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ISBN : 2226259732
Éditeur : Albin Michel (20/08/2014)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 268 notes)
Résumé :
10 mai 1981, François Mitterrand est élu, la France bascule à gauche, saisie d’émoi. Pour Paul, Rodolphe, Benoît et Tanguy, dix-sept ans à peine, pas encore le bac en poche, tous les espoirs sont permis, même au fin fond de leur province bretonne. Vivre son homosexualité au grand jour et monter à Paris pour Paul ; embrasser une carrière politique pour Rodolphe ; devenir photographe pour Benoît... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (84) Voir plus Ajouter une critique
Sociolitte
  20 février 2019
De rêves adolescents en compromis adultes
Le Produit Intérieur Brut est un indice économique déterminant la richesse d'un pays. le bonheur national brut, une captivante fresque politique et sociale évaluant notre capacité à être heureux aujourd'hui.
Lorsqu'en ce 10 mai 1981 apparaît progressivement sur toutes les télés le visage du nouveau président français, c'est grâce à de subtiles innovations technologiques responsables de ce procédé. Après un quart de seconde d'hésitation devant le visage pixelisé, François Mitterrand vient de remporter l'élection.
Une joie intense va alors se libérer, déchaînant parfois des réactions proches de l'hystérie.
« On pouvait encore rêver ». le sentiment est donné que tout devient possible, pour toutes et ceux qui attendaient ce changement, mais aussi partagé par certains de ces opposants.
Rodolphe Lescuyer est euphorique. Il est militant des Jeunes Socialistes.
Tanguy Caron y voit une bonne d'occasion d'être ivre, pour se donner le courage de conquérir des coeurs et des corps qui paraissaient jusque-là encore inabordables.
Paul Savidan jouit, seul dans sa chambre. Il ne regardait pas le même écran, tout absorbé à apprivoiser et accepter sa sexualité cachée. Paul est homosexuel. Sa vie n'est pour lui que « mensonge et dissimulation ». Il préfère se considérer comme « hors champ des événements marquants du monde ». C'est un « maudit » comme dans la chanson de Véronique Sanson qu'il écoute sans cesse : « Tu es prisonnier de ton secret, Mais ta douleur efface ta faute ».
Benoît, le quatrième de la bande, jauge le monde de ces sentences « cool » ou « pas cool » : rêveur tout en gardant les pieds sur terre.
Sa terre, leur terre : la Bretagne. Et même si certains seront amenés à la quitter, elle restera toujours dans leurs pensées, les liant ensemble à jamais.
1981 était l'année de leur bac et de tous les possibles, trente ans plus tard, où en sont-ils ?
Tout a changé : leurs personnalités, mais leur pays aussi. La France n'est plus la même.
Mais avant d'en venir là, c'est tout un pan de notre société qui est décrypté dans ce roman fleuve aux accents de saga d'aujourd'hui.
Sentimentale, sociale ou politique cette fresque emporte tout sur son passage. Nous les avons connus avec l'avènement de François Mitterrand, nous les retrouvons juste avant celui de François Hollande. François Roux réussit un véritable exploit romanesque en nous capturant pendant plus de 700 pages à travers l'histoire personnelle de ces quatre amis et l'évolution de notre pays.
Les rêves de réussite économique, affective sont passés au crible entre « les chaudes espérances de l'adolescence » et la réalité du monde adulte : les désirs avortés, l'argent qui aliène, les amours déçues ou les maladies injustes, et toujours « l'irréductibilité de ses origines sociales ». C'est quoi le bonheur, finalement ?
Lu en janvier 2019.
Ma chronique complète sur le conseil des libraires Fnac :

Lien : https://www.fnac.com/De-reve..
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carre
  20 octobre 2014
De François à François, trois décennies. Mitterrand en 1981, Hollande en 2012. Dans ce laps de temps, on suit quatre amis Benoit, Rodolphe, Tanguy et Paul. A quelques semaines de leur bac, les choix se dessinent, trente ans plus tard que sont devenus leurs rêves, leurs ambitions ?
