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Alexandre Micha (Préfacier, etc.)
ISBN : 2080702106
Éditeur : Flammarion (23/07/1993)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.96/5 (sur 146 notes)
Résumé :
« Ce ne sont mes gestes que j'escris ; c'est moy, c'est mon essence. Je tien qu'il faut estre prudent à estimer de soy, et pareillement conscientieux à en tesmoigner : soit bas, soit haut, indifferemment. Si je me sembloy bon et sage tout à fait, je l'entonneroy à pleine teste. De dire moins de soy, qu'il n'y en a, c'est sottise, non modestie : se payer de moins, qu'on ne vaut, c'est lascheté et pusillanimité selon Aristote. Nulle vertu ne s'ayde de la fausseté : et... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Walktapus
  04 avril 2014
Montaigne, célèbre blogueur du 16ème siècle. La comparaison est d'Adrienne et je pense qu'elle résume tout.
C'est plus élaboré qu'un skyblog, c'est sûr. Il est assez avare côté multimédia, mais se rattrape en faisant péter du latin partout, et ses billets sont souvent longs. Pas de langage SMS, non plus, mais une syntaxe dont la tortuosité ne doit pas tout à l'ancien français, je pense.
Toutes sortes de sujets généraux y passent, explorés souvent finement, Il ne tombe pas das le piège du commentaire ou de la réaction d'actualité, vite démodés. Ses sources d'inspiration sont l'antiquité, ou bien les événements du siècle écoulé, ou alors sa société, son entourage, et bien évidemment lui-même : après tout c'est un blogueur.
Il aime bien être non conformiste, adore parler de lui-même, et ne tombe jamais dans le piège du Grand Système Sensé Expliquer Tout, ce qui le rend bien plus sympathique que le Grand Philosophe moyen.
Dommage tout de même qu'il n'ait pas activé les commentaires : j'aurais aimé lui répondre, souvent.
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Henri-l-oiseleur
  29 novembre 2015
Je prendrai mon culot à deux mains pour critiquer ... Montaigne. Il n'écrivait pas pour la postérité, mais pour "ses parents et amis", le cercle étroit de ses contemporains et de sa classe sociale. Il ne croyait pas que son livre lui survivrait longtemps, car il voyait bien autour de lui les rapides transformations de la langue, lui qui baignait dans un univers linguistique mouvant et varié (gascon, latin, français). le temps, pensait-il, rendrait vite sa prose incompréhensible, car elle n'avait pas la stabilité lapidaire du latin. Contre toute attente, c'est le latin qui s'est retiré de la scène, et le français qui a gagné sur lui, et sur le gascon : aussi lisons-nous Montaigne, avec d'énormes difficultés, exagérées au-delà du raisonnable par des éditions qui reproduisent l'orthographe et la ponctuation du temps (ou plutôt, les caprices graphiques du temps). La difficulté s'accroît de ce qu'il écrit à partir de deux sources : la littérature antique, surtout latine, et l'observation de moeurs et de temps révolus, les siens. Pourtant, dans sa fonction de passeur, Montaigne est unique : il rend actuels et parlants pour tous les temps les auteurs de la Grèce et de Rome, en leur prêtant sa voix et en entremêlant entre leurs citations la voix de sa méditation. Aussi le lecteur aura-t-il tout intérêt à se laisser naturaliser, au prix d'un effort, à l'univers de Montaigne, pour trouver le plaisir lucide d'y évoluer à sa guise. Ce plaisir, ou cette lucidité, seront décuplés si ce lecteur vit en des temps de division et de conflits civils et religieux, comme il semble que ce soit bientôt notre cas.
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keisha
  31 janvier 2018
Inutile de tourner autour du pot, je ne vais pas me compliquer la vie à pondre un billet structuré, où je dissèque le fin du fin de l'oeuvre. Il en est dont c'est le métier. de plus j'ai comme l'impression que le sieur Montaigne a usé de cette méthode, navigant comme il lui a plu dans ses idées, rabotant et ajoutant, laissant filer ses opinions et ses souvenirs.
En 2003 j'ai dû crier famine chez ma voisine, n'ayant plus de livres à me mettre sous la dent. Celle-ci avait du lourd chez elle, un Victor Hugo, un Tolstoï, un Proust, et le livre III des essais. Oui, cela fait un poil 'je pars sur une île déserte' mais justement elle avait bien prévu le coup. J'ai tout lu.
Puis quand même il fallait bien que je lise sérieusement ces Essais in extenso; j'ai acheté à vil prix 'chez l'abbé' un exemplaire des éditions rencontre Lausanne, et comme depuis un bon mois, le soir chez moi c'est 'classique', je suis tombée dans la marmite. Huit jours plus tard, terminé ! (restent les livres II et III, on verra).
L'avantage de posséder un exemplaire est de ne pas avoir de date de retour à la bibli et donc de lire sans pression les environ 1200 pages des Essais, voire de décider des coupures et pauses. le désavantage est d'avoir une version brut de pomme, où les moult citations latines et grecques du sieur Montaigne ne sont pas traduites, et pas de notes en bas de pages. Les caractères typographiques sont ceux usités de nos jours, heureusement, mais pour ce que j'en sais l'orthographe et la grammaire sont celles de Montaigne, sauf que plus de f comme s, plus de &, mais ça reste quand même parfois un peu embrouillant et j'avoue ne pas avoir tout compris à 100% Mais baste, c'est tellement plaisant et savoureux que je ne désirais pas un français trop actuel. Les citations plus loin montreront à quoi je me suis colletée.
Mon correcteur orthographique devient fou, d'ailleurs.

