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Béatrice Vierne (Traducteur)
EAN : 9782702434024
380 pages
Le Masque (05/01/2011)
3.92/5   319 notes
Résumé :
Situé dans les Smoky Mountains de Caroline du Nord, Serena allie, selon l’auteur, "drame élisabéthain, problèmes environnementaux et richesse de la langue".
L’héroïne, sorte de Lady Macbeth des années 1930, est l’épouse de George Pemberton, riche et puissant exploitant forestier. Ces deux-là sont des prédateurs, prêts à tout pour faire fructifier leur entreprise dont l’objectif est de couper tous les arbres à portée de leur main.
Une ambition que vien... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (70) Voir plus Ajouter une critique
3,92

sur 319 notes
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andman
  30 août 2014
“Ce que femme veut, Dieu le veut”.
Il n'est pas rare de rencontrer des personnages romanesques à l'opiniâtreté proverbiale ; peu d'entre-eux réussissent toutefois à rivaliser dans ce registre avec Serena, l'héroïne éponyme du roman de Ron Rash publié en 2008.

Cette jeune et belle femme, au passé un peu flou, séduit un soir un colosse trentenaire de passage à Boston qui lui passe la bague au doigt quelques jours plus tard.
Serena est issue d'une famille d'exploitants de bois et de scieries du Colorado et ses connaissances dans le domaine forestier sont peu ou prou équivalentes à celles de son époux George Pemberton.
La société que dirige ce dernier avec deux associés, participe à la déforestation à grande échelle des Monts Great Smoky situés dans la partie méridionale des Appalaches.

Nous voici donc au coeur de l'Etat de la Caroline du Nord, parmi les centaines de bûcherons qui abattent des pans entiers de forêts et construisent dans la vallée une voie de chemin de fer par laquelle partiront de la scierie les planches débitées.
Les conditions de sécurité sommaires et les crotales qui infestent ces étendues montagneuses, entraînent une forte mortalité ouvrière mais en ce début des années trente, où sévit la Grande Dépression, la main-d'oeuvre afflue de toutes parts.
Associés, contremaîtres et ouvriers apprennent rapidement à leurs dépens ce qu'il en coûte de contrarier Serena qui dirige d'une poigne de fer ces hommes habitués à vivre à la dure. Chevauchant un magnifique hongre arabe de couleur blanche, un aigle royal perché sur un bras, elle supervise à longueur de journée l'avancement des travaux et malheur à ceux qui ne filent pas droit...

Serena est obsédée par l'idée d'amasser suffisamment de fonds pour s'installer et acquérir au Brésil d'immenses étendues de forêts, un pays où paraît-il la fortune sourit aux audacieux.
Mais le chemin qui conduit à cet Eldorado est semé d'embûches à commencer par cette décision prise en haut lieu de construire un parc national à proximité des terres des Pemberton, avec les expropriations que cela sous-tend.
Qu'importe l'adversité, le destin de Serena est tracé d'avance et les personnes gênantes sont systématiquement envoyées ad patres par son homme de main.
Le mari de Serena, quelque peu porté sur la bouteille, ferme les yeux sur ces crimes à répétition. Il devrait pourtant lui aussi se méfier : Serena ne supporte pas la contrariété, d'où qu'elle vienne !

Ce roman au rythme époustouflant, avec des personnages à foison, devrait enthousiasmer les lecteurs en recherche de dépaysement.
Les bêtes sauvages (serpents, ours, aigle, puma...) tiennent une place de choix dans ce récit où la cruauté est omniprésente, où l'homme n'a pas toujours le dessus sur l'animal.
Les nombreux dialogues entre bûcherons sont souvent drôles et truffés d'erreurs de syntaxe. Coup de chapeau à la traductrice, Béatrice Vierne, qui a parfaitement restitué les subtilités linguistiques de l'écrivain !

Serena”, par son ambiance western, disposait de tous les ingrédients pour une adaptation cinématographique. La réalisatrice danoise Susanne Bier s'y est récemment attelée et la sortie du film en novembre prochain, avec Jennifer Lawrence dans le rôle principal, devrait bientôt faire parler d'elle.
N'hésitez pas cependant à devancer dès à présent ce futur plaisir automnal, la prose de Ron Rash est un vrai régal !
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Crossroads
  29 décembre 2014
Huuuuuumpf, pfiouuuuuu, respirez,vous êtes au coeur des Smoky Mountains, millésime 1930.
Vous allez en prendre plein les yeux tant cette magnificence naturelle en impose.
Mais attention, on touche avec les yeux, pas avec le portefeuille spéculatif car les Pemberton pourraient bien vous faire passer le goût de la balade.
George et Serena, heureux propriétaires de ce petit paradis semblant échapper à la Grande Dépression qui sévit, n'ont qu'une seule ligne de conduite, protéger leurs biens puis, si possible et quels que soient les moyens usités, étoffer leur capital déjà conséquent. Aussi, lorsque l'Etat en vient à convoiter leurs terres dans le but d'aménager un parc national, n'imaginez pas une seule seconde ce couple fusionnel courber l'échine et rendre les armes sans avoir livrer bataille...
Celle de la Terre du Milieu est encore dans toutes les mémoires. le combat des Pemberton pourrait bien marquer les corps et les esprits !
Grandiose et flamboyant.
Un décor fantastique propice à moult scènes d'anthologie.
Une trame larvée permettant à deux prédateurs terriens de donner libre cours à leurs penchants les plus sombres.
Le tout magistralement narré par un Rash que je découvre et m'empresserai de retrouver.
Serena est de la trempe de ces héroïnes que l'on admire autant que l'on exècre.
Charismatique et manipulatrice en diable, à l'instar du cobra, elle hypnotise ses proies puis les exécute froidement, son appétit étant à l'image de sa soif de pouvoir, sans limites.
Serena, tout sauf la balade des gens heureux...
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cascasimir
  16 mai 2019
Dans une interview, Ron Rash déclarait vouloir que la Nature soit un personnage, à part entière, dans son roman...

