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Renée Villoteau (Traducteur)
ISBN : 2070374556
Éditeur : Gallimard (30/11/-1)

Note moyenne : 3.99/5 (sur 349 notes)
Résumé :
Dans le Japon des années 1930 et 1940, au milieu de désastres sans précédent, Kochan lutte contre ses pulsions. À l’école, la fascination qu’il éprouve pour un jeune camarade se mue en attirance sexuelle. Comment être homosexuel dans une société conformiste ? Kochan devra-t-il renoncer à lui-même et porter un masque toute sa vie ?
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Critiques, Analyses et Avis (39) Voir plus Ajouter une critique
andman
  04 octobre 2013
Tel l'oiseau migrateur qui d'instinct se laisse porter vers des paysages familiers, j'ai retrouvé avec enthousiasme l'univers de Yukio Mishima.

« Confession d'un masque » est un roman intimiste écrit par l'écrivain japonais à seulement 24 ans et s'apparente à une autobiographie de la première moitié de sa vie. Certes j'aurais gagné en cohérence à le lire avant bon nombre de romans qui lui sont postérieurs, mais peut-être alors ne l'aurais-je pas autant apprécié !
Le narrateur, Kochan, est issu d'une famille tokyoïte relativement aisée au sein de laquelle émerge la personnalité étouffante de sa grand-mère paternelle.
De constitution frêle, le jeune Kochan aime se déguiser et les accoutrements féminins ont souvent sa préférence. Il adore regarder les livres d'images et n'aime rien tant que d'admirer les chevaliers intrépides, l'épée levée dans des combats sanglants.
L'année de ses douze ans une image du martyr romain Saint Sébastien, le célèbre tableau de Guido Reni, déclenche son premier émoi incontrôlé et deux ans plus tard il est fasciné par un camarade de classe de constitution athlétique un peu plus âgé que lui.
Alors qu'il souffre d'anémie, il croit son insuffisance sanguine liée à son péché quotidien d'onanisme et va jusqu'à imaginer un rapport inverse entre son « manque de sang » et ses songeries sanguinaires…
Perturbé par la découverte de son homosexualité et gagné par un sentiment de culpabilité, le refoulement de son véritable moi s'impose au jeune homme comme seule échappatoire.
En recherche d'une prétendue normalité, s'imposant l'obligation morale d'aimer une jeune fille, Kochan surnage tant bien que mal dans ses contradictions et ses faux-fuyants.
La personnalité du narrateur, âgé de 20 ans en ce printemps 1945, est à peine moins tourmentée que le ciel de Tokyo où s'intensifient les raids destructeurs des bombardiers américains.
« Confession d'un masque » est un roman rédigé avec intelligence, un formidable plaidoyer pour le droit à la différence. Avec sincérité, sans tabou, Mishima dévoile les pulsions inverties qui taraudent le narrateur depuis son enfance et, par là même, offre un témoignage parfois cru, terriblement réaliste.
La maestria avec laquelle le jeune écrivain s'empare d'un thème aussi sensible fait de ce roman une oeuvre magistrale, incontournable.
C'est le dixième livre de Mishima que je découvre cette année ; pardonnez-moi je vous prie, de souligner une fois de plus la beauté singulière du style de cet écrivain !
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rabanne
  29 décembre 2018
Pas simple d'imprimer un ressenti tranché et limpide au sortir de cette lecture prégnante.
C'est une oeuvre d'inspiration autobiographique, qui fit scandale à sa sortie. L'auteur, alors âgé de 24 ans, y narre les tourments d'un enfant, puis du jeune homme qu'il devient, en proie à des désirs homosexuels, teintés d'une morbidité sanglante et auto-destructrice, qui se débat inlassablement contre sa nature véritable, ses multiples contradictions. Dans un Japon ravagé par la guerre, Kochan tente douloureusement de parvenir à une forme de "normalité", virile et acceptable, en avançant irrémédiablement masqué...
Un récit hautement introspectif, qui crée une forte intimité avec le lecteur, laissant planer un certain malaise (pour les non-initiés, je dirais, surtout) car l'atmosphère est plutôt sombre, pessimiste et sulfureuse. Mieux vaut être bien disposé, en connaissance de cause donc.
Mais pour moi, c'est essentiellement la plume de l'auteur (du moins, sa traduction) qui a sauvé ce roman d'une note inférieure. Je n'ai pu m'empêcher de penser à un certain Hermann Hesse en lisant Mishima, à cette psychanalyse et profondeur universelle des sentiments, à leur aspect entre autres traumatique ou sublimé (peur ou fascination devant la maladie, la mort, fantasme du suicide, de la douleur...) et, lorsque l'on connaît la fin tragique de l'auteur japonais, ce premier roman est d'autant plus parlant (!)
Une oeuvre à replacer forcément dans son contexte, culturel et historique, mais une plume dont la "brillance" et l'acuité m'ont personnellement touchée.
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finitysend
  08 août 2016
Confession d'un masque est , c'est vrai , un roman sur la douleur d'un adolescent qui fait la découverte de son homosexualité et de la nécessité dans laquelle il se trouve , de faire le tri , de gérer les affects qui découle de ce voyage intérieur nécessaire .
Le texte est assez court et il est aussi absolument nuancé , très dense et ancré en profondeur dans la vie quotidienne d'un japon en guerre .
C'est le japon colonial , avec ses aventures continentales , Corée , Mandchoukouo , la seconde guerre mondiale , et l'effort de guerre qui est la conséquence d'un état de guerre continuelle de 1921 à 1945 finalement .