Roux (François lui aussi) nous offre un énorme pavé de près de sept cent pages. On suit le parcours de ces hommes dans leur vie professionnelle et sentimentale. de retrouvailles en longues absences, Roux dissèque le coeur de ces hommes. Réflexion sur le pouvoir, la reconnaissance, les choix politiques (peut-on-être de gauche et vivre dans le luxe ?, comment prendre des responsabilités sans trahir ces idéaux ?), le sentiment amoureux etc., le roman aborde de nombreux sujets avec un égal bonheur.
Chacun des personnages nous touche car François Roux a su donner profondeur et complexité à chacun d'eux. On imagine aisément l'adaptation du roman tant l'écriture De Roux m'a paru cinématographique.
Roman générationnel brillant et passionnant, on le referme le coeur serré, déjà fini! Sniff, sniff !
Un grand merci aux Editions Albin Michel et à Babélio et à François Roux pour ce très très bon moment de lecture.
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Eve-Yeshe
  27 mai 2015
Nous sommes le 10 mai 1981, le destin de la France est en train de se jouer. Paul nous raconte ce qu'il a fait ce jour-là car il ne se sent pas vraiment concerné par l'évènement, n'ayant pas l'âge de voter alors que son ami Rodolphe, socialiste convaincu a pu le faire pour la première fois. Ils se retrouvent tous les deux ainsi que Tanguy, le troisième larron, et Myriam pour fêter cela en fumant un joint.
On retrouve le 6 juillet. Ils viennent de réussir leur bac, les uns brillamment tel Rodolphe, Paul rattrapé à l'oral au grand dam de son père, et se retrouve au café pour fêter cela. Tout le monde se réunit chez Tanguy et on fait la connaissance de Benoît le dernier de la bande, le seul qui a raté le bac. « Benoît était le quatrième et dernier élément de notre bande, que les mauvaises langues du lycée avaient surnommée « le Loup est ses Trois Petits Cochons », le rôle de l'affreux carnivore revenant évidemment à Rodolphe ».
Déjà, on perçoit leurs relations : Rodolphe, redoutable orateur qui réussi brillamment avec mention très bien, sans avoir vraiment travaillé, Tanguy, élève brillant peste contre sa mention bien, il s'estime aussi brillant que Rodolphe, donc pour lui c'est un échec : « Il voyait le nom de Rodolphe en tellement grand, et le sien, en dessous tellement plus petit »
Tous ont une idée de ce qu'ils vont faire en septembre, sauf Paul qui essuie la colère et le mépris de son père, gynécologue, qui a décidé de l'inscrire dans une école privée à Paris pour préparer le cours de médecine. Il a tout prévu, le logement, l'inscription, et à aucun moment, il ne se soucie de ce que désire son fils.
Ils se retrouvent en Grèce pour les vacances, où Paul rencontre un garçon pour une courte et brutale expérience qui va lui permettre d'accepter son homosexualité. « Ce fut le fin de les angoissants questionnements et peut-être le plus beau jour de ma vie »
Nous allons suivre notre quatuor du 10 mai 81 au 6 juin 2012, leurs études, leurs métiers, leurs vies amoureuses…
Ce que j'en pense :
C'est Paul qui joue le rôle du narrateur de ce roman et il nous raconte ses souffrances d'enfant, méprisé par son père, qui le rabaisse sans cesse, mais qui finit par trouver sa voie (sa voix pourrait-on même dire). le fait de s'éloigner de chez lui, et d'habiter Paris lui permet une certaine liberté. C'est le personnage le plus attachant, car il est humain, sensible, et n'essaie pas d'écraser les autres.
Rodolphe embrasse la carrière politique, on le sent venir très vite par sa rencontre avec Gabriel militant qui lui permet d'approcher Jean-Christophe Cambadélis qui le fascine (on est dans les années quatre-vingt) et dont il va copier les attitudes. Son père étant communiste, il a côtoyé la politique dès l'enfance, « Sur les genoux de son père, il avait appris à déchiffrer l'alphabet dans les manchettes de L'Humanité… »
Tanguy, obsédé par le travail jusqu'à l'addiction comme il a pu l'être dans les études, sans cesse en mouvement, boulimique de tout, la sexualité débridée, qui cherche à satisfaire un père décédé trop tôt et qui a une révélation en voyant Tapie à la télévision.
Benoît, qui a perdu ses parents tôt et a été élevé par son grand-père à qui il voue une vénération immense. C'est un artiste qui photographie les paysages, les gens et qui trouve sa voie.