"Au lecteur
C'est icy un livre de bonne foy, lecteur. Il t'avertit dés l'entrée, que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privée. Je n'y ai eu nulle considération de ton service, ny de ma gloire. Mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein. (...) Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contantion et artifice: car c'est moi que je peins.(...) Ainsi, lecteur, je suis moy-mesmes la matière de mon livre: ce n'est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain."
Le ton est donné, c'est à prendre ou à laisser. Les chapitres vont se succéder, sur des sujets divers, Montaigne parle de lui, de ses amis, il évoque des personnages célèbres, de son temps ou de l'antiquité. Les exemples cités sont-ils tous véridiques? Je ne sais.
"Aussi en l'estude que je traitte de noz moeurs et mouvemens, les tesmoignages fabuleux, pourveu qu'ils soient possibles, y servent comme les vrais. Advenu ou non advenu, à Paris ou à Rome, à Jean ou à Pierre, c'est toujours un tour de l'humaine capacité, duquel je suis utilement advisé par ce récit."(p 124 ch21)
Franchement il a réponse à tout!
Au hasard, ch 25 p 155
"Nous ne travaillons qu'à remplir la mémoire, et laissons l'entendement et la conscience vuide. Tout ainsi que les oyseaux vont quelquefois à la queste du grein et le portent au bec sans le taster, pour en faire bechée à leurs petits, ainsi nos pedantes vont pillotant la science dans les livres, et ne la logent qu'au bout de leurs lévres, pour la dégorger seulement et mettre au vent.
C'est merveille combien proprement la sottise se loge sur mon exemple. Est-ce pas faire de mesme, ce que je fay en la plupart de cette composition? Je m'en vay escorniflant par cy par là des livres les sentences qui me plaisent, non pour les garder, car je n'ay point de gardoires, mais pour les transporter en cettuy-cy, où, à vray dire, elles ne sont plus miennes qu'en leur première place."
J'adore ces images, et cette façon de ne pas se rater lui-même!
J'ai lu avec intérêt le ch 26, de l'institution des enfans
"Qu'il ne luy demande pas seulement compte des mots de sa leçon, mais du sens et de la substance, et qu'il juge du profit qu'il aura fait, non par le tesmoignage de sa mémoire, mais de sa vie. (...) C'est tesmoignage de crudité et indigestion que de regorger la viande comme on l'a avallée. L'estomac n'a pas faict son operation, s'il n'a faict changer la façon et la forme à ce qu'on luy avoit donné à cuire."(p 170)
"Pour revenir à mon propos, il n'y a tel que d'allécher l'appétit et l'affection, autrement on ne faict que des asnes chargez de livres. On leur donne à coups de foüet en garde leur pochette pleine de science, laquelle, pour bien faire, il ne faut pas seulement loger chez soy, il la faut espouser."(p 198)
Beaucoup d'élan et de vivacité dans cette prose, des images plaisantes et bien trouvées, et des expressions qu'on n'attendrait pas là.
"Il en a sa brassée toute comble, il n'en peut saisir davantage.'
"Une voix pour tous potages"
"Il n'y a si fin d'entre nous qui ne se laisse embabouiner de cette contradiction"
"Le cul entre deux selles"
C'était fatal, j'ai enchaîné avec le livre second. A suivre.
Lien : http://enlisantenvoyageant.b..
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neptune
  18 novembre 2008
Ne serait-ce que pour constater à quel point les angoisses d'un homme du 16e siècle sont semblables aux nôtres, ce livre vaut la peine d'être lu. Avec un regard curieux et inquisiteur, Montaigne analyse la société qui l'entoure et jette sur celle-ci la lumière compréhensive d'un homme intelligent.
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Cielvariable
  10 novembre 2016
Bien sûr, c'est bien écrit, mais je comprends difficilement pourquoi, à part si cela fait partie d'une liste de lecture obligatoire, on voudrait s'infliger un tel supplice. Je ne trouve pas que ce livre traverse bien le temps et son intérêt est, selon moi, purement historique (dans l'histoire de la littérature).
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Citations et extraits (199) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   18 janvier 2015
Ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu'accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s'entretiennent. En l'amitié de quoi je parle elles se mêlent et confondent l'une à l'autre, d'un mélange si universel, qu'elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais [N. B. : Étienne de La Boétie], je sens que cela ne se peut exprimer, qu'en répondant : " Parce que c'était lui ; parce que c'était moi. "

