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ISBN : 207076401X
Éditeur : Gallimard (31/12/2001)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 6 notes)
Résumé :

Au lieu-dit Soupir, dans Rodrigues, dernière île habitée à l'est de l'Afrique, les quatre points cardinaux sont soleil, sécheresse, mer et cyclone. Une poignée de gens, piégés entre un passé renié et un avenir compromis, poussés par leurs rêves fous, décident de s'exiler à Soupir, au flanc d'une colline, pour y cultiver la ganja.

Livrés à eux-mêmes, hantés par les âmes mortes de Soupir, pris dans leur chair tourmentée, Patrice l'Éclairé, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
de
  14 octobre 2011
« L'Afrique – qui fit – refit- et qui fera. » Michel LEIRIS
Les premiers livres publiés dans cette collection bénéficiaient d'une présentation de Jean Noël Schifano directeur de la collection. J'en extrait deux phrases emblématiques « Nous parions, ici, sur les Africains d'Afrique et d'ailleurs, de langue française et de toute langue écrite, parlée et sans doute pas écrite encore, nous parions sur l'écriture des continents noirs pour dégeler l'esprit romanesque et la langue française du nouveau siècle. Nous parions sur les fétiches en papier qui prennent le relais de fétiches en bois. ». le frontispice des premières parutions a disparu mais l'orientation éditoriale demeure.
C'est après avoir lu de nombreux auteurs, africains, antillais, publiés dans cette collection (et chez d'autres éditeurs), que j'ai souhaité, dans une note aux dimensions modestes, faire partager des plaisirs de lecture et peut-être vous entraîner dans ces espaces si proches et si peu connus. En ces temps d'éphémères, je choisis de puiser dans les premiers ouvrages publiés.
Laissez vous guider par les titres et leurs résonances, passez la porte des jaquettes tachées et entrez dans ces continents, vous y trouverez des écrivain-e-s passionné-e-s et passionnants.
Vous avez peur de l'inconnu, vous chercher des repères, pourquoi ne pas commencer par les deux livres de Boniface MONGO MBOUSSA « Désirs d'Afrique » et « L'indocilité » qui présentent un large panorama d'auteurs, odeurs classiques, fragrances modernes, ténèbres rwandaises, flamboyances congolaises, diaspora et casques coloniaux.
L'écriture des un-e-s vous enchantera, celle d'autres vous fera rire, leurs rêves vous sembleront proches et d'autres si lointain. Contes, récits épiques, aventures, livres accrochés à la vie.
Quelques idées, pour vous mettre l'eau à la bouche, espérances de lectures à venir.
Plongez vous dans la langue savoureuse de Abdourahman WABERI « Transit » qui de Roissy à Djibouti évoque la guerre et l'exil ou « Rift, routes, rails » variations au passé et au présent sur les déserts, les océans et les mythes. Choisissez la langue brutale de la martiniquaise Fabienne KANOR qui dans « D'eaux douces » raconte l'aliénation d'une femme au prise avec les questions identitaires.
Peut-être serez vous attiré par le titre « Ma grand-mère bantoue et mes ancêtres les Gaulois » de Henri LOPES qui revient sur le mouvement de la négritude et s'interroge sur la création, la francophonie, le métissage à l'heure de la globalisation .
Choisissez l'un des romans de Ananda DEVI, originaire de l'île Maurice, par exemple « Soupir » et son premier paragraphe « La terre est enflée comme une langue qui n'a pas bu depuis longtemps. le sable coule aux pores. Les horizons et les regards sont scellés. Au dessus de nous, le ciel semble ouvert. Mais il n'y a rien d'ouvert, ici. Nous sommes nés enfermés. »
Suivez la quête d'amour de Maya, héroïne de Nathacha APPANAH-MOURIQUAND.
Vous n'aimez pas le foot, que cela ne vous rebute pas d'entrer dans « La divine colère » du camerounais Eugène EBODE, pour y partager sa critique de la compétition et des passions « transformant les stades en crachoir et en cratère de tous les exutoires ».
Que dire de « L'ivrogne dans la brousse » du nigérian Amos TUTUOLA, qui fait figure d'ancêtre de ces littératures. La traduction de Raymond QUENEAU est un régal.
Allez à « Lisahohé » capitale imaginaire mais si réelle du togolais Théo ANANISSAH pour suivre et vous perdre dans une enquête où le narrateur même ne semble pas si innocent.
Rejoignez la tendresse de la gabonaise Justine MINTSA dans « L'histoire d'Awu » à moins que vous ne vouliez suivre le chemin du journaliste qui vous entraînera sur les traces de Lidia do Carmo Ferrerira poétesse dans « La saison des fous » de l'angolais José Eduardo AGUALUSA.
Mais peut-être serez vous plus sensible à la confrontation entre modernité et privilèges ancestraux dans « La révolte du Komo » du malien Aly DIALLO, au récit du congolais Mambou Aimée GNALI et son « Beto na beto, le poids de la tribu » ou au destin de l'aveugle Doumé dans le roman « le cri que tu pousses ne réveillera personne » du camerounais Gaston-Paul EFFA .
Admirez le portrait dressé de l'île Maurice par Amal SEWTOHUL dans « Histoire d'Ashok et d'autres personnages de moindre importance », ou parcourez l'effacement de la société traditionnelle dans le système colonial de Donato NDONGO dans « Les ténèbres de ta mémoire ».
Je ne veux ni vous lasser si substituer mes propres découvertes à vos possibles lectures.