Ce livre m'a énormément plu. Il nous parle de l'ambition ; on ne peut s'empêcher de penser à Rastignac « à nous deux Paris », mais lui se limitait à Paris bien-sûr, pour ces jeunes là, il faut New-York, le monde entier à leurs pieds.
Il retrace les espoirs, les illusions, désillusions de ces années qui ont vu émerger, les écoles de commerce avec leurs lois implacables qui poussent parfois les gens au suicide en leur demandant toujours plus de résultats au bénéfice des actionnaires, au détriment de l'humain.
On retrouve aussi au passage, les films, les chansons de l'époque, avec les vinyles, tout ce qui semblait léger tandis que dans l'ombre montait la bête immonde sous la forme vicieuse du SIDA, et ses conséquences funestes, les médicaments, la mort.

L'auteur a choisi de raconter l'histoire de quatre copains, et le rôle des femmes est limité : ce sont des épouses, des mères, avant tout et elles auraient pu occuper une plus grande place, même si elles ont du caractère, telle Alice fille d'un gros entrepreneur pas très honnête, Madame Ziegler la logeuse de Paul, ou Julia riche américaine, elles n'occupent pas le devant de la scène que l'auteur a désiré laisser à son quatuor.
Il y a des scènes hilarantes, comme le premier casting de Paul ou la façon dont il s'empêtre dans sa vie sentimentale, ou Tanguy interrogé sur "la sexualité des pots de yaourt"
l'analyse géniale de l'auteur, que j'ai adoré ce livre qui n'a pas eu le succès qu'il méritait à mon avis.
Tout est bien, l'histoire, l'étude de la société, le style, l'écriture. Un bon livre, un pavé de 679 pages que l'on ne lâche plus quand on l'a commencé, avec des phrases, des réflexions qui m'ont beaucoup plu.
Note : 9/10
challenge 1% rentrée littéraire 2014
Lien : http://eveyeshe.canalblog.co..
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tynn
  29 octobre 2014
Qu'ont ils fait de leurs rêves et de leur amitié?
Au printemps 1981, l'avenir de la France s'est teinté de rose et les années-lycée s'achèvent pour Paul, Rodolphe, Tanguy et Benoit. Bac en poche (ou pas), les quatre copains vont suivre leur propre chemin, tenter de trouver leur voie selon leurs capacités et de leurs ambitions.
La première partie est le type même du roman d'apprentissage, dans le décor social d'un pays et d'une époque. Par une narration joyeusement provocatrice et virevoltante, entremêlant les quotidiens d'adultes en devenir, les personnalités se dessinent et s'affirment, portées par l'insolence de la jeunesse, la compétition, la réussite, les sentiments amoureux, la compréhension et l'acceptation de soi.
Leur sera-t-il possible de conserver intimité fraternelle et innocence, d'échapper au désenchantement en entrouvrant les portes de la politique, de l'entreprise et de la culture?
Du lendemain d'une élection qui porte les espoirs d'une génération et durant les 30 années suivantes, c'est un pays décortiqué par ses multiples aspects: convictions et combats politiques, pouvoir de l'argent dans les domaines de l'art et des affaires, mondialisation, compromissions, contraintes économiques, évolution des mentalités, classes sociales.
Le tout en forme de tragédie sociétale, aux accents de réquisitoire.
Pas un instant d'ennui dans ce gros bouquin de 700 pages, pas de baisse de régime dans la peinture d'une société française bien radiographiée, traitée par une vivacité de plume, fluide, ironique et humoriste.
J'ai aimé accompagner les personnages, entre désillusions et éternelle quête de satisfaction professionnelle et de bonheur personnel. Bien qu'un peu stéréotypés pour les besoins narratifs, ils sont denses, crédibles, fidèles.
Ils s'opposent, se complètent, ont bien des difficultés à vivre en accord avec eux-mêmes, et sont les miroirs tristement navrants des rouages de notre XXIème siècle.
Etre heureux est une course de fond....
Excellente lecture!