Smoky mountains, Caroline du Nord, 1930.
Serena, madame Georges Pemberton, est grande et belle! Elle n'a pas de fard, comme les femmes de la ville et ne porte pas de robe. Mais, sous sa veste, ce sont des jodhpurs, ainsi que des bottes noires.
Serena a un visage d'ange...

Mais quel ange ?
Lady Macbeth poussait son époux à la trahison et au meurtre. Serena, à peine descendu du train, pousse son mari à tuer le père de Rachel. Georges a engrossé Rachel, avant d'épouser Serena...

Le shérif McDowell est là, mais ne peut rien faire. C'est le premier mort d'une longue série !

Serena a un passé compliqué, elle fait encore, encore des cauchemars terribles. Mais, refuse toujours de parler de ce qui était arrivé à sa famille dans le Colorado. Rien d'autre ne comptait que l'instant présent!

L'abattage des arbres est dangereux: à cause des guêpes et des frelons, des lames de hache, aux dents de scie, des branches cassées et pointues qui tombaient vers le sol, comme des javelots.
Et, à cause des crotales!

Un serpent à sonnette peut être dangereux, mais il vous prévient... Serena est belle, venimeuse, et impitoyable...

Cinq hommes périssent, à cause des crotales. Serena va apprivoiser un aigle royal pour chasser les serpents, comme elle dompté son cheval blanc " gigantesque et plein de fougue ".
Comme elle dompte les bêtes, elle dompte les ouvriers qui en ont peur. Peur depuis que Serena a abattu un ours énorme, qui menaçait son mari.
Peur depuis qu'elle a sauvé la vie de Galloway...

La hache d'un débutant sectionne la main de Galloway... Sans crainte, Serena fait un garrot autour de l'avant bras de l'homme, stoppant l'hémorragie. Puis, le ramène jusqu'à l'infirmerie!

Depuis, Galloway marche à la hauteur du cheval de Serena, l'escortant comme un chien soumis.
Elle a son âme damnée, et Galloway ne refusera rien à sa patronne...
Georges est fasciné par sa femme!

C'est ce qu'avait prédit la vieille mère de Galloway. Rachel a donné naissance à un fils, alors que Serena va perdre le sien...
La femme de Pemberton devient folle, car Georges a une photo de Jacob, son fils illégitime.

Les ouvriers meurent beaucoup sur les chantiers, certains disent que c'est une tragédie. Mais, malgré les risques, les bûcherons continuent à abattre les arbres. " Des acres de souches, qui, de loin, ressemblaient à des pierres tombales sur un champ de bataille". Un merveilleux paysage dévasté, des arbres millénaires détruits par cupidité.

C'est la crise, il y a du chômage...
Mais, les Pemberton n'ont aucune pitié, pour leurs travailleurs.

Si Lady Macbeth manifestait des remords, Serena n'en a aucun... Georges commence à avoir peur?
" Une main capable de saisir le monde, dans sa poigne." Christopher Marlowe.
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cardabelle
  29 décembre 2016