L'auteur oscille . Il fera lentement et de manière contrite le choix d'être diffèrent et marginal …
Difficile de ne pas « spoiler « donc : motus …
Cependant alors que le personnage principal s'affirmera et qu'il gagnera ainsi de la liberté , il devra aussi renoncer à exister entièrement ( avec intégrité ) d'un point de vue social .
C'est un roman très riche et subtil de ce point de vue .
La machine de guerre japonaise est l'armée par excellence , certes , mais elle est aussi tout un maillage politique , religieux et logistique d'un territoire , de sa population et des institutions privées ou étatiques .
Cette thématique est un vrai sujet dans ce texte . Ce japon (encore largement traditionnel) en guerre , n'est pas une simple tonalité de fond , c'est un véritable sujet , surtout si on connait l'auteur .
C'est une confession autobiographique romancée . L'auteur y aborde son identité de genre , mais aussi les fondements et les rouages qui ont alors commencé à le façonner politiquement , et à l'imprégner de valeurs conservatrices et traditionnelles en cours de modernisation ( avec l'exemple européen) .
C'est pour moi un texte qui porte sur le japon traditionnel en transition vers une modernité qui est foncièrement imprégnée par une impulsion très politique , très impériale , avec une tonalité autocratique .
C'est un témoignage intimement vivant sur le japon en guerre ( le japon profond ) .
C'est aussi évidement la découverte et la gestion d'une identité homosexuelle dans une société traditionnelle très normative , dans un cadre institutionnel non moins normatif .
Un texte puissant , assez court , qui vient démontrer que le tout , est souvent plus que la somme de ses parties .
De quoi parle ce texte ? :
-Du japon traditionnel en transition , et c'est passionnant , car c'est un témoignage de premier ordre qui est d'une finesse exceptionnelle .
-D'un point vue psychologique , je dirais que c'est d'un processus très analogue aux névroses d'intégration en psychologie clinique , dont traite ce texte .
- De l'identité de genre sur un mode confession intime romancée .
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Iansougourmer
  18 février 2013
Confession d'un masque est l'un des plus forts roman de Mishima sur un thème délicat, celui de l'homosexualité refoulée. C'est une introspection brillante et douloureuse de l'auteur, qui nous fait vivre un grand moment de lecture qui ne laisse pas indemne le lecteur.
Au travers de ce premier roman autobiographique mais romancé, Kimitake Hiraoka, plus connu sous son pseudonyme Mishima, nous fait le récit de son enfance maladive sous l'emprise d'une grand mère possessive qui le force à rester auprès d'elle, le privant de sa mère. L'auteur se dévoile, enfant chétif, solitaire et rêveur ; puis nous raconte ses années de collège et d'étude . Mais, par dessus tout, Mishima nous fait le récit de son combat intérieur et extérieur contre son homosexualité, découverte avec les premiers émois de la puberté et que l'écrivain va s'attacher à masquer aux autres et à lui même, en s'interdisant ses désirs masculins et ses mauvaises habitudes, en acceptant une romance vouée à l'échec avec Sonoko, possible fiancée.
Cette confession d'un masque est fascinante et édifiante, car elle raconte la manière dont un individu est amené, par le poids de la société, à cacher une partie de ce qu'il est, par le mensonge et sa conviction personnelle que cette différence est une faute qu'il faut combattre. Toutefois, le personnage paie au prix fort les implications du mensonge c'est un combat contre sa nature profonde qu'il mène, combat exténuant qui est de toute manière perdu d'avance, puisqu'il amène la personne à se construire un univers artificiel, prêt à s'effondrer sous le retour de la réalité, ramenant de manière cruelle et définitive la personne à sa propre nature qu'elle s'est efforcée de combatte. Mishima, par le récit de son expérience personnelle, livre un message clair : un homme ne peut pas changer sa nature, au mieux peut il la masquer, ce qui ne saurait être qu'une solution provisoire.
Ce livre est aussi bouleversant, puisqu'il raconte la difficulté qu'a eu Mishima à assumer son homosexualité, ainsi que la souffrance subie du fait de cette homosexualité. On ne peut être qu'attristé de voir les mensonges qu'un enfant et qu'un jeune homme peuvent s'imposer. de plus, cette construction d'une identité parallèle parait compromise et s'écroule cruellement et lamentablement quand, dans la scène finale, l'auteur confronte son désir réel, les hommes virils, à celui qu'il s'était artificiellement créé pour la jeune Sonoko. La confrontation l'amène à voir avec lucidité que son homosexualité l'emportera toujours. Ce livre est donc hautement émouvant.
De plus, l'écriture de Mishima, raffinée et élégante, apporte une puissance émotive et tragique au récit, qui se lit toutefois avec fluidité, l'auteur restant dans une écriture volontairement franche et claire. On est impressionné par la maitrise stylistique de l'auteur pour son premier roman, et de l'audace de publier un roman largement autobiographique sur son homosexualité dans le Japon de l'après guerre, où il fit scandale, la pédérastie étant un sujet tabou. le gout de la transgression de Mishima semble déjà s'affirmer.
Le titre est génialement choisi : Mishima, qui a toujours occulté son homosexualité, la révèle ici dans un roman, faisant les Confession d'un masque. Homosexualité que l'auteur n'assumera d'ailleurs jamais complétement, puisque qu'il se mariera et aura des enfants ( comme de nombreux homosexuels de cette époque...).