J'ai gardé pour la fin la mosaïque de Sylvie KANDE « Lagon, Lagunes » et la petite postface si belle de Edouard GLISSANT qui se termine par cette invitation « Je voulais seulement, à cette place, partager avec vous l'insondable et l'imprévisible. Écrire est une divination. Lire ce qui fut écrit, c'est déchiffrer l'énigme. »
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absolu
  01 août 2012
"Soupir, lieu de ronces, cailloux, roche basalte, en déséquilibre sous le ciel bleu, écrasé par la bouche des collines. Il ne pouvait s'appeler autrement.
C'est là qu'on naît, c'est là qu'on vit et c'est là qu'on crève, un lepasan entre deux ombres. On avale une poussière qui porte en elle l'espace et les gens, l'exigence des pierres et le souffle amorti de la mer.
Il n'y a pas de fuite possible."
Soupir, dernier espoir, dernier refuge terrestre pour une bande d'hommes et de femmes au bout du rouleau, au bout d'eux-mêmes, au bout de tout. C'est la terre qui exhale son dernier souffle, c'est le soleil qui assèche cette terre aride autant qu'elle assèche le coeur de Patrice l'Eclairé, le narrateur, Fer-Blanc, qui a perdu sa couleur, Noëlla, privée de jambes, Maryvonne, la mère de Noëlla, Royal, Palm qui n'a pour mère que cette terre qu'il connaît, qui le connaît, mieux que personne, Pitié, battue par amour, par impuissance, et quelques autres.
Un aller simple, vers une terre stérile, aride, aussi aride que les âmes venues s'y installer, venues y agoniser. Un dernier rêve, fou, il n'y a plus de raison, de demi-mesure possible. Ce sera rien. Ou pire. Mais pire que quoi ?
Un reste de rêve, porté par le vent, "Ce vent, à Soupir, le jour de notre arrivée. Cela sifflait, grondait, grinçait. Oh, ce vent, ce vent à Soupir. Il nous a saisis." porté et anéanti, un rêve sans sommeil, les yeux à peine ouverts qu'il a déjà disparu. le soleil l'a brûlé. "Le soleil et le vent à Soupir n'étaient pas comme ailleurs. Et la terre non plus. Sablonneuse, grumeleuse, cendreuse, elle ne contenait presque aucune humidité." Et pourtant Fer-Blanc y croit dur comme fer. Dur comme cette terre jamais fécondée, qui prend tout, sans jamais rien rendre. Qui se nourrira de la substance même des plants de ganja, de leur débris d'espoir, celui de Fer-Blanc, le nôtre.
Comme s'il pouvait en être autrement.
"Ile irréelle, rêvée, nous ne finirions jamais de la découvrir et de la haïr."
C'est Nöella qui a raison. Raison de n'avoir pas de jambes, aucune autre racine que sa mère qui la porte à bout de bras, à bout de souffle. Dans sa brouette qui grince, qui crie à cette terre, à ceux qui croient encore un peu en elle, qui croient encore un peu. Elle sait, elle, que c'est perdu d'avance. Elle sait tout. "Le premier regard qu'elle a porté sur le monde était déjà une mise en demeure. contre tout ce ui dans cette île, dansait, ondulait, déambulait. Contre la légèreté des feuilles et du vent, et la fuite souple de l'eau et des voiles. contre l'éternelle dérobade des regards."
Royal Palm aussi, sait. Il sait, que cette terre n'a rien à donner. Rien à donner à ceux qui en attendent quelque chose, comme un droit inaliénable, comme un dû. Mais ce sont les hommes qui ont une dette, celle d'être nés icI. Soupir n'a rien demandé. A personne. "Royal Palm était de ces êtres qui ne cessent jamais d'errer en dehors d'eux-mêmes. Il se coulait dans le paysage, s'y fondait comme un caméléon entre deux aeaux glauques, puis réapparaissait dans les lieux les plus inattendus. Il changeait de couleur et de forme. Il pouvait être arbre ou feuille, cave ou rocher. Mince, agile, frondeur et secret, personne ne connaissait Royal Palm. Il était sans chair et sans substance, et parfois même sans regard."
Dernier soupir, dernière marche vers nulle part, l'île est un "lieu-non-dit", un "non-lieu". Tout s'annule ici, tout se désagrège, tout disparaît. Sauf les hommes.
"Ils sortaient des abris de fortune le corps dilapidé. Ils contemplaient le jour, incurieux, sachant qu'ils n'en réchapperaient pas."
Lien : http://www.listesratures.fr/..
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petitnain
  24 juillet 2018
une très belle écriture, poétique et envoutante, au service d'un récit qui tient plus d'un opéra dramatique avec choeurs antiques que d'une construction traditionnelle de roman.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
santaappoloniasantaappolonia   29 avril 2012
Noëlla, elle, était condamnée à l'immobilité. Elle était née sans jambes.
Le premier regard qu'elle a porté sur le monde était déjà une mise en demeure. Contre tout ce qui, dans cette île, dansait, ondulait, déambulait. Contre la légereté des feuilles et du vent, et la fuite souple de l'eau et des voiles. Contre l'éternelle dérobade des regards. La fureur de Noëlla était sans limites. Je passais mon temps à fuir ce petit bloc de haine.
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Videos de Ananda Devi Nirsimloo (18) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Ananda Devi Nirsimloo
Ananda Devi, romancière et poétesse publie "Danser sur tes braises", un texte sur la séparation entre mère et fille. Cela commence par la naissance, puis se poursuit avec le jour où la fille s'éloigne de sa mère pour trouver sa liberté, avant de se conclure par la mort. Pour Ananda Devi, cet acte d'écriture est un moyen de rendre à sa mère ce qu'elle a pu lui donner et retrouver ces moments fugaces d'amour profond. Elle s'exprime sur l'importance de l'écriture dans son parcours de deuil.
Retrouvez l'intégralité de l'interview ci-dessous : https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/
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