût du chevalet : « Surtout ne pas remplir, ne pas saturer ; évider et tendre la phrase, y chercher des amorces et des points d'équilibre, des lignes d'envol dans le vide porteur. »

« Elle a rejoint mon père. Les voici de nouveau côte à côte. Confondus dans un même silence. Ils reposent à présent du sommeil de la terre. »
La description de la maison de retraite est magnifique et terrible. Seul un grand poète peut nous restituer de façon aussi réaliste ces lieux de fin de vie qui se ressemblent tous, où la vie s'est arrêtée en entrant, quand la cervelle ne répond plus, que les mots n'arrivent plus.
« À leur arrivée, on offre aux nouvelles pensionnaires un bouquet de fleurs en plastique. Ce sont des fleurs de cimetière. » ; « Vie de cendre où grésille à peine le vieux coeur qui rougeoie. » ; « Au bord de la falaise, elle n'attend plus rien, sinon que l'on vienne la chercher. » ; « Ici, je ne peux rien dire, rien faire, sinon tenir la main de ma mère : aucune musique consolatrice, aucun chant, pas même un mot de compassion. Inapte au poème comme à redire l'amour. »

Ils sont partis et le poète souffre : « le monde, quand je le touche des yeux, ne rend plus le même son ; à présent, rideaux déchirés, la fenêtre s'ouvre à tout instant sur le silence du vide. »
La colère l'envahit : « Colère de la créature contre sa finitude et son absurdité, colère de fils abandonné, colère d'âme aussi ancienne que les pleurs d'enfant dans la nuit. » ; « Dans le silence ou dans le bruit, je regarde glisser les jours, puisqu'il n'y a désormais plus de poèmes capables de les sauver de l'oubli. »

Le poète tente de résoudre le grand mystère de la vie. Sa propre mort l'interroge : « Tu attends, toi aussi, derrière la porte, l'oreille déjà collée contre le bois. Tu as pris rendez-vous. Ton tour viendra bientôt. Tu ne guériras pas de cet abîme. »

Puis, le poète se ressaisit. « Mais je n'ai à présent d'autres choix que d'écrire… Offrir à l'absence un bouquet de fleurs d'encre. ».
Il retrouve ses mots, se penche sur la langue comme au chevet d'un malade. « Il lui parle doucement, dans le creux de l'oreille. Elle ouvre un oeil, se relève, ose un pas. Qui disait qu'elle était perdue ? »

Une femme, le printemps, deux corps qui respirent, le désir d'une lumière d'été, et la vie reprend ses droits : « Dis-moi. Combien de printemps nous reste-t-il ? le sais-tu, mon amour ? Pour célébrer entre nos draps le grand retour. Ce plaisir d'être nus : nos noces ! Ce frisson d'oiseau qui court sur la peau ! Ces fleurs qui éclosent sous mes doigts, entre tes lèvres, entre nos ailes ! ».

L'hirondelle rouge amour est revenue avec sa vertu d'espérance. le peintre a ressorti sa palette : « Peindre par petites touches le sans-gêne de l'air. Peindre encore sa joue bleue et ses hanches, sa gorge rouge ou verte, ses battements de ciel ou de cil. Peindre la volupté paisible de son corps nu. »

Pour l'originalité de sa pensée, la qualité de son écriture et de sa poésie, il faut lire et relire Jean-Michel Maulpoix. Il transcende les mots qui sous sa plume changent d'épaisseur.
« Il se peut que trois gouttes de sang suffisent pour emplir un coeur d'oiseau et qu'il se remette à chanter. »

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Jean-Michel Maulpois, L'hirondelle rouge - Prose poétique - 2017 - 108 pages - ⭐️⭐️⭐️⭐️

« Je continue de chercher dans mon encre les yeux de mon père, les mains de ma mère. Je m'obstine et tends l'oreille. Aucune voix, aucun chant. Les souvenirs sont faits de petits riens qui durent, de petits riens très durs en travers de la gorge. »

Ce sont de courts tableaux évoquant la vie et la mort de ses parents en même temps que sa démarche face au deuil. La poésie et le désir peut-être pourront le sauver du noir absolu. L'écriture est très belle, simple, musicale. On ne comprend peut-être pas tout, mais la musique des mots entre en nous comme un doux savoir. Alors on devine, sous le chant, l'essentiel.

Jean-Michel Maulpois, le jour venu - Prose poétique - 2020 - 124 pages - ⭐️⭐️⭐️

C'est un peu la suite de L'hirondelle rouge. C'est encore très bien écrit mais c'est noir, très noir et très lucide sur la condition humaine. On y trouve peu de quoi espérer si ce n'est dans les mots et la poésie. L'auteur évoque encore ici la mort de ses parents, puis la sienne.