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MarcelineBodier
  28 septembre 2018
Un roman très, très puissant, sur la place écrasante et dominante que prend notre père dans notre vie. Les quatre jeunes gens qui passent leur bac au moment de l'élection de Mitterrand en 1981, qu'on retrouve ensuite dans les années qui précèdent l'élection de Hollande, connaissent des destins aussi dissemblables que possible et aux issues tout aussi variées ; mais ils sont tous écrasés par leur père d'une manière ou d'une autre.
Car le père, c'est toujours le soleil de notre vie, qu'il nous éclaire ou nous aveugle, qu'il nous réchauffe ou nous brûle. Dans le monde du Bonheur National Brut, toutes les configurations du rapport au père existent.
Il y a le père écrasant, méprisant, dogmatique et aveugle à tout ce qui fait la singularité des êtres qui l'entourent. Avec un tel père, se construire, c'est forcément le rejeter. Mais au prix de quelle amputation ? Il y a le père modèle, obstiné, qui a poursuivi un idéal toute sa vie et aurait voulu le transmettre à son fils. Avec un tel père, comment réussir en se différenciant ? Faut-il lui être infidèle, le peut-on, y a-t-il une seule façon de lui être fidèle ? Il y a le père absent parce que mort, qui devient alors le mètre-étalon ultime de toutes les ambitions et de toutes les décisions, qui peut être incarné par un grand-père blessé. Comment survivre, comment ne pas décevoir ?
Les fils font ce qu'ils peuvent, comme nous tous, avec ces conditions que la vie leur a faites. On comprend que les réussites sociales éclatantes peuvent cacher un puissant sentiment d'avoir déçu, que les échecs apparents peuvent se révéler fidélité profonde à ce que le père désirait, ou encore que les ruptures mutilantes n'empêchent hélas pas la culpabilité inoculée par une "autorité vampirique et intarissable". Comme dans la vie, on s'en rend bien souvent compte quand il est trop tard, trop tard pour le lui dire, trop tard pour qu'il le sache, trop tard pour le lui reprocher, trop tard pour le remercier. La vie nous blesse, mais si nous voulons vivre la nôtre, et pas celle d'un autre ou celle voulue par un autre, nous devons l'accepter.
C'est somme toute le travail de l'inconscient qui s'exprime et traverse tout le livre... Mais si aucune des critiques que j'ai lues sur ce livre n'en parle de ce point de vue, c'est parce qu'une de ses grandes forces est de ne pas chercher ostensiblement à démontrer quoi que ce soit sur le poids des déterminismes familiaux : c'est avant tout une grande fresque générationnelle, au travers du destin particulier de quatre jeunes à la fois proches et différents, qui, exactement comme dans la vie, comme dans nos vies, grandissent, conquièrent leur liberté et leur autonomie adultes, cherchent le bonheur et l'amour, en se débattant avec les conditions que leur a léguées leur enfance.
Oh là là, quel grand livre... quelle passion dans ces pages, quelle justesse dans l'analyse des destinées humaines... et en même temps, quel grand souffle, quelle précision dans la restitution de l'ambiance et des espoirs d'une époque... François Roux crée des héros et donne à la génération qui avait 18 ans en 1981 le livre dans lequel on retrouve tout ce qui a constitué sa jeunesse, son âge adulte, ses espoirs, ses désillusions et ses réussites. Tous ses grands repères, et toute sa diversité aussi. Ce n'est pas ma génération, mais j'avais quand même déjà onze ans en 1981 et j'ai retrouvé au travers de plusieurs personnages des souvenirs de ma propre enfance. Si vous êtes passé à côté de ce livre jusqu'à présent, lisez-le. C'est vraiment un de mes gros coups de coeur de 2018, et les trésors qu'il contient sont tout à la fois propres à une époque, et intemporels.