Le dernier aspect intéressant de Confession d'un masque est qu'il préfigure les thèmes majeurs que l'écrivain abordera par la suite dans son oeuvre : le tiraillement entre un Japon traditionnel et l'occident, le gout pour les sujets audacieux, l'écriture du désir, l'attirance morbide, l'appétence pour le théâtre...
Ce livre nous donne en outre de précieux renseignements sur la jeunesse de Mishima, et nous donne quelques clés de compréhension pour la lecture de sa trajectoire personnelle et artistique.
Un livre magnifique et douloureux sur un thème délicat, traité avec distinction, honnêteté et douleur par Yukio mishima.
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centrino
  10 avril 2011
C'est le deuxième livre de Mishima que je lis (après avoir été introduit à son oeuvre via "Dojoji et autres nouvelles").
Roman que l'on devine aisément fortement autobiographique si l'on compare la vie du personnage principal à celle de Mishima. Une vie sans grand soutien parental, un physique frêle et une santé plus que fragile font sentir dès sa naissance au héros -bien malgré lui- que la vie n'est pas exactement un cadeau (ou un empoisonné alors)... la 'cerise sur la gâteau' étant la découverte de son a-normalité, à savoir son homosexualité combinée à des tendances perverses, voire sadomasochistes. Il s'agit donc de confessions d'un être se sentant obligé de paraître 'normal', et de vivre ce qu'il considère comme une maladie sous les traits d'un masque. D'où le titre du livre ...
Parler d'un livre aussi dense n'est pas aisé; mais un paragraphe résume assez bien la vision que le héros (et donc Mishima) a de sa vie, ainsi que comment il envisage son (tragique) dénouement : "Les raids aériens devenaient plus fréquents. J'en avais une peur extraordinaire et pourtant j'attendais en même temps la mort avec une sorte d'impatience, avec une espérance pleine de douceur. L'avenir était pour moi un lourd fardeau. Dès le début, la vie m'avait écrasé sous un pesant sentiment du devoir. Bien que je fusse de toute évidence incapable d'accomplir ce devoir, la vie me harcelait, me reprochait ce manquement. C'est pourquoi j'aspirais à l'immense soulagement que sans aucun doute m'apporterait la mort si seulement, comme un lutteur, je pouvais arracher de mes épaules le lourds poids de la vie. J'acceptais avec volupté la conception de la mort en honneur pendant la guerre."
On l'aura compris, la vie de Mishima n'avait aucune chance de se terminer en conte de fées... Jusqu'au bout il aura tenu à donner à sa vie (et donc à sa mort) un côté théatral.
Quand j'ai appris que Mishima écrivit ce récit à ving-quatre ans à peine, je fus sidéré par sa maturité à sonder son âme et à analyser avec une telle finesse ses sentiments équivoques.
En résumé, un livre qui n'est certes pas simple à aborder; mais qui mérite le détour pour qui veut en apprendre plus sur les démons et contradictions qui ont hanté la vie de ce grand écrivain qu'est Mishima.
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Citations et extraits (48) Voir plus Ajouter une citation
andmanandman   01 octobre 2013
J’avais décidé que je pouvais aimer une jeune fille sans éprouver le moindre désir. C’était là sans doute l’entreprise la plus téméraire qu’on eût vue depuis le début de l’histoire de l’humanité. Sans m’en rendre compte, je visais à devenir – pardonnez-moi je vous prie, mon penchant pour l’hyperbole – un Copernic de la théorie de l’amour.
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andmanandman   05 octobre 2013
Jamais la munificence inépuisable et l’extravagance inutile de la Nature n’avait déployé une beauté aussi fantastique. Je me demandais avec inquiétude si la Nature n’en était pas venue à reconquérir la terre à son bénéfice. Il y avait certainement quelque chose d’insolite dans l’éclat de ce printemps. Le jaune des fleurs de colza, le vert de l’herbe nouvelle, les troncs noirs et luisants de fraîcheur des cerisiers, le dais de lourdes fleurs qui courbait bas les branches, tout cela se reflétait dans mes yeux comme des couleurs vives teintées de malveillance. C’était une véritable conflagration de couleurs.
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andmanandman   30 septembre 2013
Quand la vague recula, ma dépravation avait été entraînée avec elle. En même temps que son reflux, en même temps que les innombrables organismes vivants qu’elle contenait – microbes, graines de plantes marines, œufs de poissons – mes myriades de spermatozoïdes avaient été engloutis dans la mer écumante et emportés.
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AelaAela   07 février 2011
L'averse et le soleil couchant éclaira la pièce. Les yeux et les lèvres de Sonoko luisaient. Sa beauté me décourageait, m'obligeant à me rappeler mon sentiment de faiblesse et d'impuissance. Cette pénible impression donnait à Sonoko un aspect encore plus éphémère à mes yeux.
"Quant à nous, dis-je brusquement, qui sait combien de temps nous vivrons? Supposez qu'il y ait un raid aérien en ce moment même. Sans doute une des bombres tomberait-elle en plein sur nous.
- Ne serait-ce pas merveilleux?"
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nebalfrnebalfr   19 novembre 2018
Je commençai par tourner une page vers la fin du volume. Soudain apparut, à l’angle de la page suivante, une image dont je ne pus m’empêcher de croire qu’elle était là pour moi, à m’attendre.