« Pourtant, il faut que tu comprennes cela : ce n'est pas nous qui possédons ce monde, c'est lui qui nous contient, nous protège comme le corps maternel abrite son enfant, comme le nid où éclôt le chant contient l'oiseau et comme la fleur contient le parfum. Ce qui s'en va, s'envole, s'échappe ou s'exhale est d'abord contenu, comme la langue dans le dedans obscur. Puis le désir entrouvre. le vêtement bâille, l'oiseau chante ou s'envole…»
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critiques presse (1)
LeMonde
17 mars 2017
L’auteur d’Une histoire de bleu assombrit sa palette. Il n’écrit pas pour tenir le désespoir à distance, au contraire, il donne des mots au chagrin qui le dévaste.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Chacun s’installe dans l’illusion d’un monde à soi, d’une vie qu’il croit entière, qu’il porte dans la poche, bien au chaud, près du cœur…
Mais nos placards regorgent de fantômes, de costumes de mariage et de robes de deuil, de mouchoirs repassés en pile, de culottes et de manteaux pendus pareils à de grands spectres qui sentent à plein nez la naphtaline et le chagrin.
L’irrémédiable inscription de nos vies dans le temps confirme l’existence d’un diable cornu qui danse sur notre poussière et se rit de nos vies. Non, vous le voyez bien, cet amour lui non plus n’est pas possible, rongé de vers et de remords.
On avait pourtant cru bien faire. On s’était appliqués. Dans les meilleures dispositions d’âme et de cœur. Tout pétris d’idéal. Mais tout s’en va en pluie et en poussière. Aucune encre n’y résiste. Aucun poème. Aucune autre promesse que de disparaître.
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Parvient-on jamais à habiter le temps comme une maison au fond d’une rue calme, les fenêtres ouvertes sur un petit jardin, les pièces claires, les miroirs profonds, les meubles aimés ? Habite-t-on jamais le temps comme un livre, tout autrement que dévoré de regrets, goûtant sur un banc de bois peint un parfum de lilas dans le jour qui s’achève ? La mort qui vient a piqué des bijoux d’un sou dans sa robe sombre. Voici mon cœur parmi les branches : où sont vos mains très blanches, et nos yeux qui se posaient sur les visages et sur les choses comme des oiseaux légers ?
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Je voudrais reprendre ma place dans le temps, aidé par le déclin du jour qui fait la vie plus lente, une odeur de lavande, de glycines ou de roses le long des murs, les voix qui s'attardent et bavardent, et les silhouettes qui circulent derrière la vitre de ce café où mon encre a trouvé refuge pour quelques heures. Je voudrais pouvoir dire, à l'heure de mourir - et si possible d'une voix bien audible - que j'ai passionnément aimé ce monde, cette vie et mes semblables et que je ne regrette pas de n'avoir pu emprunter d'autres chemins ! N'est-ce pas ce que pourrait faire de mieux le poème : affirmer l'unité et la beauté de notre vie terrestre, plutôt que remâcher dans l'encre un goût de cendre ?

p. 76
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J'éprouve une espèce de honte à m'asseoir dans le train de banlieue un écouteur sur les oreilles. C'est comme déserter mes semblables, leur signifier mon indifférence... Mais en ce moment, j'ai besoin de musique. Mozart ou Schubert surtout. Pour que les larmes coulent autrement. Dans l'oreille plutôt que dans l'oeil.
Ne pouvant plus rien entendre aux affaires humaines, je me souviens du monde dans la musique, là où ne vont plus les mots. Là où continue de prendre sa source le poème.
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C'est un peu comme si les freins de ton vélo avaient lâché au sommet de la côte. Irrésistiblement, tu prends de la vitesse. Le temps qui file à toute allure te blanchit les tempes. Tu ne roules plus, tu glisses. Ta vie est de neige, de sable et d'eau courante.

L'inconnu est de plus en plus proche. Il ne se déguise plus en terres lointaines, en azurs, en chimères. Assis là, sur la chaise, il t'attends devant la porte.

Que lui dire ? La misère n'est précise qu'en sa phrase démunie. La machine du cœur continue son travail. Au-dehors, la campagne dort. Là-bas, la pluie est silencieuse. Il n'est de chant possible qu'un bâillon sur la bouche.

Tu attends, toi aussi, derrière la porte, l'oreille déjà collée contre le bois. Tu as pris rendez-vous. Ton tour viendra bientôt. Tu ne guériras pas de cet abîme.

Viendra-t-elle à minuit, quand la lune est bien ronde, ou dans l'aube en même temps que la pluie ? Nue, gracile, mais froide, la pointe des seins dure comme la pierre ? Peut-être même un reste de rêve dans le regard ? Et je ne sais quel sourire encore sur les lèvres...

- Appelons cela, si vous voulez bien, la douceur ou la douleur de disparaître.

Qu'elle entre donc par la fenêtre, un matin ou un soir d'été, avec la lumière du soleil et le souffle du vent, tandis que je lirai un livre, la tête pleine de rumeurs, si elle ne brise pas tout à coup ma plume, arrêtant mon geste.

- Je croiserai les bras, effondré sur la table. Comme un voleur de nuit cachant ce qu'il dérobe.
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Vidéo de Jean-Michel Maulpoix
Jean-Michel MAULPOIX – En son for intérieur (France Culture, 1996) L’émission « Poètes en pied », série d’été de « For intérieur », par Olivier Germain-Thomas, diffusée le 3 août 1996. Invité : le poète en personne. Mise en ligne par Arthur Yasmine, poète vivant, dans l'unique objet de perpétuer la Poésie française.
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