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critiques presse (2)
Lexpress   17 septembre 2014
Très documenté, très maîtrisé, porté par un style succulent et un souffle romanesque inouï, Le Bonheur national brut est une réussite totale.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Culturebox   26 août 2014
Ce roman d'apprentissage à quatre voix est une photographie saisissante d'un monde en mutation. On s'attache autant aux destins des quatre garçons devenus des hommes qu'aux soubresauts de la société. Un roman générationnel à la française. Captivant.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (77) Voir plus Ajouter une citation
SociolitteSociolitte   31 janvier 2019
— Je viens d'une famille qui, le lendemain de l'élection de Mitterrand, a fait construire dans sa cave un putain de garde-manger qu'elle a entièrement rempli de bouffe au cas où les rouges reviendraient. Je viens d'une famille catho tellement arriérée que deux mille ans après elle en veut toujours aux juifs d'avoir dézingué leur idole. Je viens d'une famille qui pense que la musique s'est arrêtée au XVIIIe siècle et la littérature juste un siècle plus tard. Je viens d'une famille qui pense que le chômage est le refuge des assistés, et la Sécurité sociale un vaste trou creusé par des politiciens irresponsables, des millions d'Arabes et autant de nègres. Je viens d'une famille qui, d'une manière assez systématique, ne croit pas que la différence soit une très bonne chose et pense qu'il vaut mieux avoir un enfant leucémique que pédé parce que au moins, un cancéreux, on peut toujours espérer qu'il sera possible de le sauver un jour. Alors, présenter mon petit copain artiste peintre spécialisé dans des oeuvres crypto-pédé à tendance préraphaélite qui écoute Barbara à longueur de journée et qui veut monter un journal homo pour combattre les préjugés ignobles de gens précisément comme eux, non, je ne pense pas en effet que ce soit la meilleure des idées que tu aies eues ces derniers temps.

Page 325, Le Livre de Poche, 2016.
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SociolitteSociolitte   18 février 2019
— Tu sais à quoi les gens pensent en ce moment ? reprit Félix, agacé par ce comportement asocial. Ils se demandent s'ils réussiront demain à sauver leur putain de job, s'ils pourront payer les études de leurs mômes et si ces mômes réussiront eux-mêmes à leur tour à grappiller de quoi bouffer ; ils se demandent si le sys. tème sera capable de leur fournir une retraite décente avant qu'ils ne crèvent d'épuisement ; ils se demandent jusqu'à quand ils seront capables d'alimenter le réservoir de leur bagnole avant que l'essence soit devenue aussi chère que le caviar. Voilà ce que se demandent les gens. Ils ne se posent sûrement pas la question de savoir combien d'éoliennes on va pouvoir implanter en mer du Nord, comment on va réussir à recycler un peu plus proprement nos déchets ou si la centrale nucléaire de Fessenheim va, oui ou non, nous exploser à la gueule un jour ou l'autre. Dans les moments de crise, les gens pensent à leur survie, pas à celle de la planète. Les écolos vont se planter en 2012 comme ils se sont lamentablement plantés en 2007, parce que la plupart des causes qu'ils défendent ne concernent que de très loin la population. Il faut avoir des réponses écologiques viables qui tiennent compte des enjeux et des réalités économiques mais surtout des angoisses des gens. C'est exactement ça, Rodolphe, que tu vas leur servir sur un plateau. En ce moment, il n'y a pas de place pour les mous de l'énergie propre ou les fanas des pandas.

Pages 439-440, Le Livre de Poche, 2016.
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SociolitteSociolitte   25 janvier 2019
Ce soir-là, sans y être préparé, je venais de pénétrer dans un territoire jusqu'alors inconnu qui me hanterait des années durant : celui des grands bourgeois. Ce maigre adjectif fait toute la différence, croyez-moi. Ce n'est pas une question d'argent. C'est une ques tion d'attitude. Ici, l'argent ne comptait pas : il n'était pas un moyen, encore moins un but. C'était presque un gros mot. Ils étaient riches, mais ils s'en fichaient complètement. D'ailleurs ils se fichaient d'à peu près tout. Ce n'était pas un principe réfléchi – ce qui aurait fait d'eux des snobs –, mais un état naturel. Tout ce qui jusqu'ici avait pour moi représenté l'ordre, l'apparence, le respect des conventions, volait subitement en éclats. Les petits-bourgeois – et mes parents en étaient, c'est certain – obéissaient à des règles. Les grands bourgeois n'en avaient aucune. Ils faisaient tout simplement ce qui leur plaisait au moment où cela leur plaisait. Ils n'avaient pas peur de déranger, cette idée ne les effleurait même pas. Comment auraient-ils pu déranger ? Ils étaient chez eux partout, en toutes circonstances. Ils ne voulaient rien puisqu'ils avaient déjà tout, Ils n'avaient rien à prouver, rien à gagner. Il leur suffisait simplement de laisser s'écouler le long fleuve de leur vie de la façon la plus paisible qui soit, en observant d'un air vague et détaché le peuple primitif qui s'agitait le long des rives qu'ils traversaient. Ils possédaient le monde.