C’était une reproduction du Saint Sébastien de Guido Reni, qui fait partie des collections du Palazzo Rosso, à Gênes.

Le tronc noir et légèrement oblique de l’arbre servant de poteau d’exécution se détachait sur un fond de forêt sombre et de ciel crépusculaire, ténébreux et lointain, dans le style de Titien. Un jeune homme d’une beauté remarquable était attaché nu au tronc d’arbre. Ses mains croisées étaient levées très haut et les courroies qui lui liaient les poignets étaient fixées à l’arbre. Aucun autre lien n’était visible et le seul vêtement qui couvrît la nudité du jeune homme était une grossière étoffe blanche nouée lâchement autour des reins.

Je crus deviner que le tableau représentait le martyre d’un chrétien. Mais comme il était l’œuvre d’un peintre épris de beauté, appartenant à l’école éclectique issue de la Renaissance, même cette image de la mort d’un saint chrétien dégageait une forte odeur de paganisme. Le corps du jeune homme – on aurait pu le comparer à celui d’Antinoüs, le bien-aimé d’Hadrien, dont la beauté a été si souvent immortalisée par la sculpture – ne montre aucune trace des épreuves du missionnaire ou de la décrépitude qu’on trouve dans les représentations d’autres saints ; au contraire, il n’y a là rien d’autre que le printemps de la jeunesse, rien que lumière, beauté et plaisir.