Suspense, western, polar, nature writing, poésie...
Un excellent Ron Rash, diabolique, envoûtant porté par le personnage de Serena, charismatique en diable.
Lu depuis quelques années, je garde en mémoire ce moment de lecture époustouflant , au milieu des sublimes Smoky Mountains , où s'affrontent jusqu'à l'extrême le pire et le meilleur , le fort contre le faible dans des combats tant physiques que psychologiques , des combats contre la nature aussi qui se défend comme elle peut...Sans oublier les rapports toujours passionnants, subtiles, de l'homme et de l'animal sauvage.
Ici, on se demande souvent lequel des deux est le plus sauvage !
Le livre met en valeur toute la sensibilité de son auteur ,délivrant comme à son habitude son message de révolte contre la maltraitance de la nature toujours au nom du profit .
Un crève- coeur quand il décrit l'aspect de la montagne à la fin de l'exploitation des coupes de bois , ..."une montagne chauve ....couverte de plaies..."
Et là, on est dans les années trente ...et depuis ......
J'ai eu envie de parler de ce livre car j'ai aussi vu l'adaptation cinématographique : un film loin de restituer l'âme du livre.
Des scènes essentielles supprimées ! Il n'a d'ailleurs pas bonne presse et c'est justifié ( certains critiques l'ont même qualifié de mélo ! ).
Dommage, vraiment .
Alors j'espère que malgré tout le livre tentera encore bien des lecteurs.
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Roggy
  29 septembre 2017
La littérature est une vraie machine à explorer le temps, et Ron Rash l'a bien compris lorsqu'il nous téléporte dans les années 30 au fin fond de l'Amérique.
Sa voix est posée et précise et souligne avec grâce la complexité
de la nature, ses dangers, mais surtout sa beauté.
Dans un phrasé qui fait penser à Jim Harrison, l'auteur excelle dans le wild writing avec des descriptions très belles et empreintes d'une grande connaissance de la vie animale et végétale. On ressent l'émerveillement face à la perfection de la nature, face à l'équilibre naturel des éléments, face à quelque chose de bien plus grand que nous.
J'apprécie les romans qui confrontent deux réalités et deux versants d'une même histoire, la juxtaposition de certains actes qui affectent différemment la vie des personnages.
Cette histoire est prenante, les personnages fascinants et le rythme engourdi est étrangement berçant.
Je me suis abandonnée à ce pur plaisir de lecture.
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critiques presse (1)
LePoint   14 juin 2011
Rash mêle un style riche et poétique avec la langue populaire des ouvriers forestiers des années trente et réussit une véritable oeuvre littéraire après le prometteur Un pied au paradis, son premier roman.
Lire la critique sur le site : LePoint
Citations et extraits (56) Voir plus Ajouter une citation
ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   29 novembre 2022
Des penstémons égayaient le bord de l’eau et Rachel huma l’odeur de leurs fleurs, qui rappelait celle des gaulthéries ; c’était une des plus agréables par une journée chaude, parce qu’on avait l’impression que ce parfum diffusait sa fraîcheur jusqu’au fond des poumons. Pendant quelques instants, elle s’attarda. Elle se pencha sur la mare où elle vit d’abord son propre reflet, puis au-dessous des têtards qui filaient à travers le fond sablonneux du petit cours d’eau comme des larmes noires.

(p. 281)
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ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   28 novembre 2022
Rachel jeta un coup d’œil à la pendule à côté de la porte et vit qu’il était temps de reprendre le travail. Elle entendait déjà le tintement de la vaisselle qu’on lavait et qu’on rinçait dans les grandes barriques de cinquante gallons, mais elle n’avait pas envie de se lever. Elle se rendit compte qu’on pouvait avoir aussi faim de mots que de nourriture, parce que leur absence creusait le même vide au-dedans de vous, un vide qu’il fallait combler pour pouvoir affronter une nouvelle journée.

(p. 194)
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ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   27 novembre 2022
Rachel était stupéfaite de voir tout ce qu’on pouvait oublier, et tout ce qu’on oubliait ainsi rendait la personne en question moins vivante au-dedans de vous, jusqu’au moment où on pouvait enfin supporter son absence. Quand on avait laissé passer davantage de temps, on pouvait prendre le risque de s’abandonner à ses souvenirs, on pouvait même chercher à les provoquer. Mais même alors, on pouvait voir revenir les sentiments éprouvés au cours des premiers jours et se rappeler que le chagrin était toujours là, comme un vieux fil de fer barbelé enfoui au cœur d’un arbre.

(p. 88)
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ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   26 novembre 2022
Ce jour-là, Rachel fut incapable de se rappeler de quel côté son père traçait sa raie quand il se peignait et elle constata une nouvelle fois la vérité de ce qu’elle avait appris à l’âge de cinq ans, quand sa mère était partie — ce qui permettait de supporter la perte de quelqu’un qu’on aimait, ce n’était pas ce qu’on se rappelait, mais ce qu’on oubliait.

(p. 88)
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CrossroadsCrossroads   29 décembre 2014
(...) ce qui permettait de supporter la perte de quelqu'un qu'on aimait, ce n'était pas ce qu'on se rappelait, mais ce qu'on oubliait. Au début, elle avait oublié les petits détails, l'odeur du savon qu'avait utilisé sa mère, la couleur de la robe qu'elle mettait pour aller à l'église, puis, au bout de quelques temps, elle avait oublié le son de sa voix, la couleur de ses cheveux. Rachel était stupéfaite de voir tout ce qu'on pouvait oublier, et tout ce qu'on oubliait ainsi rendait la personne en question moins vivante au-dedans de vous, jusqu'au moment où on pouvait enfin supporter son absence. Quand on avait laissé passer davantage de temps, on pouvait prendre le risque de s'abandonner à ses souvenirs, on pouvait même chercher à les provoquer. Mais même alors, on pouvait voir revenir les sentiments éprouvés au cours des premiers jours et se rappeler que le chagrin était toujours là, comme un vieux fil de fer barbelé enfoui au coeur d'un arbre.
+ Lire la suite
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