Pages 106-107, Le Livre de Poche, 2016.
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SociolitteSociolitte   22 janvier 2019
Immédiatement, comme en réponse à un même appel inexprimé, des flots humains se déversèrent dans les rues. Bientôt, partout on danserait, partout on hurlerait, partout on chanterait, partout on se piétinerait. Il paraissait de la plus haute importance d'éprouver la vérité du scrutin en se frottant obstinément les uns aux autres, comme si cette victoire ne reposait sur aucune réalité sérieuse et qu'il fallait se le beugler aux oreilles pour s'en persuader, Ce fut aussi une éclatante victoire pour les viticulteurs de la vallée champenoise, dont les bouteilles passaient de main en bouche sans discontinuer. En tout lieu, dedans, dehors, partout, ça buvait sec et ça braillait autant. Les voitures s'immobilisaient n'importe où, dans des assourdissements de klaxons, pour décharger leurs cargaisons de passagers qui se mettaient spontanément à embrasser tous les passants et bien souvent à éclater en sanglots entre leurs bras. Un vieillard légèrement éméché entonna dignement une Carmagnole, qui fut reprise en chœur par des dizaines de personnes dont la plupart en connaissaient à peine les paroles, qu'importe ! Une fleuriste enthousiaste liquida gratis son stock de roses, qu'on porta à la boutonnière comme une décoration dûment méritée. Certains installèrent les enceintes de leur salon aux grilles des balcons, aux montants des fenêtres, et firent gueuler des musiques qui décuplaient l'excitation et la ferveur de la foule. Ça explosait de rire, ça fondait en larmes. On avait l'impression que toutes sortes de sentiments extrêmes avaient été comprimés pendant des siècles par un barrage immatériel qu'un raz de marée dévastateur et salutaire venait d'ébranler.
Jamais on n'avait été aussi heureux. Jamais on n'avait autant espéré.

Pages 22-23, Le Livre de Poche, 2016.
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SociolitteSociolitte   23 janvier 2019
Nous étions attablés à la terrasse du Café des Écoles, un lieu mythique pour tous les élèves du lycée et notre terrain de récréation favori. On était tous là une bonne centaine, scientifiques, économistes et littéraires mêlés, à commenter les succès des uns et les échecs – toujours immérités – des autres. Ce café, on l'avait fréquenté pendant au moins trois ans, quatre au pire. C'était autour de lui que tournait le monde, C'était là qu'on échangeait les bons tuyaux et les pires ragots. C'était là que, poussés par les potes et l'alcool, les plus aventureux d'entre nous griffonnaient à la hâte d'improbables rendez-vous sur un sous-bock de bière pour des minettes qui s'en fichaient pas mal. C'était là qu'on conspirait contre les profs et les parents, qu'on échangeait nos premiers baisers, qu'on épongeait nos premiers chagrins, Quitter le lycée signifiait ne plus revoir ce lieu, et ne plus revoir ce lieu représentait pour tous un crève-cœur absolu, L'abandon de notre café, c'était sans se le dire l'abandon de la meilleure part de nous-mêmes. Et pour trouver quoi ? Bien sûr, il y aurait une fac, une prépa, d'autres amitiés, d'autres amours, un métier à apprivoiser, le monde à conquérir. Bien sûr on se reverrait, on se le jurait, avec parfois des sanglots qui vous serraient la gorge. Jamais l'émerveillement des choses nouvelles n'effacerait l'insouciance des jours passés.

Page 30, Le Livre de Poche, 2016.
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Videos de François Roux (16) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de François Roux
https://www.librairiedialogues.fr/livre/14165991-fracking-francois-roux-albin-michel François Roux nous parle de son livre "Fracking" (éditions Albin Michel), dans l'émission Dialogues littéraires, réalisation : Ronan Loup. Interview par Marie Bouchier.
Retrouvez-nous aussi sur : Facebook : https://www.facebook.com/librairie.dialogues Twitter : https://twitter.com/dialogues Instagram : https://www.instagram.com/librairiedialogues
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