(Ce que nous appellons ordinairement amis et amitiez, ce ne sont qu’accoinctances et familiaritez nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos ames s’entretiennent. En l’amitié dequoy je parle, elles se meslent et confondent l’une en l’autre, d’un melange si universel, qu’elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoy je l’aymois, je sens que cela ne se peut exprimer, qu’en respondant : Par ce que c’estoit luy ; par ce que c’estoit moy.)

Chapitre XXVIII : De l'Amitié.
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Lorraine47Lorraine47   27 mars 2013
En l'amitié de quoi je parle, elles se mêlent et confondent l'une en l'autre, d'un mélange si universel, qu'elles effacent, et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne peut s'exprimer, qu'en répondant:
Parce que c'était lui, parce que c'était moi.
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Nastasia-BNastasia-B   30 juin 2014
Comme nous voyons des terres oisives, si elles sont grasses et fertiles, foisonner en cent mille sortes d'herbes sauvages et inutiles, et que, pour les tenir en office, il les faut assujettir et employer certaines semences, pour notre service ; et comme nous voyons que les femmes produisent bien toutes seules des amas et pièces de chair informes, mais que pour faire une génération bonne et naturelle, il les faut embesogner d'une autre semence : ainsi est-il des esprits. Si on ne les occupe à certain sujet qui les bride et contraigne, ils se jettent déréglés, par-ci par-là, dans le vague champ des imaginations. [...]
L'âme qui n'a point de but établi, elle se perd : car, comme on dit, c'est n'être en aucun lieu, que d'être partout.

Chapitre VIII : De l'oisiveté.
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Nastasia-BNastasia-B   01 juin 2014
Nous ne sommes jamais chez nous, nous sommes toujours au-delà. La crainte, le désir, l'espérance nous élancent vers l'avenir, et nous dérobent le sentiment et la considération de ce qui est, pour nous amuser à ce qui sera, voire quand nous ne serons plus.

(En V. O. : Nous ne sommes jamais chez nous, nous sommes toujours au delà. La crainte, le desir, l'esperance nous eslancent vers l'advenir, et nous desrobent le sentiment et la consideration de ce qui est, pour nous amuser à ce qui sera, voire quand nous ne serons plus.)

Chapitre III : Nos affections s'emportent au-delà de nous.
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JcequejelisJcequejelis   06 octobre 2011
« Au lecteur

C'est ici un livre de bonne foi, lecteur. Il t'avertit dès l'entrée que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privée. Je n'y ai eu nulle considération de ton service, ni de ma gloire. Mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein. Je l'ai voué à la commodité particulière de mes parents et amis : à ce que m'ayant perdu (ce qu'ils ont à faire bientôt) ils y puissent retrouver aucuns traits de mes conditions et humeurs, ce que par ce moyen ils nourrissent plus entière et plus vive la connaissance qu'ils ont eu de moi. Si c'eût été pour rechercher la faveur du monde, je me fusse mieux paré et me présenterais en une marche étudiée. Je veut qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice : car c'est moi que je peins. Mes défauts s'y liront au vif, et ma forme naïve, autant que la révérence publique me l'a permis. Que si j'eusse été entre ces nations qu'on dit vivre encore sous la douce liberté des premières lois de nature, je t'assure que je m'y fusse très volontiers peint tout entier, et tout nu. Ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre : ce n'est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain : adieu donc.

De Montaigne, ce premier de mars mille cinq cent quatre-vingt. »

66 – [Le Livre de poche n° 1393, p. I]
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