Son incomparable nudité blanche rayonne sur un fond de crépuscule. Ses bras musclés, les bras d’un garde prétorien accoutumé à bander l’arc et à manier l’épée, sont levés selon un angle gracieux et ses poignets liés sont croisés juste au-dessus de sa tête. Son visage est légèrement tourné vers le ciel et ses yeux grands ouverts contemplent avec une profonde sérénité la gloire céleste. Ce n’est pas la souffrance qui erre sur sa poitrine tendue, son ventre rigide, ses hanches légèrement torses, mais une lueur d’un mélancolique plaisir, pareil à la musique. N’étaient les flèches aux traits profondément enfoncés dans son aisselle gauche et son côté droit, il ressemblerait plutôt à un athlète romain se reposant, appuyé contre un arbre sombre, dans un jardin.

Les flèches ont mordu dans la jeune chair ferme et parfumée et vont consumer son corps au plus profond, par les flammes de la souffrance et de l’extase suprêmes. Mais il n’y a ni sang répandu, ni même cette multitude de flèches qu’on voit sur d’autres représentations du martyre de saint Sébastien. Deux flèches seulement projettent leur ombre tranquille et gracieuse sur la douceur de sa peau, comme l’ombre d’un arbuste tombant sur un escalier de marbre.

Mais c’est plus tard que toutes ces interprétations et ces observations me vinrent à l’esprit.

Ce jour-là, à l’instant même où je jetai les yeux sur cette image, tout mon être se mit à trembler d’une joie païenne. Mon sang bouillonnait, mes reins se gonflaient comme sous l’effet de la colère. La partie monstrueuse de ma personne qui était prête à éclater attendait que j’en fisse usage, avec une ardeur jusqu’alors inconnue, me reprochant mon ignorance, haletante d’indignation. Mes mains, tout à fait inconsciemment, commencèrent un geste qu’on ne leur avait jamais enseigné. Je sentis un je ne sais quoi secret et radieux bondir rapidement à l’attaque, venu d’au-dedans de moi. Soudain la chose jaillit, apportant un enivrement aveuglant.

Un moment s’écoula, puis, en proie à des sentiments de profonde tristesse, je portai mes regards autour du pupitre devant lequel j’étais assis. Un érable, en face de la fenêtre, jetait alentour un reflet brillant – sur la bouteille d’encre, sur mes livres de classe et mes cahiers, sur le dictionnaire et sur l’image de saint Sébastien. Il y avait un peu partout des taches d’un blanc de nuage – sur le titre imprimé en lettres d’or d’un manuel, sur le flanc de la bouteille d’encre, sur un angle du dictionnaire. Certains objets laissaient échapper des gouttes molles, comme du plomb, d’autres luisaient d’un reflet terne, comme les yeux d’un poisson mort. Par bonheur, un mouvement réflexe de ma main pour protéger l’image avait empêché que le livre ne fût souillé.

Ce fut ma première éjaculation. Ce fut aussi le début, maladroit et nullement prémédité, de mes « mauvaises habitudes ».
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Videos de Yukio Mishima (13) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Yukio Mishima
Yukio Mishima 4/4 : Pour en finir avec le japonisme (France Culture / La compagnie des auteurs). Par Matthieu Garrigou-Lagrange. Avec la collaboration de Corinne Amar, Didier Pinaud, Anne-Vanessa Prévost. Réalisation : Laurence Millet. Diffusion sur France Culture le 20 avril 2017. Photographie : Yukio Mishima en novembre 1968 lors d'un discours à Tokyo • Crédits : CRÉDITKEN INAMURA / YOMIURI / THE YOMIURI SHIMBUN -AFP. Le Japon ne peut penser à Mishima sans une forme de gêne. Auteur d’un des premiers romans gay de la littérature, il prédit son suicide dans une de ses nouvelles, geste « pur » du seppuku qu’il réalisera par la suite. René de Ceccatty évoque la place de cet écrivain dans la littérature de son pays.
Invité :
René de Ceccatty, écrivain, traducteur et éditeur, auteur d'un article “Pour en finir avec le japonisme” évoque avec nous l’œuvre de Yukio Mishima et sa place dans la littérature japonaise et mondiale.
Musique générique :
Ouverture : “Panama”, de The Avener(Capitol)
Fin : “Dwaal” de Holy Stays (Something in Construction).
Musique chronique : “Self portrait” de Chilly Gonzales (Gentle threat).
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